‹ De la souveraineté (volume 2)Chapitre 10 sur 22 · XI · texte numérisé non relu

XI

m L'édifice social peat supporter de noBibm- •es réroIbtioBs pditiqiiei sanr ètrr sérieascHMBt ébranlé. H pe«i néme résiskc k de» iranti)»»tions économiques de la uatare la plus menaçaiite en. apparence; ma» il s'éeronle ton]fMirS'4è»fi/Hi changement essentiel se prodnit dans TorgmiisatitB ikmiliale et dans les lois qui règlent ks rapports tatre rhoinme et la feaie, k iHicw et UrmiÊmm, le tntenr et le pupille.

et Ces rapports sont anjourd^ini menacés ; ftar conservation est devenue précaire. J'ai déjà signalé plusieurs des causes qui contribuent à ce résoltat Un des symptômes les plus dignes d'attention par lequel elles se manifestent , est la difficulté lo^qne de défendre l'organisation de la familiers On tombe généralement, à ce sujet, dans ane pétition de principe singulière. L'autorité rdigiense ayant perdu sa valeur législative, on justifie l'indissolubilité du mariage par la nécessité de l'éducation et de la tutelle des enfants; puis l'on justifie les droits de tutelle et d'éducation du père et de la mère par la nécessité de donner à Tunion des sexes une base sentimentale et morale duraUe, que n'offre pas r amour, quels que soient les ef" forts qu'ait tentés l'humanité pour donner à celte passion un caractère permanent auquel die a jusqu'à présent résisté.

« Il est superflu de discuter un tel raisonnement, bien qu'il soit tenu par les hommes qui conçoivent le mieux les besoins de la société. Il n'est pas seulement un cercle vicieux, il repose en outre sur une étrange conception de la vie ; en basant exclusivement l'union de l'homme et de la femme sur le sentiment familial , il réduit la fonction de V amour à néant. U amour devient en effet inutile, on n'en comprend plus la cause finale, on

M9 tJk SOmrEIlÀlNETÉ. f 19

■m liwatvit «Tec imt f à êlmie qatlle est otite mbo» malie d'un organe moral superflu ; la jj^htê mrdente et la plus noBie des passions n'est plus qu'un non- MM, un«c»nr8« iiHk^ wê, élan sans «aaa et sans but, au seîn de cette hninanité dont le mariage de oonrenance et de raison est devenu ndéal. »

M. M in^PSTM, p. 4)ft.

— J'ai copié ce long passage, parce qu'il paraît un des moins (d)seurs de tout le livre. Ët^ nous allons voir : qu'il n'est qu'un continuel galimatias ; confondant contintfelleHÉeiit : le genre et l'espèce ; le propre et le figuré ; etc.

Védifke^ 9oct0l^ diut M. de Elotte. Lequel s'il vous plaît ? Est^ edxd du présent ou celui de Tavenir ? celui baaé sur une h^^othèse, ou, cdbii basé surladé^ moostratîon ? eaWe un édifice social quiconque, oâ tout édifice social possible ?

M» de Flotte pavle d'organisation familiale. En quoi eonsiate eeite ofgamaation ? £sA* ce dans l'indissolubî- Uté duAuurta^B , que M. de Flotte dit exkter? Cette indissolubilité n'existe pas , dans ks trois quarts du Blonde ? Est-ce dans l'édueaticui et l'iaetroction 9âtnr buées au père de famille ? Cette attribution n'existait pas en France avant 89 ; et, n'existe pas , sur beasi- «oup de pokits du m«oâe*

Lea rapports ^aux : entrer L'bejnme et la femme, le majeur et le mineur, le tuteuif et le pupille, sont aujoupd'bid Bieciacâi, dit M. de Flotte. Mais, tout est menacé, dans l'ordre social, quand le droit se trouve mis e» ipMstimu M. de Flatte a'imagine*t-il : que^ la qucatiofli d'existenee religieuse, ne smt pas plus essentielle à

i20 DE LA SOUVERAINETÉ.

l'existence de Tordre ; que, la question d organisation familiale ?

L'autorité religieuse, dit encore M. de Flotte, a perdu sa valeur législative. Mais, il y a deux espèces d'autorités reygieuses : l'autorité hypothétique ; et l'autorité démontrée, La première, il est vrai, s'évanouit devant l'examen. Mais, si la seconde existe ; c'est, l'examen qui la prouve et la conserve en exercice. Existet-elle? M. de Flotte dit que non. Mais, alors son nan^ ne vaut pas mieux qu'un oui; puisque l'un et l'autre sont alors sans valeur.

Quant à l'éducation et à la tutelle des enfants, elles n'ont besoin de l'indissolubilité du mariage ; que, Ior9>* que la société ne s'en charge point. Et, quant à la base morale, ce n'est point l'indissolubilité qui la donne.

Après cela, M. de Flotte emploie le mot amour j à toute sauce ; et, le nomme : ia plus noble des passions. Il aurait mieux valu commencer par s'informer : si, cette expression est générique ou spécifique ; afin de ne point confondre le genre avec les espèces ; ni, surtout : les espèces entre elles ; principalement, si les espèces sont opposées entre elles.

Le mot amour est une expression générique, renfer^ mant deux espèces opposées. Confondre ces espèces, est une effroyable source : de galimatias.

11 y a, chez l'homme : organisme et intelligence. Je sais : que, pour le panthéisme, dont M. de Flotte est un des coryphées, l'intelligence, logiquement, ne peut exister. Mais aussi, dans ce cas, la logique ne peut

DB LA SOCYBRAmETÉ. 121

exister. Alors, et puisque nous nous mêlons de raisonner, supposons : que, l'intelligence existe réellement ; et, par conséquent , aussi le raisonnement.

Dans ce cas, il y a :

Amour d'oirganisme ou amour de bétk; et, amour d'intelligence, ou d'homme, onde raisonnement.

L'amour de bête obscurcit, ou même aveugle le raisonnement : selon, qu'il est plus ou moins violent; c'est-à-dire : selon, que l'oi^anisme a plus ou moins de force.

Si, obscurcir ou aveugler le raisonnement; si, l'assimilation à la "bête ; est, ce qu'il y a de plus noble ; nul doute : que, l'amour de bête ne soit, le plus beau des titres de noblesse. Mais, si le contraire est la vérité; l'amour de bête est la plus avilissante des maladies ; et, tous les efforts de l'éducation doivent tendre : à la faire connaître : comme inhérente à l'humanité ; et, à porter les individu?, qui s'en trouvent atteints, à s'en guérir : comme, de la plus dangereuse de toutes les pestes.

