DIEUX. D
— Si, Ton voulait considérer Platon, comme prophète en portraits; celui, qu'il vient de faire du méchant, s'appUquerait mieux à Louis XI; que, celui de son juste, au Christ.
Voici, maintenant, une nouvelle phrase : à l'adresse du procureur de la république d'Athènes.
— a C'est ainsi, Socrate, que les partisans de l'injustice prétendent que la condition de l'homme injuste est plus heureuse que celle du juste, de quelque côté qu^on l'envisage^ du côté des dieux ou des hommes. »
— Il est évident : que, deidieux, dont la sanction est évitable par la richesse, c'est-à-dire : par la force ; sont, quant à la morale, comme n'existant pas. Aussi, Platon était matérialiste; nous avons promis de le prouver; et, nous le prouverons surabondamment.
Vous vous imaginez, peut-être : que, Platon va en rester là. Du tout, il veut nous convaincre, surabondamment aussi : que, l'honnête homme, non soumis à la sanction religieuse, est un véritable sot ; et, que le méchant, alors, qui sait se faire accepter pour honnête, est le chef-d'œuvre du raisonnement.
280 DS Là. aoipnauiHTÉ^
•— « Lorsque, dit Seeraté, €MftucoB eut fiai ds piiler> j*' wm dîij^is à lui repondre; mais son frère Âdimante, prenant kt-punoAr^ m* iiiti S^ealtf cMÎMtt «pie lu tkèsd soit Wiffea m a mB t àéff^kffMt-^VHi fowtq«oi^]fM^ Ivirdii-jt. «-Aléa ttèw a oublié yessealwiv— ^EklMMil tffu» le pvovanliav 4*> dit que le frère' ^ennar au seceura é» fpèrev Aînaii pl^.à -ce qa'ii a omi» : il en a eependnnt dit asses psaronr RMBiteer! de conliat et hor» è'éteâ dft déiemilra la joatiini. -* XmHh tt» déhH» «Hit inutiles , il fmt que tu m-éconte» à> nae» taur ; jvTÎms t'enf/omt m diAconr» tout cerntraire: au siim r c'est cela? de êetn quv prmment le paHf d« la juatiee eoatce yingnatice^^ €ette appontion Fenchf» phi9 ^mibfo or qnt 6Uamttomnê p&rwU pas muoir «nr tfWB, w
— Ici , Adimante me paraît un jeune homma- : qui, ne pirend pas suffisamiibent ses^ précautioofr, contre k procureur de la république d'Athèfie». U ert bien heureux d'être protégé par sonirère,. naumeUemeat trè»conaidéréy commis étanl le restaurateur de Vuècpiaition. Qui sait mème^ si, Platon a'a peint eompoâésa» ehfiupitre sur Tinquisition, pour sauver Adimante de ses impfudenctw T
— « Les pères, dit Adimante, recommandent la justice à leurs enfants et Ie& Biaîtres à leurs élèves. EifeiRge en vue de la- justice mèfne? Non. •
\qj€z : comme, ee. non eat see !
— (f MhÎB\ eontiftaor AdîmsRite, en vne des avantages qui y sont attï» chés, afin que la réputation d'honnête homme leur procure des dignités, des alliances honorables et tous les autres biens dont Glaucon a fait mention. Us vont encore pins loin que lui. Ils leur parient des faveurs (foe les dieux versent à pleines maina sur les justes^ et ils ne tarissent pat^seer ce sujet. Ils citent le bon Hésiode et Homère : le premier, qui dit que
« Les dieux font couler le miel des chênes pour les justes ef que libwrs agneaux sv^ontbent sous le poids dr îmr tnimn ;,
« £t le second, qui dit que
« Lorsqu'un bon roi, image âés dîima?, rend la justice à ses sujets, ta
DB EA SWVBTRAIHBTÉ. 2§7
fwmr o«f>w pour Im son sein fertile, ses etrgers' alxmd^t en fruits, la fécondité muUipWe ser fhmpmiuXy et In mtr fimmit à sa tabte les mets les plus exquis,
«, Musée et 8oa fil& dncbérissaot s\a eux, et promettent aux justes, delà part des dieux, des récompenses encore pIVis grandes. Ils les. conduisent après la mort dans les Champs-Elysées , iief9 font asseoir k table coHroBoés de fleius et passer lai rie daus ksr£esliiia : comme, si mue ivresse éternelle était la plus belle récompense de la vertu f »
— AcEmante, mterprète dé ses Jeux frères, est peu respectueux envers les dieux d' Athènes. Qu'aurait-îl dit de réternel jeu Je harpe?
