‹ De la souveraineté (volume 2)Chapitre 16 sur 22 · MÈRE IMMÉDIATE · texte numérisé non relu

MÈRE IMMÉDIATE

— « Voilà, dites-Tous, le secret de sa force. »

— 11 est^oli, le secret! Ce qu'il fallait nous dire, I. 12

178 BB 1«4 SOVVBRAIIIETÉ.

c'était, je le répète : le moyen d'avoir la fille avant de se débarrasser de la mère.

— a J*ai tort, ajoutez-Toas, de dire ce secret, n

— Non, Monsieur ; tranqnillisez-voas I il n'y a là aucune espèce de tort. Et, si vous avez besom d'absolution, je vous la donne : au nom de la vérité. Ce dont, néanmoins, je ne puis vous absoudre complètement : c'est , de parler aussi longtemps pour ne rien dirOi. fl est vrai : que, bientôt vous vous relevez glorieusement. Vous dites : qu'il n'y a plus désormais qu'une société possible ; et, pour cela seul, vous mériteriez une cou* ronne. Car, c'est annoncer clairement : la nécessité d'anéantir les nationalités. Vous dites encore : qu'il n^y a plus, désormais d'obscurités mutneUes possibles ; et, c'est annoncer : l'impossibilité 4e pouvoir, désormais baser l'ordre social, sur toute espèce de foi giteU conque. Vous avez raison, Monsieur; cent mille fois raison. Vous voyez donc ; que, sous peine de mort sociale, nous devons maintenant avoir la fille, la vérité, pour souveraineté réelle ; qui, selon vous-même, a seule le DROIT de régner sur le monde. La mère, Monsieur! si, elle continuait de régner ; elle nous ferait tous, nous égorger mutuellement. Ignorance et puissance ! ! Il y a là, de quoi : tuer mille mondes.

nr 1A. sMrvcmiMTi. 179

rv.

« Xa ]^enié,snpii09e le crimie, et si la suppCMsitioii n'est êàmisey fan «ificâcilé monde «feuparott.^,, Si les ennemis da pouvoir conyiennent qu'il a droir êd h j^nir, ffH» i«ceniMissâit qu'il a ârtAt de déployer contre eax la fosce dont il dispose , ^ c'est qu'ils oKt pris le parti de se considérer avec

lui comme en état de guerre. Dès lors tout lien social est rompu ; ce n'est plus de lois, ni de châtiments qjj^H s'agit. Les complots sont des embuscades, les gvfppliees des défîntes. Le gouvernement a perdu sa position morale; il est descendu sur le terrain de la force; tout est ^al entre lui et ses ennettii»; comme il a dfoit de se défendre, on a droit de l'attaquer : il ment s'il réclame lobéissaMto, on ttent sf or hà dettttftde la justice. Tout ^ cela appartient à la société, et la sodété est Ht» soute; il n'y a plus que la guerre avec la liberté de ses aimes, la coitiMité db lEtes périls et rincertitude de ses résultats. »

M. GmzoT, De la peine de mort, etc., p. 48.

^- « Cet état de gœrfe ewciale existe nécessairement : dès qu'il s'y a plus eommunauté dldées sur la réalité du droit, par une foi ^iielcoii(|«e ; et, qie dette Gommonenité d'idées ne peut encore exister par la science.

Et, cela arrive, nécessairement aussi : dès, que l'exameu devient iDoempresalMe ^ et, que l'ignorance sociale sur la réalité du droit n'est point anéairtie. »

CoLiHft^ C^mmenidâre,

A M. GUrZOT.

Le titre de votre dteuxième chapitre est : Du gouvernement dam la démocratie. Cela signifie : du gouverne-

meiit dans la souveraineté du peuple. Ceci n'est point rationnel. La souveraineté formule le gouvernement; et, se trouve en être la sanction valide, sous peine d'impuissance gouvernementale. Il n'y a pas de gouvernement dans la souveraineté ; mais bien , sans la souveraineté. Pour être maître de langue et précurseur de la vérité ; il faut être clair : comme eau de roche. Voyons : si, le chapitre vaudra mieux que son titre; si, le sac vaudra mieux que l'étiquette.

— « Il y a des hommes, dites- vous, que celte lutte (celle des passions] n inquiète pas. Ils ont pleine confiance dans la nature humaine, »

— Qu'est-ce que c'est, s'il vous plaît, que la nature humaine? Probablement, ce n'est point la nature physique. Alors, c'est la nature morale.Car, s'il y a deux natures, ces deux sont les seules possibles. Et, qu'estce que c'est, s'il vous plaît, que la nature morale, la nature qui n'est pas la nature physique ? C'est, le raisonnement, n'est-il pas vrai. Monsieur : à moins, que ce ne soit le déraisonnement? Mais, le raisonnement; tant que dure l'ignorance primitive ; tant qu'on ne peut séparer l'ivraie du froment ; le raisonnement n'est qu'un sot : encore une fois , Monsieur, n'est-il pas vrai? Vous voyez : que, jusqu'à présent, la nature humaine n'a été qu'une sotte ; et qu'elle l'est encore. Voilà, une belle maîtresse que ces messieurs ont choisie. Pour Dieu I Monsieur; donnez-nous bientôt la fille : Afin de nous débarrasser d'une maîtresse aussi sotte.

DE LA SOUYERAmETE. 181

— « Selon eux^ continaez-yous , laissée à elle-même, elle (cette maîtresse) va au bien. »

— Je le pense aussi. Mais, elle n'y va pas vite; au moins d'après notre manière de compter. 11 est vrai, cependant : que, si ses jours, à elle, sont d'un siècle; elle ne va pas déjà si mal. Le temps, dit le Misanthrope, ne fait rien à l'affaire. Que le sonnet soit bon, et nous ne regarderons point à l'horloge.

— a Tous les maux de la société (disent ces hommes) viennent des gouyernements, qui corrompent Thorame en le violentant ou en le trompant. »

— A ! Monsieur. Je prends ici le parti de ces pauvres gouvernements, qui sont innocents comme l'enfant qui vient de naîtpe. Tout gouvernement, est fils de la souveraineté. Si, le gouvernement est mauvais ; prenez-vous-en au père ou à la mère. Fi ! les vilains! qui voudraient fouetter père et mère, sur le derrière du petit prince.

-— « La liberté, disent-ils , la liberté en toutes choses et pour tous. » *

— Ce doit être. Monsieur, une bien belle chose que cette liberté ! Je voudrais bien en voir un petit portrait, ne fût-il que del tarnano de una una (de la grandeur d'un ongle) comme disait le Biscaïen à propos de la Dulcinée. C'est que, voyez-vous, pour parler des gens il faut les connaître. Ne trouveriez-vous point convenable : qu'avant de parler de liberté, nous fussions

d'accord sur la valeur de ce mot liberté? Yom sayei * il faut à cet égard une sentence de jugement dernier. Et, d'après vous-même ; si, cette sentence de jugement dernier n'existe pas, nous n'aurons d'autre devise possible : que , celle, de la Trappe : frères 1 il faut mourir. Je suis persuadé : que, vous savez parfaitement* ce que signifie : le mot liberté. Mais, enfin, vous avez oublié de le dire ; et, vos lecteurs pourraient se trouver embarrassés. Je vais réparer cette omission ; et, révéler votre pensée. Si, je venais à me tromper ; vous, en qualité de père de la fille future , de la saiotd véntô, vous auriezja bonté de corriger mes erreurs. Je commence.

Au sein de l'humanité^ il n'y a de possible : que, raison et passion.

Au sein de la société il n'y a de possible : qu'obéissance et résistance.

La liberté, au sein de la société, c'est donc Tobéissance ou la résistance : soit aux passions ; soit àr la raison.

La liberté, ce n'est : ni l'obéissance aux passions ; ni la résistance à la raison.

Donc^ la liberté, c'est l'obéissance à la raison. '*

Êtes-vous de cet avis , Monsieur ? Il serait bon de le savoir à l'avance. Car, voyez-vous, c'est un point capital 1 Supposons que nous soyons d'accord.

Maintenant, il y a une petite difficulté. Pour obéir à la raison, il faut savoir ce que dit la raison. N'êtesvous pas encore de cet avis ?

Puis, comme la raison ne s'exprime que par le rw-

BE Lk eOUVERAllIETÉ. 183

scmMment ; et, qu'il y a bon et mâUTais raifionnement ; il est de toute impossibilité : d*obéir à la raison ; d'être libre enfin ; à'être libre ^ remarquez bien ceci ; ayant de savoir distinguer : le bon du mauvais raisonnement ; ou, rivraie du froment. Or : comme selon Tows-même, jamais encore Tivraie n'a pu être séparée du froment ; ef , que cette séparation appartient à la fille, que vous nous promettez ; vous voyez : que, jusqu'à présent, il n'y a jamais eu plus de liberté , dans le monde ; que, vous ne nous en avez donné , sous votre ministère. Vous voyez, en outre : que, ces hommes, qui veulent la liberté en toutes choses et pour tous; appartiennent à la classe de ces enfants gâtés, qui crient : Maman 1 je veux la lune. Je suis persuadé. Monsieur : que, si vous nous donnez quelque chose, ce ne n^ra pas la lune ; mais bien, le soleil de vérité. De grâce! tâchez de ne pas nous éblouir.

— « D^autres , continuez-vous . . . (disent) : Que la société soit organisée de telle sorte que tons les instinct de riiomme y trouvent dutcun %\ pkce et sa satisfaction ,. le mal disparaîtra* »

-J'TVIais, Monsieur ; vous voyez-bien : que, 9if^ genslà parlent pour ne rie» dire ! Comment faut-il que la société soit organisée , pour que le mal disparaisse ? Voilà ce qu'il aurait fallu exposer. Bien certainement vous allez leur expliquer : comment la société doit être oi^anisée , pour que la lutte des passions puisse eessef ; pour que Tivraîe puisse être séparée du bon gr£dn; etc., etic. C'est, cependant, oe que nous avons

18i DE LA SOUYERAINETÉ.

cherché inutilement : dans ce chapitre ; et, dans Tou- \rage. Il paraît : que, vous avez laissé ces vérités dans le puits. Soyez assez bon ! pour, les en tirer le plus tôt possible.

— « Les premiers , dites- vous , méconnftissent rbomme ; les secondi méconnaissent Thomme et nient Dieu. »

— Ceci devient sérieux. Tâchons de ne pas nous embrouiller. Et, pour éviter le galimatias ; voyons : si, nous avons bien compris !

Les premiers, n'est-il pas vrai, sont ceux : qui veulent une liberté, dont ils n'ont pas plus d'idée, que le Biscaïen n'en avait de la belle de Don Quichotte ? Les seconds, si je ne me trompe, sont ceux : qui veulent une organisation sociale, dont ils n'ont pas plus d'idée que le Biscaïen n'en avait de Dulcinée. Vous conviendrez, Monsieur; que, ces gens-là sont également fous. Je ne doute nullement : que , pour les rendre sages , vous ne leur fassiez connaître, parfaitement connaître : ce que c'est que l'homme ; et, ce que c'est que Dieu I A cet égard, ces citoyens devront vous avoir une bien grande obUgation. ^

Vous leur direz, peut-être : pardon I si j'ose deviner votre pensée : que, si l'homme n'est distingué que par l'inteUigence ; et, que si l'intelligence passe de l'homme au singe, et du singe à toute la série des êtres, ainsi que le prétendent vos collègues de toutes les facultés et de toutes les académies ; l'homme n'est rien de réel, ce qui est très-peu de chose; et que, pour qu'il soit

quelque chose de plus qu'un phénomène, il faut qu'il soit prouvé, de la manière la plus absolue : qu'en dehors de l'homme, il n'y a pas intelligence réelle. Mais, voici qui est plus fort ; et, cependant c'est ainsi : comme partout où il y a sensibilité perçue, il y a aussi intelligence ; il faut : pour, que l'homme soit autre chose qu'un rien du tout de réel, un pas grand'chose , un pur phénomène , une apparence enfin : qu'il soit prouvé, absolument prouvé, absolument entendez-vous ? Qu'en dehors de l'homme , préalablement déterminé , il n'y a pas de sensibihté réelle. C'est véritablement fort singulier. Mais , c'est cependant à prendre ou à laisser. Du rester, lorsque vous leur aurez expliqué toutes ces choses , ils les • comprendront bien certainement : cai*, vous les leur démontrerez d'une manière rationnellement incontestable. Et, à ce qui est rationnellement incontestable ; il n'y a rationnellement rien à contester. Ensuite vous leur direz : que, si Dieu existe, il est créateur. C'est encore à prendre ou à laisser. Puis, vous leur expliquerez : qu'un être créé n'est qu'un pot de terre; et, que le pot de terre. est incapable de se déterminer. Persftne, mieux que vous, ne basera une monJe sur ces prémisses. Vous aurez à cet égard, l'évêque d'Hippone et Calvin qui vous viendront en aide; et, qui plus est, la raison : qui, sur ce point, parle toujours : comme l'évêque d'Hippone et comme Calvin.

Je vous assure, Monsieur : qu'après avoir donné ces explications, d'une manière claire et précise, votre lis sera bien près de fleurir. Vous savez : que, cette

186 DE LA SOUTIRAimT*.

floraison est le signe : de la conception dn M esfiie que nous attendons ; de la yérité qui doit effacer tous les péchés; et, qm seule, selon Tous-^méme, a le droit de régner sur le monde.

Après ce tour de force , exécuté par ellipse , ywB faites, Monsieur, une énorme ampli^cation. Yons ne savez donc pas , combien votre temps pourrait 6tre mîeui employé ?

Vous terminez le premier point de votre amplification par ces mote :

— a C'est à la lumière de la révolution de Juillet que j^ai apprit lei conditions vitales de Tordre social et la nécessité de la résistance pour le •alat. n

— Résistance à quoi. Monsieur? Résistance à la raison ? Mais, c'est précisément la nécessité des passions. Résistance aux passions? Celle-là, c'est la liberté de la raison. Mais, si vous êtes encore dans h chaos I si vous ne pouvez encore séparer TiTraie^ du froment ! si vous n'avez pas encore expliqué clairement : ce que c'est que I'homme; et, ce que c'est que Dieul Comment voulez-vous distinguer : la bonne résistance de la mauvaise ? *

Du reste, Monsieur; si, vous connaissiez, depuis aussi longtemps, les conditions de l'ordre social ; vous auriez bien dû employer vos connaissances, pour évt ter la révolution de février. Il eût mieux valu lancer dans le monde votre auguste fille, une année plus tôt. Vous aviez de quoi l'établir ; et , rien ne vous empêchait de la faire connaître ; car, vous étiez au pinacle.

SB LA 8<nnHERAlM£T£. 1S7

Si, la sainte vérité avait é^ Me de l'un de noiifi, malheureux prolétaires; nous serions excusables de ne point l'avoir produite. Couverte de nos haillons , elle n'aurait jamais été : reconnue , pour ce qu'elle est. Mais, présentée par vous ! Je le répète, vous serez peu excusable : devant la postérité.

Le second point» de votre amplification, devient un pur galimatias.

— « Plus, dites-Tous, la démocratie a d'empire, plus il importe que Att gpu^raeneiii garde sou Traî <M»ietèfe et joue son Trai rôle* »

— Mais , Monsieur, la démocratie n'est que la souveraineté du peuple ; et, le gouvernement n'est jamais, et ne peut être : que, ce que le souverain le fait être. Vous concevez : que, la mère étant une sotte, tout gouvernement qu'elle aura formé ne pourra jamais être qu'un sot. Vous avez été gouvernement , Monsieur ; et, certes, vous n'êtes pas un sot. Si donc, vous avez fittt des sottises ; ce n'est pas vous qu'il faut en accur ser : mais , cette mère , ou plutôt cette marâtre , qui TOUS a conduit par la main ; et, à laquelle, certes, ii vous élkît impossible de résister : malgré, votre énorme amour pour la résistance. Si, la fille vous avait réellement appris : à connaître la bonne résistance ; et, à la distinguer, ainsi qu'à la faire distinguer de la mauvaise ; je suis persuadé : que , personne ne résisterait mieux que vous. Vous savez ces choses-là parfaitement. PouF^pioi donc les entortiller dans du galimatias? quand , personne n'est plus que vous, capable de par^

188 DE LÀ SOUVERAmETÉ.

1er clairement; si, vous vouliez vous en donner la peine !