Tous les galimatias sentimentaux, employés pour s'opposera ce que je viens de dire, ne seront jamais : que, des galimatias. Es^ce vrai, oui ou non? Voilà, ce à quoi il faut répondre.

L'amour, d'intelligence ou de raisonnement, consiste : dans le choix rationnel et mutuel, de deux individus de sexes différents, s'unissani : pour constituer une famille, après connaissance des droits et des devoirs qui s'y trouvent attachés ; et, pour jouir, au foyer domestique, de tout le bonheur dont l'humanité est

iS2 Dl hk SOCmilAllfET*^

susceptible; bonheur, qui s'y trouve exehwiyémeift. Cet amour se nomme amitié réelle ; et n'est, je le ré^ pète , possible : que dans la famille. Dam œ c», l'amour est , en effet , la plus noUe des passions : puisqu'elle seule procure le bonheur complet; et, qu'elle dure autant que sa cause; autant que le9 individus qui la ressentent.

Tous les galimatias, dérivant de l'amour de bête, n'empêcheront point : que, ce que je viens de dire, ne soit la vérité.

Après avoir déploré que Tamour de béte, qu'il appelle un organe moral, devienne superflu dans le mariage ; M. de Flotte se plaint , de ce que l'aorour de raison ne soit point : généralement condanmé.

— « Je B^exagère nen, dit-il ; ces funestes doctrines (la subordination de Tarnoor de bête à Tamour de raison ) ont envahi les coaehes siqié^ rieures de la société ; elles filtrent lentement du sommet à la base ; elles pénétreront partout. Alors il faudra choisir : plus d*amoar ouTadullère; ou Tamour se retirera du monde, on Ton aimera sans souci de l'ordre ni dos lois. »

— Nul doute qu'il n'en soit ainsi, et nécessairemaoït, sous la liberté -de conseience, dont la domination ne peut être : que, le mépris de Tordre et des lois. Sous la liberté de conscience, l'amour de bète domine ; et, l'amour d'intelligence se trouve bafoué : comme une utopie. Et, en effet, sous un ordre social où une prétendue instruction ne reconnaît que la bête ; pourquoi croirait-on à un amour extra-bestial? Quant à T adultère, k liberté de conscience ne s'en effraye pas. Et, pourquoi

DR XA 86«TBftA]IfKVÉ. 123

s'en effrayerah-eile? Sons elle, il n^ a (Teffroyable : que d'être faible.

n n'en esiplm amsi, qtiand laKberté de eonscience est reconnue : n'être que la liberté du diable. Alors, l'amour de bête ne se retire point du moade. Mais, il se trouTe tellement garrotté par l'éducation et l'instruc* tioB ; teHement dominé par l'amour réel, Tamour d'intelligence ; qull devient incapable de rester le principal suppôt de l'enfer : ee qu'il est, nécessairement, sons la liberté de conscience.

Voulez-vous me permettre : de vous montrer un tableau de la société, sous la liberté de conscience? Je ^aiè vous le mettre sous les yeux. Il est de M. Pelletan. Et, comme je ne fais que le citer, j'espère : que, M. le proeuifeur impérial ne m'en rendra point responsable.

SœtraU ékt jomnmi: \tk Fretse dv 14 o€tùbn iS49.

« Je 7W19 eiifiemh, MeMtevrs. Vous dite» dans tm prônes de la rue de Foîliers, dan^ tos JowrMnx, dans tob salom, dans vos kanqaets : Le pev- }A^ ne croit pWi» à Ift religimi, à Dien^ à hu propriété, à la bîérarcbie, à la famille, h Tantorité, s la yertn, à la morale.

« Le penpfe ne croit plus , dite9>^T0it8 , ni an catéchisme, ni à Christ, ni à rhomme , ni au talent , ni à Téco , m an foyer. Eh bien ! rojomi , eherehons , comptoM , nommons ses instttutenrs primaires d'incrédulité qiri font poussé devant eux, dans le scepticisme.

« Le people ne croit pas k Dien ! Mais qui donc ki « donné la première leçon d'athéisme? C'est le budget

a A la fin de^chaque trimestre , le budget appelle du midi et de l'aquilon, du couchant et du levant, les ministres de toutes les religions, et if lemr dît à cbacuit :

• Toi , tu as péché que Jésns était Dieu dans le ciel et que le pape était son représentant sur la terre ; ta as prêché la vérité : Toiei ton s«» Imire.

« Toff, tn as prêché qne Jésus était Dieu dans le ciel, mais qne le pape

n*était nullement son représentant sur la terre ; ta «s encore dît k Térité : Yoici ton salaire.

« Toi, tu as prêché que la difinité de Jésus était une calomnie contre Jéhovah , qne le féritable Messie défait entrer beaucoup plus tard, dans un coup de tonnerre , par une fenêtre ; que catholiques et protesUils étaient également imposteurs devant Moïse ; ta as encore prêché la vérité : voici ton salaire.

« Le peuple ne croit pas à la morale ; mais qui lui donne la plus haute leçon d'immoralité? G*est le budget.

« A la fin de chaque trimestre , le budget convoque tous les curés de Paris, confesseurs, vicaires, professeurs de théologie, et il leur dit: Voici trois cent, quatre cent mille francs, plus ou moins; distribaei-yoas cette somme entre vous pour moraliser cette popuUtion selon l'Évangile, lui recommander Tabslinence^ la morliGcation, la compression de la cou* cupiscence , cette lie du péché originel , restée au fond du calice de la rédemption.

« Et dans la même journée, le même budget convoque les acteurs, les actrices , les danseurs , les danseuses , les musiciens et les chanteuses de tous les théâtres de Paris , et il leur dit : Voici uu million i partager entre vous, employez-le consciencieusement à inventer le drame le plos passionné, la musique la plus lascive, la pirouette la plus savante, la rou* lade la plus voluptueuse pour allumer dans les veines du public le feu de la concupiscence.

a Car je viens de donner aux prêtres tant pour sauver les âmes de Tenfer, et je vous donne tant pour replonger les âmes dans l'enfer. Je veux regagner ce premier argent. Allez, danses, sautes^ chantez, prêches du geste , de la pose , de Tarcbët , comme Jes curés prêchent dans leur église du geste, du signe de croix et de la parole. Prédications contre prédications. Révoltez les sens contre Tesprit; la volupté contre la pénitence; Tesprit contre les sens et la pénitence contre la volupté. Car si je trouve qu^on a raison de jeûner, je trouve aussi qu'on a raison de jouir.

