‹ De la souveraineté (volume 2)Chapitre 21 sur 22 · RATIONNELLE · texte numérisé non relu

RATIONNELLE

Ces quelques lignes, auraient épargné la longue discussion de Platon. Et, sa République^ tissu d'absurdités, travaillé par un génie ignorant et vaniteux, n'aurait pas été écrite.

Je reprends la phrase interrompue.

— « Puis donc que tu es convenu que la justice est un de ces biens excellents qu'on doit rechercher pour eux-mêmes, comme la santé, Ttisage des sens et de la raison, et les autres biens féconds de leur nature, indépendamment de Topinion des hommes, loue la justice par ce qu^elle a en soi d'avantageux, et blâme l'injustice par ce qu'elle a en soi de nuisible. Laisse à d'autres les éloges fondés sur les récompenses et sur Vopinion, »

— Il est évident ; que, du moment que les peines et les récompenses sont laissées de côté : la justice, signifiant sacrifice de soi, signifiant ma/, est une sottise; et l'injustice, signifiant mal pour les autres, a/oantage pour soi, se trouve seule rationnelle. Car, le raJsdiInciment n'est autre, que la balance pour choisir, entre deux voies : celle, qui est la plus avantageuse à celui qui raisonne, à celui qui veut parcourir l'une ou l'autre des deux. Dans le cas contraire, le raisonnement: serait la folie.

— « Je pourrais peut-être, continue Adimante, sotfArir dans la bouche de tout autre cette manière de louer la \ertu et de blâmer le Tice par leurs effets extérieurs ; mais je ne pourrais te la pardonner, à moins que tu ne me l'ordonnasses, d'autant que la justice a ^é jusqu'à présent Tunique objet de tes réflexions. Qu'il ne te suffise donc pas de nous montrer qu'elle est meilleure que l'injustice. Fais-nous voir en vertu de quoi

Tone est un bien, l'autre est un mal en soi, que les hommes el les duux en aient connaissance ou non. »

— ' C'est, comme s'il avait dit :

a Fais-nous voir, en vertu de quoi : les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits : quand bien même une ligne, tombant sur une autre, ne ferait PAS, deux angles égaux à deux droits, w

C'est, véritablement, une discussion d'enfants gâtés. Il est clair comme le jour : que, se faire du mal, sans raison, est une sottise.

Maintenant, génération de jeunes journalistes, qui prétendez : que, la sanction religieuse n'est point exclusivement la base de l'ordre ; la base de la société; la base de l'humanité; écoutez encore : celui, que la sagesse des oracles, proclama le plus sage des hommes.

— « Je fus ravis, dit Socrate, des discours de Glaucon etd'Adimante. Je n'admirai jamais davantage la beauté de leur naturel qu^en cette rencontre, et je leur dis :

« Enfants d*un père illustre, c'est avec raison que l'ami de Glaucon a commencé ainsi l'élégie qu'il a composée pour vous, quand vous vous fûtes signalés à la journée de Mégare : FiU d'Ariston, issus d*une race divine,»,,, »

— Voyez-vous : comment, Platon commence par battre le chien devant le loup ; et, à préparer sa retraite, se connaissant battu ; ou plutôt : faisant voir qu'il a défendu sciemment une mauvaise cause par la bouche de Socrate?

— - a Car, dit Socrate, il faut qu'il y ait en vous quelque cbose de di-

vin si, après ce que vous venez de dire en faveur deViDJustice, vous n'êtes pas persuadés qu'elle vau^ infiniment mieux que la justice. Or, vous n'en êtes pas persuadés : vos mœurs et votre conduite me le prouvent assez, quoique je pusse en douter, si je m'arrêtais à ce que vous venez de dire »

— Eh bien I Monsieur, pourquoi ne vous y arrêtezvous pas ? Avez-vous une raison pour ne pas vous y arrêter? Si, vous en avez une, donnez-là ; et, ne vous amusez point à la bagatelle de la porte 1 II paraît : que, vous n'en avez pas; et, c'est ce que vous allez dire.

— « Mais, je n'en suis que plus embarrassé, continue Socrate, sur le parti que je vais prendre. D'un côté, je ne sais comment défendre les intérêts de la justice. Gela passe mes forces. »

— Eh non! Monsieur; cela ne dépasse point vos forces ; cela, dépasse votre raison ; et, avec raison : parce qu'il n'y a rien de raisonnable à opposer , à ce qui a été dit par Âdimante.

— ce D'un autre côté^ dites-vous, trahir la cause de la justice et souffrir qu'on l'attaque devant moi sans la défendre, tandis qu'il me reste un souffle de vie et assez de force pour parler, c'est ce que je ne puis faire sans crime ; ainsi je ne vois rien de mieux à faire que de la défendre comme je pourrai. »

— Quel galimatias! Celui qui attaque la justice, c'est Socrate : en voulant la défendre par où elle est absurde ; et, celui qui la défend, est Âdimante : en l'attaquant par le côté qui la rend absurde.

Maintenant, écoutez la défense de Socrate! C'est, ridicule et ennuyeux, vis-à-vis de l'attaque, si pleine d'esprit et de verve, faite par Adimante. Mais, elle

est courte ; et, une pareille question, mérite bien cinq minutes d'ennui.

— a Aussitôt, dit Socrate, Glaucon et les autres me conjurèrent d'employer à sa défense tout ce que j'avais de force, et de ne pas laisser la discussion, mais de rechercher avec eui la nature de la justice et de Tinjustice, et ce qu*il y a de réel dans les avantages qu'on leur attrihue. Je leur dis qu'il me semblait que la recherche oiî ils voulaient m* engager était très-épineuse et demandait un esprit très-clairvoyant. Mais, ajoutaije, puisque nous ne nous piquons ni vous ni moi d'avoir assez de Ith mières pour y réiÂSsir »

— C'est, cependant, assez clair par soi-même; et, nous sommes persuadé : que , même les membres de r Académie des sciences morales et politiques, non complètement cataractes, par les préjugés d'une fausse instruction, nous comprendront facilement.

— « Voici, continue Socrate, de quelle manière il faut procéder i cette recherche. »

— Grands admirateurs du divin Platon ; écoutez aL tentivement ! et, dites-moi : si, ce qui va suivre, n'est point digne du Paillasse de la foire ?

— « Si, dit Socrate, l'on donnait à lire de loin à des personnes qui ont la vue basse des lettres écrites en petit caractère, et qu'elles apprissent que ces mêmes lettres se trouvent écrites ailleurs en gros caractère, il leur serait sans doute avantageux d'aller lire d'abord les grandes lettres, et de les confronter ensuite avec les petites, pour voir si ce sont les mêmes. — Gela est vrai, reprit Adimante. Mais, quel rapport cela a-V-il avec la question présente? »

— Et, en effets il n'y a là de rapports possibles : que, ceux pouvant exister : entre Paillasse et son maître.

— * (( Je Tais te le dire, continue Socrate. La justice ne se rencontret-elie pas dans un homme et dans une société d'hommes? — Oui. »

— Mais, malheureux que vous êtes tous les deux ! vous ne savez même pas : s'il y a une justice, autre que la force ; vous ne savez même pas : la distinguer de Tinjustice ; et, vous ne savez pas davantage : si, Tune est meilleure que l'autre, ni laquelle. Et, vous voulez parler de justice ! Logomachie, gatimatias !

— « Mais, continue Socrate^ la société est plus grande que le particulier . — Sans doute, m

— Sans plaisanter, ne croyez-vous pas assister à une conversation entre Paillasse et son maître?

