IMPOSSIBLE
— Cela revient à dire : la religion réelle n'existe pas; il n'y a que des religions gréées, faites de rien, des calembredaines. 11 faudrait donc , une calembredaine plus parfaite ; c'est-à-dire : moins sotte, que les calembredainespassées; plus logique, c'est-à-dire basée sur des sophismes, moins perceptibles aux imbéciles qui se croient savants ; fondée par de plus justes esprits ; c'est-àrdire : par des faussaires plus adroits ;
92 DB LÀ SOUYEHÀIKETÉ.
affirmée, par de plus grands dévouements; c'est-à-dire : par de plus grands sots ; honorée, par de plus nobles victimes ; c'est-à-dire : par des imbéciles de plus haute volée, se faisant massacrer pour des sottises ; cela me paraît impossible : en présence de l'incompressibilité de l'examen.
Dans cette hypothèse, M. de Flotte a parfaitement raison.
Mais, si la religion réelle existe; et, qu'elle puisse être démontrée ; rien, n'est plus facile, alors; que, d'avoir cette religion : analogue au christianisme, puisqu'elle serait la réalité, dont le christianisme n'aurait été que le symbole; non point plus parfaite que lui, ce qui serait encore imparfaite, mais parfaite ; non point plus logique, ce qui serait encore non-logique, mais logique; non point plus élevée, ce qui serait encore infiniment bas, mais infiniment élevée ; non point fondée par de plus justes esprits, ce qui serait encore des esprits faux, mais par la raison elle-même ; non point affirmée par de plus grands dévouements, ce qui ne serait encore qu'un égoïsme relatif, quand le dévouement n'est pas absolu, mais par le dévouement absolu; non pas honorée par de plus nobles victimes, car une noblesse relative peut être de l'avilissement, mais par des victimes aussi nobles que possible ; car, rien n'est audessus : du dévouement à la vérité.
— « Il reste une solution , dit M. de Flotte. »
— Voyons cet autre membre du dilemme ; et, sur-
DE Là SOUVEHAIITETÉ. 93
tout, voyons s'il diffère du premier ; c'est-à-dire : s'il loi est incompatible.
— (c Gonstitaer , dil M. de Flotte, un ordre social qai ne soit pas nécessairement iMisé suc la monogamie permanente. »
— Pour discuter ou commenter une phrase, il faut la comprendre*
Si, par monogamie permanente^ M. de Flotte comprend mariage indissoluble ; je lui répéterai : que , le mariage a toujours été dissoluble ; et, qu'il n'y a là aucune opposition, avec le mariage religieux.
— « ...et qui soit, continue M. de Flotte, ei^ harmonie avec la loi naturelle et la liberté. »
— Rien de plus facile : dès, que loi wa/ure/fe signifie : loi rationnelle; et, que liberté signifie : obéissance volontaire à cette loi^ ou, le contraire de V esclavage; qui est : V obéissance aux passions indépendamment de la raison.
— « Non-seulement, continue M. de Flotte , un tel ordre serait compatible avec Fémancipation de la femme.... d
— L'émancipation de l'humanité, du joug de l'ignorance ; comprend : Témancipation de l'homme et de la femme. Parler de l'émancipation de la femme, autrement que de ce point de vue, est encore : une des innombrables sottises du dix-neuvième siècle.
— « ...et, continue M. de Flotte, l'adoucissement de la pénalité légî«latiYe. » ^
94 DE L4 SOUVSaAlNETÉ,
: — n fallait dire : V anéantissement de la pénaliU légis-^ lative. Cette pénalité est exclusive : à l'épaqpie d'ignorance. Quand, l'humanité se trouve émancipée, du joug de rignorance ; il n'y a plus de criminels ; il n'y a que des malades. Est-ce qui! y a des crimmels : en mathématiques ?
— « ...mais, continue M. de Flotte, il leur gérait ttUMaenl £iver«bk, que 1* émancipation serait complète et la pénalité nulle, i»
— Tous voyez : que, M. de Flotte a l'empirisme de ce qui doit être. Seulement, son leuTj, qui ne se rapporte qu'à la femme, doit se transformer en lui; et, se rapporter à l'humanité.
— « Cette solution , continue M. de Flotte , présente de grandes difficultés. »
— En rien, Monsieur ; car, cette solution, et la première, doivent n'en faire qu'une. Et, voilà comment les antinomies ne sont des difficultés : que, pour les enfants.
Après cela, M. de Flotte retombe dans le galimatias. C'est, que M. de Flotte est panthéiste; et, que le panthéisme, n'est qu'un éternel galimatias.
»e i« wvfKHàm^té. 95
<( Le mot idéal, est le masque : de Tignorance vanifense. ^
— « Toutes les relations sociales, et les institutions qui les représentent , se justifient par P}déah
« Si bien que l'on peut dire que la conception de Dieu est le type de l'idéai, et Vidéal le type des nlations hamaiAes; ou bien que les institutions sociales sont la forme que revêt Vidéal mo'" cial, et que cet idéal est la forme que revêt la conception de Dieu^ »
M. Ds Flotte, p. 378.
— Voulez- VOUS que je vous donne un bon conseil ? Quand vous entendez un homme prononcer, sérieusement, le mot idéal; sauvez-vous de lui, je vous assure qu'il est mordu : et, ne vous en laissez approcher; que, lorsqu'il sera guéri.