— <t l§elon d^utres, continne Adi'masfie , ces rf co ur pe i w ei me m Imr*^ nent poiiif à Ibnrs p e rson n es. L'homme ssrint eH fidèîe ït ses serments' rr?it dans sa postérité, qui se pHrpéttie d'âge en ftge. Teh sont les motifs; des éToges qulls dbnnent à injustice, f^ur lès méchants, et Tes impies, ils les plongent aux enfers dans Ik bêner, et les c<mdamneA<f è porter de Keen dbns un criËlb. IN ajbntent que pendtrot Tletir ne il' s'est point d'affront ni de supplices auxquels leurs crimes ne les eirposent, et tout ce que Glaucon' a dit des justes quf passent pour méchants^ ils le- disent* des mé* chants mêmes, et rien der plus : voilà: le précis de heur? discours en-fiyfenr de la Tertu. v
— Maintenant, écouter 1 eff cet édifice religieux va se trouver renversé, par Finterprète de Platon. Adimante continue :
— « Écoule à présent, Socrate , un langage Bien diffërent touchant la justice et finjustice, langage que le- peuple et les poëtes ont sans cesse à }k.bouche. Ils disent tous db concert que rien n'est plus beau, ni en même temps plus dlffieile et' plus péhible que la tempérance et la justice ; qu'il n^est au contraire rien de plus doux que l'injùstice^ et le libertinage', rien qnr cotrte moins à la nature ; que ces choses ne ront Honteuses que dans V opinion des hommes et parce que la loi Va voulu ainsi , maiir qu'il n'en est pas de même dans la pratîiftMfÇ que les actions injastts sont plus utiles que les justes ; que fa pÂipart d^ Hommes sont portéisà honorer et à regarder comme heureux Ib méchant qui a des richesses et du crédit , à
288 DE LA SOUYERAIMETÉ.
mépriser et à fouler aux pieds le juste , s* il est faible et indigent, quoiqu'ils conYÎennent que le juste est meilleur que le méchant. »
— Et, il y a pour cela une bonne raison : c'est, qu'il est plus facile à exploiter.
Maintenant, écoutez aussi. Platon va vous enseigna : ce que c'est qu'une souveraineté de droit divin, en présence de l'examen philosophique ; examen qui devient populaire, ainsi que Platon le dit ailleurs : dès, que l'inquisition religieuse cesse d'être dominante.
— « Mais de tous ces discours , les plus étranges, continue Adimante, sont ceux qu'ils tiennent au sujet des dieux et de la^Teriu. Ces dieux, disent-ils, n'ont souvent pour les hommes vertueux que des maux et dsi disgrâces ^ tandis qu'ils comblent les méchants de prospérité. De leur côté, les sacrificateurs et les devins, obsédant les maisons des riches, leur persuadent que s'ils ont commis quelque péché, eux ou leurs ancêtres, ce péché peut être expié par des sacrifices et des enchantements, par des fêtes et des jeux, en vertu du pouvoir que les dieux ont donné aux ministres de la religion. Que si quelqu'un a un ennemi auquel il veut nuire, homme de bien ou méchant , peu importe, il peut à peu de frais lui &ire du mal ; qu'ils ont certains secrets pour lier le pouvoir des dieux et en disposer à leur gré. Ils confirment tout cela par l'autorité des poètes. . .»
— Vous savez ; que, poète et prophète : c'est tout un.
— « Pour prouver, continue-1-il, combien il est aisé d'être méchant, ils citent ces vers d'Hésiode :
« Si grande que soit la foule ^ on peut marcher à l'aise dans le chemin du vice; la voie est unie, elle est près de chacun de nous; au contraire, les dieux ont placé devant la vertu les travaux et les sueurs, et le sentier qui y conduit est long et escarpé.