— « Par conséquent, continue Socrate, la justice pourrait bien s*y trouver en caractères plus grands et plus aisés à discerner. Ainsi nous chercherons d*abord, si tu le trouves bien, quelle est la nature de la justice dans la société; nous l'étudierons ensuite en chaque particulier; et, comparant les deux espèces de justice, nous verrons la ressemblance de la petite à la grande. — C'est fort bien dit. »

— Il est certain : que , le maîte de Paillasse n'aurait pas mieux dit.

— <x Mais, continue Socrate, si nous examinons par la pensée la manière dont se forme un état(l), peut-être découvrirons-nous comment la justice et Tinjustice y prennent naissance. — Cela pourrait être. — Nous aurions alors l^espérance de découvrir plus aisément ce que nous cherchons. — Assurément. »

(1) Le véritable titre, de ce qu'on appelle la républigtie de Platon, est : l'État.

— Voilà des gens qui ' cherchent — Quoi ? —

Ils n'en savent pas le premier mot. Il y avait mille fois plus d'esprit chez Paillasse \

— « Eh bien ! continue Socrate, veux-lu que nous commencions? Ce n^est pas une petite entreprise que celle que nous formons. Délibère. — Notre parti e^t pris. Fais ce que tu viens de dire.

— « Ce qui donne naissance à la société »

— Telle est rentrée en matière de Tutopie de Platon, de VÉtat de Platon, de la justice de Platon : le plus atroce des despotismes ; la plus dégoûtante des promiscuités qui soit jamais entrée : dans la tète d'un libertin despote, devenu fou.

Maintenant, jeune génération de journalistes I êtesvous convaincue : que, la société ne peut se passer de sanction religieuse ; que, le matérialisme, ayant la souveraineté du peuple pour expression, ne peut servir de base à l'existence de l'ordre ? Je ne l'espère pas. Les cataractes de la vanité n'ont de chirurgien : que, l'anarchie .

DE LA SOtTERAlNETÉ. 301

« Posons un principe : c*esi que la violence est, en quelque sorte, le résultat nécessaire de la vertu qui a des moyens ; que la victoire est le prix naturel des qualités brillantes et de la supériorité ; et qu'ainsi il ne peut y avoir de violence saus vertu. »

«- Qui a écrit cette justification du droit de la force? Est-ce Hobbes ? Est-ce M» Cousin? Les deux ont également professé cette doctrine. Non; c'est un homme qui a régné, sur le monde, pendant vingt siècles. C'est un homme, contre les doctrines duquel, le parlement de Paris a défendu d'écrire : sous peine d'être pendu. C'est Aristote.

^ Aristote était matérialiste ; Aristote était conséquent. Aristote plaçait le droit dans la raison. Et, tant que la raison n'a point trouvé une sanction éternelle, à ce qu'elle formule comme droit; le droit n'a d'expression : que, ce que la force donne comme tel. En époque : d'ignorance sociale, sur la réalité du droit ; et, d'impuissance d'une révélation , pour faire accepter , comme droit, ce qu'elle formule ; il n y a de droit social possible : que, celui imposé par la force, nommée souveraineté du peuple. Vous concevez : qu'en présence de l'incompressibilité sociale de l'examen; il n'y

302 DB LA SOUTERAINETÉ.

a moyen de sortir d'un pareil état ; que, par une continuité progressive d'anarchie, conduisant : soit à la mort; soit à la nécessité socialement sentie, de reconnaître : et l'ignorance sociale ; et le besoin absolu : de chercher la vérité absolue.

Je viens de dire : qu'Aristote était matérialiste. Prouvons !

— « L'homme, dit-il, a fait les dieux à son image ; il leur domie ses institutions. «

(Polit., liv. I, ch. I.)

— Je dis qu'Aristote était matérialiste : parce qu'en époque d'ignorance sociale, sur la réalité de la sanction étemelle du droit ; il n'y a de possible : que l'anthropomorphisme ; et, le matérialisme ; que, la souveraineté de droit divin ; ou, que la souveraineté du peuple .

.Aussi, Alexandre, son élève, dans une lettre conservée par Aulu-Gelle, disait en parlant de son maître : il rêve des sophismes. Que de rêveurs ont succédé à Aristote, sans en avoir le mérite I

Selon Aristote, les faibles sont faits pour obéir. C'est, la conséquence nécessaire de la souveraineté du peuple. Aussi, a-t-il soin de donner les moyens de maintenir l'obéissance.

— ft II est bon, diUil, qu'il y ait peu d* union parmi les hommes faits pour obéir. G*ést un moyen de prévenir les révolutions. »

(Ibid.f liv. 11^ ch. u.)

— Voiwvoyea : que, la maxime : diviser pour ré-

gner^ date de loin. Cette doctrine s'appuie, nécessairement , sur le matérialisme ; dont la base est : la série continue dès êtres. Aussi Aristote a bien soin de dire :

— « Quelle différence si sensible y a-t-il e^tre tels hommes et telles bêtes?»

{Polit., liv. UI, ch. VII.)

— Il ne faut pas croire, cependant : que, le génie d' Aristote ne regimbât souvent, contre cette souveraineté de la force brutale. Mais, d'un autre côté , il regimbait aussi : contre la souveraineté de l'anthropomorphisme , qu'il reconnaissait absurde. De là, les nombreux galimatias qui se trouvent dans ses œuvres ; résultats d'oscillations : entre la force, donnée comme droit; et, un droit, ne pouvant, en époque d'ignorance sociale, que se baser sur l'absurde, s'il ne se base sur la force. A cet égard, le passage suivant est remarquable.

— «De bonnes lois^ dit-il^ doivent être le souverain Mais à quel

caractère reconnaître les bonnes lois ? Ce point si important n'est pas encore trouvé ; et la question reste dans son entier, »

— Voilà, l'aveu d'ignorance, hardiment proclamé. Mais, il a peine à persévérer dans cette déclaration. Le précepteur d'Alexandre peut-il être un ignorant I Aussi, il a soin d'ajouter :

— « Seulement j*observerai, en général, que les lois sont constamment en rapport avec la constitution, et qu'elles sont justes ou injustes, bonnes

OU mauvaises, suivant le système du gouvernemenl. Par conséquent un bon gouveniement a de bonnes lois, vA gouvernement corrompu en a de mauvaises. »

{Polit,, liv, m, cb. VII.)

— Et, quand un gouvernement est-il bon ? Quand il est le plus fort, n'est-il pas vrai ? Il est pitoy^le : de voir un homme de mérite, jouer le rôle d'écureuil ; et, tourner ainsi : dans un cercle vicieux !

Le malheureux Âristote, finit : par, jeter sa langue aux chiens.

«- « Rien, dit-il^ n^est plus difàcile que d'arriver à la vérité, lorsqu'il s^agit de droit et d'égalité; mais le sort est encore un meilleur joge que la conscience du plw fort. Égalité, justice sont le cri des faiblis

ET LE jouet des PUISSANTS. »

(/d., liv. VI, ch. m.)

— Qu'en dites-vous, partisans de la souveraineté du peuple? Voilà, le prince des philosophes, qui soumet la justice : à croix ou pile.

— - « Multitude, dit encore Âristote, telle est la garantie de la démocratie ; car le nombre est le droit opposé à la qualité. »

(/d., liv. VI, cb. VI.)