« Le peuple ne croit pas au catéchisme? Mais qui lui donne cette leçon d'impiété ? Encore le budget.

« Après avoir successivement payé les curés, les pasteurs, les rabbins, les danseurs et les musiciens pour contredire les curés par les pasteurs, les pasteurs par les rabbins, et tous ensemble par les chanteurs, TËtat u recruter de nouveaux contradicteurs aux uns et aux autres dans rUniversité.

« El il dit à ces professeurs :

a Vous enseignerez dans les collèges une philosophie impartiale qui ne sera pas précisément chargée de démentir ni de contredire la religion , mais simplement de démontrer la compétence absolue de la raison dans toute discussion de vérité. Or, comme la révélation n'est basée que sur l'incompétence de la raison, vous apprendrez ainsi aux hommes à se passer

de la réfélatîon. Et quand tous aarex franchi le seuil du collège , quand TOUS trafuerex sur vos pas aux amphithéâtres de la Sorbonne et de l'École de Médecine des iots" d'auditeurs , alocs tous pourrez, hardiment nier les dogmes, les mystères, los facultés même du spiritualisme. Vous pourrex ensuite Tenir me trouTer. J'aurai encore pour tous à la fin de chaque trimestre un salaire à tous remettre sur récépissé.

« Car il entre dans mes plans de symétrie que j'ai rêvés pour eêtte confusion qu'on nomme la société , d'a?oir à ia fois devant moi , par mes soins et de mon argent , des chrétiens , des juifs , des philosophes , des athées, des spiritualistes, des matérialistes, des sceptiques et des indifférents à toute croyance.

« Le peuple ne croit pas à la famille? Mais c'est TËtat qui a hrisé sous ses pieds la pierre sainte du foyer.

« Yons élevez sur tOs places publiques , dans tos académies , dans vos lycées, des statues aux hommes qui ont le plus cruellement persiflé, sur le théâtre, la sainteté du mariage, jeté aux rires des parterres la stupidité des pères , la jalousie des maris , la révolte des fils et l'adresse des don Juan. Vous subventionnez ou vous brcTetez les vaudevilles ; tous avez pendant soixante ans corrigé , TÎsé leurs couplets y uniquement pour déchirer, à la lueur des quinquets^ aux yeux des jeunes mères et des jeunes filles, la dernière illusion et la dernière pudeur de Talcôve.

a Le peuple ne croit plus à la famille; mais c'est l'État lui-même qui déracine la pensée de la famille du cœur des nouvelles générations.

« Ce n'était pas encore assez pour lui d'avoir patenté, immatriculé sur ses registres, avec participation dans les bénéfices et sous la garantie de ses médecins, une conscription permanente de la débauche, pour que le jeune homme , l'enfont même , au sortij* du baiser de sa mère et de la table de sa première communion, trouvât sur son chemin, à chaque rue^ à chaque réverbère , une roulette toujours ouverte de la prostitution , où il peut jouer, dépenser et perdre sans retour la candeur, le respect de soi-même, le respect de la femme, et ce parfum du cœur qui sanctifie le mariage ;

« Non, ce n'était pas assez pour l'État d'avoir mis l'amour en loterie et de l'avoir laissé flétrir d'avance dans la jeunesse ; il arrache encore de leur Tillage, de leur maison^ de leur travail, de leur affection, des milliers et des milliers de jeunes gens, à l'âge même où ils songent à se placer, à se marier, à s'enraciner au sol par un travail, par un ménage. Il les enrégimente dans ses armées, il les engoaiïi*e dans ses casernes, il leur inocule la science des garnisons, et ou bout de huit années, quand leur éducation est suffisamment achevée, il les renvoie dans les campagnes, où ils rapportent tous les talents de leur nouvelle érudition.

<f Le peuple ne croit plus à la propriété ; mais c'est l'État qui lui a donné cette leçon de scepticisme.

« Oublions pour un instant que vous prêchez le respect de la propriété.

126 DK LA SOUVERàlVETÉ.

les deux pieds encore {>08és sur des terres que vous avei eo ni a nii ée B à Jt Doblesse et au clergé. Les dîmes étaient des |>rapriétés aussi aerfiréet que les rentes sur TÊtat. Geui qui les possédaient au dix-èuitième siècfe ks sTaient tous f>ayées« et oependant vous en avez décrété l'afaolkion. Nani ne venions pas retourner contre vous ce souvenir ; maia ne«s vous diseut : Rappelez-vous qu^aux yeux des partisans exclusifs de la propriété avez élé, vous aussi, des spoliateurs.

« Et ce n'est pas tout. Après avoir pris une partie du sol à ses possesseurs, vous avez dit : Chaque motte de terre a un patrioUame , «ne vertu, une sagesse que Thomme ne saurait trouver dans son intelligenee. Celui-là seul sera bon citoyen dans TÉtat qui pourra mooirer na percepteur tant d*arpents au soleil. Mais le génie sans labours, la science sam cote foncière, le patriotisme sans impèt des portes et fenêtres, valent juite autant a nos yeux pour Futilité du pays et la moralité de riiomme^ quels banqueroute frauduleuse, la folie constatée, ou la peine des travail forcés.

a £t vous n*avez pas compris qu'yen accordant à la propriété le privilège exclusif d*être la seule puissance politique de notre pays, vous l*avcs confondue avec votre politique , vous Tavez attirée avec votre politiqoe sous la main des révolutions , vous l'avez dépopularisée par les erreurs de votre politique, ébranlée enûn par la chute do votre politique. Car da jour où vous avez dit : La propriété représente toute justice, la révolution victorieuse a été amenée à dire : La propriété représente toute injustice. « Le peuple ne croit pas à la hiérarchie? Mais Técoie libérale qui a tenn dix-huit ans le pouvoir n'a été que la perpétuelle glorification dn principe d'insurrection.

« Les barricades ont été glorieuses jusqu''à l'accident, comme vous dites, du mois de février. Les Géros de juillet ont reçu de vos mains des décorations , et malgré Tassassinat de plusieurs prisonniers suisses , vous qui êtes si sévères sur l'assassinat, vous avez célébré en prose et en vers, à la tribune et au Jlfont^etir, leur héroïsme Vous avez dépensé tous les ans, sur le quai d'Orsay, en leur honneur, deux cent mille francs de fusées ; vous avez chanté pendant dix-huit ans , avec accompagnement de clairons , la Marseillaise sous les fenêtres des Tuileries , comme si la chanson révolutionnaire était en quelque sorte l'investiture annuelle de votre royauté. Vous avez entonné en chœur , pendant dix-huit ans , k terrible refrain de la Parisienne : Marchons contre leurs canons. Voas avez élevé une colonne de bronze aux martyrs qui vous ont fait de leurs cadavres des marchepieds vers le pouvoir, et vous avez mis sur cette colonne le génie de l'insurrection qui prend son vol dans l'apothéose.