« Et pour montrer qu'il est facile d'apaiser les dieux, ils allèguent ces vers d'Homère :
« Les dieux mêmes se laissent fléchir fi^ quand on a trasngressé leurs lois, on peut les apaiser par des libations et des sacrifices.
a Quant aux rites des sacrifices , ils produisent une foule de livres ,
composés par Musée et par Orphée , qu'ils font descendre celui-ci d^une muse, celui-là de la lune. Ils font accroire. . . »
— Je répéterai mille fois : que, Platon institue une inquisition pour faire accepter, comme vrai^ ce que le législateur fait accroire; et, qu'il affirme : que, sans inquisition, toute société est impossible.
— -> (( Ils font accroire , non-seulement à des particuliers^ mais à dos Villes entières , qu*au moyen de victimes et de jeux on peut expier les péchés des vivants et des morts ; ils appellent télètes les sacrifices institués pour délivrer les maux de Tautre vie, et ils prétendent que ceux qui négligent de sacrifier doivent s'attendre aux plus grands tourments dans les enfers.
« Or, quelle impression, mon cher Socrate, doivent faire de pareils discours touchant la nature du vice et de la vertu, et Tidée qu'en ont les dieux et les hommes, surl'àme d'un jeune homme doué d'un beau naturel et d'uN ESPRIT CAPABLE DE TIREE DES CONSÉQUENCES de tout CC qu'il
entend par rapport à ce qui doit être , et au genre de vie qu'il doit embrasser pour être heureux ? »
— Maintenant, écoutez! génération de jeunes journalistes, qui écrivez en 1857 ; et, qui ne craignez point d'affirmer : que, la sanction religieuse, socialement acceptée comme vraie, n'est point nécessaire à l'existence sociale ! Écoutez Platon ; et, avec lui tout ce qu'il y a eu d'illustre et d'instruit, ensemble que vous voulez soumettre à vos décisions imberbes ; et cela, sans donner aucune raison, qui puisse soutenir l'examen !
— « N'est-il pas vraisemblable^ continue Platon , s^exprimant par la bouche de son frère, qu'il se dira à lui-même avec Pindare... »
— La citation de Pindare servira d'épigraphe à notre prochain chapitre.
« Monterai-je avec effort vers le palais qa*babite la justice, ou marcherai-je dans le sentier de la fraude oblique? Quel guide prendrai-je povr assurer le bonheur de ma vie ? »
P1KDA.RE, Fragments de Simonide,
— Platon suppose : que ce qui va suivre existe dans la pensée, d'un jeune homme, doué d'un beau naturel, ayant un esprit capable de tirer des conséquences de tout ce qu'il entend, par rapport à ce qu'il doit être, et au genre de vie qu'il doit embrasser pour être heureux : dès qu'il peut examiner; et, qu'il se trouve en présence : soit de la souveraineté de droit divin; soit de la souveraineté du peuple ; c'est-à-dire : dès qu'il se trouve en présence : soit d'une foi religieuse j soit, d'une foi irréligieuse.
— a Tout ce que j'entends donne à connaître : qu'il ne me servira de rien d'être juste, si je n'en ai la réputation ; que la vertu n'a que des travaux et des peines à m' offrir. On m'assure^ au contraire , du sort le plus heureux, si je sais allier l'injustice avec la réputation d'hoooéte homme. Je dois m'en rapporter aux sages; et puisqu'ils disent que l'apparence de la ver lu peut contribuer davantage à mon bonheur que la réalité, je vais me tourner tout entier de ce côté; je hb ferai uns bicyx-
LOPPB ET COMME UNE ENCEINTE DE L'OMBRE ET DES DEHORS DE LA VERTU, je
traînerai après moi le renard rusé et trompeur d'Archiloque. Si Ton me dit qu'il est difficile au méchant de se cacher longtemps, je répondrai que toutes les grandes entreprises ont leur difficulté, et que , quoi qu'il en puisse arriver, si je veux être heureux je n'ai point d'autre route à suivre
que celle qui m'est tracée par les discours que j'entends. Au reste, pour échapper aux poursuites des hommes, j*aurai des amis et des complices. Il est des maîtres qui m'apprendront Tart de séduire par des discours artificieux le peuple et les ju^es. J'emploierai donc l'éloquence, et quand elle me manquera, j'échapperai par la force au châtiment de mes crimes.
