CELLE DU JUSTE
— Est-ce clair? Cela signifie-t-il : que^ le bon qui
peut être méchant et ne l'est pas , n'est qu'un sot
sous la souveraineté du peuple ? 11 est vrai : que , par peur de la ciguë et dû procureur de la lîépuUiqiie d'Athènes, Glaucon, le condisciple et le frère de Platon, le di&ciple de JSocrate, ajoute :
— «... à ce qu'on dit , car pour moi, Socrale, je n'ai pas encore pris mon parti ; mais j'ai les oreilles si souvent rebattues de discours semblables à ceux de Thrasymaque, que je ne sais à quoi m'en tenir. Je n*ai encore entendu personne qui me prouvât comme il faut que la justice est préférable à TinjusAice. Je veux Tentendre louer en elle-même et pou elle-même, et c'est de toi principalement que j'attends cet éloge^^est
|K>uf^uoi je i9i& m*4iwaâre $w les as^^otages de h condition du mé<chant. Tu yerras par là comment je souhaite que lu t*y prennes pour toiin'lajuMiae ', yok si ces confiions le plaisent. «
— Si, Messieurs les journalistes avaient autant d'a- Aresse, pojir lïîscuter avec MM. les procureurs de la républK^, ils ae «e f eraîrent fm aussi souvent ntett^e en cage (1).
A quoi âoeacate procureur répond :
r«- « ÀMurénont; et de fuel antre «ijtt vm homme «ensé pourrait*il «^entretenir plus souvent et plus volontiers? )>
— Remarquez : que , tout ceci fut écrit après le SHppliAe de âjucj:ajte« U i^arâît : que , âoua^ 'inquisition athénienne, on était aussi Ktire *. qrie, sons la liberté française,
— • « GV8i^oiHli>i«B dH, continue Glaucon, lËcoute donc quelle est, selon Topinion commune, la nature et Torigine delà justice : c'est, cUton, un bien en soi de commettre l'injustice et un mal de la souffirir. »
— En présence de la souveraineté du peuple, c'est, je le répète : clair comme deux et deux font quatre.
— « Mais, ajoute Glaucon qui n^est pas encore satisfait, il y a plus de ^ooal-à la sDufùrir que deânen À »la comnatim. C'^st jpourguoi, après que ies AomtDe».... »
— Ici îl j a une erreur. À lieu de dire les hommes^ «Glaufcoii agirait dé 'dipe les forts. Tant que la force
itÀÊ^
ni en 1849.
peut régner, les forts seuls comptent au sein de Thumanité. Nous allons faire cette correction; et, vous verrez : que, la phrase en sera plus claire.
— « . . . . après que les forts eurent essayé des deui et se furent nm longtemps les uns aux autres, Jbt plus faibles (d^entre les forts), ne pouvant éviter les attaques des pli^orts ni les attaquer à leur tour,.. »
— Nouvelle erreur. Si, les plus forts avaient toujours été les plus forts ; si, la force brutale ne s'était point déplacée ; il n'aurait pas été de Fintérêt commun : dej liguer les forts entre eux; aux dépens du plus grand nombre possible de faibles.
— «.••. jugèrent qu'il était de leur intérêt eomman d*empéciier qu'on ne fit et qu^on ne reçût aucun dommage. »
— Qu'on ne fît aucun dommage aux forts ligués entre eux ; et, qu'ils ne reçussent aucun dommage, toujours les forts.
— « De là, continue Glaucon, prirent naissance les lois et les conventions. »
— Sous-entendez toujours : entre les forts.
— « On appela juste et légitime, continue Glaucon, ce qui fut ordonné par la loi. Telle est Porigine et Tessence de la justice : elle tient le milieu entre le plus grand bien, qui consiste à pouvoir être injuste impanément, et le plus grand mal, qui consiste à ne pouvoir se venger de Tiojure qu'on a soufferte. On s'est attaché à la justice , non qu'elle soit an bien en elle-même , mais parce que l'impuissance où Ton est de nuire aux autres la fait regarder comme telle : car celui qui peut être injuste et qui est vraiment homme, n'a garde de s'assujettir à une pareille con' vention , ce serait folie de sa part. » ^.
— C'est, encore aussi clair, aussi incontestable, que deux et deux font quatre : dès, qu'on se place au point de vue du matérialisme ; dont, la souveraineté du peuple est l'expression.