C'est bien dommage que M. de Flotte ait été mordu ! car, c'est une magnifique intelligence. Seigneur! par donnez-lui son galimatias métaphysique ; il est bien malade !
Dans un de ses rêves mystîco-pathologiques (p. 382) , M. de Flotte prononce : l'impuissance du spîritualiismé ; et, dans un de ses mT)ments lucides il a déclaré : qu'au sein du panthéisme, il ne pouvait y avoir que des serins sifflant l'air du matérialisme. Tout M. de Flotte est dans ce rapprochement.
96 BK Là 80UVBRÀI1ŒTÉ.
Et, cependant, même au milieu de ses rêves, M. de Flotte a reconnu : que, la sensation appartenait exclusivement à l'âme ; et, que l'organisme était absolument incapable de sentir. Jusque dans la manie, ud grand homme dit souvent : les choses les plus admirables !
Voulez-vous me permettre de vous donner encore un petit exemple de gaUmatias ? Celui-ci, je vous en préviens, est purement pathologique ; et, n'a rien d'admirable.
— « Gomme nn rè?e immobile, dit M. de Flotte, le type de Theragone assiège incessamment Tabeille ; elle le réalise et son œuvre est harmonie. Le type absolu de Tordre m* obsède ainsi ; je le réalise dans la vie , et mes œuvres sont justes : je suis heureux et supérieur aux autres hommes. )>
— Voilà deux machines bien heureuses 1 Je désire : que, l'abeille et M. de Flotte aient autant de bonheur : en veillant qu'en dormant.
C'est, cependant, bien dommage : que, de pareils galimatias soient lus par des jeunes gens ; qui, la bouche béante, se creusent la tête : à chercher un sens raisonnable à ce qui n'en a pas ; et, finissent souvent : pai* s'endormir; et, devenir également maniaques. Est-ce donc une loi d'ordre moral : que, lorsqu'il y a exubérance d'intelligence; et, que celle-ci ne peut être appliquée à la connaissance de la vérité ; elle soit nécessairement appliquée : à organiser des chimères? Héias ! oui. C'est inhérent à l'expiation; c'est un résultat d'ignorance et de vanité.
Voulez-vous eneore iin rêve de M. de Flotte?
— « Partout, diUil, l'esclavage a dispara devant le catholicisme. »
— Alors retournons au catholicisme ! Et, que ce soit fini par là. M. de Flotte aurait dû dire : L'esclavage disparaîtra devant le catholicisme réel ; et c'est seulement alors qu'il peut disparaître.
' M. de Flotte ne ferait pas mal, d'aller, quelque peu, à l'école de M. Michel Chevalier. Il y verrait : que, de toutes les espèces d'esclaves, l'espèce prolétarienne est la plus malheureuse.
Le dernier chapitre est intitulé : les contrats personnels ET LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE.
M. de Flotte blâme la contrainte par corps. Trèsbien 1 Mais, cette contrainte est inhérente à notre société. Comment la société nouvelle peut-elle exister? Voilà ce dont M. de Flotte ne dit pas un mot. Alors, à quoi peuvent Servir ses discussions ? A détruire . Soit l
— M. de Flotte nous affirme : que,
— «Le contrat personnel, qui ne peut se justifier que par la théorie du sacrifice de la personne à Tordre social, a perdu tout le caractère moralisateur qu'il possédait dans une société basée sur Tobéissance et la foi, pour devenir essentiellement démoralisateur ou dégradant dans une société basée sur la discussion et la Uherté, d
— Ici, discussion et liberté sont mis : pour liberté de conscience.
Alors, accusez la liberté de conscience d'être démoralisatrice; et, vous. serez dans le vrai. C'est, qu'en effet, cette Ubertê n'est que l'ignorance vaniteuse, mise en présence de l'incompressibilité de l'exa- I. 7
98 DE LA SOUYERÀINETÉ.
men. La liberté de conscience n'est autre : que, l'anarchie; elle conduirait rimmanitéà la mort : si, l'excès de mal qu'elle cause, ne forçait : à chercher le moyen de l'anéantir, par l'anéantissement de l'ignorance.
Tout contrat personnel, pour autant qu'il se trouYe en opposition avec l'éternelle raison; et, par conséquent avec la volonté de quiconque en conmaît l'expression ; se trouve anéanti : par l'anéantissement de l'ignorance sociale .
M. de Flotte comprend-il maintenant : que, le cqu^ Irat individuel n'est pas toujours nul et sans objet?
— « On doit conceToir^ dit M. de Flotte, que si rindirida engage IV venir par un pacte quelconque , il tabstilue de son plein droit une ki écrite à la loi vivante, s'enferme lui-même dans Tancien droit, et devient, au sein de la société^ la négation du droit nouveau. »
— Voyons, Monsieur! laissons de côté cette ridicule expression loi vivante, pour y substituer : l'expression loi réelle, loi exprimant ce qui est «ordonné, par l'éternelle raison. Eh bien 1 Dès, que l'ignorance sociale se trouve anéantie, la loi écrite n'est autre : que, l'expression de l'éternelle raison. En quoi donc, s'il vous plaît, quiconque engage l'avenir, par un pacte quelconque conforme à cette loi, en quoi dis-je, substitue-t-il de son plein droit ; une loi écrite à la loi réelle, puisque les deux sont alors identiques?