« Mais la force et Tarlifice ne peuvent rien contre les dieux? S'il n'y en a point, ou s'ils ne se mêlent point des choses d' ici-bas j peu m'importe qu'ils me connaissent ou non pour ce qne je suis. S'il y en a et $*ils prennent part atix affaires des hommes, je ne le sais que par ouïnnoE, et par les poètes qui en ont fait la généalogie. Or, ces mêmes poètes m^apprennent qu'on peut les fléchir et détourner leur colère par des sacrifices, des vœux et des offrandes. Il faut les croire en tout, ou ne les croire en rien [i) ; et s'il faut les en croire, je serai scélérat, et, du fruit d« mes crimes^ je ferai aux dieux des sacrifices. Il est vrai qu'étant juste, je n'aurais rien à craindre de leur part, mais aussi je perdrais les avantages attachés à l'injustice ; au lieu que je gagne sûrement à être injuste, et que je n'ai d'ailleurs rien à craindre des dieux si je joius à mes crimes des vœux et des prières. Mais je serai puni aux enfers dans ma personne ou dans celle de mes descendants, pour le mal que j'aurai fait sur la terre. On répond à cela qu'il est des dieux que l'on invoque pour les morts, et des sacrifices particuliers qui ont un grand pouvoir, à ce que disent des villes entières, et les poètes enfants des dieux, et les prophètes inspirés. Pour quelle raison m'attacherais-je donc encore à la justice plutôt qu'à l'injustice^ puisque, selon le sentiment des sages comme du peuple, tout me réussira auprès des dieux et des hommes pendant la vie et après ma mort^ POURVU que je trouve aux crimes les apparences de la vertu ?
R Après tout ce que je viens de dire, comment se peut-il faire, Socrate, qu'un homme qui a de la naissance, des talents , de grands biens, à qui la fortune rit, embrasse le parti de la justice, et qu'il ne se moque pas
(1) « La fin de l'homme et des animaux est la même , et leur coudition est égale. Comme l'homme meurt, ainsi meurent les animaux. Tous les êtres respirent par le même mode, et l'homme n'a rien de plus que l'animal. Tout est vanité. Tout va en un même lieu. Tout est fait de la terre et retourne à la terre. Qui sait si le souffle (l'esprit) des fils d'Adam monte en haut et si le souffle des animaux descend en bas ? J'ai donc compris qu'il n'y a rien de mieux pour l'homme que de se plaire dans son œuvre, et que c'est là sa part de bonheur ; car qui le ramènera pour jouir de ce qui sera après lui. »
Ecclésiaste, ch. m, traduct. de Yatable et de Robert Etienne.
— En voici une autre :
— « Et cognovi quod non esset melius nisi Isetari et facere bene in vita sua. »
Eccles., ch. V, 12.
des éloges qu'on lai donnera en sa présence? Je dis plus : quand qud-' qu*un serait persuadé que ce que je dis est fauT, et que la justice est le plus grand de tous les biens, loin de s'emporter contre ceux qu*il verrait engagés dans le parti contraire, il ne pourrait s'empêcher de les excuser;; parce qu*il sait qu^à l'exception de ceux à qui Texcellence de leur caractère inspire une horreur naturelle pour le vice^ ou qui s'en abstiennent parce qu'ils en connaissent la laideur (1), personne n'aime la vertu pour eUe* fnéme »
— Remarquez, je vous prie : qu*aimer la VEEitTy c'est-à-dire le sacrifice ; c'est-à-dire ce qui vous fait mal; pour elle-même ; c'est, aimeir le mal pour le maL Ceci n'est point un sophisme, c'est clair et incontes' table : comme un est un .
Je reprends :
— ((...personne n*aimô la Vertu pour elle-même; et que si querq^^aii blâme Tinjustice, c'est que la lâcheté, la vieillesse^ ou quelque autre infirmité, le mettent dans l'impuissance de mal faire. En yoici la preuve :' c^est qu'entre les gens qui sont dans ce cas, le premier qui reçoit le pou« Toir de faire mal est le premier à en uscr^ autant qu'il dépend de lui.
« La cause de tout cela est précisément ce qui nous a engagés, Glaucon' et moi, dans la discussion présente : je veux dire qu'à commencer par les* anciens héros, dont les discours sont conservés jusqu^à nous dans lamémoire des hommes, tous ceux qui se sont portés comme toi pour les* défenseurs dé la justice n'ont loué la vertu qu'en vue des honneurs etdes récompenses qui y sont attachés, et n'ont blâmé dans le yice que les^ châtiments qui le suivent. )>
— Remarquez encore, je vous prie : qu'en l'al>^ sence de sanction religieuse, pouvant résister à l'exa^ men; cette assertion de Platon, est de la plus incott^ testable vérité.