— Quel Stigmate d'infamie, attaché à la souveraineté du peuple ! Et, cependant, Aristote n'a pas d'autre base à donner au droit ; et, pour se soustraire à cette infamie, il n'a d'expédient : que, de recourir au sort. La justice jetée à croix ou pile ! Établissez donc Tordre sur une pareille base I

Et, cependant, il a dit :

--*• fit La justice est la véritable T«rtu sociale. »

{Polit,, liv. III, ch. VIII.)

— Et:

— « Qui doit ordonner ? La parfaite raison. »

(/d.yliv. I, ch. VIII.)

— Ne vaudrait-il pas mieux se taire : que, de commettre de pareilles inconséquences ?

En voici d'autres :

— « Les droits, dit-il, varient selon Tespèce de Torganisation politique ; la justice se modifie dans le même rapport. »

(/d., liv. V, ch. IX.)

— C'est, de nouveau, tout rapporter à la force. Toute l'impuissance de la souveraineté du peuple ;

et, la nécessité de la souveraineté de droit divin, tant qu'elle est acceptable sans démonstration ; se trouvent dans le passage suivant :

— - « Les sujets, dit Âristote, redoutent moins les injustices du prince lorsqu'ils sont persuadés qu'il est religieux et qu*il respecte la divinité. Ils sont moins disposés a con.spirer contre lui, parce qu'ils lecrot^n^ protégé du ciel; mais ici^ qu'il soit habile à éviter le plus léger soupçon d^hjpocrisie ! »

(Id,, liv. V, ch. XI.)

— Ce qui signifie : qu' Aristote ne soupçonne pas, qu'il soit possible ; de paraître religieux , sans être hypocrite.

Si, Aristote a été incapable d'établir une démocratie réelle ; c'est : que , toute démocratie est in- I. 20

compatible avec Tanthropoûiorphisme ; et, que l'anthropomorphisme est la seule base sociale possible; tant, que l'ignorance sociale n'est point anéantie. Mais, au moins, Aristote a parfaitement compris : et, la difficulté ; et, l'essence de la démocratie. En voici les preuves.

— « La mission, dit-il, la plus importante du législateur ou de rhomme d'État qui veulent établir une démocratie n*est pas d'orgifiÎMr le gouvernement, mais d'en assurer la durée. Quel est, en effet, le sjstème politique, même le plus vicieux, dont l'existence ne pourrait être garantie pour au moins quelques jours? ))

(Pom., liv. YI, ch. IV.)

— Quelques jours, pour une nation, c'est quelques siècles ; et, jamais démocratie, même sous Tanthropomorphisme, n'a pu atteindre cette période. Athènes existait sous l'anthropomorphisme ; Athènes était démocrate sauf les esclaves qui, comme le dit Platon, y étaient considérés comme n'ayant pas d'âme ; la période florissante d'Athènes : n'a été que de 1 14 ans.

Voici une nouvelle preuve :

— « Si rÉtat, dit Aristote, a des revenus, éviter les dilapidations des

démagogues de nos jours L'homme sincèrement populaire s'occupera

plutôt des moyens d'arracher le peuple à l'indigence, vraie cause de la corruption démocratique, et il travaillera à donner à la classe pauvre une aisance continue. »

(Id., liv. VI, ch, V.)

— Cela signifie : anéantir le paupérisme.

Aristote n'avait pas réfléchi : qu'anéantir le paupérisme, c'est permettre l'examen ; et, que l'examen

DE LA SOUYERAmETÉ. 307

anéantit l'anthropomorphisme , seule base possible d'ordre social, tant que Tignorance sociale n'est point anéantie.

Nos conservateurs modernes pèchent en sens inverse d'Aristote ! Ils veulent conserver le paupérisme ; et, ils ne réfléchissent pas ; que, le maintien du paupérisme, en présence de l'examen devenu incompressible, est aussi anarchique : que, l'anéantissement de l'anthropomorphisme l'eût été du temps d'Aristote.

En présence de l'incompressibilité sociale de l'examen, il y a deux moyens d'ordre, exclusivement deux : 1" Exterminer les pauvres;. 2^ Extirper le paupérisme. Le premier est celui d'un homme, qui, voulant passer un détroit, essayerait de boire la mer pour passer le détroit à pied sec. Le second est impossible : tant, que l'anéantissement du paupérisme n'est point basé sur la démonstration de la réalité du lien religieux.

Cette démonstration est impossible, disent les entêtés. Soit! Messieurs. Alors, enveloppez-vous de votre suaire ; et, sachez mourir.

Cette démonstration est impossible répétez-vous : une rigueur mathématique ne peut s* appliquer à la démmistration de la. réalité du lien religieux^ démonstration qui appartient à l'ordre immatériel. Eh biea! écoutez Âristote : Aristote, matérialiste : parce que, tfflttt que dure l'ignorance sociale, la prétendue science est matérialiste ; et, parce qu'il était à hauteur de cette prétan4ue science ; mais, antimatériaUste, malgré lui, pvce que son génie lui avait révélé : qu'il est impos-

sible de baser l'ordre sur le matérialisme, dont Fexpression sociale est : la solveraineté du peuple.

— « On ne doit pas exiger en tout^ dit le prinoe des philosopbciy oo ne doit pas exiger en tout la rigueur mathématique^ mais smimT quand U s'agit d*objets immatériels. »

[Métaphys,, liv. H, eb. m.)

— Est-ce clair ? Eh bien ! qu'y a-t-il de plus incompatible, que la souveraineté du nombre et la rigueur mathématique; quand il s'agit : d'absolu et non de relatif; de raison et non de force?

C'est donc, le droit, mathématiquement démontré, qui est la seule base possible de l'ordre ; lorsqu'il est devenu impossible, de transformer la force en droit;, ce qui existe : dès, que l'examen est devenu, sociale^ ment, incompressible.

— « Les partis qui se disputent le pouvoir^ dit Àristote, se prérafent bien de quelques droits, mais ne s^appuient pas sur le vérilable. »

(Politiq., Ht. in, ch. w.)

— Voyons! si, Aristoteva nous révéler le véritable droit, qu'il reconnaît nécessaire; dès, qu'on se place: hors la souveraineté de l'anthropomorphisme-

— « Chap. VII. — De l'exercice de la souverainetéé

a Qui doit, dit-il, exercer les pouvoirs suprêmes dans la cité? Est-cff la multitude, ou les riches, <ra les gens de bien, ou un seul qui serait le plus vertueux, ou un tyran? Telle est la question qu'il s'agit de ré*' soudre. »

— Vous voyez : que , ce n'est pas d'hier, que la question : de souveraineté, en général ; et, de la sou-

Teraineté du peuple, en particulier; a été traitée. Remarquez^ je vous prie : que, chez Aristote, il est ici fait abstraction : de la souveraineté d'anthropomorphisme ; de la souveraineté de révélation.

— « Si la mnltitnde a l'autorité, continue Aristote, qu'arrivera-t-il ? pauvres étant en majorité partageront les biens des riches. »

— Vous voyez : qu'ici , Aristote ne met pas la chose en doute ; il affirme de la manière la plus absolue. Et, il à raison : le résultat nécessaire, inévitable, de la souveraineté du peuple ; c'est le communisme absolu]; le communisme forcé ; c'est^ V anarchie continuelle; c'est la mort de V humanité.

— « On ne pourra traiter cette mesure d'injuste , continue Aristote, parce ifue : la voLONTi nu souyerain est lb droit. »

— Vous le voyez : il n'y a pas d'autre droit, que, ce qui est ordonné par le souverain. Et, ce qui est ordonné par la souveraineté du peuple ; c'est, la mort de l'humanité. Un pareil souverain : c'est, le diable!