C'est impossible, dites-vous. Alors, votre loi vivante n'est que le caprice de chacun ; ou plutôt, que les passions de chacun ; et, livrer l'ordre aux caprices, aux passions de chacun ; c'esTt, livrer la mer aux tempêtes du déluge.
BE LA SOUmAlHETti. 99
Maintenant^ écoutez ;' et, vous allez voir : que, de Taveu delMl. de Flotte lui-même, tout son désir est de périr dans le déluge.
— « Si, dit-il, la société est basée sur une loi divine révélée. .. »
— Un temps d'arrêt ici. Remarquez qu'il y a : révélation hypothétique basée sur la foi ; et, révélation réelle, basée sur la science. Maintenant je recommence la citation.
— «( Si la société est basée sur une loi divine révélée, si telle est votre foi (1)^ cette société devient à vos yeux l'expression de Tordre et de l:i perfection ; Dieu (2) vit en elle et se manifeste en elle. Vous vous sacrifiez à la société^ vous contractez en vue d^elle. Je le comprends : cela est beau, cela est juste. En soumettant ainsi votre volonté à la société (5) , vous sacrifiez V homme à ce qui est ait-dessus de l'homme : cela est légitime,^»
— ir fallait dire : vous sacrifiez la passion à la raison^ vous sacrifiez la bête à Thomme. Cela est raisonnable.
— « Mats, continue M. de Flotte, si la société n'est plus que le résalii tat des volontés humaines (4) , elle est votre œuvre ou l'œuvre, d'êtres semblables à vous. A ce résultat de la raison et de la conscience humaine, à cet ouvrage de vous et de vos égaux , Tea vous demande de sacrifier votre conscience et votre raison ; à l'œuvre on vous demande de sacrifier
(i) Ou, si telle est la science.
(3) DMA, en époque de eenaaissance, l'étemelle raison , réternelle justice.
(3) A la, raison, faut-il dire en époque de connaissance. Et sacrifier sa tendance de passion à la raison , c'est être véritablement libre : toute autre liberté apparente n'étant qu'esclavage.
(4) Hors le panthéisme il n'y a, rationnellement, de volonté que chez l'bfittune. Et, au sein du panthéisme, de l'aveu même de M. de Flotte, il n'y a que des volontés illusoires; puisqu'alors XoxiiesX nécessairement dominé, par les lois d« la nurtière.
fOO DB LÀ SOUVERAINETÉ.
TouTrier, à Teflet de sacrifier la cause : cela est insensé. Vous adorei une statue que tous avez moulée : c'est une idolâtrie. »
— Maintenant redoublez d'attention.
— a En somme, continue M. de Flotte, je dois le répéter, la liberté de conscience et d*examen fait de la coiMCtence individuelle le setU Dnv de l'humanité, de la logique le seul juge, »
— Redoublez encore d'attention.
— a Si, continue M. de Flotte (et le Saint-Esprit en personne ne parlerait pas mieux) , si , dit-il , de ces libertés mêmes ne jaillit point une puissante autorité, il faut les nier, les combattre, ou se résoudre au plus affreux désordre, à l'anarchie la plus sauvage, La société n*est plus possible, elle n'a plus de passé , plus d'avenir, et, dans le présent, elle aboutit à l'individualisme le plus absolu. Les hommes sont désormais sans religion, sans lois, sans critérium commun. »
— Comment est-il possible, qu'un homme aussi instruit que M. de Flotte, ne voie pas : que, tout ce qu'il vient de dire existe nécessairement : aussi longtemps que la liberté de conscience est possible. La li-
*iberté de conscience ne peut avoir pour résultat qu'une opinion; et, l'opinion est exclusivement l'expression de rignorance. Lorsque la réalité du droit est démontrée, d une manière scientifique ou rationnellement incontestable ; est-ce qu'il y a possibilité de liberté de conscience sur le droit ? Est-ce qu'il y a liberté de conscience possible sur la démonstration du carré de l'hypoténuse? M. de Flotte a raison. En époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit, il faut, sous la liberté d'examen, se résoudre : au plus affreux désordre; à l'anarchie la plus sauvage. La société n'est plus
DE LA SOUVERAINETÉ. iOl
possible, elle n'a plus de passé, plus d'avenir; et, dans le présent, elle aboutit à l'individualisme absolu. Les hommes sont désormais : sans religion, sans lois, sans critérium communs.