— « Personne, continue Adimante, en considérant h justice' e^-^ fin- Ci) Nouvelle procaution contre le procureur de la républiqiie d'Athènes.
justice telles qu'elles sont en eUes-mèmes, et dans Tàme du vertueux, 16N0EÉBS DES DIEUX ET DES HOMMES, n'a encore prouvé, ni en vers ni en prose, que Tinjustice est le plus grand mal de Tâme et la justice son plus grand bien. Car si vous v<ms étiez accordés dès le commencement à tenir ce langage, et que dès l'enfance on nous eût inculqué cette vérité^ au lieu d'être en garde contre l'injustice d'^autrui, chacun de nous serait en garde contre la sienne, ou craindrait de lui donner entrée dans son àme^ comme au plus grand des maux. »
— Ce passage est admirable; et, fera plus, vis-à- \is de la postérité, pour l'honneur de Platon ; que, toutes les billevesées qui lui ont fait donner Fépithète de divin.
Mais, cet accord peut seulement exister : en époque de connaissance sur la réalité du droit. Auparavant, quelque précaution que vous preniez, pour inculquer ces principes par l'éducation; Texamen, l'instruction , essentiellement destructive en époque d'ignorance, vient détruire, en un instant, ce que vous avez eu tant de peine à établir : par l'éducation. Mais, en époque de connaissance ; ce que l'éducation inculque; l'instruction le démontre. Et alors ; au lieu, d'être en, garde contre l'injustice d'autrui ; chacun de nous, se met en garde contre la sienne ; et, craint de lui donner accès dans son âme : comme, au plus grand des maux. Jusq::e-là, la vertu reste : la plus insigi]ie des foUes.
Laissons continuer Âdimante,
--« d Tbrasymaque, dil-iî, ou quelque autre, en aurait saus doute pu dire autant que moi sur ce sujet, et même davantage, confondant en aveugle, ce me semble, la'kiature de la justice et de Tinjustice. Pour moi je ne cacherai pas que ce qui m^a porté à te faire au long ces objections, c^est le désir d'entendre ce que tu y répondras. Ne te borne
donc pas à nous montrer que la justice est préférable à Tinjustice; ezplique-nous les effets qu'elles produisent Tune et l'autre par elles-mêmes dans Tàme/et qui font que Tune est un bien et l'autre un mal. N'aie aucun égard ni à l'apparence ni à l'opinion, comme Glaucon te Ta recommandé; car si tu ne vas pas jusqu'à écarter absolument l'opinion ^raie, et même jusqu'à admettre la fausse, nous dirons que tu ne loues point li justice, mais l'apparence de la justice ; que tu ne blâmes aussi dans le vice (jue les apparences ; que tu nous conseilles d'être méchants, pounm que ce soit en secret, et que tu conviens avec Thrasymaque que la justice n'est utile qu'au plus fort et non à celui qui la possède; que, au contraire, l'injustice, utile et avantageuse à elle-même, n'est nuisible qu'au plus faible.
u Puis donc que tu es convenu que la justice est un de ces biens excellents qu'on doit recbercher pour leurs avantages, et encore plus pour oui-mêmes... (. »
— Nous avons fait voir : que, la vertu, pour la vertu, est une sottise. Faisons voir : que, la justice, pour la justice, est une logomachie, ou mieux un galimatias : quand, V expression justice n'est point parfaitement déterminée.
Le mot justice a : pour équivalent, le mot raison , et, pour expression, le mot droit. Ce qui est juste est ce qui est raisonnable , et, ce qui doit être compris par ce qui est juste^ ce qui est raisonnable ^ se nomme droit. Mais, le mot droit est lui-même : une expression ayant une valeur complexe ; il signifie : et la règle ; et sa sanction : laquelle, pour être autre que la force, doit être inévitable par la force, par le temps, c'est-àdire : être religieuse ; être éternelle. Donc, quand le mot justice^ ayant pour expression le mot droite ne comprendra point la sanction; la justice^ pour la justice^ sera une véritable sottise. Mais , quand les mots justice et droit comprendront : la sanction religieuse rationnelle;
la justice j pour la justice^ aura une valeur : également