— «Cependant, continue Aristote, qu'appellerez-vous injustice, si celle-là n*est pas la plus criante? D'ailleurs, cet envahissement uniyersel, ce partage des dépouilles du petit nombre, fait par la majorité , tue la morale publique. Il est de l'essence de la vertu de ne rien corrompre : la justice ne peut être un poison pour les cités ; une loi de partage ne peut donc jamais être juste. Telles en seraient les conséquences^ que les actes d'un tyran seraient nécessairement justes. Gomment viole-t-il tous les droits? Parce qu*il a le pouvoir. G*est parle même principe que ceux des riches seraient violés par la multitude. »

— Allons ! voilà, la véritable souveraineté du peuple,

dont l'expression est le suffrage universel , envoyée à tous les diables : de par le prince des philosophes. Ne l'oublions pas je vous prie. Arrivons à la souveraineté du peuple restreinte.

— R Vant-il mieu:t^ continue Âristofe, que des riches, en petit nombre, soient investis de tous les pouvoirs? Mais ceux-ci à leur tonme seront-ils pas usurpateurs? Ne dépouilleront-ils pas aussi la mullitade? Si cet ordre de choses était juste, le premier le serait aussi. En résultat ces deux gouyernements sont également injustes et corrompus. »

— Voilà, la souveraineté du peuple en général ; et, la souveraineté du peuple en particulier ; joliment arrangées. Sortirons-nous de là?

— « Voyons à présent, continue Aristote, si la classe distinguée par ses Yèrtus t)Olitiques doit être investie du pouvoir suprême. Mais vous avilissez toutes les autres classes de citoyens qui ne pourront arriver aux magistratures. Car les magistratures sont les honneurs. Or, si les mêmes hommes les occupent exclusivement et toujours^ les autres sont nécessairement Avili s. »

— Bien 1 voilà, la noblesse aussi maltraitée que le peuple. Sans compter : que , la noblesse n'est pas, essentiellement , le réservoir de la vertu politique.

. — « Di^ÉRSKORfi-nous donc, continue Aristote, la prérogative souveraine »

— Mille pardons, lecteurs! si j'ose ici interrompre le grand Aristote. Mais, c'est pour en appeler à vousmême; et, vous me le pardonnerez. Vous paraît-il que la souveraineté se laisse déférer ? Ne vous semble-t-il

DE LA SOUTIRAINETÉ. 3il

pas : que, celui qui la déférerait, serait lui-même le souverain ? Il n'y a de souverain possible : que, la force ou la raison. Tant, que la force peut être souveraine ; il y a impossibilité à ce que la raison le soit. Quand, la force ne peut plus être souveraine ; la raison devient nécessité sociale ; elle s'impose alors comme souveraine ; et, personne au monde ne peut ni ne veut s'y opposer. Cherchez donc un opposant à un est un ! Au prochain chapitre, nous continuerons à écouter Aristote : que, nous avons impoUment interrompu.

3l2 DB lA SOCVERAINETÉ.

« C'est à la loi à déterminer quels sont les nouveau-nés qui doivent être exposés ou noorrin. On ne doit élever ni les monstres, ni les enfints privés de quelque membre. S'il est nécessaire (Tu^ réter Texcès de la population, «t que les ioslitutions et les mœurs s'opposent à TexpositioD des nouveau-nés, le magistrat fixera aux époux le nombre de leurs enfants. Si la mère vient à concevoir au delà du nombre prescrit, die sera tenne de se faire avorter avant que l'emlnyon mi animé. »

Artstotb, PoUt,\f liv. Vin, ch. ni.

— Continuons Texamen des doctrines d'Aristote, sur la souveraineté. Et, souvenons-nous : que, le parlement de Paris a défendu, sous peine de la hart, de contredire le péripatéticien. Messieurs! ne vous moquez pas trop de ce parlement de Paris. Depuis, on a fait pis que cela.

— « Déférerons-nous donc, continue Âristote, la prérogative souveraine à un seul qui serait le plus vertueux? Mais c'est concentrer encore Toligarchie^ et augmenter le nombre des citoyens dégradés. »

— Voilà, dame monarchie enterrée; près, de la citoyenne sa sœur : la république. C'est, un terrible sacrificateur : que, cet Aristote !

— « Eh bien, dira-t-on, puisque les hommes sont sujets aux passion? qu^ils ne dominent pas »

— Encore mille pardons, citoyen Aristote I Si, vous leur donniez une raison, une bonne raison^ pour domi* ner leurs passions ; ils les domineraient : ou, ils seraient fous. Que vous en semble?

— « Puisque les hommes sont sujets aux passions qu'ils ne dominent pas, constituez pour souyerain la loi seule. Mais^ si la loi est le résultat des Tolontés oligarchiques ou démocratiques, la difficulté subsistera tout entière, et tous retombez dans les inconTénients que tous venez d'exposer. »

— En effet ; la souveraineté de bonnes lois , qui font avorter les femmes, ne vaut pas mieux : que, la souveraineté du peuple .

— « Cependant sMl fallait décider^ continue Aristote, il parait que la multitude devrait être le souverain, plutôt que la classe distinguée et le petit nombre, n

— Ainsi, la meilleure des souverainetés est celle : qui, tue la morale publique; qui, est un poison pour les cités; et, qui rendrait les actes d'un tyran nécessairement justes y parce qu'il abolirait la souveraineté du peu-pie. Seigneur Aristote! vous êtes malade.

Là-dessus, Aristote fait une amplification de galimatias. Elle se termine, par le passage suivant :

^ « Prenons-garde que la coniparaison que nous avons faite (rinstiiict des masses) pourrait être applicable aux animaux; et, quelle différence si sensible y a-t-il entre tels hommes et telles bêtes ! »

— Est-ce, pour achever d'assommer la souveraineté du peuple, qu' Aristote la défend : par, de pareils arguments ?

314 BB LÀ SOUTERAINETÉ.

Là-dessus, nouveau galimatias : afin, de pouvoir faire les objections suivantes :

— « Cependant cette combinaison politique (celle du gourernement direct, admettant la multitude à voter dans les élections et à juger la responsabilité des magistrats) a trouvé des contradicteurs. N*est-ii pas vrai, dit-K>n, que pour juger sainement de la bonté d*ua remède, il faut savoir eoDnaîIre, traiter, guérir une maladie, et par conséquent être médecio. Ce raisonnement s'applique aux arts et à tous les usages de la vie. Un médecin qui rend compte de ses ordonnances doit être jugé par des médecins, et^ dans toute autre supposition , nos juges naturels sont nos pairs

« Même inconvénient, dit-on, dans les élections. D est nécessaire d'avoir des connaissances pour faire un bon choix. Voulez-Yous élira ui pilote ou un géomètre? Il faut que les électeurs soient des géomètres ou

des pilotes Ainsi la multitude ne devait ni voter dans les élections,

ni juger la responsabilité des magistrats. »

— Voilà, donc le système du gouvernement direct, enterré : avec la république et la monarchie ? Pas encore; Aristote y tient. Et, là-dessus, il vous affirme : que, des individus, d'une classe pas trop dégradécj jugeront aussi bien et peut-être mieux : que des hommes instruits. Si, c'est mal instruits : je l'avoue. Si, c'est bien instruits : c'est, alors, un miracle.

Mais, il paraît : qu'Aristote aime peu les miracles; et, il n'est pas très-content de lui-même. •

^— « Èes observations, dit-il, peuvent suffire pour répondre à la diftculté ; mais il s*en présente naturellement une autre. »

— Voyons cette autre .