— « Mais,' continue M. de Flotte , si les axiomes fondamentaux de la conscience^ si les règles de la raison sont , au contraire, identiques dans tous les individus de Tliumanité... o
— Comment, un homme, aussi instruit que M. de Flotte, peut-il établir une pareille Jiypothèse à double sens ? La conscience de tous les hommes est identique : relativement à tout ce qui est science^ relativement à tout ce qui est démontré, d'une manière rationnellement incontestable. Tous les hommes, sans exception, auxquels il a été démontré : que, le carré de l'hypoténuse est égal aux carrés de deux autres côtés pris ensemble, seront unanimes sur cette vérité ; et, cette même vérité leur sera imposée par leur conscience, qui, du moment qu'ils seront éclairés, cessera ainsi d'être U4 bre. Mais, allez questionner à cet égard, dix mille ignorants ; et, si dix mille réponses différentes étaient possibles, vous pourrez les avoir toutes : parce que tous auraient la liberté de conscience à cet égard. Il y a même plus : si l'un d'eux affirmait la vérité ; et, qu'il l'affirmât sans démonstration rationnellement incontes* table; son affirmation ne serait : qu'une opinion, n'ayant pas plus de valeur que les neuf mille neuf cent quatre-vingt dix-neuf erreurs.
"' « ...alors, continue M. de Flotte, ces axiomes et ces règles suffisent
102 DE LA 60UYERA1NETÉ«
à remplacer les dogmet et les lois; Trais en tons lieox^ en tous tempe» ils anissent tous les hommes dans l'espace et dans la durée ; ils franchissent les limites d^on si^le ou d'une patrie, s'emparent de rQrient et de l*Oecident, de l'avenir et du passé. Si cette identité existe, die est U -consti* tution de la société universelle dans la liberté ; la souTeraineté sociale et l'ordre absolu se confondent avec la souveraineté individuelle et la liberté absolue dans le sein d'une harmonieuse unité. »
— Bravo ! Monsieur, brâvissimo 1 Tout ce que vous venez de dire est admirable, rationnel, incontestable : mais, seulement pour l'époque où l'ignorance sociale sur la réalité du droit se trouvera évanouie. Jusque-là : ce sont les anathèmes, que vous avez prononcés sur la liberté de conscience, qui sont la vérité.
— « Si cette identité n^est pas , continue M. de Flotte, ce mot gêné* rique, I'homme, est un non-sens ^ l'ordre social est un miracle, Ja souveraineté du peuple et la liberté individuelle sont de vains fantômes et les formes ironiques. des anges qui se déchirent au s^ du chaos. »
— Eh bien ! cette identité n'existe pas au sein de l'ignorance, et, en présence de l'examen devrau in* compressible. Alors : l'examen conduit au panthéisme ; le mot générique homme est un non-sens ; l'ordre social plus qu'éphémère, alors n'est point un miracle , puisqu'il a cessé d'exister- Quant à la souveraineté du peuple ; et, à la liberté individuelle illimitée ; ce sont, en effet, et dans tous, les temps : les formes ironiques des anges qui se déchirent au sein du chaos !
A propos des armées, M. de Flotte dit :
— (( Il est déjà fort douteux pour le grand nombre que l'obligation du service militaire soit légitime : elle n'est maintenue que par la nécessité.»
BE LA 60UV£1lÀmETÉ. 103
— Ainsi l'armée est nécessaire dans notre société. Est-ce que M. de Flotte s'imagine : que, ce qui est socialement nÉtessaire^ n'est point légitime? Ce serait une singulière théorie.
Après cela, et quelques lignes ensuite, M. deJPlotte, sentant qu'il s'est trop avancé, dit :
— « Les armées semblent encore nécessaires... c'est une erreur fu neste. »
— Et, comment donc la nécessité de l'armée estelle : et une erreur ; et une vérité ; à quelques lignes de distance ?
Le voici :
Les armées sont nécessaires : tant qu'il y a des nationalités ; tant que l'ignorance sur la réalité du droit n'est point anéantie : parce qu'elles sont, alors, la seule sanction possible : et, de l'existence nationale ; et, du droit imposé par la force.
Quand, par l'anéantissement de l'ignorance sociale sur la réalité du droit, les nationalités se trouvent anéanties ; quand la sanction du droit est incontestablement démontrée inévitable ; les armées : sont inutiles contré le droit; et, cessent d'exister.
Essayez, auparavant, d'anéantir les armées; et, à l'instant, vous serez les esclaves de la force : soit extérieure, soit intérieure.
Après avoir dit d'excellentes choses, sur l'hérédité des fonctions, M. de Flotte ajoute :
— « Uhérédité des fonctions a presque entièrement disparu ; cepen>
101 DE LA SOUVfiRAlKETÉ.
dant il en reste quelque chose dans rhérédité de la propriété du sol. Je dirai plus loin les motifs de cette assimilation entre la propriété de la terre et la fonction sociale. »
— Nous prenons acte de cette annonce. Nous craignons bien que ce ne soit inutilement.
DB t* 80DVKRAIWBTÉ. 105
« La société n^a plss fe drmt de modifier rhomme, et d^exiger qa*il se dénatore (f) pour remplir le rôle qa*elle lai assigne et la senrir (2). Faisant son origine dans raatorité hnmaine, die est une conséquence de la conscienee indivi* duelle(3); elle doit se faire pour llioinme, et rhomme ne -veut plus se taire pour die (4) :
entre ces deux termes , Thomme et la société , celui qui doit se modifier, c'est-à-dire se mwaliser pour devenir adéquat à l'autre, ce n'est pas rhomme, c'est la société. »
M. DE Flotte, p. 419.
— J'en demande mille pardons à M. de Flotte.