« Vous avez trop vanté la barricade en juillet pour avoir le droit de tant la maudire en février.

« Et nous n'avons pas encore épuisé la série des contradictions.

<c Vous avez voulu préconiser la paix dans les esprits , et sur les murs

SB li fOVVniUlMETÉ. I2T

de VM mmsém vmm avei p^t koH kilonèiret die iielaiUet f<mr dlumer la soif -de k ^nerve dbas les regards.

« Vous a?ez voulu enrichir la France par mie ^politique de faix à os* trasee, «poMtée fMqm'4 rinmilialion , ei vous vttE echeAé eîaq mittiards dans un tègne le droit de Urnser rouiller ^ea fimils, et vous «^rea payé eix cents millions une seule fan&ronnade de M. Thi«P9«

« y«u8 aiez Teuki ceojarer l'esprit de coBfsètes, et jwa» en avec rappelé k (fiMKtôme de Sainte-Hélène.

« Vous aTez écrit dans Totre GonslittttieK^ respect aaz nationalités, et, en TeNfU de eet article, veiis êioa allé eanoneer à Rome une nationalité.

« Vous aTex Teuln fbader Je régime de la liberté , et vous aTes oonserve k légiakiiott adoûfiistrative de Tempivay «nkiveflKnteoBibiBée ^ponr le despotisme.

«Vous a^rea voulu moraliser le peupde, et pendant dix-fanit atinées vous kû aves deuné le- scandale d'une perpétuelle tentation de Sainte Antoine.

« fit ce n'est pas seukment TËtat , sentement le budget, seulement le système de politique, seulement le pouvoir -qui ont donné à noire génération ce perpétuel exemple de scepticisme , de contradiction , d'apostasie , de déception, de eenCusien dans les acles^ dans les fûts, dans les institutions , dans les intelligences. Les hommes eux-atiémes , ceux-là surtout qui pèsent d^une plus grande autorité dans k halance du pays, ne sem^ blent s'être attachés qu'à démentir leur parole de k Veille fNU* leur parole du jour, leur coaduite d'hier par leur conduite de demi^n.

a Le Buréchal Bugeaud flétrit le socialisme la plume à la main , et il le glorifie le verre à la main dans les l»anquet« du Phalanstère.

« Le iirésident de k république suspend la publication de la Démocrutiey et le même président a souscrit de son argent pour coopérer à k publication de la ZMmocrtttts.

<( M. Denjoy ameute le département de la Gironde contre la république sociale, et M. Denjoy a partagé avec ses corMigionnaires en Saint* Simon les plus radicales doctrines de socialisme.

« M. Michel Chevalier n'a pas asseï de fouets à briser sur le dos des socialistes, et cependant il a poussé la foi au socialisme jusqu'au martyre. « Le Constitutionnel a pns la boulette empoisonnée du Juif-Emmtj et fliaintenant il pousse des eris de fureur parce qu'il a la colique.

a M. Roux-Lavergne a écrit un ouvrage de Bénédictin pour béatifier k mémoire de Robespierre, et maintenant il écrit une autre bibliothèque pour exconminnier M. Cousin , qui nous parait cependant un terroriste moins dangereux que Robespierre.

«c M. Cousin prétend restaurer en Franco la religion de la vérité , et il met rhypocrisie au rang des premières vertus de la philosophie. 11 félicite Oescartes d'avoir renié Galilée, et Leibnitz de porter un chapelet en pays ^rutholiquey pour féeiéer ses patenôtres en cas de danger.

128 DE LA 80UYBRAINETÉ.

« M. Saint-Marc Girardin amorce tans cesse let périodes d'ona épi* gramme contre les ambitions de jeunesse , et il résume sa morale dios ce seal mot : Fais ton chemin.

« M. Thiers a prêté sur an manche de poignard haine étemeUe à k rojaaté , et il entasse des montagnes de malédictions contre la répablî^ pour avoir chassé la royauté.

« 11 a applaudi la réyolution libérale de Pie IX en criant : ConÊroft, Saint-Père y et maintenant il applaudit la contre-réTolution romaine en criant encore : Courage, Saint'Pérel

m M. Barocho a été , dans la Charente-Inférieure , le candidat de Is Montagne. 11 a publiquement patroné la candidature de M. Dupont (de Bositac ) , et maintenant M. Baroche prononce des réquisitoires contre les Montagnards.

« Le farouche ennemi du Sonderbund , qui n^a jamais pris da confesseur que dans les coulisses de TOpéra, récite maintenant son rosaire, et Ya chaque matin à la messe au Café de Paris.

« Le pasteur Goquerel a passé son âge de raison à déclamer contre le trirègne du papisme , et il Yote la restauration du pouvoir temporel de la papauté.

a M. Léou Faucher a signé contre M. Guizot un acte d*aocasation qne M. de Lamartine a refusé de signer, et en trois mois de pouvoir il réédile toutes les prévarications politiques' pour lesquelles il voulait envoyer M. Guizot aux galères.

a M. de Montalembert dépense toute sa verve de jeunesse à incendier TEurope de doctrines révolutionnaires de V Avenir, et maintenant il n'a plus que des adulations pour la politique de compression.

« M. Odilon Barrot a défendu pied à pied , pendant trente ans, de vaut les tribunaux et i la tribune , tous les principes de liberté, et en un jour de gouvernement il a plus tué de libertés qu*il n*en a défendu pendant trente années.

(( Le parti catholique amoncelle les ana thèmes sur la tète de M. Prondhon, pour avoir voulu abolir l'intérêt de l'argent, et précisément le catholicisme a proscrit Tintérêt du prêt sous peine de refus de sépulture.

« ËnHu, un homme qui s'est toujours trouvé debout sous tous les gouvernements, depuis ces soixante ans de révolution, comme la personnification même de la société , comme le représentant de toutes les périodes de pouvoirs qui amenaient et engloutissaient successivement , aujourd'hui comme des vérités, demain comme des monstruosités, la république, le consulat, Tempire, la légitimité et la monarchie révolutionnaire ; enfin le résumé octogénaire de tous les démentis que la France s^est donnés à ellemême dans la vie d^une génération, M. de Tallcyrand , a porté cette sentence qui, depuis, a été l'Évangile en une ligne de presque tous nos hommes d'État : La parole a été donnée à Vhomme pour déguiser sa pensée.