— « Il semble qu'il y a plus que de l'inconséquence à vouloir qu'une

DE Là SOUTERAIlfETÉ. 3i5

multitude sans vertu, plutôt que les bons citoyens aient la décision des plus importantes affaires. Or, quelles affaires plus majeures que Télection des magistrats et le jugement de leur responsabilité?

« Cette difficulté, continue Aristote, peut se résoudre d'après les prinéipes déjà établis... »

— Vous savez : que, ces principes sont : que, les ignorants jugent mieux, que les hommes bien instruits*

— <K n suit de là, continue Âristote, qu'il est dans les principes de la justice que le peuple ait la suprématie sur la classe distinguée. »

— Vous croyez, sans doute, qu'Aristote va conclure : à la souveraineté de la multitude, poison des cités ? Allons donc I Est-ce qu'un philosophe a jamais conclu : conformément à ses prémisses ?

— - « La question incidente, dit-il, nous parait suffisamment traitée. »

— Incidente est très-joli! C'était, précisément, de la question principale qu'il s'agissait.

— - a Revenons, continue-t-il, à la première (question); qui doit être lé iiônverain ? Notlé conclurons dés incidents qui notiè ont frappé, que

de bonnes lois doivent être le souverain Mais à quel caractère rèéôA-

n^tre les bonnes lois? Ce point si important n^est pas encore traité; et la question reste dans son entier. »

— Cela signifie : que, la souveraineté du peuple et la souveraineté des bonnes lois ; sont, en époque d'ignorance, d'égales calembredaines ; qu'AristOte, en fait de souveraineté, ne connaissait absolument rien;

et, que vingt-deux siècles après, on n'en sait pas encore davantage. C'est, le plus bel éloge, qui puisse être fait : de notre siècle des lumières !

Après, toutes ces belles choses sur la souveraineté du peuple ; qui, certes, méritaient bien de faire condamner à la corde, ceux qui ne voulaient point s'y soumettre; passons à l'examen du chapitre intitulé (liv. VI, ch. Il) : Quelles doivent être les bases des institutions démocratiques? Il est probable : qu'elles seront, en harmonie ; avec la souveraineté.

— « Premier caractère, — La liberté^ dit Aristote, c^est le droit de commander et d'obéir à son tour. »

— Commander à qui ? Obéir à quoi? Est-ce commander à la raison et obéir aux passions? ou est-ce obéir à la raison et commander aux passions? C'est, nécessairement, l'un ou l'autre. Si, la liberté consiste à obéir à la raison ; il nous faudrait un juge social, autre que la force : pour distinguer la bonne raison dé la mauvaise. Où se trouve-t-il, s'il vous plaît?

— « Mais, continue Aristote, qu'est-ce que le droit dans la démocratie ? »

— Il paraît : que, pour Aristote, il y a plusieurs espèces de droit autres que la force. Même difficulté pour distinguer le bon du mauvais. Voyons, du reste, la réponse d' Aristote.

— « C'est, dit-i), l'égalité basée sur le nombre et non sur la vertu. »

— Ce qui signifie : la soumission du faible au fort. C'est le droit : de la démocratie, de Taristocratie, et de la monarchie : depuis, que la société existe.

-«> « Il suit de ce principe , continue le prince des philosophes et des politiques, que le peuple y est nécessairement le maître; et que ce qui plaît au grand nombre, est la loi suprême, le droit» »

— Et, les conséquences de ce droit, dit Aristote (liv. 111, ch. VII, déjà cité), sont :

— « Que les actes d*un tyran seraient nécessairement justes, n

— C'est une bien belle chose : que, le premier caractère de la hberté dans la démocratie !

Relativement à la liberté, Aristote et M. Guizot sont de même force.

— « Second caractère de la liberté^ continue Aristote : c'est le droit de Titre comme on veut m

— Ici, probablement, il est sous-entendu : pourvu qu'on soit le plus fort. Par corrélation, le second caractère de la liberté, pour le faible ; c'est, de vivre comme les autres veulent. C'est encore, une bien belle chose : que, le second caractère de la liberté dans la démocratie !

— - « De ces principes, continue Aristote, résulte cette conséquence : que nul, dans la démocratie, ne peut être commandé, ou que s'il obéit, c^e8t sous la condition de commander à son tour. ?>

— Probablement, toujours sous-entendu : pourvu qu'il soit le plus fort.

— K C'est ainsi, continue le mdtre, que, dans ce système, la liberté sera combinée avec Tégalité. »

— Magnifique combinaison! et, la seule possible sous la souveraineté du peuple. 11 fallait être Aristote, pour r exposer avec cette clarté 1

-— (( Ces principes posés, et admis surtout »

— Le surtmit est délicieux. Est-ce de lui-même, ou de ses lecteurs, que se moquait Aristote?

— « ...Toici, coDtijiufi-t*il, quelles seront les bases d^uni» coiutkalîofl démocratique, d

— 11 y en a onze. Mais, une seule les renferme toutes ; je me borne à vous la donner :

— « Les caractères derdigarchie, dit-il^ sont la richesse, la noblesse, rinstruction. Ceux de la démocratie sont : Tobscurité, la pauvreté, l'exercice des professions mécaniques.

« Voilà, dit le prince en terminant ce chapitre, ce qu'on entend dans la démocrati« par liberté, égalité. »

— Toat cela. Messieurs, vous paraît bien ridicule, litai^, dites-moi : a-t-on avancé, d'un seul pas, depuis vingt-deux siècles? Pas d'un seul. C'est, qu'il a dit, de la démocratie, tout ce qu'il était possible d'en dire. Il en a fait autant pour l'aristocratie; autant pourJa monarchie; autant pour la tyrannie. C'est,

DE LA SOUVERAINETÉ. 3i9

que démocratie, aristocratie, monarchie et tyrannie; sont : également des dérivés de la force ; également des sottises; en tant que considérées comme base d'ordre : dès, qu'il n'est plus possible d'en empêcher, socialement : l'examen.

Et, pourquoi donc : chaque peuplade, chaque horde, chaque tribu, chaque nation, s'accroche-telie, nécessairement, à une de ces branches pourries; dès, qu'elle s'est soustraite, au joug d'un droit : hypothétiquement basé sur une religion quelconque ?

1** Parce que l'ignorance primitive ne peut choisir: que, parmi ce qu'elle connaît ;

2*" Parce que, la vanité peut seulement reconnaître, socialement j son ignorance ; lorsque, la nécessité sociale vient lui crier : Meurs ou avoue I

3** Parce que, cette nécessité sociale peut seulement exister, par une anarchie continuellement croissante, faisant sentir l'impossibilité de 'Se baser plus longtemps : soit sur la force brutale ; soit sur un droit hypothétique.

Nous n'y sommes pas encore j mais, nous y marchons rapidement.

mm

« Quant à la question sur Phalaria (celle de M* voir si un honnête homme ^ utile à la lépnbUqw, peut prendre les habits d'un coquin pour s'empêcher de mourir de froid), elle est aisée à résoodre: puisque les tyrans sont si peu de la société Iramaine, qu'il n'y a rien même qui lui soit plus opposé ; et qu'il n'est point contre la nature d'dter les habits à un homme à qui il serait homéle d'ôter la vie.

« Toutes les autres questions que l'on peut faire sur les devoirs dont la connaissance d^iend du temps et des circonstances, sont du mime genre que celles-ci, et se doivent décider de la même manière, »

CicÉaoïr, les Q^fices, liv. III, ch. vi.