Mais, tourt ce passage est du galimatias double, incompris de lui-même et de ses lecteurs. Que signifient, sous le panthéisme, ces expressions homme ^ société , devoir^ etc.? Sous le panthéisme : l'homme n'existe
(1) Pour M. de Flotte, se dénaturer signifie : perdre la liberté d'obéir aux passions, en les soumettant à la raison.
(2) Ainsi, la société n'a pas le droit d'assigner aux hommes l'obligation d'obéir aux lois! Hélas, ce n'est que trop vrai, en époque d'ignorance sociale sur la réalité du droit ; et en même temps d'incompressibilité d'examen l Mais , il faut avouer que c'est bien trîste ; et , qu'un pareil état conduit : à la mort sociale.
(3) Erreur. Elle est alors l'expression , la conséquence de l'ignorance vaniteuse.
(4) Erreur encore. En époque de liberté de conscience, l'homme et la société, conmie la société et l'homme, sont les résultats de la nécessité sociale de l'époque : l'anabchik.
106 DB !•▲ SOUVEIUIHBTÉ.
que comme phénomène ; la société que comme apparence ; et, le devoir est un non-sens, aussi J>îen que le pouvoir : puisqu'alors il n'y a que FoifcTioN.
La société^ en supposant même, qu'alors l'homme puisse raisonner réellement; ce qui suppose également que le panthéisme est une sottise ; la société^ dîs-je, est toujours, socialement parlant, une expression elliptique ayant pour valeur : le résultat de Torganisation des individus qui la composent. Et, comme cette organisation est elle-même le résultat de connaissances acquises, imposées, comme vérité : soit par la force dominant l'éducation de tous, et aussi les développements de l'instruction, afin que celle-ci ne puisse examiner ce qui est imposé comme vérité ; soit par la raison dominant l'éducation, et aussi les développements de Tinstruction, afin que celle-ci puisse démontrer la réalité de ce que l'éducation a imposé comme vérité ; il en résulte : que, la société et ceux qui la composent, sont toujours et nécessairement le , résultat de l'état des connaissances.
Quant à l'expression autorité humaine^ elle est composée de deux mots aussi incompatibles : qu'êtrenéant ; ou que matérialité immatérielle ; ou que per- { sonnalité impersonnelle. L'autorité, en effet, est impersonnelle ou n'est que force ; et, l'homme est personnel ou n'est rien.
S'il fallait : que, la société se moulât sur la liberté de conscience^ il en résulterait : qu'y ayant, alors, autant de consciences différemment éclairées, qu'il y a d'individus; la société qui, par essence, doit être une
BE LA 800VBRAI]!IETÉ. i07
pour ne point périr; devrait être^ en même temps, aussi multiple que le nombre de ses individus. Elle serait alors, ^omme le bon Dieu de M. Cousin, une et plusieurs.
— « Voilà, continue M. de Flotte, le côté profondément sérieux sous lequel doit être envisagée celte décadence de Fesprit de corps, et cette teadaBCê actueUe de tous les koinmes à se généraliser de plus en plus. Ils s'affirment , ils sont dans leur droit et nul ne peut s'y opposer, »
— Eh bien! qu'est-ce que cela prouve? Que, chacun a un droit différent; et, que nul, s'il n'est h. plus fortj ne p^ut s'opposer au droit de son voisin : ce qui implique qu'il peut s'y opposer s'il est le plus fort. C'est, la négation du droit et l'exaltation de la force brutale. M. de Flotte s'imagine-t-il : qu'une société peut persister sur dépareilles bases?
— « Que la société, ajoute M. de Flotte , s^arrange de cela, c'est Taffaire de tous : mais nul ne se modifiera désormais pour elle, i»
— Et, quand tous le voudraient, cela leur serait aussi impossible qu'il l'était à Pascal, qui avait la volonté, au plus haut point possible, de.se faire chrétien. En époque de liberté de conscience chacun est nécessairement esclave de l'ignorance. C'est, que la liberlé, en fait.de vérité j consiste essentiellement à être esclave: soit de l'ignorance masquée de vérité; soit de la coniiaùsance se donnant incontestablement comme vérité^ se dénontrant vérité. Quant à la liberté, en fait d'action, elle consiste exclusivement : à se soumettre, volontairement j à ce que l'on considère comme vé-
108 DE LA SOVVERÀIIIETÉ.
ritéj à faire ce que Ton crmt^ ou ce que Ton sait, être ordonné par la vérité, malgré les obstacles qui s'y opposent.
Sous l'incompressibilité de Texamen, M. de Flotte a raison : tous les hommes s'affirment ; ils sont dans leur droit et nul ne peut s'y opposer.
Et, sous la liberté de conscience, cette situation conduit : à la mort de Thumanité.
Alors, quel est le remède?