« Nous pourrions vous promener encore plus longtemps à travers les

dédales sans fin de cette anarchie que tous appelez la société , à trayers ces détritus épars de vos dix révolutions que vous appelez des pouvoirs ; nous pourrions vous faire toucher au doigt d'autres mensonges , vous montrer jusqu'à la dernière évidence que votre politique n*est que la conspiration permanente des mensonges.

<c Mais nous nous hâtons de conclure , et nous vous disons : Il y a, au fond de la société $ des souffrances et des contradictions. Le socialisme est né de ces contradictions et de ces souffrances. Il n'est pas la maladie, il est l'ulcère de la maladie.

« Vous vonless combattre les erreurs du socialisme , vous avez raison. Nous sommes , si vous voulez , un de vos soldats , à une condition : c^est que nous le combattrons , non pas seulement dans ses effets qui renaîtront toujours , mais dans ses causes certaines y c'est-àrdire dans les discordes et dans les anomalies de la société.

« Améliorons la société. Chaque amélioration sera une victoire sur le socialisme. A ses théories de magicien , qui prétendent renouveler le monde d^un coup de baguette , opposons les théories de Texpérience, qui acheminent perpétuellement le monde vers la justice au pas de l'histoire. Le socialisme ne périra que par le progrès..

« Le socialisme n'a pour lui que deux vérités : une vérité d'aspiration, une vérité de sentiment.

A II croit aux innovations , il sympathise aux misères.

« Il a contre lui deux erreurs : l'utopie de ses systèmes et l'idée de violence pour réaliser son utopie. Retirez-lui des mains ses deux vérités^ en pratiquant les réformes et en apaisant les misères.

<c Laissez-loi seulement ses erreurs, et, avant peu de soleils^ vous pourrez accorder un congé illimité au général Ghangarnier.

« Mais si, au contraire, vous persistez à multiplier dans votre sociétéles hypocrisies, les apostasies, les alliances contre nature^ les mascarades de partis , à conserver les éléments de confusion qui ont produit le socialisme, oh! alors, vous accroîtrez sans mesure la puissance du socialisme, et le général Ghangarnier n'aura jamais assez d'armées à faire défiler chaque matin devant ses fenêtres. »

(Eugène Pelletai.)

— Revenons à M. de Flotte.

— « La tutelle du père et de la mère tend singulièrement , dit-il , à s^amoindrir sous la pression des idées révolutionnaires. » .

— C'est le contraire qui est la vérité.

Sous la pression des idées réyolutionnaires, la tjttelle sociale sur les enfants a'anuûndrit contimieJk* ment; et, la tutelle du père, sur les enfants, s'agrandif proportionnellement .

M. de Flotte assimile sonyent la société à la faaflle. C'est, ainsi qull dit : qu'une tribu n'est qu'une famille. De pareilles analegîei» , sont toujours des sources d'erreur. Une tribu est composée de famîUes, de foyers domestiques comme ufi empîpe. Le foyer mooo&mûlial appartient à la réalité ; il existait à Lacédémone comme à Athènes. Le foyer poly familial , le phalanstère : n'appartient qu'à l'utopie.

— « Ceci n^est point ptrar dire, ajoute H. de Flotte , qne le se nHm m U d'affection familial diminue dans rhumanité ; bien aa contraire... »

— C'est, encore le contraire qui est la vérité ; si, dans le mot famille de M. de Flotte, les enfants b^ trouYent compris, après une certaine époque de leur âge.

L'amour des enfants, indépendamment de leurs qualités ; amour, qui est le même pour les enfants changés en nourrice, que pour ceux qui ne l'ont point été ; est : un amour d'organisme, un amour d'habitude, un amour de bête. Tant, que la tutelle des enfants ne peut être confiée à la société ; parce que, à cause de l'ignorance sociale et de la nécessité du despotisme, l'éducation doit être double ; une pour les forts et une autre pour les faibles; une, pour apprendre à commander; et, l'autre pour apprendre à obéir ; le sentiment familial pour les enfants, Tamour de bête, à leur égard,

n LA SeUVERAHIETi. 131

dail être échauffé et réchauffé. Mais^ du mopi^iit que, j^r râBéantiaeenent de Tignafrance socia^, l'égalité devant la raison dervient pocnible : la tutelle sociale ^Qvmneace ; l'aizKnrdebèta, pour les enfants, diminue ; et^ rameur de la fannMe réelle, composée de Thomme, et de la femme, s'accroît : proportionnellement à l'a grandissement de l'amour de raison pour tous.

— « L'Eglise^ dit M. de Flotte, ne se conteniA pas d^enlever au père le droit de justice , elle se réserva le droit de surveiller réducation morale de l'enfant : cela était parfailemeut légitime ; elle n^admettait pas plus qu*un homme eût le droit de damner son fils, qu*elle n admettait qu'il eût le droit de le tuer. Bien plus , en raison de sa doctrine spiritualiste , si elle s'en remit am père des mîbs bjgiéaicpies , ne s'en, remit qu'à ellemême dn soin d'enseigner l'idée religieuse.

a Quoi qu'on eût dit , ce fut un immense progrès dans la voie de la liberté réelle. •

« Il faut en vérité Tlvre dans un temps où foutes les idées sent perverties par de misérables sophistes , pour qu'on ait osé considérer la liberté d'eoseigneaieiit absolue, c'e8t4j><lire le droit pour un homme d'abrutir un enfant, comme une véritable et légitime liberté. »

— Vous avez raison. Monsieur : dès, que la société possède une idée commune : sur le droit à inculquer ou à démontrer ; et, par conséquent, à imposer : soit par la force ; soit par la raison. Mais, alors : qus devient la liberté de conscience ?

— « Ce fut , continue M. de Flotte , une des plus grandes gloires du catholicisme que d'avoir nettement proclamé le droit de l'enfant à connaître la vérité , quelle que fût à ce sujet la volonté d'un autre être , que cet Êmkn UA «n pèm ou im étranger. »

— C'est, que le catholicisme connaissait; ou, croyait

fconnaîlje i la vérité. Mais, comment voulez-vous que

13â DE LA SOUVERAINETÉ. «

le panthéisme proclame le droit de connaître la vérité ; lui, 4^nt l'essence est la négation du droit, la négation de la vérité ? Soyez dans Terreur, c'est pard(»H nable. Mais, ce qui est impardonnable : c'est, de ne pas être d'accord avec soi-même : de ne pas être logique, dans sa propre erreur.