— Si, nous passons des Grecs aux Latins, toujours en faisant abstraction d'un droit absolu, hypothétique ou démontré, et toujours religieux par essence ; nous tombons , nécessairement, dans un droit relatif ; et, tout droit relatif n'a de critérium social : que, la force.

Voilà Cicéron, le prince des orateurs, qui permet, à un honnête homme utile^ de voler et de tuer un coquin nuisible. Et, le juge de V honnête et de Vutile; c'est, soi-même. Or, chacun, à ses propres yeux, est honnête et utile . Et, socialement parlant, quiconque ne pense pas comme nous, est coquin et nuisible. Dès

DE Lk SOUVERAINETÉ. 321

loni : le vol et l'assassinat deviennent les bases de l'ordre. Elles sont jolies les bases ! Et, cependant, telles sont les conséquences logiques : de la souveraineté du peuple.

Aussi, Cicéron le reconnaît-il, en disant :

-— « Je pense que, sans la piété enyers les dieax, il ne peut y avoir ni foi, ni société entre les hommes, et que la justice^ cette Tertu par excellence, se trouve anéantie, n

— Mais, Cicéron oubliait : qu'il n'y a de religion possible : que, par les révélations ; ou, que par une démonstration rationnellement incontestable ; que, les révélations sont mortes, socialement, dès qu'il est possible de dire : que, deux augures ou deux prêtres doivent ne pouvoir se rencontrer sans rire ; que, par cela seul, et dès que l'incompressibilité de l'examen existe, toute foi religieuse se trouve socialement morte ; et, qu'alors, la science seule peut donner de la force au lien religieux ; hors lequel il n'y a de possible : que, l'anarchie.

Ce même homme politique qui reconnaissait : que, sans la piété envers les dieux, il ne pouvait exister ni société ni justice ; écrivait, comme philosophe :

— « Tel est effectivement Tordre de la nature, que tout comiibncb pour nous à notre naissance , et que tout finit à notre mort. Gomme S.IEN avant notre naissance ne nous intéressait, de même rien après notre mort ne nous intéressera. Que craignons- nous donc, puisque la mort n'est aiSN, ni pour les vivants, ni pour les morts ? Rien pour les morts, car Us ne sont plus. Rien pour tes vivants, car t^ ne sont pas encore dans le cas de V éprouver, »

(Tusculanes^ I, 38.)

322 DE LA SOVYBRAINETÉi

^-^ Quand la philosophie n'est point dominée pap k

théologie ; <m, qu'elle ne lui est pas identique ;* et, qne Ik philosophie est en opposition avïBc la poHtiqiiej il n'y a de possible : que, l'anarchie : sous la souvefti-i netédu peuple. • - . i . .. .

Ce partisan, sans le savoir, de la souveraineté du perùpte,' âtvâîit néâtimôitii3 le Irdépris de lu nïiiltîttide. Ce souverain, c'était lui et ceux qui pei^s^ienjt comflfie^ lui. Mais, comme sous la souveraineté du peuple, négation de toute idée con^imune, pas deux individus ne peuvent être socialement d'accord, si ce n'est (xwme complices ; il se trouvait : que, pour Cicérony le sou-, verain était : lui seul.

— « Il ne faut, dit-il, à la philosophie qu'un petit nombre de Juges, ôtc^est à dessein qu'elle fiiit la multitude. »

— C'est, comme s'il avait dit : la philosophie, c'est moi. Jja philosophie réelle prend l'humanité pour juge. Toute autre philosophie, est indigne de cq

nom.

Cicéron avait dit :

— « Il se trouve de ces esprits qui prennent lés bornes de leur talent pour les bornes de Tart. »

— C'était là, faire son propre portrait sans le savoir.

-Voici, une nouvelle preuve : que, Cîcéron lïé crpyait qu'à lui'-mème.

.•fr é OnIdiraiU 9'écne^MI, que' noas aVam gueé l'erreur tHc leiait de nos nourrices ;. et quand nos parants commencent à ]ii;endre. soin i^A nothe tédocAildn et qu ils nous donnent des maîtres, nous sommes bientôt inihus d^oplnipnt erronéts, qn*il faut en&i que la vérité cède aà ittu-^ songe et la nature aux préventions. » *; /

i r — Il en est, nécessairement,! ainsi ea épogiji^ d'igtforance ; et, cette époque existe : tant qu'il y a des opimeM; tant que la ^^érité li'est pôiht démqttttéè'/ .pês. ^ué la vérité se trouve démontrée*^ eUe.^éantitrnéicear^f saireihent les opinions. Il est bien de le reconnaître. Ce. qui est mal : c'est, de se donner comme révélateur dé irefité ; et; de ne vouloir, pour juge, qu'une minoi

ï ''II**'

rite ; qui, dans ce cas , se réduit, nécessairiemept, à soi seul. La vérité est à tous et pour tous : sinon, elle n'est qu'illusoire ; et, la force seyle en tient^lieu. Mais, il vient une époque; et, <3'est la nôtre : où, là' force ne peut plus être base d'ordre. Alors, il faut : 1 ouy que la vérité paraisse, et pour tous^ ou, dU^ î'hu-ihàiïrfé disparaisse. yir^i- ;. s

Cicércm a horreur des majorités. C'est, ce qui arrive toujours : aux partisans de la souveraineté du peuple ; aui i)ariisans de la négation du lien religieux, considéré coinmé seul dominateur social possible. Ces Meèsieiirs, veulent que le peuple soit souverain; à cbildition : qu'eux seuls, seront le peuple. Ils ne partageraient : ni avec jBomère ; ni avec Horace; ni avec Virgile.

— « Quand, dit-il, à cela (aux poètes) vient se joindre Iç vulgaire , eà framévAamt m'toutiEf isor^é ât dérê^ietfiiint, è'èst atofé quwectés d'idées yicieuses, nous pèi^ns lés fra&é^ dl^tà' liaturë. d

> ' , {Tuscul,, ibid.)

— Mais, Seigneur ! si, le vulgaire est infecté d'idées vicieuses; instruisez-le. 11 est vrai : que, pour instruire les autres, il faut être instruit soi-même ; et, vous ne Têtes pas. Alors, à qui la faute, s'il \ous plaît?

Vous méprisez les poëtes !

— « Aux mauvais principes de l'édacation domestique et à la délîci'

tesse d*ane TÎe oisive, ajoutez, dites-vous, le commerce des poètes; et il

nW aura vertu qui n'en soit énervée. »

[Tuscul., U, 11.)

— Vous oubliez, avec ingratitude : qu'en époque d'ignorance, les orateurs ne peuvent avoir de mérite : que, par I& poésie ou le mensonge agréable.

— « Qu*y a-t-il de plus insensé (dit Torateur, qui méprise la ^ùkk ou le mensonge agréable, sans néanmoins connaître la vérité; qui croit pouvoir baser Tordre sur le vo) et l'assassinat ; qui veut du spiritualisme pour le peuple et du matérialisme pour lui et les siens) ; qu'y a-t-il de plus insensé que de respecter les idées de la multitude, tandis qu'on mé' prise en détail les particuliers qui la composent, comme étant la plupart de vils artisans et des gens sans connaissances?»

(rM«cu/.,V, 36.)-

— Eh bien 1 Seigneur, instruisez-les. Et, pour cela, commencez par vous instruire. C'est impossible, direz- vous. Alors, sachez vous envelopper de votre manteau et mourir. Car, c'est nécessaire : depuis que deux augures doivent ne pouvoir se rencontrer sanô rire; et, qu'il est devenu impossible : qu'ils puissent se prendre au sérieux.