Vous terminez cette amplification entortillée, parb tirade suivante :

— <i Dans ces combats et ces périls , n^exigei pas de vos chefs fa*ik soient hypocrites ou faibles devant Tennemi ; ne leur imposeï pas le cahe des idoles, fnssiez-vous ▼ous-mêmes les idoles ; permettez-leur, eojeignez-ieur de n*adorer, de ne servir que le vrai Dieu. »

— C'est très-joli, ce que vous dites là. Mais, il n'y a d'idoles; que, les souverainetés : de droit divin ;etde la force brutale. Le vrai Dieu, qui est la vérité ou la fille, c'est vous. Monsieur, qui devez en être le révélateur : puisque, vous avez été illuminé au soleil de juillet. Et, certes, nous avons bien besoin de votre révélation. Car, sans elle, comment comprendrons-nous : que, nous devions, nous qui sommes des idolâtres, vous enjoindre d'adorer un Dieu que nous ne connaissons pas ; et, que même, selon vous, vous ne connaissez pas vous-même : puisque vous ne savez pas, dites-vous, distinguer le vrai du faux. Mais, il est probable, qu'en disant cela, vous avez cherché à nous tromper : car, vous ne pouvez pas ignorer ces choses ; et, être vraiment illuminé.

— « Napoléon, dites-vous, a été un de ces bommes qui conviennent! certaines crises maladives et passagères. »

— Il ne s'agit. Monsieur, ni de maladie ni de crise; il est question de la santé sociale. En quoi consiste-telle ? Comment peùt-on la maintenir perpétuellement.

Ne sautez point d'une branche sur une autre. Ne cherchez point à escamoter. Ce n'est point ici un cas de prestidigitation.

— ce Washington, dites-vous encore, était de cëui qui savent qiie^pas plus dans une république que dans une monarchie, pas plus, dans une société démocratique que dans toute autre, on ne gouverne de bas en baut. »

— Le gouvernement, Monsieur, a toujours lieu selon Tespèce de souveraineté. Quand la souveraineté part d'en haut, le gouvernement a lieu par en haut. Quand la souveraineté part d'en bas, le gouvernement a lieu par en bas. Le droit divin était la souveraineté par en haut. Le droit des majorités est la souveraineté par en bas. Vous et les vôtres avez tué le droit divin, avez tué le père. Sachez souffrir les croquignoles que vous recevez de la mère ; il faut, vous en consoler ou mourir. Définitivement, c'est à prendr^pu à laisser : au moins jusqu'à ce que nous ayons la fille, la saiute vérité. Allons, Monsieur! donnez-nous le Verbe; nous en avons bien besoin I !

Nous voilà à la fin du second chapitre ; et, vous n'avez pas dit un mot sur le gouvernement dans la démocratie. Il est vrai : que, sur un non-sens, il n'y avait rien de bon à dire. Mais, alors, pourquoi en avoir fait le titre d'un chapitre ?

190 * DK LA aOVfBRAiraSTÊ.

« Que soot toos les systèmes de philosophie ps* litique, sinon la recherche du touverain de droit! Qoe traitent-ils, sinon la question de savoir qn a droit de f oavemer la sodélé? Pai— k» sysÉèwi théocratiqaes, monarchiques , aristocimtîqBCS , démoeratiqaes, tons se yantoit d'avoir déooafert et qoi réside la êomveraineié de d/Mt:; tons pM* mettent à la société de la plaça: sons la loi de Ma maître légitime. Je le répète, c^est li le birtér to«s les travavx des philoMples, cmom de tois les efforts des nations. **

M. GuiKQT, Hi9L de Ja civUh. en Surapê, p. 267.

A M. GUIZOT

Monsieur ;

Votre chapitre troisième est intitulé : De la république démocratique.

Ce titre ne vaut pas mieux que T autre. République, signifie : chose de tous; et^ démocratie : gouœmemenl de tous. C'est, bonnet blanc et blanc bonnet. Vous voyez : que, si le gouvernement de tous est une folie; toutes les républiques possibles, comme toutes les monarchies possibles ne sont que d'immenses folies : tant que nous ne sommes point sous la souveraineté réelle de la fille ; sous le gouvernement de la vérité. Alors, ce n'est plus de république illusoire, qu'il peut

DJK Là fiaUTnÀIKBTÉ. 191

être question; maie bien, de répubKqne réelle, et, celle-ci est unique : comme la vérité !

— Il Je ne veux parler, dites-Toos, qu'avec respect du gouYemement ïépublicsiii* ^

— A Totre aise, Monsieur! C'est le gouvernement de la mère. Mais, il me poraEÎt : que, vous n'avez point d^à tant de respect pom* cette dame-, puisqu'en commençàint vous dites : que, sa souveraineté est la cause 'de tous nos maux. Voyez-vous 1 Quand on veut être maître de cette langue, qui dort instruire ITiumaûîté, il faudrait commencer, comme vous le dites fort bien du reste : par porter tme sentence de jugement dernier, sur chaque mot dont on veut se servir. Il paraît : que, vos sentences de jugement derm'er, sont encore dans Técritoire.

<— «Rie* B6 ferd plus œrtainoaent les peaplei^ihes-fons, fue de se pajer de mois et d^apparences. »

— C'est parfaitement juste. Alors, tâchez donc de nous donner les valeurs réelles des expressions : démocratie ^ droit j liberté y homme^ DieUj organisation sociale, gouvernement^ novfoeraineiéy vrai, fa/aXy hormête, perverSj possible, chimérique, salutaire, funeste, ivraie et ban gspain. Quand on veut impqper des règles aux autees, il faudrait commencer parles suivre soi-même ; ne fût-ce que* pour donner l'ecxeinple de leur bonté*

Aprdft coUt vous -enflez votre poitrine pour nous crier:

— « La paix intérieure, la paix entre toutes les classes de citoyens^ It paix sociale! c'est le besoin suprême de la France, c^estle cri de sainte

— Eh bien ! Monsieur ; quand vous irez crier, pendant dix ans , au lit d'un fiévreux : la fièvre 1 la fièvre? Ou, la santé I La santé I Pensez-vous que vos cris lui serviront de quinine ? Tout cela, c'est de la folie ou du charlatanisme. Avez-vous un remède? Donnez-le. Quelque longue qu'en soit la recette, nous

l'écouterons tant que vous ne déraisonnerez pas.

N'avez-vous aucun remède? Alors taisez-vous; et, n'empêchez point votre fille de parler I

Après cela, vous cherchez une querelle d'Allemand à cette malheureuse expression : République démocratique. Eh Monsieur! qu'importent les expressions? C'est, à leur valeur qu'il faut regarder. Vous le dites cent fois avec juste raison. Et, si même au lieu de république démocratique^ on mettait chariyari; charivari serait l'expression du bonheur du monde; si, le bonheur du monde était la valeur : dé l'expression charivari.

— « Ce fait, ajoutez-Yous, nous in(][uiète infiniment. »

— En vérité, vous êtes bien heureux, de n'avoir qu'une semblable inquiétude 1

Il n'y a point de lutte aux États-Unis, dites-vous encore. Je suppose. Monsieur, que vous en savez la raison. Si vous l'ignoriez, je m'empresserais de vous la faire connaître. Mais, il est inutile d'apprendre une chose aussi simple à un homme comme vous. Dans

tous les cas, ce n'est point parce qu*avec mamarij c'est quoiqu'avec maman; comprenez- vous ? C'est, que la charmante mère n'y est pas aussi maîtresse que vous le croiriez bien. Le père; n'y est pas encore tout à fait mort. Il faut être de l'une des religions du Christ pour être président des États-Unis; et, dans certain État, il faut être de la religion protestante pour y être électeur. Vous voyez que la cour de cassation n'y a point encore déclaré : que, la loi est athée. De plus : la plus grande partie du sol y appartient à la propriété collective ; et, le prolétariat y est encore impossible : ce, qui empêche que le capital puisse y dominer le travail.

Vous demandez ensuite :

— « Quelles sont les républiques qui ont longtemps et honorablement \écu, résistant aux défauts et aux orages naturels de leurs institutions? »

« Celles-là seules ^ répondez- yous , chez qni.resprit républicain a été \rai et général . . . v

— Et, vous y ajoutez une foule d'autres choses, tout aussi faciles à déterminer : que, ce qui est vrai et général. Convenez, Monsieur : que, tout cela ; c'est parler pour ne rien dire. Toute monarchie ou toute république, pendant tout le temps de l'enfance, c'està-dire de l'ignorance sociale, obéit nécessairement : soit au père ; soit à la mère ; soit à la souveraineté de droit divin ; soit à la souveUlineté des majorités. La plus longue des républiques, la république romaine a duré, tant qu'il n'a pas été permis de dire : que, deux augures devaient ne pouvoir pa^ se rencontrer sans

rire. Lorsque les richesses de Carthage, eurent empoisonné le père ; Rome devint bourgeoise, soos la souveraineté de la mère ; et, Rome tomba promptement : oomme Carthage, qui adorait la mère ; comme Athènes, Tyr, Sidon; et, comme tombent, nécessairement : toutes les républiques bourgeoises posmbles.

Vous' définisses la société actuelle : la guerre dam ie thaos. C'est parfaitement dit. Mais, c'est encore crier la fièvre aux oreilles d'un fiévreux ; et, vouloir : que, cela lui serve de quinine. La moindre parcdle, d'écorce de saule, vaudrait infiniment mieux.

Puis, TOUS vous écriez : « Illusion ou hypocrisie ! • Mais, Monsieur; c'est là tout ce que peut contenir k chaos social I Que vouleE-vous donc qu'il y «t de plus ?

— « Savez-Yous, dites-vous encore , comment un gouvernement , démocraiique ou autre, proclame et prouve sa victoire quand elle est réelle et définitive? En rétablissant la paix : à ce signe seul vous aurez vaincu.»

— C'est vrai, Monsieur; infiniment vrai. Mais, pourquoi donc, vous qui reconnaissez avoir été illu* miné au soleil de juillet, n'avez-vous point donné la paix? Quel nom, s'il vous plaît, donneres^-vous an maladroit : qui, ayant tenu la queue de la poêle et je1;é l'omelette dans le feu^ vient «e moquer de son eamarade : parce que célui-ct la laisse roussir ? C'est â vous. Monsieur, de réjfewdre à cette question! Quant à ta paix, je me charge de vous aider. £fa bieni Monsieur, la paix est impossible : tamt que le chaos existe; tant que la mauvaise mère tient le sceptre:; tant que

\JMB^ 0a tout ûMttBj a'aupez poixit £ait reoannaîtne, «o- ^^iement : la nécemité de m mainte fille ; la aécessité de k ^rraie mérité.

Ensuite, vous oiettejs en évidence : toutes les folies que, la souveraineté des majorités, fait renouveler tous les jours ; et, cela pour jeter de la poudre aux yeux des niais. C'est bien malin I Vous pourriez en dire autant de la souveraineté du père, dès que Texamen est devenu socialement incompressible. Vous feriez mieux de nous présenter cette pauvre fille ( que, peut-être, vous tenez enchantée : dans quelque vieux castel.

— a Partout, dites-vous^ le principe du despotisme en face 4\i droit de l'insurrectiou. »

— Parbleu! Le despotisme mis à nu, c'est la souveraineté de mamajD. L'in&urrectioa, ce sont les sujets de maman, qui ont grandi; et, ne veulent plus obéir, depuis que papa est mort. Papa empêchait les sujets de s'apercevoir : que, papa et maman, et quelques autres^ se nourrissaient et s'eagraissaient 4e leur oaug et de kwrs sueurs. Uoe £ois papa m^rt; il n'a plus éié possiUe de fearniier les yeux à persoooe. iiugez du, cb^r liimsti ! Mais, quand vous viendrez ^rier ^Ue fois : k fièvre 1 U fièvre! un i^emèd>f' 1 un remède! Voius u^mr,eB pour ^résultat, que de \om 'égQsilla* : et, liaMian aRT^c les sieBS, <eontiiwera de iweer les inol^ciles.

liyje paiHloûs, Monsieur, si j'ose employer les ^ex^-

pressftoias (triviales papa et mamm. Ce sont des exprès-

siens die fasBoiMe, Vioyezi-vous ; des expressi^xis de p§^

196 DE LA SOUVERAUfETtf.

létaires ; et, si elles sont devenues triviales, ignobles^ c'est seulement depuis que certains Messieurs, en w^ parence grands défenseurs de la famille, ont cessé de respecter : ce, que ces mêmes expressions représentait.

— - « Qae peot-il sortir de là, dîtes-Tons? Gertâineineiit , répo&d»vbns, ni la paix, ni la liberté. »

— Mais, quand vous écririez deux mille volumes pareils; à quoi cela servirait-il? A rien, si ce n'esta amuser le tapis : jusqu'à ce que de nouveaux saltimbanques viennent remplacer ceux qui s'y trouvent. Est-ce que maman vous paye, pour dire de ces sornettes ? Si ce n'était vous, on pourrait le croire. Mais, il faut vous rendre justice : on ne vous a jamais reproché d'être un fripon.

— cr Qa'il s*agis8e, dites-vous, d^organisation sociale ov d'institutions politiques , des conditions de Tordre ou des garanties de la liberté , la république ne sait pas mieux ni autre chose que ce qu'elle savait il y a cinquante ans. »

— Que voulez-vous qu'elle sache? La république n'est pas plus un être réel que la monarchie : l'une et l'autre sont figurément esclaves de maman : depuis que papa est mort, poignardé par la presse, il y a déjà plusieurs siècles. Vous, Monsieur, vous avez été la personnification du gouvernement; et, vous étiez, comme les autres, un esclave : quoiqu'un esclave assez révêche. Pourquoi voulez-vous : que, la république, ou ceux qui la représentent, fassent mieux que les autres? Est-ce que tous ne portent pas la même chaîne ;

chaîne que vous avez traînée si longtemps ; et, que vous traînez encore ?

Nous voilà à la fin de ce chapitre ; et vous n'avez pas dit un mot de la république démocratique ; sinon, pour affirmer : qu'elle est aussi sotte, que sa sœur la meilleure des républiques; laquelle vous avait pris pour son cavalier servant. Vous ne voyez donc pas : qu'en crachant sur l'une ou l'autre ; c'est absolument comme si vous crachiez en l'air?

198 M £A MVtERAIltETff.

« La civilisation est, cPane furi, Wk proiiw^tii croissante des moyens de força ejL de bicD-ètie dans la société , et , de Tautre , une disirillNiiiiii plus équitable de la forée et d« bie»4(ni fiodoits. »

M. GnizOT, Hist, de la civiUsaiion^

A M. GUIZOT

Monsieur,

Votre quatrième chapitre a pour titre : De la répvr blique sociale. C'est, pour le coup, que le maître va faire jouer sa férule !

— « La république sociale, dites-vous, promet de résoudre le problème. Tous les systèmes, tous les gouvernements ont été tentés^ dit-elle^ et reconnus impuissants. »

— Si elle dit cela, Monsieur, elle n'a qu'à s'envelopper et dormir : elle est, alors, aussi sotte que ses deux aînées.

— (c Mes idées seules, lui faites-vous dire, sont nouvelles, et n^ODt pas encore été mises à l'épreuve : mon jour est venu. »

— En vérité , Monsieur ; vous la faites parler, comme si elle était plus sotte encore que mesde-

n LA SOUVSRAlNETi. 199

moiseiles ses soeurs. Si, ses idées sont nouvelles; et, que ses idées forment un système; tous les sys«tèmes n'ont donc pas été essayés ? Voyez-vous ! quand on fait parler les gens, il ne faudrait point leur faire dire des sottises.