*— «( C'est avec un profond sentiment du droit et de la justice, continue M. de Flotte, que TÉglise fit ainsi de Tesprit et du cœur des jeunes générations Tobjet de sa sollicitude , et sut arracher Tâme des enfants à toute autorité capricieuse ou ennemie, en lui donnant pour sauvegarde et pour protecteur la souveraineté sociale tout entière. » *

— Il aurait fallu ajouter : souveraineté qui, alors, était UNE .

Et, maintenant, M. de Flotte veut que la société, contre le droit et la justice : n'ait plus de sollicitude pour l'esprit et le cœur des jeunes générations ; qu'elle livre rame de l'enfant, à l'autorité de diverses opinions : toujours éminemment capricieuse; et, toujours éminemment ennemie de la vérité.

Comment, M. de Flotte n'a-t-il pas vu : qu'une société, nécessairement, doit dominer l'éducation et l'instruction, en faisant accepter comme vérité : ce qui est socialement imposé comme tel, par I4 foi ; ou, socialement reconnu comme tel, par la science. Et, que cela doit être : sous peine de mort sociale.

— « 11 se produit de nos jours, dit M. de Flotte, un mouvement sérieux, dont la tendance est de remettre à la providence sociale le soin de Téducation hygiénique et morale de Tenfance. »

— Soit! Supposons ce mouvement accompli. Eh

DE tA SOUVERAINETÉ. 133

bien ! qu'est-ce que la providence sociale, d'une époque panthéiste, inculquera aux jeunes générations? Qu'elles doivent se dévouer? Soitl Puis, que diront- >Mles : quand) l'instruction panthéiste viendra leur dévoiler : que, se dévouer est une sottise ? Elles diront nécessairement : que, se dévouer est une sottise ; et, les hommes, qui sortiront de cette école, seront néci^s- Bairement : ou des imbéciles ; ou des fripons.

— « Ce mouyement , continue M. de Flotte , est une conséquence de la croyance à la solidarité,»

— Une croyance sociale, en présence de l'incompressibilité de l'examen I La solidarité, au sein du panthéisme, qui en est la négation absolue I Ah çà I de qui donc vous moquez-vous ici ?

— - « Si la société catholique, continue M. de Flotte, qui ne croyait point à la solidarité humaine y» '

— Comment ! la société catholique, qui fait tous les hommes égaux devant "Dieu, leur protecteur commun ; cette société nie la solidarité ? Je le demande encore : de qui se moque-t-on ici.

— > a ..... reconnaissait , continue M. de Flotte , le deroir de sur- Teiller le tuteur de Tenfant, la société future verra dans cette surveillance one nécessité; il est hors de doute qu^elle s'emparera de cette tutelle. »

— Ah ! elle s'en emparera. Et, qu'est- ce que la société apprendra aux jeunes générations? Que, la nature

134 DE LA SOUTBiAllIRÉ.

est Dteu, n'est^ilpas vrai ? Puis elle leur dira d'après vous (p. 275) :

— - « Qme ù It sature est Di bd , la mmnàû s'a rien de aéceasaire , el doit être soumise au caprice des forces naturelles. »

— Et, ce seront des générations bien instruites ; et, sifftout, bien morales !

DE hk SOOVBRAIirETÉ. 135

•< En résumé, dans notre législation, les trats personnels étant exceptionnels, sont proYÎ- 8oiBe8v«a l'état «ctuel ii «trait inaessé de compter sur leur dorée*

« Le plus important de ces contrats, le ma* riage, se tronyera bientôt isolé; les contrats anaïogma an cc i m bcro Bt avant loi. Mna» de ca moment, il sera livré sans défense aux entreprises de ses ennemis; injusUfiabie en droit, parce qn*i^ tat contraire à la loi ofitareUe et manley il devat devenir incompréhensible en fait, parce que nulle xnstitQtnni analogue n'y préparera les esprits. »

M. IMS F1.0TTE, p, 432.

—M. de Flotte s'imagine, sans doute : que, l'organisatîoû sociale est un contrat personnel ; et, que c'est seulement en vertu de ce contrat, qu'il est permis, qu'il est de droit, de mettre la camisole de force : soit, à l'assassin; soit, au maniaque, toujours prêt à le devenir.

Quant au mariage, que M. de Flotte en attaque l'or^ ganisation actuelle, je le conçois. Mais, si Torganisatîen du mariage est attaquable ; le mariage, en luimême, est sacré : parce qu'il est inhérent à l'humanité r comme la propriété, la famille, ou la religion. Dire : q[ae le mariage est injustifiable en droit, et inoompré hcmôble en fait, ainsi que le fait M. de Flotte ; c'est, né point rester conforme à ses propres recommanda-

136 OB LA SOUYEBÂINRTÉ.

tions. Il avait dit : « £n touchant au mariage j on touche aux organes vitaux de V ordre social; là toute bless^ure est mortelle. »

En parlant, ensuite, aussi déraisonnablement du mariage ; il justifie toutes les injures : que, les conservateurs de la vieille société vomissent, journellement, contre les socialistes ^

— « Le serrice militaire, continDe M. de Flotte^ en tant qu'engagement personnel, est lui-même menacé. »

- — Le service militaire menacé, sous la liberté de conscience! C'est, le contraire qui est la vérité. Sous la liberté He conscience j les soldats se multiplieront à un tel point : que^ par cette même multiplication, il deviendra évident : que, cette prétendue liberté n'est que l'esclavage, sous le joug de l'ignorance.

Le service militaire et les nationalités disparaissent simultanément : devant la démonstration de la réalité du droit.

M. de Flotte revient de nouveau au mariage.

— « Ce fut, dit-il, un semblable progrès , quand la femme , de sujette de rÉtat, devint citoyenne de l'Église et sujette de Dieu. »

—Cette malheureuse idée de progrès, gâte tout ce qu'elle touche. Dès, l'origine de Dieu, qui correspond à l'origine sociale, la femme, comme l'homme, est sujette de Dieu. Encore une fois, est-ce que M. de Flotte s'imagine : que, la divinité ne dominait point la société romaine, un million de fois plus qu'elle ne

DB LÀ SOmrERÀIMETÉ. 137

dcmiine actuellement la société française? C'est, seulement, sous la liberté de conscience : que, la société se trouve pri\ée de Dieu : soit personnel, soit impersonnel. La liberté de conscience^ c'est la possibilité de ne pas en avoir ; et, Tabsence de toute espèce de Dieu ou de justice étemelle, n'est autre : que, l'absence de toute conscience plus qu'illusoire.