— « Combien de chagrins, dit encore GicéroD, s^épargnent ceui qui ne veulent rien avoir à démêler avec le peuple ! »

DE LA &OUYERAINETÉ. 325

:— Cicéron était le Voltaire de son siècle. De part et d'autre : même horreur du peuple et de la religion. Il aurait mieux valu : se rendre religieux soi-même; et le peuple avec soi. Mais, il aurait fallu avouer son ignorance ; et^ c'est ce qu'un philosophe ne fait jamais. Au moins de ceux dont Cicéron dit : qu'il rCy a pas une absurdité qui n'ait été énoncée par quelques-uns des philosophes.

En fait de justice, dit Cicéron.

— aNon enim numéro hœc judîcantur^ sed pondère. — Gela se juge par la raison et non par le nombre, it

(De Off,f Uy. U, ch. xiu.)

— Il est impossible, d'être plus clairement opposé : à la souveraineté du peuple. Mais, tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie, comment distinguer laJ)onne raison de la mauvaise ? Par le nombre et par la force. Et, dès que la force ne jpeut: J^us être base d'un ordre plus qu'éphémère, il faut ir que, la bonne raison puisse être, incontestablement, connue dé tous ; ou, que la société périsse.

Cicéron avoue son ignorance : sur ce qui distingue la bonne raison de la mauvaise; ou, le bien du mal.

— « Qui sint boni ; et quid sii bene agi, magna questio est. »

{De Off,, lib. lU, cap. xTii.) ' (La grande question est de savoir, ce qu*est ûgir équitablement et co que c'est qu*étre homme de hien,)

— Taut, que cette question peut rester indécise

38^ DE hk S0QYfifiÂ9«ETi.

f]|çY0ixÙa r^pp ;t ^ty soumise aux dédsions d'une force tr^formée eu droit et socialement aoc^eptée comme AïqUj m o^e, plus ou moins diu*ablei âst possiblt. ^^Sydèsque la justice se décide par le nombjre, et .çon.p^r.une r^son, au moins apparente; dès que la ^(^uyeraineta du peuple existe,.}! f^ut : que, la raison jcéelle app^ajsse^ ou, que la société périsse.

— a Jamais, dit encore Gio^n^n^ fitn de popvUiire b4 vot$. pim Mihi nihil unquam popularè placuit, »

— Et, s'^il fallait citer tous les passager où CJicécop m^[nise les décision» par le nombre, ce serait à ne jamais finir.

;. «-1^ Il On «e doit pas -compter parmi les grands kômmei, âii4\ eiieore, c#iix dont les fftuçs^^ opinions de la multitnde règlent \f^ coqdoite. »

(0;f., liv. I, chap. 3Œ.)

■— Et, comment connaît-on : qu'une opinion n'est

' pas laiisse ? Par une démonstration rationnellement

îneontestablé, n'est-il pas vrai? Eh bien! Seigneur;

quand, une chose est ainsi démontrée, ce n'est plus

tifié opinion, mais une vérité. Avoir une opinion est

* le fait d'un sot, à dit Cicéron lui-même.

— «Ce qui avait fait établir les rois, dit encore \^ l^fifice ^$>r}^ét£urs, a fait depuis établir ]es'U)i$. Car on a toujours voulu avoir un droit qui fût égal pour tout le monade. Aussi ne serait-il pas drqit autrement. Tant qu^ona pu Tavoir paf la justice et la probité d'un seujrh(>mm^y on s'en est tenu là. Mais cela venant à manquer, il a fallu établir des lois, dont

la voix ne changé jamais »

(Offictt^ |iv. II, chi, XH.)

DE: LA SOUVBHÂINETE. ' 3S^

.-. -^ E6t-il poâeible, de condamne)? plus foifpieUeaïeQ|; la. souveraineté du peuple; dont l'essence estde faiM des lois variablap, comoie les ca{»*ices âes mojerf rites? : î

Horace s' écriant :

Odi profenuni Yi^gns et iiréeo,

n^est pas plus partisan, de la souyerainetèdu peur pie, qiie ne l'était Cicéron, . . , Sénèque est bieji plus explicite encore.

— «Dans ce monde, dit-il,^ i(mi n'j^t pas r^glé de mafiièjrt à ce que le mieux emporte toujours la majorité des suffrages; lUndice qu'une chose ne vaut rien, c^est-qt^ellé a été agréée par la multitude: »*

.^ . (De vita bèàta, eap. ii.)

»- tt Le sage, dit-il encore, ne se 4emaade point ce cpie penseront les autre?^ il ne marche point avec le peuple; mùê, comme ces astres qui décriYent une roqte contraire à cetlfi du liesie des étoiles, il* sç dîrigt pair des opinions contraires ^ ççUe dii jn^^nd -nombre. »

' [ï>ë cônstmh sapteniis.) '

— Il faut avouer, qu'en époque d'ignorance, ce critérium est au moins aussi sûr que celui des majorités. Livrez le monde, pendant un siècle, à la souveraineté du peuple ; et, il ne restera pas un seul homme pour en écrire l'histoire.

► Désormais, la vérité est nécessaire, à la conservation de l'humanité.

Ceux, des conservateurs de la société actuelle, qui, se disent chrétiens ; et, ont néanmoins abandonné le champ de la souveraineté de droit divin, pour passer dans le camp de la souveraineté du peuple; nous ob-

32B ' DE LA SOUVKRiiMETÉ.

jeictent : que, la vérité est inaccessible à rhomme. En disant cela : ils sont encore , en opposition directe avec la révélation, qu'ils disent respecter»

Écoutez plutôt :

— a Ne craignez donc point ; car il n'y a rien de caché qui ne doive être révélé ; et rien de secret qoi ne doite être connu. »

(MATTH.,ch. X, 26.)

« Or, il n*y a rien .de caché qui ne se découvre, ni rien de secret qai ne se révèle. ». . .

(Luc, ch. XII, 2.)

« Et TOUS connaîtrez la vérité ; et la vérité vous afifrànchira! »

(Jkan, ch. vni, 52.)

— Rien au monde n'-est plus explicite.

Or : comme nous ne sommes pas libres; que le plus effroyable des esclavages est d'être «oumis à la souveraineté du peuple, à la souveraineté de la force brutale ; les chrétiens doivent en conclure : que, nous serons libres j et, que la vérité paraîtra.

DZ LA 80DVEIU1MBTÉ. 329

« L*atttorité relève de la raison, et non la raÎMm ^ de raatorité. »

JxAff Sgott Eaioàxrs (886).

— ^^Très-bien 1 rien de mieux ; Tautorité, la règle et la sanction, relèvent de la raiâon ; et, non la raison de l'autorité, comprenant la règle et la- sanction. Mais, sans doute, l'autorité, la règle de la sanction, relèvent : de la bonne raison ; et, non de la mauvaise. Alors,

comment distingue-t-on,, pour tous, c'est-à-dire d'une manière rationnellement incontestable, la bonne TB/fion de la mauvaise ?

Si, on ne le sait pas encore ; et, tant qu'on ne le sait pas : * ., *

Si, une règle des actions, tant sociales qu'individuelles, est nécessaire à l'existence de l'ordre ; c'est-àdire à l'existence de l'humanité ;

Si une sanction inévitable même pour la force, ou socialement acceptée comme telle, est néc(|||Baire^: pour, que la sanction ne soit pas exclusivement la force brutale, sanction incapable d'empêcher une anarchie continuelle, qui serait la mort de l'humanité.;

Il faut ABSOLUMENT :

Que, la raison, ou ce qui est socialement tenu pour raison, relève de l'autorité; c'est-àdire ; relève d'une

630 M^hk

FORGE socialement transformée en droit ; socialement transformée en autorité.