Quant à des idées sociales, qui ont besoin d'être mises à Tépreuve ; c'est, une folie à nulle autre égale. Figurez- vous la société se battant et s 'égorgeant, pour savoir : laquelle des utopies sera mise la première au scrutin ! Autant vaudrait faire voter des aveugles, sur le choix de la couleur écarlate. Le système de la mère, Monsieur, se démontre par la force; celui de la. fille par la raison. Le premier, est esclave de l'expérience ; le second en est le soujrerain dominateur. Vous nous prenez donc pour des machines : puisque, vous, voulez nous soumettre à l'expérience I

— « Les idées de la républiqae sociale ne sont point nouvelles, ditesirons. »

— Ah ça, Monsieur, qu'en savez-vous ? Vous savez donc tout ce qu'il est possible de savoir? L'horizon de vos connaissances est donc l'horizon des connaissances possibles? Et cela, lorsque vous avouez : vous trouver dans le chaos ; et; ne connaître absolument rien. Savez vous : que, c'est passablement impertinent ! Je vous demande pardon de l'expression . Mais , vous-même affirmez : qu'il faut séparer l'ivraie du bon grain ; et, vous voyez que je suis votre conseil. Je fais plus : j'aime mieux vous envoyer à l'école, que de vous jeter

au feu. C'est le système de la fille ; et, vous avouerez : qu'il vaut mieux qiié celui du père.

^- « C^est, dites-Yous, une face de l'humanité qui ap|iarait dans son histoire à toutes les époques, où , par le bouillonnement universel, toutes choses sont poussées à sa surface et admises à se montrer. »

— C'est, précisément, ce que disent : certains prétendus socialistes. Selon eux et vous, nous serions condamnés : à tourner, continuellement, dans le cycle de l'erreur. C'est encore là : le système de maman ; le système de la force brutale ; qui donne successivement pour vérités , toutes les faces d'un toton sur lequel : la vérité n'existe pas. Il ne reste, à cette manière d'argumenter, qji'une toute petite difficulté; c'est, que désormais il faut : que le cycle, ainsi que le toton, soient brisés; et, que la vérité paraisse; ou, que la société périsse.

Un mot de plus : vous voulez donc une époque où toutes les choses ne soient pas admises à se montrer ? Et, qui donc déterminera celles qui ne pourront se montrer ? La force, n'est-il pas vrai ? Non, direz-vous, la vérité. Eh bienl Monsieur, rendez donc la vérité commune à tous ; et, dominant la force brutale, par sa propre incontestabilité. Dans ce cas, encore, toutes pourront se montrer. Seulement, celles qui ne seront point bonnes à voir, ne seront point regardées ; et, si elles s'obstinaient à se présenter .à la vue ; elles seraient généralement repoussées. *

— « Puisque la république sociale parle haut, dites-vous, il faut quVlle soit regardée en face et interrogée à fond. »

DE Là SOUVERAINETÉ. 20i

— Bravo 1 Monsieur ; donnez sur les doigts à cette morveuse. Mais, où est-elle s'il vous plaît? J'ai cru qu'elle était encore dans le néant; et, qu'elle ne serait autre que cette fille, que maman doit nous donner avant de mourir ; et, qu'elle ne nous livrera, peut-être : que, par l'opération césarienne. Si, cependant, elle n'est pas encore conçue, comment diable^ voulez-vous qu'elle vous réponde ?^

— « Je Youdrais^ dites-vous, supprimer tous les détails, écarter tous les Yoiles et aller droit au cœur de l'idole. »

— Allez I Monsieur; allez I vous dis-je. Tuez les idoles, vous ne pouvez trop en tuer. Soyez tranquille, vous ne tuerez pas notre fille, Conçue ou non. Celle-là, voyez-vous est éternelle. Elle est même douée d'ubiquité; Car, elle peut exister dans des milliers de monde, à la fois. Soyez donc sans crainte , et aussi sans remords. Tuez ! tuez 1 !

Après cela, vous attaquez M. Proudhon, qui ne se donne cependant point comme l'incarnation du socialisme. Du reste, M. Proudhon a bec et ongles. Je vous livre à ses griffes. Quant à moi, je me contente de rejeter : ce que votre prophète , à vous économistes, ce que l'incarnation de votre aimable société, prononce au nom des vôtres :

— ' « Tous les ans, dit J. B. Say, une partie de la population doit mourir de besoin, mente au sein de la nation la plus prospère. »

— Eh bien ! M. Proudhon affirme : qu'en présence

Wi . VB LA SOUYERAIMËTÉ.

de l'incompresaibilitéderexameii, cda n'est pas compatible avec l'existence de l'ordre. Et, je voua avoue que , de ce côté-là> je me range fortem^it de l'avis de M. Proudhon.

Mais, encore une fois, M. Proudhon et nous tous, ne sommes pas la république sociale. Vous ne voy^ donc pas : que, maman règne toujours? Et, nom sommes convenus, tâchez de ne pas l'oublier : qae, sotis le règne de maman, aucune paix n'est possible. Ainsi, laissez cette pauvre république sociale en repos, dans les limbes où elle se trouve encore ; et songez, d'après ce que vous nous en avez dit et nous direz encore : que, c'est peut-être vous qui devez en être le père. Malheureux I est-ce que vous penseriez à égoi^er votre enfant I même avant de lui avoir donné la vie ? En vérité, ce serait effroyable !

— « Gomment^ tous écrîez-Yous dans une sainte indignation, comment abolir la propriété? Gomment la transformer du moins de telle sorte que, dans ses effets sociaux et permanents, elle soit comme abolie ? »

— Être comme abolie et ne pas être abolie!

Comme c'est joli ! Eh, Monsieur ! vous-avez trop d'esprit pour avoir besoin de faire usage d'un pareil galimatias ! L'abolition de la propriété est une sottise à nulle autre pareille ; et, à laquelle M. Proudhon n'a jamais pensé. S'il a émis Tapparence de cette pensée, c'est que l'expression a été mal choisie. Il a eu le malheur et contre sa volonté, de laisser confondre : et la propriété du sol, qui est l'espèce, avec la propriété qui est le genre ; et la propriété collective qui est une

BS LÀ 80CVSRAINETÉ. 203

etpèee^ avec la propriété indÎTiduelle qui est une autre espèce } et Tabolîtion, qui est un anéantissement^ c'estàf^tàt9 une absurdité, a^^ec la transformation qui est le résultat d'un raisonnement, mais qui elle-même n'est ose bonne chose que lorsqu'elle dérive d'un bon raisonnement. M. Proudhon est aussi loin de vouloir anéantir la propriété que de vouloir anéantir l'humanité« Mais, il n'en est pas ainsi de l'organisation de Impropriété. Yoyez-vous, Monsieur, il y a deuxorgasdsations de propriété, et exclusivement deux. Par l'une : tout se répartit à quelques-uns, conformément à la force, à une force transformée en droit. Par l'autre : tout se répartit à tous, conformément à la raison, et par le seul effet de l'organisation* La première comprend les espèces de papa et de maman. La seconde est celle de notre fille future , à vous ou à tout autre. Que diable 1 Monsieur, et encore une fois ; ne méditez point la mort de votre fille possible, mèmp avant qu'elle soit arrivée à la vie.

Puis, vous caractérisez la république sociale par :

— « L^abolitlon ou l'annulation de la propriété individuelle, domestique et héréditaire, et des institutions sociales ou politiques qui ont la propriété individuelle, domestique et héréditaire pour fondement. »

— Savez-vous, Monsieur, que vous venez de faire le portrait de la fille du Diable? Vous ne pensez donc plus à être le père de la vérité , de cette république sociale qui, en venant au monde doit anéantir : et le despotisme, et l'anarchie et le mal social? Pauvre enfant, comme on te calomnie I Heureusement elle s'en

moque. Elle sait, dans les millions de monde où elle 8e trouve déjà : qu'elle n'est pas la fille du Diable; et, qu'au contraire, c'est elle qui doit détruire le Diable ou l'ignorance. Tout ce que vous direz ne lui fera rien perdre : de son étemelle vertu; de son étemelle beauté.

Non, Monsieur, telle n'est point la république sociale, la république réelle. La république sociale, au contraire ; c'est, selon vous : d'une part la productm croissante des moyens de force et de bien-être dans la saciété; de l'autre une distribution plus équitable de la force et du bien-être produits; selon nous : V établissement inébranlable de la propriété individuelle domestique et héréditaire, dans tout ce qu'elle a de rationnel; et^ en outre, rétablissement des institutions sociales ou politiques qui ont la propriété individuelle, domestique et héréditaire pour fondement. Et, pourquoi, s'il vous plaît, insistezvous autant sur le mot propriété individuelle? Est-ce parce que vous croyez vos lecteurs , assez imbéciles pour leur faire accepter : que, la propriété collective n'est pas une propriété ; ou, que cette propriété est incompatible avec la propriété individuelle? C'est, comme si vous leur disiez que : parce quon possède une chose, à soi seul; il est impossible : d'en posséder une autre à plusieurs J^ Les choses domestiques , Monsieur, appartiennent aux individus ; la chose sociale appartient à tous ou à quelques-uns. Quand la chose sociale, qui a toujours existé et qui ne peut point ne pas exister, appartient à quelques-uns ; il y a despotisme . Et, ce qui appartient, à la chose sociale; c'est : l'éducation,

l'instruction, le sol et une grande partie des richesses acquises par les générations passées. Quand la richesse sociale appartient à tous, il y a égalité; et, quand l'instruction a anéanti le matérialisme, actuellement prétendu scientifique ; il y a liberté et fraternité. En raisonnant comme vous le faites, vous faites tort : soit à votre bonne foi; soit à vos connaissances : vous aviez autrefois l'habitude de mieux raisonner; surtout : quand, vous donniez de la civilisation, la définition que nous venons de transcrire; laquelle, n'est autre : que, celle de la république sociale. Du reste, je crois deviner d'où vient votre erreur. Vous avez lu Texcellent ouvrage de M.Sudre couronné du prix Montyon, lequel ouvrage n'a qu'un seul défaut : c'est de confondre la république sociale avec le communisme absolu ; ou le nécessaire avec l'impossible. Peut-être, même, est-ce à cause de son défaut : que, l'ouvrage a été couronné. Vous avez lu cet ouvrage, dis-je ; et, n'étant point encore convaincu : de la nécessité de placer la société sur des bases, que l'examen ne puisse saper ; vous avez écrit le vôtre, sur la démocratie ; dont vous-même, j'en suis certain, n'êtes pas satisfait.

Après cette incartade, qui pourrait faire croire : que, vous avez un commencement de fièvre; vous parlez de créateur et de création. A cet égard. Monsieur, vous auriez un grand besoin d'étudier : ce que dit M. Cousin votre illustre collègue ! Puis, après cela, Yous nous donnez un indéchiffrable galimatias : sur la souveraineté de l'homme, dans ce monde ; et, sur son

206 DE LÀ 60U¥ERÀfllETÉ.

immortaJité, au delà de ce monde. Mais, Mo&Bieur, si l'homme est socvERAm dans ce monde ; s'il n'eM point exclusivement libre, quand il se rend le tuèn^ humble sujet de la raison , qui n'est pas plus etclusivement de ce monde que de tous les autres mM* des possible ; c'est, que pour l'homme il n'y a pti d'autre monde ; et, que celui-ci n'est lui-même qu^une illusion. Vous vouiez donc rendre l'homme souverain dans le néant? Vous voyez. Monsieur! que, ee q«§ vous venez dire, n'est que du galimatias matérialtstè. Je le répète, vous avez la fièvre : car, en état de sanié v<Nifi raisonnez mieux. Puis, après nous avoir wm enliortillé le oéant de galimatias.

— a G^est de là^ dites-vous, que dérivent et par ià que se fondent la fiimitle et HËtat, la propriété et rhérédité, la patrie, Thistoire^ la ((foire, toM ïm £aiU «t tMia ies aasthniHits ^i consti4«ent la Tie éteadoe ift fei^ péluelle de Thunianité au milieu de l'apparition si bornée et de la dispa* rition si rapide des individualités humaines. »

— À tout cela, Monsieur, il aurait fallu ajouter : ia fameuse conclusion du . Médecin malgré lui : Et, wUâ pourquoi votre fille est muette.

— «La république sociale supprime tout cela, » dites-yous.

— En véwté. Monsieur ; si, elle ne supprimait que le galimatiafs; il faudrait le lui pardonner; et, de bien hon^œur.

ftjîs après, vous ajoutez ; que les socialist-es rédiHsent les homfxies a ia •corfMTioN dc:s animavs:.

D^aibord, M<Msieur, le s<»cialisme n'est pas îocamé dans -un homme. Si, ensuile, H était un sociatiste qui,

DE LA SOUYERAINETÉ. 207

directement ou indirectement, Youiùt réduire les homffies à la condition des animaux ; il serait généralement sifflé; ou, plutôt on dirait qu'il est fou; et, on en aurait pitié. Mais, ce que, très à tort, tous re* proehez au socialisme réel ; je suis malheureusement obUgéde dire et de prouver : que, vous en êtes coupable. Voici, Monsieur, vos propres paroles :

— « Ponr ceux dl*eatre tmis qui ont bât des éludes pbilosopiiiques un peu étendues, il est, je crois, évident aujourd'hui que la nwraie existe indépendamment des idées religieuses. »

(Histoire de la cMHe, en Europe, ^ 136.)

— Eh bien ! Monsieur ; rendre la morale, indépendante de la s9,nction i^ligieuse ; is'est dire : que, la BRorale de l'assassin, qui sait se mettre à l'abri du bourreau, est la seule bonne; la seule conforme au raisonnement ; la seule qui puisse exister, pour' quiconque n'est pas un sot. C'est, livrer l'humanité à la force ; c'est réduire ies hommes à la condition des animaux. Vous voyez : que, ce dont vous accusez le socialisme réel; c'est vous-même qui en êtes criminei. Y «vez-vous réfléchi, Monsieur! ou est-ce encore vu effet de fièvre ?

J'avoue : que, je vous en veux beaucoup , à cet égard. J^ai un ami, au delà de la Manche, déporté et ami lui-même de ce mangeur de petits ei;ifant6 nommé Leéru-Rollîn. M aie malheur d'être votre élève; «t, il a « bien sucé vos principes : qu'il s'imagine, d'après Toas ; que, la morale est indépcodante de la religion. H n'y a que ce point qui nous sépare ; et certes, il nous

â08 DE LA SOUYERAINETÉ.

aurait désunis d'une manière absolue, si je n'étais certain de la pureté de ses intentions. Je suis persuadé : que, ce qui contribuera beaucoup à le tirer de son erreur, ce sera d'apprendre : que, vous seul, êtes l'auteur de cette théorie anti-sociale, condamnée par Voltaire, Rousseau, etc. : comme essentiellement ana^ chique.

Savéz-Yous, Monsieur : ce qui réduit les hommes, à la condition des animaux? C'est le système de maman. Fi! direz-Yous. Comment employer des expressions aussi triviales quand on parle de choses aussi sérieuses ? Eh bien 1 Monsieur, je vais me servir d'expressions nobles. Ce qui réduit ainsi les hommes à la condition des animaux : c'est, le système constitutionnel; le système des majorités : faisant dépendre la vérité d'une boule ; comme la victoire des chiens d'un coup de dent ; c'est, enfin, le système de la force brutale. Ici, du reste, je pourrais vous excuser. Car, je puis vous prouver : que, vous êtes aussi ennemi que possible de la monarchie constitutionnelle et du système des majorités, il est vrai, que je pourrais égalenient vous prouver : que vous en êtes aussi ami que possible. Mais, que prouveraient mes preuves? Que jamais vous n'avez été exempt de fièvre ; et, que vous en êtes plus malade que jamais.