Et, cependant , allez le dire : à ceux qui nient l'absolue nécessité d'une saii|^ion religieuse, socialement acceptée cohime réelje ! Ils vous traiteront de fou. Allez leur dire : qu'une pareille doctrine, émise par une minorité, nécessite l'inquisition la plus sévère : pour les masses soumises , à une calembredaine quelconque! lisse moqueront de vous. Dites-leur : que, le divin Platon est de cet avis ; et, que de sa bouche divine, il a formulé cette inquisition, même après avoir vu périr son maître par une inquiMtion. Ils vous répondront : que, Platon était aussi fou que vous ; et, vous, aussi fou que lui. Vous croyez, peut-être ; que, pour regimber : et, contre l'histoire ; et, contre toute théorie; et, contre toute pratique passées et présentes ; ils vous donneront une^raison ! Jamais, les mystiques ne donnent de raison : cela est, dit un mystique, parce que je sens que cela est. Après cela, si, vous n'êtes pas content; vous êtes peu raisonnable. Que faire, alors, de pareils fous? Rien; attendre : que, l'anarchie les ait saignés à blanc.
« On devient injuste dès le momeut qa*on cnit pouvoir l'être sans crainte. Car tout homme créft, •daam le fond de Yàme^ atnaeratâon^ éiseniilfli partisans de Tinjastice, qu'die est pins avantageuse qae -la justice; en 'sorte 'que «i 'qnéqAA ayant reçu un tel poui^oir, jut voulait Caire .tact à personne, ni toucher au bien d'autrui, on le regar* -flerait comme 4e •plaB.maKieureBx et le^ilmi iiww( de tous Jes hommes. Cq^endani ioÊts fermmU e» public reloge de sa vertu, maïs à dessein de te Humnper muÉuellement , «t tdatu ia craâmàe Jt^ ». prouver eux-mêmes quelque it^uêtice, »
Pjjlton, Rcptiblique, liv. 11 ; ^laùcoit, fière de Plf^on, interlmnilour.
— Ce tableau, au point de vue matérialiste., est encore admirable de vérité. Est-ce qu'en présence de rincompressibilité de l'examen , une pareille doctrine peut servir de base à l'existence de l'ordre? A cet égard , je fais appel à tout homme de bonne foi, à quelque parti qu'il puisse appartenir.
Glaucon, continue d'exposer le tableau de Thonmie nommé méchant; lequel, n'est que l'homme raisoûnable : dès, qu'il n'y a pas de sanction religieuse ; ou, qu'il n'y a qu'une sanction religieuse évi table : ainsi qu'il en est toujours, pour les religions révélées.
— « Que le méchant conduise ses entreprises injustes avec tant d'adresse qu'il ne soit pas découvert; car s*il se laisse surprendre en faute ce n'est plus un habile homme. Le chef-d'œuvre de l'injustice, dit-il, est de paraître juste sans l'être. Donnons-lui donc une injustice parfaite;
9K vk HMioveiiAiKeTjf . S83
(fp>Mi c tf gB U tt a tii les fd» tgcandls ariwes iA «aobe «se &ir& la vépulalion d'honnête homaifi, el s'il viantÀ bronchor ({u*il puisse se relever aussitôt; qa*il soit as^ez bloquent pour persua9er son innocence à ceux (Seyant lesquels on l'accusera, assez hardi et assez puissant, soit par lui-même, soit par ses amis^ pour emporter par la force ce qu'il ne pourra obtenir au- Irmieiit. 7t
— Après avoir Tàît le poilitet du mécliant ; lequel, n'est que l'homme rationnel, mis en présence du matémfisme supposé réel ; Gftaucon tEt :
-^ «ItotMK à |>réMiA ViB-4i^vis «le lui rbonime fle l>ien, >âoiit le calacjtère e&t la franchise et .la simplicité, «t qui„ comme ;clit £schyle : est plus jaloux d^étre bon que de le paraître; ôtons-lui même U réputation tThoBndte hraMire : cflAriB*îl passe pmn* tel,ïl «era en «onséquesce comblé ^'liAnneiirs et 4e /biens, .el jayQus ne pourrons f^iis juger s'il aime la jusiioe pour elle-même ou pour les honneurs et les biens qu'elle' lui procure. En «n tDot, dépouillons-le de tout, liormlsla juvftce ; et ponr mefttre entre lui fit l'autre «ne parfaite •oppaaitioiiy ^'il fiasse pour k |>las scélérat des hommes sans avoir jamais commis la moindre injustice ; de sorte que sa Tertu sort nrise ans phra ipudes épreuves, et qu'elle ne soit ébranlée ni par l'infamie, «n par les çtaiMfais iraiiemeuls; mais tque jusi^u'à la mort il marche d'un pajs inébranlable dans les sentiers de la justice, passant toute isa vie pour tm méchant, totft juste qu'il est. C'est "à la vue de ces deux madèlffi, i'iui 4e juatine, d'avire d^iaijastke cansovoiée , qae je weux <^e vous prononciez sur le bonheur du juslë et du méchant.