La mort de la liberté de conscience, par Tanéantissemenl de l'ignorance sociale : ignorance, dont la liberté de conscience est l'expression.
Alors, la tendance générale de chacun à affirmer son propre droit; et, à ne point souffrir que son propre droit soit violé par personne ; produit nécessairement Tordre : parce qu'alors le droit de tous est le même que le droit de chacun ; que le droit de tous et de chacun est reconnu par tous et par chacun ; et, que la sanction ou droit de tous et de chacun, est démontrée et reconnue : inévitable par tous et par chacun.
— « Il ne faut point s^aveugler sur les résultats de cette tendance, dit M. de Flotte (1). Elle est d'autant plus grave qu'elle est universellement ( acceptée , et que Vimmense majorité des citoyens la regarde comme essentiellement bonne et légitime» »
— Alors, soyez persuadé ; et, par cela seul : que c'est une sottise. En époque d'ignorance et d'incompressibilité d'examen, une affirmation est toujours d'autant
(1) La tendance de mouler la société sur la liberté de conscience»
DE LA SOUVERAIITETÉ. 109
plus éloignée de la vérité : qu'elle a plus de partisans.
—> « Tout effort, continue M. de Flotte , pour combeltre ce meuvement, semblerait une tentative pour recréer des aristocraties et poar chasser de la société le grand principe de Tégalité. »
— C'est le contraire qui est la vérité. Les aristocraties ne peuvent être vaincues ; et, l'égalité, devant la raison, ne peut être établie : que parle règne de la raison; et, sous la liberté de conscience, la force seule peut régner. Or, la force soit brutale, soit masquée de droit, est la source exclusive de toutes les mauvaises aristocraties; la seule bonne étant inhérente : à l'anéantissement de la liberté de conscience. Donc, c'est le contraire de ce que dit M. de Flotte, qui est la vérité.
— « L'instinct public ne se trompe pas, » dit M. de Flotte. .
— L'instinct est la caractéristique de la bête. L'instinct ne peut, ni se tromper, ni avoir raison, pas plus qu'une pierre en tombant ne peut : ni se tromper, ni avoir raison. Quant à ce qu'on appelle l'instinct public ; c'est, toujours une sottise, au maximum de possibilité.
— « n y a plus, continue M. de Flotte , les femmes , dont l'action est •i puissaoHnent conservatrice , et chex lesquelles la force du sentiment familial produit d'ordinaire le respect de la tradition , les femmes se sont montrées sous ce rapport plus révolutionnaires que les hommes. »
— Je n'affirme point que le fait soit vrai. Mais, s'il
Tétait ; cela prouverait : qa'en fait d'ordre social, les
femmes seraient encore plus bètes que les homineB.
•*- « Ceci ne fait pis de doute, dit M. de Flotte : ptrtovt le ridkiile s^altache en quelque sorte aux hommes qui, profondément déTooés à ïmdre social, lui fout le sacrifice entier de leur iodiTiduaUté, et ee aoaggrt qu'à s'absorber dans leur fonction et à la remplir avec perfection et conscience. »
— Et, pourquoi n'en serait-il pas ainsi? Au sein du panthéisme, tout dévouement est une imbécillité; et, le ridicule s'attache aux imbéciles ; comme, la rouille aux vieilles ferrailles.
— « Il ne faut donc point, continue M. de Flotte, leur faire un reproche de reculer devant un tel sacrifice , alors que personne ne leur tient compte de leur dévouement.
« Mais il n'en est pas moins vrai que le respect qui 8*attachait aux fonctionnaires disparait forcément du corps social, et que d^autre part les fonctions sont mal remplies. »
— Comment voulez-vous qu'il en soit autrement ? La société, dites-vous, est panthéiste. Et, au sein du panthéisme, il n'y a de possible que des imbéciles et des fripons : toujours en supposant, qu'au sein du panthéisme , il puisse y avoir des imbéciles et des fripons : ce qui est illogique, puisque au sein du néant personnel, il n'y a personne.
-^ « Ainsi, continue M. de Flotte, je ne crois rien dire d'offensant pour Farmée en affirmant que Tesprit milit-aire s'éteint toa» les jours : on n'ftitne plus à s'entendre k)uer uniquement comme soldat.
« De même, il y a tout autant de distance entre nos anciens parlements et nos coûts de justice, qu'entre Notre-Dame de Paris et Notre-Dame de Lorettc.
« Quant au prêtre, il n'est plus reconnaissable ; il devient chaque jour
DE LA SOUVERAINETli. 111
plas semblable à toot le inonde, et dans quelques années il ne sera qu'on célibataire habillé de noir.
c( Un des signes les plus apparents de ce mouvement des esprits est Tabandon de T uniforme et de tous les signes distinctifs. On s'efforce de faire oublier à tous les nécessités de sa position, et bientôt on les oublie soi-même; on craint d'être pédant, on cesse d*êtra digne : on néglige à la fois ses devoirs et ses droits... » «
— C'est, qu'au sein d'une société panthéiste ; il n'y a, rationnellement : ni droit ; ni devoir. £t, comme l'essence de l'homme est de raisonner; qu'il lui est aussi impossible de ne pas raisonner, que de ne pas respirer ; il en résulte : qu'au sein d'une société panthéiste, personne ne croit : ni aux droits ; ni aux devoirs. Toujours en supposant qu'au sein du panthéisme, il puisse y avoir réellement quelqu'un : ce qui est absurde.