Du reste, prenez note, je vous prie : que, je vioM de vous accuser d'être ennemi de la monarchie constitutionnelle, du droit des majorités, non point seulement en pratique, mais en principes nettement formulés. Je tiens à donner mes preuves : non point pour

DE LA SOUVERÀINBTÉ. 209

VOUS guérir; mais, pour n'être point entaché du crime de calomnie. Revenons à cette pauvre république sociale.

Parmi les accusations que vous portez contre elle, il en est une qui, à elle seule, vaut dix fois soupesant d'or.

— « La république sociale, dites-vous, fait descendre les hommes au rang des animaux : elle abolit le genre humain . « EUé abolit bien plus encore. »

— En vérité ! Probablement , nous allons voir : qu'elle abolit la lune et le soleil. Fi l'horreur! Mais, c'est l'enfer que cette république ; c'est même pire encore. Le pouvoir de Satan a été jusqu'à perdre l'homme ; mais, enfin, il lui a été impossible : de souffler sur le soleil, pour l'éteindre comme une veilleuse. Cessez, Monsieur, de craindre pour le soleil. Le socialisme n'est pas un moutard ; et, ne se borne pas à det tours de gamin. Il s'agit de bien autre chose que du soleil. H s'agit du bon Dieu : que, les socialistes veulent aussi soumettre à la raison. C'est anéantir Dieu, direz-voys. Pour tout ce qui serait contraire à la raison , sans aucun doute. Aimeriez-vous mieux que ce fût aussi : pour ce qui est conforme à la raison ? Alors, adressezvous à M. Odilon Barrot. Lui est le chef de cette espèce de socialisme. C'est lui qui a fait déclarer, parla cour de cassation, toutes les chambres assemblées : que, la loi française est et doit être athée. Alors, vous écrierez-vous de nouveau : comment se fait-il que M. Barrot ait été président du conseil? C'est à vous, I. 14

2i0 BB Là souveraineté.

nonàfM>iM, de répondre à cette question. Ce, qu'il nous appartient de vous dire ; c'est, que le socialisme, ayant l'audace de prétendre que Dieu ne peut rien faire contre la raison, compte parmi ses adeptes : et saint Augustin ; et Fénelon ; et Bossuet; et Bonald ; «t mille autres. Ce sont là des blasphèmes direz-vous encore. — « Si, le bon Dieu avait besoin d'avoir raison; ce « serait la raison qui serait le bon Dieu ; et, alors, le « bon Dieu ne serait qu'un petit garçon. Prétendre « que saint Augustin, et Bossuet, et Fénelon, et Bo- « nald sont partisans de ia raison ; c'est dire : qu'il « sont socialistes. Si cela était, où donc en serionsc nous ? EBt*ce que la fin du monde va bientôt arrit ver, »

En vérité, Monsieur, je le crois fermement. Je suis persuadé : qœ, votre vieux monde touche à sa fin.

Bavez-vous surtout qui a banni Dieu, c'est-à-dire la religion, c'est-à-dire la sanction religieuse de la pensée de notre jeune génération ? C'est vous-même, Monsieur, en osant affirmer : que, la morale n'est point essentiellement basée sur la sanction religieuse, dont le Dieu anthropomorphe n'est lui-même : que, la personnification.

— « Voilà, dites-vous, la philosophie de la république sociale , et par conséquent la base de sa politique. »

— Non, Monsieur; c'est la vôtre. La philosophie de la république sociale ; c'est :

l"" La démonstration rationnellement incontestable de la réalité du lien religieux ;

DE LÀ SOUTEItÀlMET^. 21 t^

2* La démonstration rationnellement incontestable de la réalité de l'organisation sociale, résultant nécessairement de la réalité du lien religieux ; orgaaisation produisant nécessairement : le plus grand bien-être poBSÎble : de tous et de chacun*

Quant, à votre organisation sociale ; et, à la politique chargée de la défendre ; elles sont formulées par llalthus et J. B. Say. Ainsi que votre philosophie anti*religieu8e^ elles seront : l'exécration des générations prochaines.

— « Je ferais injure, continuez -vous, en insistant, au bon sens et à nionneur Immain : il saflh de montrer. C*est la dégradation de Thommc •«i la «lestrucliAtt de la eociélé. »

— - La dégradation de l'homme^ Mdtisieur, c'est l'existence de votre organisation sociale, de votre philosophie et de votre politique basées sur l'irréligioA, le paupérisme et l'anéantissement réel de la famille. La destruction de la société, serait la prétention de vouloir maintenir : une pareille politique, mae pareille philosophie, et mite pareille orgaaisation sociale; lesquelles, fbnt horreur : à quiconque a du bon sens et de l'honneur.

Après cela, vous nous régalez : d'uM Tiouvelle amplification, contre ce pauvre M. Proudhon. Mais, c'ert doue le bouc d'Israd que «et homme 1 Prenez garde ! Je vous le répète, il a bec et ongles ; et, vous avez la peau sensib le .

— « La république aociate, continiiei-voas, est à la fois ediease et im-

21 s DB LÀ SOUVERAINETÉ.

possible : c'est la plus absurde en même temps que la plus penrerse des chimères. »

— Vous avez raison, Monsieur; mais, c'est de la république sociale, sortie de votre cerveau, qu'il est permis de parler ainsi. Celle-là, serait bien véritabfement : la fille du diable ou de la fièvre.

Et, cependant, ce qui est très-remarquable, Monsieur; c'est, qu'à cette même république sociale, fille du diable ou de la fièvre, vous êtes encore obligé : de lui accorder une force immense. Vous lui donnez, en effet, pour partisans : tous ceux qui ont de la raison et des passions, de l'égoïsme et du dévouement ; c'està-dire : le monde entier, moins les quelques bourreaux qui voudraient prétendre à l'exploiter. Que serait-ce donc : si, vous aviez parlé de la véritable république sociale? Alors, les bourreaux eux-mêmes en seraient devenus les partisans. Car ils auraient reconnu : que, cela même est dans leur propre intérêt.

Et, ce qu'il y a de mieux ; c'est, que vous-même reconnaissez : que, tout le monde a raison, d'être républicain socialiste. En parlant de l'adhésion générale à cette république,- vous vous écriez :

— « Nous n'avons pas le droit de nous plaindre, car c'est noos-mêmes qui alimentons incessamment le foyer de Tincendie; c^est nous qui prétons à la république sociale sa principale force; c'est le chaos denn idées et de nos mœurs politiques , ce chaos caché tantôt sous le mot dé^ mocratie, tantôt sous le mot égalité, tanlôt sous le mot peuple, qui lai ouvre toutes les portes et abat devant elle tous les remparts de la société. »

— C'est infiniment vrai, Monsieur ! Vous êtes l'un

des sapeurs, qui avez le plus travaillé, ea faveur de la république sociale. Certes, si vous Taviez fait, sans avoir la fièvre ; elle vous en aurait beaucoup de reconnaissance. Avant, que vous fussiez au ministère; tous lÉesvœux étaient : pour, que vous y arrivassiez. Lorsque vous y êtes arrivé ; tous mes vœux étaient pour que vous n'en sortissiez : que, par la porte d'Angleterre. Du reste, je vous croyais plus égaré, plus fiévreux que coupable. Et, si des erreurs devenues calleuses, par les fautes où elles ont conduit, ne vous cuirassaient,' contre les atteintes de la vérité ; je ne désespérerais pas de vous avoir un jour : pour, l'un des plus ardents défenseurs de la république sociale. Qui, en effet, si ce n'étaient les callosités intellectuelles, causées, par les préjugés, serait plus près d'arriver à nous ; que, celui qui a osé dire :

-^ « La perpétuelle confusion, dans notre propre politique , dans nos idées^ dans notre langage^ du yrai et du faux, du bien et du mal^ du pos- »ble et du chimérique, c'est là ce qui nous entrave pour la défense, et ee qui donne à la république sociale y pour Tattaque^ une confiance \ une arrogance, un crédit que, par elle-même, elle ne procurerait pas. i»

— Eh bien, Monsieur! tout ce que vous dites exister chez vous comme énervant, ne sera bientôt plus chez nous. Je me charge de vous prouver qu'il peut y avoir, chez nous, clarté absolue : en politique, en idée, en langage; même, en philosophie, en religion et en morale, dont vous ne parlez pas. Je me charge de vous prouver: que, nous savons distinguer de la manière la plus absolue : le faux du vrai ; le bien du

214 DE LA SOUVERAINETÉ. ||r

mal ; et le possible du chimérique. A ces conditionay Monsieur, voulea-Yous être de la république sociale^ qui fait abstraction complète de la forme gouvernementale? Acceptez; et, je ne demande que VQUâ|MNK juge : de la fidélité que je mettrai à remplur les eondiik tions que je vous présente. Voua voyez que y ai coor fiance : et, dans vos lumières; et, dasks votre probité. Si, je ne parviens pas à vous convaincre, je m'engage à passer dans votre camp; où, selon vousHnème, il y a une perpétuelle confusion : dans la politique^ danalea idées, dans le langage relativement à la difttinftîiMi entre le vrai et le faux, entre le bien et le Bfial, eatre le possible et le chimérique.

— a Que celte C|)oque se dissipe^ dites-vous en teiminaiit ce chapitre» que nous entrions enfin dans celle époque de malnrité où les peuples libres voient les choses comme elles sont réellement* y»

— Parfaitement, Monsieur I Eb bien ! pmir cela, il faut venir à nous. Comment, voulez-vous voir clair, au milku du chaos dans lequel, vous-iskême reconoiaifisez vous trouver? Vous voyez bien : que, rillumination de juillet n'a fait : que, vous enfoncer davantage, dans les ténèbres.

— « Quand nous en serons là, aj<iutez-Yoas^ la république sociaieBa disparaîtra point ; nous n'aurons pas supprimé ses "efforts et ses dangers : elle puise son ambition et ses forces à des sources que personne ne pent tarir. »

— Ce qtce vous écrivez là. Monsieur, a été puisé dans l'écritoire du chaos ; et, c'est dans votre fièvre

0^ DE XÂ SOUVERAINBTÉ. 21 K

que cela a été écrit. Je puis vous assurer : que, la république sociale, fille du diable, disparaîtra : aussitôt , que vous aurez distingué le bien du mal et le possible du chimérique. Et, si ce croqiie-mitaine, de républiffàe imaginaire, est le^'seul obstacle qui vous empêche d'adhérer à la république sociale véritable^ république également compatible avec un président, avec un roi, avec un empereur ; je me charge^ moi, de pulvériser ce croque-mitaine qui vous effraye ; et, d'en conduire rimpalpabilité jusqu'à l'anéantissement. Encore une fois le marehé vo«8 convient-il? Je vous avoue, moi, qu'il me conviendrait beauQpup. Car, au milieu de toutes vos errfmrs, personne ne met en doute que vous ne soyez un honune d'intelligence et de conviction. Allons I Monsieur; que, Tamour-propre ne vous empêche poÎDt de recaimaîtfe : que, vous vous êtes trompé. Vous êtes assez fort pour savoir : qu'avouer une erreur, m doit jamais faire rougir.

-tt^-^m-

<* n est impossible de ne pas reconnaitne que Ii force a soaillé le lierceaa de tous les poaToirs da monde, quelles qtCaient été leur nature ou leur forme,

« Eh bien ! Messieurs , cette origine-là , peiv sonne n'en veut : tons les pouvoirs, quds qa^ils soient, la renient; il n'y en a aucun qui TeuiDe être né du sein de la force.

« Ce seul fait prouve , Messieurs, que l'idée de 1& force n'est pas le fondement de la légitimité po« litique, qu'elle repose sur une tout autre base. Que font, en effet^ tous les systèmes, par ce désaveu formel de la force? Ils proclament eux-m^œs qu'il y a une autre légitimité, vrai fondement de toutes les autres, la légitimité de la raison , de la justice, du droit. »

M. GuizoT, Hist, de la cmUt, en Europe, p. 73.

— « Prenez les suppositions les plus simples : qu'il y ait un acte quelconque à accomplir, one action quelconque à exercer, soit sur la société dans son ensemble, soit sur quelques-uns de ses membres, soit sur un seul, il y a toujours évidemment une règle de cette action , une volonté Intime à suivre, à appliquer ; soit que vous pénétriez dans les moindres détails de la vie sociale, soit que vous vous éleviez à ses plus grands événements, partout vous rencontrerez une vérité à constater, une idée juste et raisonnable à faire passer dans les réalités. C'est là ce souverain de droit vers lequel les philosophes et les peuples n'ont pas cessé et ne peuvent pas cesser d'aspirer En aucun lieu, en aucun

temps, aucun pouvoir ne saurait légitimement être possesseur indépendant de cette sauverai-neté.

« Queb sont les caractères da

souverain de droit? Les caractères qui dérivent de sa nature même. D*abord il est unique : puisqu'il n'y a qu'une vérité, qu'une justice, il ne peut y avoir qu'ten souverain de droit. Il est de plus : permanent, toujours le même: la vérité xtb

CHANGE FOINT. n

Id., ièid., p. 268.

VM. GUÎZOT.

Monsieur ;

Votre chapitre V est intitulé : « QtLels sont les élé^ « ments réels et essentiels delà société en France? »

Pardon I Monsieur ; si, j'ose ici placer un mot, avant d'examiner votre chapitre. C'est, qu'on a singulièrement abusé du mot élément. Il aurait fallu commencer : par, porter votre sentence, de jugement dernier, sur cette expression, l'une des plus indéterminées qu'il y ait dans l'ordre moral ; au sein duquel, aucune expression n'est encore déterminée. Si, vous voulez me le. permettre, Monsieur; je vais porter la sentence de jugement dernier, sur l'expression élément^ socialement considérée. Je m'en rapporte à vous : pour la confirmer; ou pour l'infirmer.

En société, il n'y a qu'un seul élément, absolument qu'un seul; c'est, le raisonnement. Cet élément est générique; et, le genre renferme exclusivement deux espèces : le bon raisonnement ; et le mauvais raisonnement.

Eh bien I Monsieur; ayez une règle sûre, rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun,

218 DE LA SOUVEEAINfiTÉ.

pour dietin^er le bon raisonnement du mauvais ; et, la confusion que vous avouez exister chez vous, relativement à la distinction : entre le vrai et le faux ; entre le bien et le mal ; entre le possible et le chimérique ; disparaîtra complètement. Cette distinction, entre les deux éléments secondaires de l'élément social primitif; distinction, je le répète, que vous avez la bonne foi de reconnaître ignorer; distincffon, devenue absolument nécessaire, en présence de Tincompressibilité sociale de l'examen, qui ne permet plu» de transformer la force en droit ; cette distinction, je me charge de vous la faire concevoir. Mais, vous avouerez également : que, ceci n'e&t point l'affaire de quelques kttres. J'ai dédié à M. Blanqui l'anti-républicain, l'exa* men d'une pai^tie des ianombrables erreurs coi^nues dans les œuvres de J. B. Say; dédicace, qu'il a'a point acceptée. Voulez-vous, Monsieur : que, je vous dédie : l'examen d'une partie des innombrables erreurs, contenues dans les œuvres des philosophes ? Ma dédicace ne pourrait, peut être, se placer mieux et plus utilement. Mais, arrivons à vos éléments. J'ai toujours beaucoup aimé, à prendre les gex» par leurs éléments. C'est, le bon moyen de les renverser vite : quand ils sont sur une mauvaise base.

J'ai beau chercher au commencement de votre chapitre; et, je ne trouve rien, parce que je trouve tout. Tout.... Je me trompe. Il y a quelque chose qui manque, dans cet ensemble d'éléments que vous énumérea: c'est, précisément, la base. Aimeriez-vous à reposer sur le vide ? Et, serait-ce cet amour du néant, qui vous

4t DE LA SOUVEIUmETÉ. 2t9

am^aii fait déclarer: que, k morale est indépendante du liea religieux ?