— • « Atoc qudlle précision et quelle rigueur, mon cher Glaucon, dît âaernte « tu 4e dé^anSles «le tomt «e qui est étranger ou jngemeiit que nous devons porter ! »
— Ce qui proave : qiie, Platon accepte les préjnisses, qui doivent servir à porter le jugement.
— « J*y apporte, reprend Glaucon , le plus d*exactitude que je puis. Après les avoir supposés tels que je viens de dire, il n'est pas malaisé, ce ne ieinible,-de joger du sort q«i les attend Tnn et l'autre. Disons-le néannf6HK,'et si ce q«e je "viens de «lire te parait trop fort, souviens-toi , So- «r«te, que je ne parkpas de «mi chef, Boais ansom ib oms. fvi préfèrent l'injustice à la justice. ?)
— Ceci y est une nouvelle précaution oratoire, prise contre le procureur de la république d'Athènes.
•^— a Le juste, tel que je Tai dépeint , continue Glaucon , sera fouetté, torturé, mis aux fers ; on lui brûlera les yeux ; enfm^ après lui avoir fait Souffrir tous les maux, on le mettra en croix, et par là on lui fera sentir qu'il ne faut pas s'embarrasser >4'être juste, mais de le paraître. »
— Avant d'arriver à une conclusion, disons ici : que, ce passage est celui qui a fait donner, à Platon, le surnom de divin, par le christianisme. On a voulu, dans ce juste, reconnaître le Christ; et, peu s'en est fallu : que, Platon n'ait été canonisé, comme prophète. Nous allons voir bientôt : comment Platon traite son Christ. Est-il nécessaire de faire apercevoir : qu'il n'y a pas l'ombre de ressemblance entre le Christ et le juste de Platon. Le Christ est le plus grand des héros; il sait : que, la sanction religieuse existe; il remplit son devoir; et, se dévoue pour l'humanité. 11 est, en même temps, le plus grand des {philosophes : il raisonne; il est, par son dévouement, l'expression de Féterpelle raison. Le juste de Platon, est le plus grand des imbéciles ; il croit savoir : que, la sanction religieuse n'existe pas; pour lui, s'il raisonne, devoir et dévouement sont des folies. En se dévouant, il prouve ; qu'il n'est qu'un sot. C'est, aussi ce que va dire Platon.
— « C'est donc, continue Glaucon, bien plutôt au méchant qu'on doit appliquer les paroles d'Eschyle ; parce que , ne réglant pas sa conduite sur Topinion des hommes , et s*attachant à quelque chose de réel et de solide, il ne Teut point paraître méchant, mais l'être en effet :
DE Lk SOUVERAINETÉ. 285
« Soft habileté féconde conçoit et enfante heureusement Us plus beaux projets (Eschyle, etc.).
« ÀTee la réputation d'honnête hoAme, il a toute autorité dans TÉtat ; il s^allie, lui et ses enfants, aux meilleures familles; îl forme toutes les liaison* qu'il lui plait. Outre cela , il tire avantage de tout, parce que ^e crime ne Teffraye point. A quelque chose qu'il prétende, soit en public, soit en particulier, il l'emporte sur tous ses concurrents ; il s'enrichit, fait du bien à ses amis, du mal à ses ennemis, offre aux dieux des sacrî|i fiées el des présents magnifiques^ et se cotMilie la bienveillance des dieua> et des hommes bien plus AissiuifT et plus sûrement, que le juste : d'où l'on peut conclure avec vraisemblance qu^il est aussi plus chéri des