— • « A ce Dieuy continue M. de Flotte^ tous avei substitué llËtat. »

— C'est une bien tristie substitution, il faut en convenir. Mais, qu'est-ce que M. de Flotte, sul)8titue à l'État? Le néant. Il est vrai, qu'en l'absence de Dieu, le néant et l'État sont une seule et même chose.

— « A la loi qui ne pouvait changer, vous avez, continue M. de Flotte, substitué une loi que tous uvez voulue, que d'autres pourront changer demain, qui demain peut être l'esclavage. »

— C'est, Monsieur : que, partout oii la justice éternelle cesse d'exister socialement ; toute justice est exclusivement relative à la force. En partant de l'absurde, vous voudriez des conclusions raisonnables ! C'est absurde.

— • « Il faut le dire, continue M. de Flotte, en l'absence d'un idéal supérieur à la vie, le mariage est un contrat d'esclavage et de prostitution pour la vie. »

— L'idéal, Monsieur, est le rêve d'un imbécile. Et, à cet égard, l'incompressibilité de l'examen a réveillé les imbéciles. L'idéal est rentré à Charenton, d'oii il

138 T>n LA SOUVnUIHBTt.

était sorti. Ce n'est plus d'iBÉiL qu'il est quesbos; c'est, de réalité. Socialement parlant^ la réauxémixa MoaT : est deirenue une incoatestable vérité.

— « Oh ! Yoos le laTes iMen y cAntinae M. de Flotte : afee la fei, l^lise^ il n^est que des épouses ; hors de TËglue et dans T amour, il n*est que des amants ; hors de TEglise et de Tamour , il n'est que des concubines. »

— Et, comme hors d'une Église, soit par la foi, soit par la science, il n'y a de possible : qu'amour de bête ; voilà toute femme, selon M. de Flotte lui-même, ne pouvant être qu'une prostituée : dès , qu'elle se trouve hors de toute Église. Puis, M. de Flotte, sachant qu'il n'y a d'Église possible : que, par la foi; ou, que par la science ; déclare : toute Église par la foi déçue; et l'Église par la science impossible. Il s'ensuit : que, les femmes doivent bien de la recoa-naissance à M. de Flotte !

— tt Les mœurs, dit M. de Flotte, sont, en ce temps^ si fort an-i des lois^ et les femmes ont tellement la conscience des atteintes que k mariage ci^il porte à leur dignité et à leur liberté, qu'elles refusent éner* giquement de le considérer comme aiitr« chose qn*une vaine formalité. L'opinion des hommes les plus sceptiques et les plus indifférents en mar^ tière de religionj^es soutient avec raison dans cette voie. »

— Avec baison, est très-joli : pour des gens indifférents en matière de religion I Alors, pour eux, la base raisonnable de Tordre social : est, la promiscuité. M. de Flotte a-t-il réfléchi : à ce qu'il écrivait?

— « Le mariage religieux, continue M. de Flotte, confère encore sent.

DE LÀ SOlJVeilAIKBTÉ. 139

aux yctu êe ht grande imî«ri(é des eitoyent, le earaclire sérieiix et le respect qui s'ailaeiie mi titre ^^éponse.

« Ainsi l'esprit de la nation s'oppose invinciblement à ce que la législation protège le mariage religieux. A moins «

— Écontez bien l'a moins.

— « A m«iDS) coBiiBoe M. dé Flatte, de renoncer à fo liberté 4e cont' cience^,, »

— Ainsi, la liberté de conscience^ selon M. de Flotte lui-même, conduit nécessairement : à la promiscuité l Et, la liberté de conscience ^ toujours selon M. de Flotte, n'est autre : que la souveraineté du peuple.

11 est joli, reloge de la sotiTaraîneté du penple !

Je reprends :

— « A moins de renoncer 1 la liberté de conscience et d*Ai>0PTEB une religion d'État »

— Une religiim d'État hors de la ibî et delà scienee ! M. de Flotte n'ignore point : que, ce serait une fille qui n'aurait pas eu de mère ; ou mieux une fille qui aurait fait sa mère. La religion engendre l'État ; et, jamais l'État n'engendre la religion. La religion ne s'adopte point. La religion est toujours iid^^sée : soit par l'éducation ; soit par l'instruction, hnposée par l'éducation; c'est, une religion par une foi. Imposée par l'instruction ; c'est, la religion jpar la science.

Je reprends de nouveau, car c'est important.

— « A moins, dit M. de Flotte, de renoncer à la liberté de conscience et d^adopter une religion d'État , la protection légale de cette institution

i40 BB LA 80UVBRAIMBTÉ.

(le mariage) aurait les conséquences les plus monslruenses et les plus co tradictoires, et pourrait conduire à une véritable promiscuité. »

— Ainsi, la promiscuité est monstrueuse; et, l'absence de religion y conduit ; et M. de Flotte nie la religion ; et, M. de Flotte écrit pour empêcher les monstruosités sociales 1 M. de Flotte aurait besoin : de recommencer un cours de logique. Et, ne vous y trompez pas ; M. de Flotte est l'homme le plus logique et le plus sincère qu'il y ait : dans la secte panthéo-socialiste.

— « Le même esprit, continue M. de Flotte , se refuse à entourer le mariage légal d'une considération suffisante.

« Si bien que , pour conserver à la société ses formes traditionnelles, nous sommes réduits à ne pas protéger ce qui nous semble digne de respect, et à protéger ce qui ne nous en semble point digne.

« Une telle situation est le signe d'une dissolution sociale. »

— C'est, que la liberté de conscience^ nécessairement : est le prélude, de toute dissolution sociale possible .

-~ « L'idéal et les lois se séparent, d continue M. de Flotte.

— C'est, que sous la liberté de conscience : Tidéal est une sottise; Jes lois faites, des sottises ou des crimes; et, presque toujours : l'un et l'autre.

— « La société devient un fait, continue M. de Flotte ; elle cesse d'enfermer un principe. Les institutions sont devenues impossibles. »

— Elle est jolie, la liberté de conscience : qui rend les institutions impossibles. Est-ce que M. de Flotte veut '

DE LA SOUTERAINETÉ. 141

se passer d'institutions ; et, voir la société, rouler sur elle-même, comme le globe?

Après, un nouveau galimatias sur l'idéal ; M. de Flotte nous dit :

— « Lorsqo^on se préoccupe du sort d'une institution, il ne suffit point d^étudier la législation qui la régit pour juger de son avenir avec certitude. Bien que cette législation soit absolument impropre à la conserration, l'institution peut vivre cependant , ei de mauvaises lois peuvent être abrogées et remplacées par des lois meilleures. »

— ^Abroger la loi I faire la loi I tout cela appartient : à V idéal et à la liberté de conscience. Hors, ces deux domaines charentonesques : les lois sont supposées et imposées, paj* une foi; ou, découvertes et imposées, par la science.

n paraît : que, M. de Flotte prétend avoir à proposer une base d'ordre, qui n'est ni Ja foi ni la science. Voyons : quelle peut être, cette nouvelle quadrature du cercle.