Vous parlez : de famille, de propriété, de terre, de ca{^ital, de salaire, de travail, puis d'égalité, puis de lois^ puis de droit, pui& de tout le reste ^ toujours l'essentiel excepté.

Mais, Monsieur; si, voua ne portez auparavant, une sentence de jugenftnt dernier sur la valeur de chaciinift deees expressions : vous a'aur^ fait : qn'épaissir le chaos, dans lequel vous avouez vous trouver ! Et, la base de tout cela. Monsieur; où, se trouve-t-elle ? La base, c'est-à-dire : la sanction, hors laquelle toute règle, selon vous-même, est absolument de nulle valeur? Est-ce sur le bourreau, que vous élevez le tout ? Eh bien 1 Monsieur ; socialement, le bourreau est mort : en tant que pouvaiit, désormais, servir de base à l'existence de l'ordre; et, de ce point de vue, vous ne le ressusciterez jamais. Il n'est pas mort, je le sais, comme contribuant au désordre. Les bourreaux des rues^y surtout, se multiplient comme des fourmis. Mais, ce sont les insectes,, qui achèvent de dévorer : le cadavre de l'anetenne société. A ce titre.. •• vivent le» bourreatuLi I

— >^ « Le &it caractértftique de la société emle en France , c'est, dkes- Tous, Tunité des loi&et l'égaUié de droit. »

— Dites-moi, Monsieur? Est-ce la satire de la société actuelle, que vous avez voulu faire ? De l'unité, au aeiirda chaos, dans lequel vou» reconnaissez :

que, la société se trouve ! De l'égalité ! en l'absence de toute sanction : autre, que celle du [bourreau I Vous voulez donc l'écraser cette ancienne société ; cette société, où, il n'y a plus de droit : que, la force brutale? Alors, touchez-là. Monsieur.: vous êtes des nôtres.

Oh oui ! vous êtes des nôtres.

— * c Point de priyiléges, dites-YOus, c'est-à-dire point de lois ni de droits civils particuliers poar telles ou telles familles , telles ou telles propriétés, tels ou tels travaux... »

— Bravissimo 1 Monsieur ; vous voilà aussi socialiste que moi. Je vous assure : que, vous venez de donner, l'un des plus beaux programmes de socialisme, qui ait jamais été offert.

— « G'est^ dites-vous, un fait nouveau et immense dans Thistoire des sociétés humaines. »

— Et, croyez-vous. Monsieur; que, dans la société des chiens, ce fait soit fort ancien? Vous, qui aimez tant à porter des sentences de jugement dernier, sur la valeur des expressions ; je vous dirai, comme sentence de jugement dernier : que, tout homme qui se sert de l'expression : société humaine ^ ou, de toute autre analogue ; est : ou, un panthéiste; ou, un homme qui ne sait ce qu'il dit, et parle comme un perroquet. Est-ce que vous vous imaginez, Monsieur : qu'il y a d'autres sociétés : que , des sociétés humaines ; au propre , et non au figuré? Eh bien, Monsieur; quand on veut évî-

ter le chaos, on distingue, et on fait distinguer parfaitement : le propre du figuré ; et cela : sous peine de galimatias.

Quant au fait , que vous dites être nouveau ; il est , en effet , tellement nouveau : que , socialement , il est encore dans les espaces imaginaires. Tout le socialisme, Monsieur ; consiste : à le réaliser.

Après cela, vous vous lancez dans le descriptif. Vous auriez dû confier cette tâche à M. de Lamartine ; il s'y connaît mieux que vous. Plût au ciel qu'il eût été occupé exclusivement à ce travail depuis février ; il n'aurait point perdu la France et l'Europe. Perdu! je me trompe. Mais, le sang d'un million d'hommes sera répandu par sa faute ; et, cela ne serait point dans l'avenir : si, M. de Lamartine s'était amusé à nous rimer du panthéisme ; après avoir pris Voltaire pour le révélateur de sa religion du néant. Quant à vous. Monsieur ; vous êtes digne de faire mieux. Le reste de votre cinquième chapitre est pitoyable.

Mais, quittons la poésie et le mensonge ; pour arriver au réel. En France, dites-vous :

— « Il n^y a point de légitimistes , il n'y a point d'orléanistes. La république existe; elle interdit toute attaque contre le principe de son existence. C'est le droit de tout gouYernement établi : je ne le conteste point et n'entends point y déroger. »

— Oui, Monsieur; c'est son droit. Mais, ce n'est que le droit de la force ; car, la raison permet de discuter ; et , le droit , lui-même , n'a de formule : que , celle qui lui est donnée par la raison. Quant à vous,

222 DE Lk SOUVERAINETÉ.

yoQB £qpprottvez le droit de la forée : parce cjue vous en ayeE hii usage ; et , yous cherchez , néaameîiM, à vous y soustraire par la ruse ; qui est aussi une forée; eomme, vos adversaires se sont soustraits à votre droit de la force. Fi I Afonsieur ; il ae faut jamais imiter les mauvais exemples. Ayez donc le courage de votre o^nion ; et, ne la présentez point sous un masque !

>*•» « MpÀ» , dites-Tous avec un langage de Loyola, H y it des firits si profonds , que les lois qui leur interdisent de paraître ne les détruisent point, même quand elles sont obéies. Il y a des partis qui ont pris leur origine et poussé kurs racifies si avant dans la yciété , qs'ilsne mearent point, même quand ils se taisent »

— Et, vous êtes de ceux qui se taisent : parce que voiifi vous y croyez forcé. Et , comme forcé de vous taire^ vous conspirez : comme d'autres conspîraieat , quand vous les forciez de se taire. C'est justice, Monsieur; et, vous avez raison. Puis, les autres auront «également raison : si, vous redevenez le maître. Et, si ceux qui sont en haut, égorgent ceux qui sont en bas, pour les empêcher de conspirer ; ils font bien : comme, il sera cru bien de les égorger, quand ils seront devenus les plus faibles. Et, ainsi de suite ; jusqu'à extinction de société ; ou mieux : jusqu'à extinction de votre société, dans laquelle, selon vous-même, il y a^me perpétuelle confusion : entre le vrai et le faux ; le bien et le mal ; le pervers et l'honnête ; le possible et le chimérique.

Puis, après avoir dit ; que, le légitimisme et l'orléanisme n'existent pas ; vous en faites des élém/ents de

la société. Hélas! Monsieur; ces argumentations de «ophistes , auxquelles votre position vous condamne , dcHTent bien vous dégoûter ! Vous perdez toute votre valeur, en dehors de la véritable république sociale. Osez y entrer, et je vous réponds : que , ce sera le premier beau jour de votre vie.

Votre ouvrage a pour but, j'aimerais à croire que c'est à votre insu : d'unir les légitimistes et les orléanistes contre la république. Avez-vous bien réfléchi , Monsieur, à toute l'horreur de ce but? C'est la guerre civile : non-seulement de la France, mais de l'Europe, mais du monde . La paix du monde est au prix de l'établissement de la république et de l'unité universelle (1). Jusque-là, il n'y a de possible que les horreurs de l'anarchie. Tout le sang qui sera versé, même par les socialistes, devra retomber, vis-à-vis de la justice étemelle, sur la tête de ceux qui auront été la cause première, de tous les massacres désormais possibles .

Après nous avoir donné , <îomme représentants de l'ordre, les légitimistes et les orléanistes ; vous ajoutez :

•— « Un fait cependant eit frappant : sincères ou pervers , utopistes aveagles ou anarchistes volontaires, tous les perturbateurs de l'ordre social sont républicains. »

— Et lequel , s'il vous plaît, Monsieur, est le plus perturbateur de l'ordre, le plus anarchiste, non point

(1) Je répète ici : que ce que je dis est indépendant de la forme du gouvernement ; et, que le naot république n'est nullement exclusif de royauté ou d'empire. — (1857.)

224 DE LÀ SOUVBUAINETÉ.

aveugle, mais volontaire : de celui, qui veut placer à la tête de la société, un parti de frères ennemis : qui se reconnaissent être dans le chaos ; qui se reconnaissent perpétuellement incapables de distinguer : le vrai du faux, le bien du mal, le possible du chimérique; on, de celui qui veut renverser les partisans volontaires du chaos et de Tanarchie ? Répondez , Monsieur I et répondez devant votre conscience, sous peine d'être traître à vous-même!

Ainsi, pour vous, les éléments de la société sont des légitimistes, des orléanistes et des républicains! Et, ces éléments. Monsieur; qui est chargé de les ordonner? La forcfe, n'est-il pas vrai? Et de les ordonner à quoi? Toujours à la force, n'est-il pas vrai? Eh bien! Monsieur, tremblez! car la force est pour nous. Mais rassurez-vous, la raison est aussi pour nous. Et, si vous êtes dans le chaos ; si vous ne savez distinguer ni le vrai du faux, ni le bien du mal, ni le possible du chimérique; nous le savons, nous, qui existons au sein de la lumière ; et, nous vous le prouverons : quand vous aurez les yeux dessillés. Mais, auparavant, laissez fonder la république par la nécessité; il le faut bien : puisque vous ne voulez point qu'elle s'établisse par la liberté; puisque vous ne voulez lui opposer que la force. Si, le mal doit être porté à son comble , avant qu'il soit possible de vous faire avoir des yeux pour voir, et des oreilles pour entendre : que les destins s'accomplissent !

« C'est une loi de la Providence que le mal naisse du mal, qn'an fléau appelle an fléau. Ne nous en plaignons pas. SuÉi cet étroit enchain»ment des iniquités diverses qui s'invoquent , s'enfiuitent*l'uBe Tantre, et en s'aocumnlant deviennent enfin iniolérables , le mal parviendrait à se dissimuler et à s'établir. »

M. OoizoTy Z>«9 amsp, et de la juti, poHi., p. 13.

-^ te Qu*on me permette de le dire, j'ai un profond dégoût de ces arguments hypdftites, qui connaissent leur propre nullité et mentent sas» espoir de tromper. »

M. OuizoT, De la peine de mort, etc., p. 144.

A M. GUIZOT, Monsieur,

Votre sixième chapitre est intitulé : « Conditions po^ « iniques de la paix sociale en Frange. »

Encore un mot, avant d'examiner votre chapitre.

Vous croyez donc : que, la paix, actuellement, peut exister en France, sans exister dans le monde entier? Vous croyez donc : que, la paix, actuellement, peut exister dans le monde : tant qu'il y a dies nationalités ? Vous croyez donc ; que , pour aussi longtemps que la force est seule juge du droit, entre les nations ; ce qui est absolument nécessaire, tant qu'il y a des nations ; la force n'est pas, nécessairement aussi, seul juge possible du droit au sein de chaque nation ? Vous croyez I. 15

S26 DB LA SOUV£RAIHETÉ«.

donc : que, partout où la force est seule juge du droit; tout, n'est point, nécessairement, ordonné au priiril^ « de la force ? Vous croyez donc : que , lorsque tout est nécessairement ordonné à la force ; que les comma-* nications existent ; et, que l'examen ne peut plus être socialement comprimé ; la paix est possible ? Si, tous pouviez le croûe^ tûujs seriez un aliéné. Et, si vous oe te croyez pas*, appelez-vous alors : que, selon vous- Biéiiie : l'âcdr» est devenu incompatible, avec Texistence du privilège. Vous savez tout cela. Mais aussi, iiMis ieraeiei les y«ux de volie esprit, pour espérer pa^ venir à ne voir ni comprendre. Et pourquoi ? parce qup ¥ous aijfez, daafi. l'esprit, cet exécrable préjugé : que, ^unité de droit est impossibk. Et, cependant, vous aveï déclaré : qme^eMe WHiéeM nécessaire. C'est, que vous êtes un tissu de contradictions. Avec autant d'esprit, comment cela est-il possible ? Vous-même allez l'expliquer.

— « Il y a , dites-vous ailleurs , des vérités simples que personne ne conteste, qu'admet soudUhi le bon senf , et q« cepeadaBl mt sraJbkit adnuftas que pour être aussitôt oubliées. On dirait que parce qu^ellessost simples elles sont stériles , et qu*en les adoptant sans débat on est di^ pensé de faire attention à leurs coBséqDences. »

[De la peme de mortjt eùc.^ p. 79.)

— Eh bien ! Monsieur, toutes les vérités que je viens d'énoncer sont dans ce cas. Et, si l'on ne fait pas ext core attention à leurs conséquences ; c'est, que la nécessité sociale n'a pas encore forcé d'en reconnaître la réalité.

-~ « Qui ne sait , dites-vous encore , la puissance des préoccupation

deTesprii lunnaioî Quand une idée le possède, quand il s*acharne à

quelque projet, tout s'y rattache^ tout en dépend; le plus faible lien, le

rapport le plus éleigné^ lot offinenC l'cpparence d'un îneoateetaMi et ri-

giWB^ax Asuphaineuenl, »

(Tks conspiraLf p. 49.]

-^ Eh bien I MoQgîeur ; les idées qui tous possè* i&ati l^ idées auxquelles vous vous acharnez ; sont : YotM, souveraineté u topique, donnant^ MOBiXE comine

INDÉPENDANTE DES IDÉES RELIGIEUSES ; et, ik COUServatioU

d'une société, dont, en présence de Tincompressibilité de rexamaQ, la hase d'existence est te fàx^ÉsasuE.

Maïs, revenons à votre travail sur la démocratie ; et, essayoois de vous présenter à vous-même^

— « Quand, dites-tous, on aura décidément reconnu et admis que lee^^ classes Perses qui existent parmi bous et les partis qui leur correspondant sont des éléaients jMliireU» profonds de la société iraafiaîse, on aura fiût un grand pas Yers la paix sociale. » •

— Atmi, quand on aura reconnu : que, les éléments normaux, de la société française, sont : le légitimisme 6t l'orléanisme ;, tandis, que le républicanisme n'en Mt qu'un dément monstruenx; on aura fait un grand pas vers la paix sociale.

Et, selon vous, ce pas sera fait : au sein du chaos ; et, par des gens qui se sont déclarés perpétueHement incapables de distinguer : le vrai du faux ; le bien du mal.; le possible du chimérique. Regardez-vous, inain^ fwant, Bfonsieur ; et, voyez : si, vous ne vous faite» pcmrt horreur !

— - « Cette paix est impossible, diles-Yous, tant que les classes diver^ seSj les grands partis poltliques que renferment notre société, nourrissent t*eepolr de Vannuler mulnellement ék de posséder seuls l'empice. »

— Comment, Monsieur ; le moyen d'avoir la paix, c'est r^de perpétuer, au sein de la société, le légitîmisme et Torléanisme ; le droit divin et la souveraineté du peuple; papa et maman, faisant un ménage d'eiiferr ? Monsieur ! je vous demande pardon de la sincérité dont je vais faire usage avec vous ; mais, lèà choses, que vqu venez d'énoncer, ne devraient se dire: qu'à Charenton.