Maintenant écoutez !
— « De l'absence de foi religieuse ou sociale, continue M. de Flotte» est née l'indifférence individuelle... »
— Je suis charmé de voir M. de Flotte reconnaître : que, foi religieuse et foi sociale sont une seule et même chose; et que , de cette absence, naît nécessairement V indifférence individuelle, qui n'est autre : que, la négation des droits et des devoirs.
M. de Flotte, au lieu de dire : de l'absence de foi religieuse^ aurait dû dire : de l'absence dé foi reUgieuse et de vérité religieuse. Il n'en est pas moins TT» : que, M. de Flotte considère la religion, comme base des droits et des devoirs. Alors, pourquoi M. de
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112 DE Là 80U\ERÂlIfBTÉ.
Flotte est-il panthéiste ? ce qui est : la négation absolue du lien religieux.
Écoutez encore !
— (( L*homnie, sans Cûase première, continue M. dej'lotte, ne se comprend plus. »
— C'est, précisément, le contraire qui est la vérité. L'homme, ayant Dieu pour cause première, tombe bientôt dans le panthéisme : qui lui donne la matière pour cause première. Dans les deux cas, l'homme ne peut plus se comprendre : par l'excellente raison que, dans les deux cas, il se trouve être une machine; et, que la compréhension n'est alors qu'apparente. Pour que riiomme puisse se comprendre, il faut : que, les âmes n'aient point de cause; qu'elles soient éternelles ; absolues. Cela est-il? C'est, ce qui est à démontrer. Mais, si cela est ; c'est, la négation du panthéisme.
— « ... et, continuô- M. de Flotte , ne conçoit pas ses travaux sans cause finale. »
— Il y a deux espèces de causes finales : celle relative à une seule vie ; et, celle relative à une succession indéfinie de vies. La première cause finale est celle des panthéistes qui , sous peine d'imbécillité , ne doivent reconnaître : de droit, que la force ; et, de devoir, que d'obéir à la force. La seconde cause finale est celle des hommes religieux : pour ceux-ci, le droit, relatif aux autres par essence, est que ceux-ci obéissent à la loi religieuse ; le devoir, relatif à soi-même, est d'y obéir
i5oi-mênfie. Avec des panthéistes on a l'anarchie ; avec des hommes religieux on a l'ordre : l'un et l'autre nécessairement.
M. de Flotte va vous le dire.
— « Chacun^ dit-il (en Tabsence de religion), a le scepticisme de soimême, et nul ne se prend désormais au sérieux. »
— Alors, pourquoi donc M. de Flotte écrit-il? Estce pour se moquer de nous ? M. Thiers avait bien raison de lui demander : de quel côté des barricades il se trouvait. Il n'y avait, pour un panthéiste, pas plus de raison d'aller d'un côlé que de l'autre : ce ne pouvait être qu'une affaire d'instinct.
— « Dans le chapitre suivant, en examinant les modifications qu'ont subies les bases du contrat personnel le plus général [le contrai social), je tâcherai , dit M. de Flotte , de déterminer la cause invincible et profonde de cet état de dissolution des relations humaines et de cet affaisseiRient de toutes nos hiérarchies organiques. »
— Nous suivrons, avec la plus scrupuleuse attention, l'examen de M. de Flotte.
' Après cela; et, pour la troisième fois au moins, M. de Flotte revient sur le mariage.
— « G^est, dit-il, un sujet très-délicat. Indépendamment de la nature des sentiments que le mariage doit régler et de i^on importance morale, il domine la constitution de la famille. Or l'organisation familiale est le plus puissant élément de conservation que renferment les sociétés mo dernes ; en touchant au mariage on touche aux organes vitaux de Tordre social : là toute blessure est mortelle. Ainsi dans un tel examen Ton ne «aurait apporter trop de soin , de défiance de soi-même, de modération et de prudence ; cependant la maladie est certaine , le péril est imminent, et ce serait une timidité que Ton pourrait à bon droit taxer d*indif-
114 DC LA aOUVEKAlNETi.
férence et de népris pour les komnief, ou d*égeÎ8iiie et die l&cheté»^» de reculer devant l'étude d'une crise inévitable^ de laquelle tous doivent être lyrévenus, à laquelle fous doive«t se préparer. »
— Tout cela, n'est pafi assez clair.
Dans l'étude du mariage, se trouvent les pointa suivants à examiner :
l*" Monogamie ou polygamie.
Supposons : que, la polygamie soit rejetée dès l'abord.
2'' Monogamie indissoluble et monogamie disselubie .
Supposons : que, la monogamie indissoluble soit rejetée dès l'abord.
3** La femme sera-t-elle toujours mineure , dans la famille : sous, la tutelle du mari ; et, sous* la curatelle de la société ?