Voici, un début qui ne lui est point favorable :

— «Tout d*abord, dit-il^ je dois constater que cela est un des symptômes les plus graves de la décadence d'une organisation sociale^ d'en être réduit à la nécessité de rechercher les conditions de Tordre et de la stabilité dans l'élément mobile des opinions , des intérêts , des mœprs , au lieu de les rencontrer dans l'élément fixe des codes et des lois, »

— Et, ailleurs, M. de Flotte repousse toute législation comme base d'ordre.

Ainsi, la base d'ordre de M. de Flotte ne sera point la Icfi. Et, comme hors la loi, socialement seule expression possible de la raison bonne ou mauvaise, il n'y a de possible que la nécessité physique j la base

142 DE LA IOU¥KRàLNETÉ.

d'ordre de M. de Flotte est rautomatisme. Dès lors : M. de Flotte est un automate ; et, nous aussi, somioeB des automates. A cela, que faire : puisque, nous sMunes incapables de faire ; et, seulement faits ou plutôt nés, pour fonctionner? Rien. Car, dans rien, il n'y a que rien.

Voyons, cependant y ce que M* de Flotte s'ioiagine trouver dans le rien. Ce sera curieux.

A propos de la doctrine, relative à l'absence de lois, M. de Flotte dit :

— « 11 suffit de percer liardiment les nuages mystiques dont ces doctrines sont Yoîlées pour être saisi d*horreur et de dégoût à la vue de leur cemiption, de leurs conséqneBces yicieuset et de leur laideur. »

— Il faut convenir : que, M. de Flotte n'est point charlatan; et, ne vante nullement sa marchandise.

— « Ces doctrines, continue M. de Flotte après les avoir exposées , ne sauraient être trop énergiquement stigmatisées. Elles sont AOtre jésuitisme à nous^ les lâchetés et les hypocrisies de la liberté. »

— Hors Charenton, je n'en connais pas d'autres possibles : pour la liberté de conscience. Si je me trompe : que, M. de Flotte ait la bonté de me tirer d'erreur.

— a Des doctrines plus austères, continue M. de Flotte, élèvent Tidéàl de la monogamie. »

— Que, tous les enfers possibles, puissent emporter l'mÉAL, à tous les diables possibles ! Sommes-nous donc condamnés à n'avoir jamais : que, du galimaèias? Voyons, cependant , les doctrines bases de I'idéal de la monogamie.

DE LA aOCTSIlàmETÉ. 1 4S

— • « Ces docfriacs s» résoraeni tontei ^ coDlinne M. fie Flotte, danfl Tidée religieuse. »

— Mais, homme de tous les bon Dieu! vous n'en ▼onlez point d'idée religieuse : puisque tous êtes panthéiste. Pour Famour de la logique, tâchez donc de sortir du galimatias !

Hélas ! nous n'en sortirons pas.

— « Quand on eiamine , dit M. de Flotte, l'ordre social au point de Tue des intérêts malérieU, renserable dei citoyens le divÎK hitubiluebuit en trois classes : la classe riche, la classe moyenne^ la classe pauvre; c'està-dire la classe qui jouit du superflu , la classe qui possède le nécessaire sans superflu, la classe qui manque du nécessaire. »

— Allons ! voilà notre socialiste qui veut coneenrer : la classe qui manque du nécessaire ; puisqu'il la regarde comme naturelle ! Quand, je vous disais .; que, le socialiste du panthéisme, ne vaut pas jnieux : que, l'économiste de l'anthropomorphisme ; et, que les deux .font la paire ! avais-je raison ? *

Et, là-dessus M. de Flotte écrit une grande page, pour prouver : que, telle est sa pensée ; et, qu'il y aura toujours : une classe manquant du nécessaire. Nascitur ridiculus mns.

Vous croyez : que, sur cette échelle du ridicule, il est hnpossible de monter plus haut? Erreiu*. Écoutez :

— flt^ Ton se place, dit M. de Flotte, au point de tuo des sentiments monuix^ les citoyens se divisent «insi natureUement;. . »

Encore naturellement. Vous voyez ! il y tient,

144 DB LÀ fOUYERAlIflTÉ.

— «... se diTi^ent ainsi ntinrellement en trois classes : la classe savante, la classe moyenne, la classe ignorante. »

— C'est juste. Dans la doctrine du progrès continu, doctrine du diable ou de l'ignorance : il y a toujours ; des savants d'aujourd'hui, qui seront des ignorants demain; et, des ignorants d'aujourd'hui y qui seront des savants demain ; pour redevenir des ignorants après-demain.

Ainsi, conservation du paupérisme moral et du paupérisme matériel : tel est I'idéal du socialisme panthéiste. 11 est joli, TidéalI S'il n'y avait que ce socialisme possible-, je vouerais le socialisme à tous les diables .

Vous avez vu, tout à l'heure : que, selon M. de Flotte lui-même, le mariage ne peut avoir de base : que, la religion. Écoutez maintenant :

— a II ne faut donc point, dit-il^ compter sur la religion pour conseryer le mariage. L'enseignement chrétien est désormais impuissant, et nul autre enseignement ne viendra se substituer à lui. »

— M. de Flotte est-il bien sûr : que, nul enseignement religieux scientifique, ne pourra se substituer : à l'enseignement religieux dogmatique ? Cicéron disait : « 11 se trouve de ces esprits... qui prennent les bornes « de leur talent pour les bornes de l'art. » Ce passage de Cicéron, ne pourrait-il pas s'appliquer : à M. de Flotte?

Nous avons vu M. de Flotte déclarer également : que, le mariage, ne pouvant plus être soumis aux lois, devait être subordonné : à Tinfluence moÊile de l'opinion.

DE LA SOUVElAlMETÉ. 145

Maintenant, écoutez encore :

— K II est également Yrai , dit M. de Flotte , que c'est un grand péril quand une institution si importanie est soumise à la réglementation de Topinion, et cesse d*être régie par Télément plus stable et plus conservateur des lois. »

^— M. de Flotte aurait mieux fait, avec son immense talent, de se borner à exposer le mal social ; et, de dire ensuite : en vérité, je ne sais nullement ce qu'il

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