*— « L'empereur Napoléon a suspendu cette guerre , dites- yous, it a rallié les anciennes classes dominantes , les nouvelles classes prépoodérantes ; et , soit par le mouvement où il les entraînait, soit par le joug qu*il leur imposait, il a rétabli et maintenu entre elles la paix. »

^ — Et, vous voulez refaire : ce que Napoléon a fait et n'a pu conserver? Et, il vous faut des classes dominantes et prépondérantes ? Et, votre hiérarchie sociale se rapporte : à des classes, à des familles, à de la propriété ; et, non au mérite des individus abstraction faite de la propriété ? Vous voulez : que, la propriété soit relative au hasard et non au mérite ? Vous voulez : vous acharner à votre souveraineté utopique ; vous voulez continuer : le chaos, la non-distinction du vrai et du faux, du bien et mai, du possible et du chimérique, si ce n'est par le critérium de la force ? Vous voulez ; que, les classes, jadis dominantes et prépondérantes; qui sont en très-infime minorité, et ne peuvent plus être ni prépondérantes ni prédominantes ; prépondèrent et prédominent : où, leur prédominance et leur prépondérance sont devenues impossibles? Et, vous appelez cela un moyen d'ordre 1 Et, pour l'avoir in-

De L4 SOUVBBAINETÉ. Sâ9

veiité, TOUS TOUS croyez un Napoléon 1 Allez ! Monsieur^ si, l'empereur a reculé ; c'est, qu'il a eu horreur de l'anarchie. Mais, itn'a pas vu : qu'en reculant, il y tomberait également. Ce n'est point en se mouchant isonune eux, qu'il faut imiter les grands hommes. Le gouffre de l'anarchie, il faut le braver. Il faut même s'y précipiter ; comme Curtius. CaJ^ c'est dans ce gouffre, qu'il faut savoir plonger, pour en retirer la connaissance : de la nécessité de l'ordre ; et de l'impossibilité de Tobtenir : sous l'ancienne société ; sous les anciennes souverainetés; connaissance, qui seule peut conduire : à combler le gouffre.

Vous avez donc^ Monsieur, un bien grand amomc pour les logomachies I Vous vous servez continuellement des expressions : démocratie et aristocratie ; bourgeoisie et peuple. Essayez donc de porter une sentence de jugement dernier, sur la valeur de chacune de ces expressions ; et, vous verrez : que, démocratie et aristocratie sont absolument incompatibles. Si, en outre, votre sentence de jugement dernier est bien portée ; vous verrez : que, démocratie et aristocratie, considérées colnme souverainetés, sont également des sottises. Car, toutes les deux ne peuvent être : que, les souverj^inetés de papa el de maman; et, vous savez : que, toutes les deux sont les souverainetés de l'ignorance ; que, toutes les deux sont essentiellement anarchiques : en présence de l'incompressibilité âociale de l'examen.

Tenez ! Monsieur, je voudrais : que, votre sixième chapitre fût imprimé à des milUons d'exemplaires;

230 M LA smnnsiAimBTif.

cri, qu'il ttt compris^ par tous ceax qaî ponrraÎMt te tire 9V l'entendre. Je von» assure : que, ce «bapitis ferait plus, pour le soddiisme réel ; que , ce qoe ooos tous avons jamais écrit.

Yontez-Yous un fait, un fait très^îfltportiuit, ymm qui, avec les vôtres, aimez tant les faits? C'est, qm le socialisme fli doit sa force actuelle qn'i vetis et auï vôtres . Mais pardon I je perds la tète ; car, vwi le savez de reste. Je devrais me rappeler : que, von avez dit : C'est naiês qui prétons à la réfvihlique $oewk su principale force. Seulement, si vous vous imaginez nous avoir prêté cette force ; soyez persuadé : que, .nous ne vou« la rendrons pas. Comptez là-dessus.

Après cela, vous rentrez dans le descriptif. Pour l'amour de vous-même, Monsieur; coi^ez ces hors* d'œuvre à M. de Lamartine. Et puis, voyez-vous, ils sont de peu d'importance. Ils n'ont que celle de nuire, quand ils n'amusent pas. Et, les descriptions, de la vieille société, ne sont pas du tout amusantes. Voyez plutôt, chez M. Blanqui, qui en a fait de très-bonnes. Elles inspirent l'horreur. C'est là, tout ce qu'on en peut retirer. Je me trompe, elles inspirent aussi l'amour du socialisme, par le besoin qu'elles font éprouver : d'anéantir de pareilles horreurs.

Tenez! Monsieur; j'ai bjen envie de vous égayer. Pour cela, je n'ai toujours qu'à vous présenter à vousmême. Vous ne voulez pas, dites-vous, de pouiroir unique. Mais, réfléchissez donc 1 ne fût-ce que quatre secondes^ à ce que vous venez d'énoncer ; et, vous verrez, clair comme le jour : qu'un pouvoir multiple

m^tat antre : i^ue, V^kmeace de pouvoir ou l'anarchie. Sâ'TOW ^i^ ciirédcn (ee que vous ne pouvez Jfcoir U pïékMMÎMt d'^re puis(}«e voua voulez que la morale aoàt jndépendante de Ja religioo ) je vous citerais le obafdaohristiaQifiine disant: que, tout pouvoir divisé dptaalae néeessairemeirt la chute du pouvoir.

Du* i«Ste, (oui oela est 4e la purQ ia^gofiiaehie, de la p«io abienee de toute seuteace de jugement dernier^ sur la valeur des expressions. £t, vous avez eu bien raisoBde dire.: qu'en d^Kursde ces sentences, il n'y a de possible : que du galimatias. S^ement, il est étonnant : que, vous donniez d'aussi ho&nes înstnie* tions ; et, que vous en profitiez aussi peu I Si, par hasard, vous vouliez suivre un seul de mes conseils, je vous te donnerais avec Ima du plaisir : ce serait de e^Midamner au feu h mot élément. C'est, cette malen* conlreuse expressi(m qui vous brouille les idées.

levais passer une foule de pages; où, le mote/oment revient à chaque ligne. Si, ce mot infernal pouvait se transformer en galère ; je vous demanderais volontiers : qu'alliezsvous faire dans cette galère ?

Je parie. Monsieur; qtje, sauf les épreuves, vous n'avez jamais lu vos ouvrages, après qu'ils ont été iflq^més I Je parie en outre : que, si voos aviez la bonté de relire actoeUement avec calme, l'ouvrage qoe je critique ; vous seriez, après l'avoir relu, en état d'en dire plus de mal; qtie, je n'en aurai dit moimâme«

fl y a encore un mot, sur lequel vous auriez bien besoin de porter une sentence de jugement dernier.

C'est le mot pouvoir. Ah Monsieur ! Vous n'^i avez pas vÊtne l'ombre d'mie idée claire. Et, cependant, rien au monde n'est aussi simple 1 C'est, tout uniment : la force de sanction. Quant, à ce que le pouvoir ordonne ; la formule en appartient : soit |à la force dominant la raison ; soit à la raison dominant la force; Vous conceyez l^^e, la raison dominant la force, ne peut exister : tant, que papa et maman ne sont point morts. Papa ne yit plus ; et, vous savez : ce qui doit tuer maman. Allons ! Monsieur; ne contribuez pas, plus longtemps, à nous maintenir dans le cfap,OB ; et, travaillez avec nous : à donner le jour à la fille ; à la sainte vérité.

Maintenant, ne nous affligeons point du refus que, probablement, vous allez nous faire subir ; et, tâchons de nous égayer. A cet égard, rien n'est plus prcçre qu'une de vos propositions , réellement mirobolante, pour nous servir d'une expression de notre nouvelle génération. La voici, sans autre préambule.

^- K La diversité d'origine et de nature, dites-vous, est Tune des conditions essentielles de la force intrinsèque et réelle du pouvoir. »

— Ce qui signifie : que, sans le diable; le bon Dieu n'existerait pas. C'est du manichéisme pur. C'est Tenfer, c'est le chaos perpétuel : dans lequel vous vous vantez d'exister. C'est, en plaisantant, n'est-il pas vrai, Monsieur; que, vous avez écrit ces lignes ?Puis, vous ajoutez, toujours sans doute, pour vous moquer de nous :

BE Uk . aWVKRAlNJETÉ. 233

-r- « •••qû est éU«-mème-(k différence d'origina et de aatiire, condition de la force du pouvoir) Tindispensabie condition de touiê Htmnonie et de la paix sociale. »

— C^est : anarchie et enfer social^ que vous avez voulu écrire. Vous avez cru : que, nous ne devinerions pas ? Ah ! Monsieur ; pour qui donc nous prene<*vous ?

Ce qui m'étonne toujours : c'est, de vous voir vous adresser, aux amis de la liberté. Mais, où diable sont-ils ces amis ? Vous concevez : que, la liberté, c' est l'obéissance volontaire à la raison. Et, comment voulez-vous obéir à la raison; si* vous ne savez pas distinguer : le vrai du faux ; le bien du mal ; le possible du chimérique ? C'est, conmie si vous vous adressiez : aux amis du je ne sais quoi. A quoi donc peuvent servir de pareilles invocations ? A orner le style descriptif? Alors, laissez ce soin à M. de Lamartine ; et ne vous en mêlez pas.

Ce qui est encore très-amusant ; c'est, de vous voir rejeter le pouvoir absolu, le pouvoir de papa ; pour vous déclarer partisan du système des majorités, du système de maman. Eh bien ! je vous prouverai à la fin de mon examen : que, vous avez le système des mâjorités, le système de maman en horreur; et que, par conséquent, vous êtes un partisan effréné du système absolu, du système de papa : puisque, jusqu'à ce que le chaos perpétuel, dans lequel vous avez le bonheur de vivre, soit anéanti ; il n'y a de réellement possible : que, le système de papa; ou, que celui de maman.

934 »i LA 9QnvmkkmETÈ.

— « Li FffMway «ÎMteB-foot, B*éelit|ipei»pM à la lécewité ds goali constitiitioBML »

— Je VOUS répète, Monsieur : que, vous avez ce gouvernement en horreur; et, je vous le prouverai. Ne me le laissez point oublier !

Ce chapitre finit encore par des éléments 1 1 Qui donc nous délivrera des éléments nationaux ? C'est bien pis, pour la société, que le grec et le latin ^ avec lesquels on torture nos jeunes générations.

SK LA «OtrVCRAIRSTÉ. 23$

« A quoi prétend une religion, Messieurs, quelle q«'eHe soîi ? SUe prétend à gouverner les passions humaines, la volonté humaine. Toute religion est un frein, un pouvoir, un gouvememetit. Elle vient au nom de la loi divine, pour dompter la nature humaine. C'est donc à la liberté humaine qu'elle a sortant affaire; c^esi la liberté humaine qui lui lésisie ci qp'eUe veat vaiicre. TeUe est l'oitreprise de la religion, sa mission, son espoir.

« A la vérité, en même temps que c'est à la li> berté humaine que les rdigMMis ont «ûaire, ta même temps qu'elles aspirent à réformer la volonté de rhoBne, eUes n'ont pour agir sar l*h«mme d'autre moyen moral que hû-méme, sa volonté, sa liberté. Quand elles agissent par des moyens extériem, par la force, par k sédHctUm, par des moyens , en un mot, étrangers au libre concours de rhomme, elles le traitent comme on traite Feau, le nmUp oomme une force tonte matérielle r alors elles ne vont point à leur but; elles n'atteignent et ne gouvernent point 1^ volonté. Pour que les religions accomplisseni réellement leur tâche, il faut qu'elles se fassent accepter de la liberté méaie, il faut que l'homme se soumette, mais «•loniairement , Ubremeuty et qn'il Conseive sa liberté au sein de sa soumission. C'est là le double problème que les religions sont appelées à résoudre. »

HisL de la cicilis, en Europe, p. 133.

— « Le pouvoir religieux fut utile et funeste , mais plus souvent, peut-être, maieuoontreuz que bienfaisant. »

JSame ei 8€S papes, par M. F. G., avant-propos II, de la deuxième édition , chez Brière, rue SaintrAndié des Arts, 66 (1829).

— « Tontes les fois que la religion s'est substituée à rafUorité séculière, elle a été funeste au

monde. »

Id., p. 20.

— « Les idées religieuses n*out jamais plus de puissance d*action que lorsque l'humanité est abrutie, groitihre et nUtérable, Ckess une masse civilisée, Tidée religieuse est vague, intime et pattive, »

Id.y p. 35 (i).

A M. GUIZOT

Monsieur ;

Votre chapitre septième a pour titre : a Conditions « morales de la paix sociale en France. »

Remarquez, s'il vous plaît, comme le mot sodcU devient à la mode. ^

Est-ce que vous vous imaginez, monsieur l'ancien ministre des affaires étrangères et président du conseil : que, la paix sociale peut exister actuellement en France ; tant, qu'elle n'existe pas dans le monde ? C'est, je vous le répète, comme si vous vouliez : que, la paix pût exister à Paris ; et ne point exister en France. Pourquoi donc faut-il que, ce qu'il y a de plus simple à concevoir, soit précisément ce que les présidents de conseils voient le moins? Est-ce qu'il suffirait de devenir président de conseil, pour être aveugle ?

(1) Voici ce qui se trouve imprimé dans le livre intitulé :

Nouveau recueil d'ouvrages anonymes et pseudonymes , par M. de Manne, ancien conservateur-administrateur de la bibliothèque du roi. Paris, à la librairie de Gide, rue Saint-Marc, 23. — 1834.

Rome et ses papes, histoire succincte du grand pontificat^ par M. F. G. (François Gdizot). Paris, Brière, 1829, 1 vol. in-8°.

Je ne croirai jamais que M. Guizot ait pu écrire ce livre; et je serais heureux de le lui voir désavouer: quoiqu'il soit en harmonie avec la maxime : la morale est indépendante des idées religietises.

DE LA SOUYERÀINBTÉ. 237

— « La liberté humaine, dites-vous, joue un grand rôle dans les afl^î» res sociales* »

— Et , la liberté des chiens ; quel rôle y joue-telle?

Dites-nous, Monsieur! si, la morale est indépendante de la religion ; c'est, que la religion est une sottise. Car, si le lien religieux n'est pas une sottise ; la morale repose : exclusivement sur cette basé.

Si, maintenant, le lien religieux n'existe pas ; c'est, que le matérialisme est réel. Il n'y a de troisième alternative qu'à Gharenton.

Si, le matérialisme est réel; et, il l'est selon vous; la liberté de l'homme est une sottise, égale à la liberté des chiens.

Alors, quel diable de rôle voulez-vous faire jouer, dans les affairés sociales, à une liberté que vous considérez comme une sottise ?

Et, prenez-garde de vous retourner du côté du Créateur. Car, je vous renverrais : à l'évêque d'Hippone, à Calvin, à Malebranche, à madame de Sévigné, s'il le fallait; et, en outre, à tous les pères de l'Église et à vous-même. Vous savez? l'histoire de la cruche et du potier !

— « On parle beaucoup de christianisme et de l'Ërangile, dites-Tous, on prononce sourent le nom de Jésus-Christ : à Dieu ne plaise que j'arrête longtemps ma pensée sur ces profanations , mélange hideux de cynisme et d'hypocrisie! »

— Vous avez raison, Monsieur; ce mélange est horrible. Mais, avant de juger là où il se trouve;

veoittoiiR y regarder à deux fois. Et^ d'aiUeurg, si vous avez rendu la morale indépendante des idées religieuses ^ que voulez-vous faire de la religion ? Dans ce cas, elle est complètement inutile; et, ce n'est plus qu'une cinquième roue à un carrosse. Dès ce moment, le cynisme et Tégoïsme ne sont plus que du charlatanisme.

Puis, vous nous faites un tableau, de ce que serait la société si eHe était chrétienne.

Eh bien ! Monsieur ; ce que la société n^a jamais pu être, par le judaïsme et le christianisme ; parce que le judaïsme et le christianisme n'ont jamais pu démontrer : les principes qu'ils donnaient comme des vérités ; la société le deviendra , par le vrai socialisme ; et cela, parce que : ce que le judaïsme et le christianisme avaient imposé, comme nécessaire à l'existence de l'ordre, sans en avoir d'autre preuve que la nécessité ; le vrai socialisme en démontrera la réalité. Si, vous , Monsieur ; voulez rester perpétuellement dans le chaos; nous voulons, nous, en sortir; et, qui plus est, vous en faire sortir : quand vous le croirez nécessaire. Maïs, pour cela, il ne faut point venir, avec un air de matamore, nous porter un défi. Quand on est ignorant ; et, qu'on a besoin de science ; il faut commencer : par, reconnaître son ignorance. Puis, quand on s'adresse à quelqu'un^ qjae l'on croit capable de vous însrtruîre (et c'est seulement ft ceux-là qu'il faut s'adresser) ; il faut commencer : par, être humble. Pythagore imposait, à ses élèves* trois ans de mépris et cinq ans de silence, comme épreuve. Quand

0« Lk MiJV&BÀUC£TÉ. 239

on pense à toute» les erreurs que vou avez à oublier, avant 4e pouvoir rien apprendre ; on devrait désespérer de pouvoir tous inafcruire ; mètue, apràs dix axjt- Béw-Âd silence.