La négation , de cette proposition ; est, la néga.tion de l'unité de la famille ; c'est-à-dire : la nation de la famille ; c'est, la négation de la molécule sociale ; c'està-dire : la négation de la société. Toutes les excentricités du faux socialisme, ne prévaudront jamais : contre cette incontestable vérité ; et, je dis incontestable : si, ce n'est à Charenton.
— « Le mariage, dit M. de Flotte , domine la constitution de la famille. »
— Ceci, est encore obscur.
Le mariage, ou plutôt l'organisation du mariage, domine : non-seulement la constitution , mais aussi l'existence de la famille ; existence, du reste, qui n'est
BI LA «OIPVfillAIirJSTÉ^ ilB
attaqttable : xjm^ par la fdie et ^n théorie utopiqne ; Btttf, qm est :aiiMJBÎ «lattaqaable ^ au sein de Tordue social : c^pia,^ soleâ anfiehi de l'ordre physique.
I>i!ijreste, ayjint-de parler de faoïille, il faudrait s'en-* tendue sur la vaLeur de «eette eacpression.
La £aiiBlIe, disait, il y a vi&^nieux fiièdos, le prisée des philosophes, se compose : de Vhmnme et de la femme. Supposans' : ^pfie, le prince des philosophes, (fœ le parieaMitf de Paris a jadis défendu de contrarier sous peine d'être peiiéu, n'ait été qu'un sot ; «t, déclarcMQft : que, hm enfants font partie essentielle de la famille : 'Ce qm lest aseei; singuli^^ puisqu'alors un mariage, sa&s enfants, ne serait pas une famille.
Maintenant, une faixuile ne vit pas de l'idr^ exclusivement. SMfi peine de mort, il lui faut une propriété sodividueUe ; ne £»t«oe que le pain qui se trouve : soit dans la main, soit dims la bouche , soit dans Tobsophage, soit dans l'estomac. A cet égard, je m'appuie
auf M. «Cabet hti-méme déelarâat : que, l'absence ab-
soluede propriété individuelle est une fohe.
Veilà, la iCOBstitiiÉion de la famille ; liée : à la constitution de la propriété.
Sous ce rapport d'ensemble, la constitution de la falaâie a varié, du tout au tout, depuis 1789. Alors, toute la propriété foncière appartenait, à la primogéniture dans la famille. Depuis, la propriété foncière est entrée à la collectivité de la famille, par l'anéantissement du droit d'aînesse dans la famiJOie.
lia constitution de la famille renferme encore : Téducation et Tinstruction des enfants.
Sous ce nouveau rapport d'ensemble, la oonstitutionde la famille a encore varié, du tout au tout, depuis 1789. Alors, l'éducation et l'instruction étaient, exclusivement, données par la société ; à cet égard, représentée par le clergé. Depuis, l'éducation et l'instruction des enfants ont été livrées : au chef de la famille; au père, représentant la famille.
Voilà, ce que renferme la constitution de la famille, exposé d'une manière claire. Toute la question de cette constitution , se rapporte à savoir :
1"" Si, la propriété foncière continuera d'appartenir : non plus aux aînés, dans chaque famille; mais, aux familles aînées , dans la société ; ainsi que cela a été décidé : par la révolution de 89 ;
2"^ Si, l'éducation et l'instruction des enfants continueront d'appartenir aux pères, chefs de famille, ainsi que cela a été décidé par la révolution de 1789; ou, si elles appartiendront de nouveau, à la société, ainsi qu'elles lui appartenaient avant cette même révolution.
Voilà, la question de la constitution de la famille, clairement posée. Maintenant, laissons parler M. de Flotte.
— « Plusieurs affirment, dit M. de Flotte^ que Ton doit sUnterdire la discussion sur un tel sujet : je l'ai déjà dit, ce ne sont là que les affinnations de la peur. »
— Ceci, était inutile à dire. Sous l'incompressibilité de l'examen, il est aussi impossible d'empêcher telle ou telle discussion : que, d'empêcher la terre de tourner(l) .
1) 11 existe un utopiste qui prétend pouvoir arrêter le mouvement e la terre. Il y a de tout : dans une époque de liberté de conscience.
DE LA. SOUVERAINETÉ. il7
— « En se croisant les bras, continue M. de Flotte, en fermant la bouche et les yemi, on ne sauTe rien , et ce n^est point à Theure du danger qu'il est couTonMe de s'endormir et surtout de s'irriter contre ceux qu i veulent rester éyeillés. On dit , il est Trai , pour justifier le silence^ que ces discussions agitent des masses nombreuses, unissent des intérêts égoïstes accoutumés à la yiolence , et qu^ainsi, sous prétexte de science et d^études, elles sont un appel à la force brutale et à Fignorance.
« Cette fin de non-reélvoir, yiciense en principe , est absolument sans Yaleur dans la question spéciale que je yeux traiter ici. »
— Cette fin de non-recevoir n'est vicieuse : qu'à cause de Tincompressibilité de l'examen. Mais, ce n'est pas tout de discuter, il faut conclure. Et, ce n'est pas tout de conclure ; il faut : que, la conclusion soit rationnellement incontestable; sous peine : de ne faire qu'embrouiller l'examen.
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