— « U ja'y a rifta. dite«»voiis, de pliu aati-eiirétMii. i|iie las idées, le langage, rinAuence des réformateurs actuels de Tordre social. »

— D n'y a rien de plus anti-chrétien, Monsieur, que vous-même; infectant la jeunesse de l'infâme doctrine : que, la morale est indépendante des idées religieuses.

^- <x Si le communisme et le socialisme prévalaient, la foi chrétienne, dites-TonSy périrait. »

— La foi chrétienne, Monsieur, ne périra point socialement; et, cela par une bonne raison ; c'est que, socialement j elle est déjà morte. Elle a^té enterrée, le jour où M. Barrot a fait déclarer, par la cour de cassation, toutes les chambres assemblées : que, la loi française est athée. Et, vous-même en avez prononcé l'oraison funèbre, le jour oii vous avez osé dire en chaire : que, la morale est uhdépendante de la religion. C'est vous, Monsieur, qui avez détruit la reli gion et la morale ; et, c'est nous qui rétablirons la morale et la religion ; qui les rétablirons, en outre : sur des bases impérissables.

— « Si la foi chrétienne^ ajoutez-vous, était plus puissante, le cornmn n inn e et le socialisme ne seraient bientdt pins que d'obscares folies. »

240 DK LA SOd^BBAniETÉ.

— C^est -vrai, Monsieur; et, la découverte de Galilée serait restée aussi une obscure folie. Mais, la foi chrétienne, comme toute autre foi possible, a perdu, $(h cialement parlant^ toute espèce de force en présence de l'incompressibilité de Texamen. Vous en pleurez, n'est-il pas vrai? Ce n'est pas, que vous soyez chrétien. Vous avez assez prouvé : que, vous appartenez au culte de Voltaire, que M. de Lamartine a proclamé : Tapôtre de la vérité. Vous pleurez Tabsence de foi: parce que la foi chrétienne servait de base à l'existence de ces classes que vous adorez ; et, qui rendent le peuple, à vos yeux, comme aux yeux de Voltaire :• tout ce qu'il y a de plus méprisable ; et, de plus digne d'être méprisé.

— « Les socialistes, dites-'^ous, sont les senriies adorateurs de l'humoBité. Y>

— Être servile et adorateur de sa propre dignité ! Comment avez-vous pu, Monsieur, avec deux grains de logique, faire un aussi monstrueux accouplement? Et, de qui donc, vous-même, êtes-vous l'adorateur? Du potier qui vous rend machine et incapable de liberté? Ce serait bien là du servilisme : si, le servilisme pouvait exister chez une machine ; donc, incapable de liberté.

Vous criez beaucoup contre l'orgueil. L'orgueil, Monsieur, est la noble connaissance que l'on a de sa propre valeur. Quand, cette connaissance est vaine^ est illusoire; ce n'est plus de l'orgueil, c'est de la vanité.

Vous ne devriez jamais parler d'orgueil ; et, souvent de vanité.

Vous croyez triompher en nous entretenant de Pascal. Vous ignorez donc : qu'il est mort, dans la rage du scepticisme. Vous ignorez donc : que, c'est lui qui a dit : Allez à la messe ^ voi^ croirez et cela vous abêtira. Eh bien! Monsieur; le temps de l'abêtissement est passé. Il faut que la vérité triomphe ; ou, que l'humanité périsse.

Du reste, vous avez raison : cynisme et hypocrisie ; c'est, un affreux mélange.

Vous croyez qu'on ne ramènera point la France à l'enthousiasme de 89. Vous avez raison, elle y est déjà. Elle y est même plus qu'en 89 : car son enthousiasme est intérieur et raisonné. Il ne lui manque, pour se manifester, qu'une idée claire ; qui puisse être commune. Vous n'en savez rien, vous, qui n'avez : habité que des salons ; et, fréquenté que des égoïstes ; affirmant : que, la morale est indépendante des idées religieuses. Si, comme moi, vous n'aviez, depuis trentecinq ans, fréquenté que des prolétaires; vous sauriez : que, le dévouement à l'humanité , n'a déserté les lam- ' bris; que, pour se réfugier dans les mansardes.

Vous sentez, vous-même, tout ce qu'il y a de repoussant dans votre doctrine ; le remords vous ronge ; et, malgré vous, vous vous écriez :

— « Je n'ai certes nalle en?ie d'éteindre ce qne notre temps conserve de chaleur morale. »

— Il n'a conservé, Monsieur; que,, celle que vous

n'avez pu détruire en disant : que, la morale est indépendante de la religion ; maxime atroce ; et, qui vous rendra Fexéeration de la postérité : si, vous n'avez le courage d'en faire amende honorable; et, d'en demander pardon à la Justice éternelle.

— ((Certainement^ dites-Yous, la France a besoin d*étre moralemeDt relevée et affermie ; elle a besoin de reprendre foi et attachement à àe» principes fixes et généralement avoués, d

— Et, OÙ sont-ils, ces principes, s'il vous plaît? Est-ce chez vous, au sein du perpétuel chaos ? Est-ce chez vous, qui, de votre propre aveu, ne savez pas distinguer L^le vrai du faux, le bien du mal, le possible du chimérique?

*— a Mais Tesprit révolutionnaire, continuez-YOUs , ne peut rien pour une telle œuvre. »

— Et, c'est votre esprit qui le peut, n'est-il pas vrai? Ne voyez-vous pas , Monsieur : que , c'est de vanité que vous avez droit de parler; et, jamais d'orgueil?

Après cela, vient un dithyrambe sur la vie domestique. Je vous le répète,' vous n'êtes point poêle ; laissez à M. de Lamartine la partie de musique. Pendant, qu'il sera occupé à harmoniser des sons ; il ne fera point pire. Et, ce sera infiniment de gagné.

Puis, fatigué de toucher cette corde, vous vous rejetez sur celle de l'esprit politique. Ayez donc la bonté : de toujours porter votre sentence de jugement dernier, sur les mots, avant de vous enser\ir. L'esprit

DE LA SOUVfiaÂISfiTÉ. 243

politique n'est ^uitre : que, l'esprit social. Seulement : politique dérive du grec ; et social du latin. Vous voyez que vous-même, bien involontairement sans doute, recommandez l'étude du socialisme.

Quant à votre socialisme, nous allons vous en donner un échantillon. Mais,^quand nous vous le présenterons, voilez-vous donc : pour, qu'on ne vous voie point rougir. Car, en£ui, nous vous estimons encore assez^ pour croire : que, vous n'êtes pas devenu tout à fait incapable de rougir.

— « Hors du droit^ dites-vous, il n^y a que U force^ qui est essen • tiellement yariable et précaire. »

— Certes, il n^y a pas là de quoi rougir. Et, si Vous n'aviez écrit que cette ligne ; vous ne seriez jamais maudit : par la postérité.

— « Et le respect du droit, ajoutez-vous, suppose ou enfante le respect de la loi, source kabittulU du droit. »

— Nous y voilà, au nœud gordien du droit. Ce nœud, j>apa l'avait formé sur le mont Sinaï ; et, depuis qu'il est. mort, socialement, il s'agit de le dénouer. C'est là, ce qui vous tracasse. Vous et les vôtres, vous voulez jouer au petit Alexandre^ et, le trancher, en disant : que, le droit dérive de la lai; dérive de la force. Le professeur de l'histoire du droit, à l'école de Paris, n'est pas aussi tranchant que vous. Tous les ans, à l'ouverture de son cours, il dit à ses élèves : On ne sait pas encore si la loi vient du droit ou le droit de la loi. Le pro-

fesseur devrait ajouter : que, tant qu'on ne le sait pas, le droit et la loi dérivent exclusivement de la force. C'est là , ce que signifie : la souveraineté de maman. Vous voyez : que, vous adorez cette souveraineté. Ne vous impatientez pas ; je vous prouverai aussi : que, vous la haïssez.

Après cela, vous revenez encore à la famille. Jusqu'à présent, personne n'a su : ce, que vous tous, partisans d'une morale indépendante de la religion, entendez par cette famille ; qu'il faut maintenir à tout prix, contre les socialistes qui veulent la détruire. C'est vous. Monsieur, qui allez terminer la bataille : en découvrant le pot aux roses ; pardon 1 Je me trompe : en portant la sentence de jugement dernier, sur la valeur du mot famille. Nous autres, bonnes gens, nous avions cru : que^ par famille, il fallait entendre : d'abord sa femme et Ja femme son mari ; puis les enfants ; puis les frères; puis, s'il y a une raison d'être frères, tous ceux qui sont capables de fraternité et de dévouement. Il n'y a que des prolétaires pour avoir de pareilles idées. Vous êtes venu, très à propos, pour jeter la clarté sur une discussion ; où, l'un voyait blanc ; quand, l'autre voyait noir.

— « Plus, dites-vous, l'esprit de famille et l'esprit politique grandiront aux dépens de Végoïsme viager et de V esprit révolutionnaire, plui la société française se sentira pacifiée et raffermie dans ses fondements.»

— L'égoïsme viager se rapporte, exclusivement, à la richesse. Ainsi , l'esprit révolutionnaire, que vous méprisez, se rapporte exclusivement à la répartition de la

richesse; et, vous l'appelez égoïsme viager; c'est-à-dire : la justice même en ce monde ; c'est-à-dire : le rapport des produits, au mérite réel de chaque individu ; et, non au mérite imaginaire de la naissance. Par amour de la famille, vous n'entendez point : l'attachement des uns aux autres, la fratei^nité, le dévouement basés sur la religion réelle, seule protectrice réelle de la justice. Pour vous, Tamour de la famille, c'est l'amour du privilège de richesse, rendu héréditaire chez les uns ; et, du privilège de misère, rendu héréditaire chez les autres. Alors, Monsieur, vous avez raison ; les socialistes veulent renverser : non la famille, ce qui serait absurde ; mais, cette organisation de famille. Ils veulent renverser cette organisation vicieuse, pour établir la famille réelle : sur l'amour réciproque et raisonné de ses membres ; sur l'assurance que les enfants hériteront de leurs pères, si ceux-ci les en trouvent dignes ; et de plus, sur la certitude : que, si même ils avaient le malheur d'avoir un père méchant, ou dilapidateur, ou impotent; ils n'en seraient pas moins, en naissant ; et, devant, vis-à-vis de la raison, socialement dominante alors ; rester, jusqu'à la mort, les égaux de tous : n'importe la famille, dans laquelle ils seraient nés. Les socialistes, Monsieur, veulent mettre^ et mettront dans la famille : ce qu'il y avait de bffi , et que vous en avez arraché; pour en arracher ce qu'il y a de mauvais; et, ce que vous et les vôtres y avez mis.

Puis, après cela, vous nous faites un nouveau dithyrambe sur la religion. Je vous répète, Monsiem» : que, TOUS devez laisser, cette partie d'orchestre, à M. de La-

246 DE LA SOCYBRÀIIIETÉ.

martine. D'ailleurs, votre dithyrambe a d'autant plus mauvaise grâce ; que, vous lui faites signifier : « Je puis « bien chanter la religion, il n'y a plus que les imbé- « cîles qui en aient; et, dès lors, elle est utile : pour, « que nous puissions les exploiter. » C'est, la traduc* tîon sans masque, des lignes suivantes :

— « Moins que personne, dites-vous, je yondrais^ pour la cause de la religion elle-même, voir renaître les abus qui Tout altérée ou compnr mile; mais j^avoue que je ne le crains guère aujourd'hui. Les p r iwclp w du gouvernement laïque et de la liberté de la pensée HUMiOHB ont défU»tivement triomphé dans la société moderne. »

— Ainsi, vous vous imaginez : que, la liberté est incompatible, avec la domination de la religion réelle, delà raison réelle I Ainsi, vous voulez : que, la religion soit l'esclave du gouvernement laïque ; et non, que celui-ci soit, tout uniment, Texécuteur de ce qui est ordonné par la religion réelle, rendue rationnellement incontestable ! C'est, toujours : la morale dépendante des idées religieuses; conduisant : à la loi athée, proclamée par la cour de cassation, sur la demande de M. Barrot. C'est, toujours : le temporel dominant le spirituel; ou, le capital dominant le travail. C'est, toujours : la justice basée sur la force ; ou, maman trônant sur le bourreau. C'est vous. Monsieur qui êtes révolutionnaire çt anarchiste : si, par révolutionnaire et anarchiste, la sentence de jugement dernier comprend : rebelle à la raison ; rebelle à la vérité. C'est vous et les vôtres, qui êtes les hommes de désordre ; et, c'est nous seuls : qui sommes les hommes d'ordre.

BE hk 80UVERAIJNETÉ. 247

« Pour que la nécessité de la guérison soit évidente, il faut que le mal soit connu par tous ses symptômes et dans tous ses effets. »

M. GuizOT, Des conspirât. ^ etc., p. G6.

— « Je ne suppose pas qu'il se rencontre ja- Biais an pouvoir qui ne s'inquiète point du succès défimUf et n'aspire qu'à retarder sa perte. En dit , cela n'est point ; car si , au bout des Toies qu'il suit , un gouTernement démêlait sa perte assurée, il en sortirait aussitôt. Ce qu'il s'en promet, c'est vraiment le salut. Que s'il était assez égo'ifte ou assez léger pour ne se soucier que du présent, je lui conseillerais encore de prendre garde. Il a pu jadis se livrer à cette indifTérence , et compter sur un long ajournement ; maintenant tout va vite, d'autant plus vite que la société semble pli^ calme et ne trahit guère d'avance, par ses agitations, la force immense qu'elle pourrait déployer un jour. Les approches de la révolution n'échappaient point à l'inerte prévoyance de Louis XV. Si de nouvelles révolutions étaient jamais encore plus prochaines, peut-être se feraientelles moins sentir sous les pas du pouvoir. Il aurait donc tort de se contenter du provisoire, car le provisoire même serait court et peu sûr. »

M. OuizoT, De la peine tUmort, tic, p. 126.

— « Que tout ce qui n'est pas légalement défendu se trouve tout à coup moralement permis, que les citoyens ne se croient plus aucun devoir, ne reconnaissent plus aucun frein partout où ils ne verront pas l'éebafaud, l'anende ou la prison,

la société sera aussitôt dissoute

..... Aussi n'a*t-on jamais vu la société subsister sans autre frein que ce qui est écrit dans ses

codfis. N

M, GuizoT, Des conspirai., etc., p. 6.

— « QvCil me soit permis de le dire en passaiity

il est des hommes qui', en maniant le pouvoir, se ^ croient babileS) parce qu'ils se résignent sans peine à la nécessité dn mal. Peut-être sont-ils entrés dans les affaires avec l'intention, je dirai pins, arec le goût de la justice. Des difficultés ne sont rencontrées ; contre ces difficnltéifils ont fiût des fautes ; ces fautes ont amené des difficoltés nontelles. Ils ont en recoars à la force matériefle dont ils disposent pour échapper aux écnetls oà lear raison avait échoué. Dès lors, le goftt de la forée \ék gagne, et ils disent qu'ils ont gagné de Texpérience ; ils appellent cela entrer dan* la pratique, comprendre les choses et les hommes. Aupaiavant ils étaient jeunes, ils avaient des chimères ; maintenant ils savent le monde et possèdent l'art de gouverner. Étemelle insolence de la natore humaine ! La seule expérience qu'ils aient acquise est celle de leur faiblesse, et ils s'en prévalent comme d'un progrès dans la science dn pouvoir (1). » M. GuizoT, Des conspirât, et de la Justice polit,, p. 23.

— « En fait de justice, qu'est-ce que timperfection, sinon l'injustice mémeT »

M. Gdizot, De la peine de mort, p. 98.

— « Pour que la justice soit, il faut qu'elle soit pure; elle ne supporte aucun alliage; die s'évanouit tout entière au moindre souffle étranger. >•

M. GuizoT, Des conspirât, et de la justice poliL, p. 2.

A M. GUIZOT

Monsieur ;

Votre chapitre huit est intitulé : Conclusion.

Hélas! Monsieur, la conclusion est Lien digne de Texorde; c'est une continuelle logomachie. Mais, affirmer n'est rien ; il f^ut prouver : prouvons.

(1) Peut^tre, ce passage pourrait-il se placer: sous un portrait de M. Guizot.

DE Là souveraineté. S49

^*- « Que la France, dites «'▼ous, ne se fasse pas d'illusion. »

— Vous avez raison, Monsieur. Mais ht France est un être de raison. Et, pour que cet être de raison ne se fasse point illusion, il faut qu'il soit un, ce qui ne peut exister tant qu'il y a des opinions ; et, il faut surtout pour arriver à ce but : que, les êtres réels, qui composent cet être de raison ; principalement ceux qui par leurs talents et les circonstances sont plus que les autres capables de propager leurs propres illusions; ne s'en fassent point eux-mêmes. Or, Monsieur, vous êtes parmi les plus influents; et, vous avw une vue aussi confuse que possible. Vous même en convenez, en avouant : que, vous êtes dans le chaos, incapable de distinguer le bien du mal, etc., etc. Et, malheureusement, vous vous posez en professeur: cherchant à faire entrer, dans les faits, le chaos qui se trouve dans vos idées .

— « Toutes les expériences qu'elle (la France] tentera, dites-vous, toutes les révolutions qu'elle fera ou qu'elle laissera faire^ ne la soustraie ront point d cez conditions nécessaires, inévitables de la paix sociale et du bon gouvernement. »

— Vous-même, Monsieur, avez dit :

— « Pour que la nécessité de la guérison soit évidente, il faut que le mal soit connu par tous ses symptômes et dans tous ses effets. »

— Vous voyez, Monsieur; que, les révolutions sont nécessaires : non pour guérir; mais, pour faire sentir

2ë0 DE Là S0UVfi£AlJ9ETÉ«

socialement; socialement, entendez-vous? la nécesdté de giiérir. Et, pour que la guérison de l'injustice existe ; il faut, c'est encore vous qui le dites :

— « Pour que la justice soit , il faut qu'elle soit, pure : elle ae raj^

porte aucun alliage , elle s'éfanouit tout entière au moindre soufflé étranger, n

— Puis VOUS dites encore :

— « En fait de justice^ qu'est-ce que Timperfectiop ? sinon l'injiutice même. »

— De manière, Monsieur; que, c'est la. jicstîce ahsolue : que, vous considérez comme seul remède social possible; et, de ce côté, vous avez raison. Voyons si vous êtes en état d'y conduire. Pour le savoir, examinons les conditions de paix sociale et de bon gouvernement : que , vous exposez en terminant votre chapitre sept; et, qui servent de prémisses à votre conclusion.

«- « On ne traite pas, dites* vous, avec les grandes puissances mondes comme avec des auxiliaires soldés et suspects ; elles existent par ellesmêmes, avec leurs mérites et leurs défauts naturels, avec leurs bienfaits et leurs dangers. Il faut les accepter telles qu'elles sont, sans s'y asservir, mais sans prétendre se les asservir ou leur livrer toutes choses, mais sans leur marchander incessamment leur part. Vesprit religieux, Vesprit de famille^ Vesprit politiqite, sont, plus que jamais, dans notre société, des esprits nécessaires et tutélaires : ni la paix sociale, ni la stahilUé, ni la liberté, ne peuvent se passer de leurs concours, »

— Examinons ce passage, Monsieur; tout votre livre s'y trouve résumé.

« Oa ne traite pas avec les grandes poissances morales comme arec des auxiliaires soldés et suspects; elles existent par elle^mêmes^ avec leurs mérites et leurs défauts naturels, avec leurs bienfaits et leurs daiH^ert . »

— En analysant ce passage , vous me pèrmettrei:, Monsieur, de vous traiter comme un homme supérieur. Peu de personnes , je le sais, seront capables de BOUS juger ; mais, c'est vous que je prends pour juge. C'est, une preuve d'estime que je donne : à vos talents.; et, à votre caractère. Vous voyez que, maintenant, toute espèce de plaisanterie doit disparaître. Ce n'est plus à l'ancien ministre, à l'utopiste, à l'homme qui a tracé son portrait de main de maître, dans une des épigraphes mises en tête de cette lettre, que je vais écrire; c'est, au professeur philosophe. C'est, un homme instruit, écrivant à un homme instruit ; c'est-à-dire, étant l'un et l'autre à hauteur de rinstruction de leur époque : que cette instruction soit réelle ou illusoire; qu'elle soit bonne ou mauvaise.

Vous parlez. Monsieur, de grandes puissances morales. Avant de pouvoir en parler, d'uiie manière claire^ sans logomachies, il faut : avoir porté la sentence de jugement dernier, sur la valeur du mot mo^ rai. Je vais porter cette sentence; pour, que nous puissions sortir tous les deux du chaos. Pour en sortir ensemble, il faut : que, tous les deux, nous soyons d'accord sur cette même sentence. Et, comme à cet égard, je viens de vous rendre juge en dernier ressort; venîllez me dire si vous confirmez. Mais, dites-le moi

25â DE LÀ SOUVERAlIfETÉ.

en termes clairs ; et, comme un honnête homme ddft répondre. u-

Le mot moral^ jusqu'à ce que la réalité de sa valeur soit démontrée, ne peut avoir qu'une valeur négative: celle de non physique.

L'ordre physique est celui : où, tout se fait néceisairement. L'ordre dans lequel la liberté, réelle et non seulement apparente^ n'existe pas. L'ordre physique, c'est : l'ordre matériel.

L'ordre moral est donc celui : où, la liberté est supposée pouvoir exister. Pour commencer, cet ordre n'a donc, nécessairement, qu'une valeur hypothétique. Voyons dès lors, quelles sont les conditions nécessaires : de l'ordre moral, non hypothétique; de la liberté, non hypothétique.

Pour qu'un être puisse être libre, plus qu'hypothétiquement; et, en dehors de toute contradiction rationnelle ; c'est-à-dire de toute absurdité; il faut : qu'il soit indépendant ; c'est-à-dire incréé ; c'est-à - dire éternel; c'est-à-dire absolu.

Vous voyez, Monsieur; que, Têtre moral réel, l'être moral non hypothétique, non absurde, est incompatible : avec le panthéisme ou le matérialisme ; et, avec l'anthropomorphisme ou le Créateur. Et, ne dites pas, je vous prie : que, je fais de l'invention. Cette doctrine a des milliers d'années d'existence; elle est celle de nos pères ; elle est celle des druides ; elle est celle de la raison.

La science a renversé l'anthropomorphisme, qui seul servait de base à l'hypothèse des êtres moraux.

X»a prétendue science a porté au pinacle le panthéisme, qui détruit tout être mpral. Et, cet anéantissement de toute création d'uire ' part ; et, cette prétendue création d'une science matérialiste d'une autre ; vous ont forcé à déclarer : que, la morale est indépendante de lareligion; ce qui est la négation de tout être moral.

Avant, que vous puissiez venir nous parler, clairement, de puissances morales ; il faudrait, donc, que vous eussiez renversé : et l'anthropomorphisme; et le panthéisme. A moins, que vous ne prétendiez donner des preuves, non logomachiques, de la vérité de l'anthropomorphisme ; et, de la compatibilité de cette réalité, avec la réalité de notre liberté ; ce qui serait affirmer : la possibilité de l'impossibilité ; la possibilité de l'absurde .

Acceptez-vous, Monsieur, cette sentence de jugement dernier, sur la valeur du mot : moral ?

Une fois que vous l'aurez acceptée, nous serons sortis tous les deux du chaos. Dès ce moment, il n'y aura plus , SOCIALEMENT , qu'wie seule puissance morale : le RAisoNNEMEiNT. Et, VOUS voycz : quc, leç épithètes de grandes et de petites disparaîtront alors ; ce qui sera Fanéantissement d'une immense source de logomachies, existant actuellement : au sein de toute discussion relative à l'ordre moral.

Ainsi : une seule puissance morale ! Le raisonnement.

Mais, il y a bon et mauvais raisonnement. Et, aussi longtemps que le bon raisonnement, ne peut être wnammement distingué du mauvais ; unanimement, incon-

testablement , dans l'intérêt de tous et de chacun ; il n'y a de juge, entre le bon et le mauvais raisonnemœt, que la force ; et, l'époque, où la force est nécessaire* ment le seul juge possible, entre le bon et le mauvais raisonnement ; est , nécessairement aussi, une époque d'ignorance.

Confirmez-Yous, Monsieur, cette nouvelle sentence de jugement dernier ? Si, vous la confirmez ; nous an* rons fait un pas de plus, en dehors du chaos.

Dans ce cas, vous concevrez fort bien : que, la puissance morale du mauvais raisonnement, est un aoxi* liaire : qui, peut fort bien être soldé par la force ; et, qui même ne peut lui être suspect : tant que la force peut être base d'ordre social. Alors, le mauvais raisonnement, est nécessairement admis : comme b<m raisonnement. Mais, une fois que la force ne peut plus baser l'ordre, sur un mauvais raisonnement ; le mauvais raisonnement ne peut plus être soldé utilement; et, devient un auxiliaire très-suspect. Gomment faire, alors : tant, que l'ignorance n'est point anéantie ? Faire des sophismes inutiles ; les envelopper inutilement de logomachies ; et, les publier, sans autre espoir, que d'augmenter l'anarchie : pour que la nécessité de la guérison soit évidente; et^ que le mal soit connu dans tous ses symptômes et dans tous ses effets. C'est, Monsieur, ce que vous faites. Continuons !

— « 11 fiiut, dites-TOUs, les accepter (les grandes puittances morales) telles qu'elles sont, sans s'y asservir , mais sans prétendre les asservir, sans leur livrer toutes choses , mais sans leur marchander incessamment leur part. »

DE LÀ SOUVEllÀIlfETÉ. 255

— Quel vague 1 quel chaos 1 quelle indéteraiination ! Et cela, précisément pour énoncer le contraire de ce qui doit être 1 Projetons la lumière sur ce galimatias !

Sans s'y asservir^ dites^vous. Et, c'est de la puissance morale unique dont il est question. Voyons ce qu'il y a de vrai, dans cette affirmation.

En époque d'ignorance, l'ordre est basé : sur un raisonnement formulé par la force. Alors, il ne s'agit pas : d'asservir le raisonnement à la force; il s'y trouve nécessairement asservi par le seul fait.de l'ignorance sociale ; mais bien, de maintenir le monde asservi à ce raisonnement : sous peine de désordre ; sous peine de mort sociale. Quand, l'ignorance sociale est anéantie, an contraire ; quand, le bon raisonnement domine la force ; alors, la liberté sociale consiste précisément : dans l'asservissement volontaire, le plus absolu, de la société tout entière : à la puissance réelle du bon raisonnement ; à la justice pare ^ qui ne supporte aucun alliage^ qui s^évanouit tout entière au moindre souffle étranger; à la justice qui n'est que Vinjustice même si elle n- est la perfection. Vous voyez, Monsieur; que, de part et d'autre ; c'est, précisément, le contraire de ce que vous dites, qui est la vérité.

Voyons , cependant , quelles sont , selon vous , les grandes puissances morales.

D'abord, vous auriez dû reconnaître : qu'au sein de la société, il n'y a que puissance morale. Cela vous aurait évité toutes vos erreurs. Mais, laissons cela ; et voyons : vos grandes puissances morales.

— « L'esprit religieux, Tesprit de famille, Tesprit politique , sont.

256 DE LÀ SOUV£RÀmETÉ.

diles-Toas^ plus que jamais, dans notre société , des esprits nécessaires et tutélaires. »

— Ayant tout, il serait bon, Monsieur; et, c'est vous qui l'ordonnez : de prononcer une sentence de jugement dernier, sur la valeur des expressions : esprit religieux^ esprit de famille ^ esprit politique. Et, avant de parler de l'esprit de religion, il faudrait avoir porté une sentence de jugement dernier, sur la valeur du mot religion. Voici ma sentence, Monsieur ; vous me direz: si , vous la confirmez.

Religion : de religare. C'est, le lien qui unit les actions d'une vie, avec le bien-être ou le mal-être dans une autre vie : selon, que les actions sont conunises conformément ou contrairement à la conscience, an raisonnement de celui qui les commet. Si, vous acceptez cette sentence. Monsieur ; vous concevez : que, si la science d'une époque dit : qu'il n'y a point d'autre vie pour les individualités apparentes, parce que tout en nous est le résultat de l'organisme (ce que notre prétendue science croit prouver en donnant la série continue des êtres comme réelle) ; alors, l'esprit religieux, socialement ou scientifiquement parlant (ce qui actuellement est la même chose), se trouve complètement anéanti. AIors,la grande puissance morale, la seule puissances morale qui ait jamais pu exister (comme étant la seule sanction non physique possible) , se troui^e également anéantie. Et, l'expression de cet anéantissement consiste à dire : que la morale est indépendante des idées religieuses . C'est, Monsieur, ce que vous avez fait.

' DB LA SOUTERÀINETÉ. 257

Quant à Tesprit de famille , il est exclusivement formulé par Tesprit religieux : soit relatif à une foi, quand une foi est encore socialement possible ; soit relatif au raisonnement, quand l'ignorance est anéantie. Hors ces deux cas, l'esprit de famille n'est plus : que, l'expres- 8ion de la brutalité, l'expression de la force , l'expresaîon des passions, l'expression du diable, l'expression de l'organisme ; toutes, expressions de même valeur.

Quant à l'esprit politique, considéré en dehors des deux esprits religieux seuls possibles ; c'est, encore la brutalité : la brutalité , non plus au sein de la famille ; mais, la brutalité au sein de la société.

— Ni ]a paix sociale, ni la stabilité, ni la liberté , dites-vons , ne peuvent se passer de leur concours. »

— Ce n'est pas de leur concours qu'il fallait dire ; mais, de leur domination. Du reste, vous voyez : que, selon les sentences de jugement dernier, dont nous sommes convenus ; il n'y a plus, au sein de notre société : ni esprit religieux pouvant dominer ; ni esprit de famille 5 ni esprit politique pouvant servir de base à l'existence de* l'ordre. Et, voilà ce qui constitue : le chaos, dans lequel vous vous trouvez.

Convenez-vous, Monsieur, de la réalité de toutes ces prémisses ?

— Oui, me direz-vous ; mais, êtes-vous en état d'anéantir l'ignorance sociale : que^ la force ne peut plus dominer ; et, quela raison ne peut dominer encore?

— Oui, vous répondrai-je.

258 JMt LA MilTSEÀllIETâ.

— AnéaaliaieE donc, me direas-^vcHis.

— C'est, ce que je demande, vous r^HMidni-je. Maifi| pour anéantir rignoraoce, j'ai besoin d'étie

écouté. Pour être écouté, de l'imiiieiise multitude 4'i- ^oraatfi qui se croient saTsuits, j'ai besoia : d'n homme comme vous ; d'un homme marquant dias Tuoivers politique ; d'un homme ayant commis <ie grande fautes; et dont la eonscieiiee ne demande pas mieux ^e de lesiréparer« J'ai besoin que cet homme dise : celui qui tous parle, celui qui m'a maUmiié, est un homme qfoà, mérite : d'être écouté.

J'attends votre réponse, Moiœieur; et, |ê voim en rends responsable : devant la postérité.

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