La proposition de Jean Scott peut donc seulement être vraie : lorsque, Tignorance sociale est évanouie. Elle n'est même vraie, dàhe^e sens que je viens d'expliquer : que, pour autant que r examen reste sodak' ment' compressible ; conipreggitilité absolument nécessaipê ': pour, qu'une fèrce quelconque puisse transformer en droit, en autorité, une règle et une sanction hypothétiques. -

Dès, que l'examen devient socialement incompressible ; et, jusqu'à cfe que rîgnorâncé sociale soit anéantie} il nV à plus, socialement^ ni' raison, ni autorité qui .soient possibles.

Or, l'absence sociale dé raison et d'autorité, de règle -et de sanction socialement acceptées, constitue l'anarchie ; et. cet état est le nôtre.

■ Scientifiquement, ràtionhellémeiit f quelle est- Texpression sociale de cet état ?

" Domination de la souveraineté du peuple; ou, plus clairement encore : domination de l'anarchie ; tour de Babel; chaos; tohu-bohu.

' Ce qui le proiûve, c'est : que, ce que je viens d'é- 'crire éH aussiclair, aussi incontestable que un est «b^ et, que la société actuelle, composée dfe^ toyab'stes et de républicains (1) ne me lira pa^ ou ne me -comprendra pas même" en mè lisant r les royalistes parce

que j'attaque leur utopie, la souveraineté du droit di-

' (1) Écrit en 1049/ " > i . . . .

DEi ÏmL .SOIWSRAIKBTi. 881

vin i les i^piiblicains, parce que j.'attoqile leur utopia^ la souYoraiiieté du peuple^ Les i^na ;6t Ion wti^ Vou« draietit j; que^ je leur expose la. souvôraiBQté de lai^^aiT Béxtj €!68t^ <iofrime s^ je youkûa exppaer kaL^oiilam^ ma aveugles. Un prétendu philosophe eut uncjoiir ^at4f démièie fantaisie. Sayëi-vous cd qui hxme^ f: La {Jlus intellig^t des aveugles oompriti^ue^ lléoàrlate était le son d'upe trompette* Pour pbiiToîr pompnsndra 1^ Bouvçraineté de la vérité, il faut commenoer par ter

4Gonnaître : son absolue ignorance ; et,: j['ab6ofufi uécfiMsité de £ette aouverainelbé. .Et^ domoie ici^ il a'ttgit.di société et non d'individus ; il faut : que^ eetta déola^ ration d'ijgnoitoae absolue , et d'absolue aéces^ité à9 vérité , soit faite sodaknwnt y officiellemmt. Bwùn : présenter la vérité, à une société disposée àer^E^db^r dessus^ parce que ehacun des iqdividùs qui la composent veut conserver sa {)ropk*e utopie; jce iK^eit Ifi |M*06titu67j et, pour le biende tous,xla véi^té neiloit -jamais être pnostiti^éa. Il y a dix mille^ ceiktxfil^^ un cSQlillipn à parier contre up t (ja'aff^nt^^ que la vérité •puisse .é|re. présentée utilement, toute la génération actuelle dok ètrt bro^oée sous le char.de ranfurchie. Le signe précurseur, le seulsigi^e pitéûurseHiP, ide: l'utilité de présenter la vérité : sera un gouvernement qfai se reconnaîtar^l igçpr^nt ; et, qç rQiigir^.poiQ^ .dp h déclarer officiellement.

La souveraineté'du peuple a encore un autre nom, 4pnt l'ignorl^ce actuelle ne se doute guère. Ce nom est : tolérance religieuse; synopyqie d^lil^erté de cçtiscience^ Du ipoment , que la toléraQce religieuse pi^ste

33S DE LA SOUYBRAINETÉ.

socialement, la souveraineté de droit divin se trouve socialement anéantie ; et, du moment que la souverai-» neté de droit divin se trouve anéantie ; et, que Tigiiorance sociale n'est point détruite ; la souveraineté du peuple existe.

La religion, comme toute vérité nécessaire àTeiistence de l'ordre, doit être socialement imposée : soit par la force, quand l'ignorance ne permet pas encore à la raison de dominer ; soit par la raison, lorsque la force ne peut plus dominer socialement. Il n'y a pas un troisième moyen d'obéir aux nécessités sociales. Deux et deux font quatre, est imposé par la raison; comme, le Coran est actuellement imposé : par la force.

Allez corner ces vérités, aux oreilles de ceux qui, dès leur naissance , ont été bercés aux chants de la tolérance religieuse ; ils vous diront : que, le son de la trompette est le véritable écarlate.

Ce qui étonnera les ignorants qui s'étonnent de tout, c'est : qu'il y a bien des siècles, que la véritable souveraineté du peuple a été proclamée. Et , ce qui les étonnera plus encore ; c'est le nom de celui qui le premier l'a proclamée. Ce nom est : Mahomet.

Vous en doutez? A la preuve.

— « Ne faites point violence aux hommes à causé de leur foi. »

[Mahomet, le Coran, ch. ii, intitulé la Vache,)

' — Mais , direz-vous , la pratique mahométane est opposée, du tout au tout, à ce verset du Coran. C'est vrai. C'est, que les révélateurs ont été des

philosophes ; c'est-à-dire des rêveurs, tant que la philosophie réelle n'existe pas ; et, que les interprètes des révélations, sont nécessairement des hommes pratiques, des hommes d'État. Les interprètes du Coran ont compris : que, la souveraineté du peuple est absurde ; qu'elle conduit à l'anarchie, mort sociale ; et, ces interprètes, par essence conservateurs de la société, ont établi le despotisme : seul moyen, en époque d'ignorance, de ne point avoir d'anarchie.

L'Église chrétienne primitive voulut unir la souve^ raineté de droit divin à la souveraineté du peuple :, au moyen de l'élection des prêtres et du pape, par le nombre. C'était voliloir unir : l'eau et le feu ; Dieu et le diable. Elle voulut encore faire du communisme SOUS' un despote; invention, que'les saints-simônicns ont voulu renouveler : des Grecs et des Latins. C'était la même tentative d'accoupler l'ordre et l'anarchie. Aussi, l'ÊgUse interpréta l'Évangile, comme le Coran l'avait été ; et, l'ordre devint possible. Mais, du moment que l'examen devient socialement incompres* sible ; que deviennent l'Évangile et le Coran, considérés conmoie base d'ordre ; et cela malgré toutes les interprétations possibles ? Tous les deux retombent : dans le néant de vérité, dont ils étaient sortis .

Une des choses qui, sous la souveraineté du peuple, contribue le plus à l'anarchie ; c'est, le développement des populations; qui, alors, n'est autre : que, le développement du paupérisme. Le génie de Mahomet l'avait prévu ; et, pour y remédier, il avait donné le verset suivant :

8S4 - m vk\ soDVEBAïKctÉi

-I- a Queçeiix qo^ l'ipdigepee éloifpe da Inaria^Q'T^▼^Ili dans la:tOBtinence, jusqu'à ce que le ciel leur ait donné des richesses. »

[Le Oorén; ch: XXI, ihiïinU Id LwiUère'j tehei ii^i àOtÊi à Médine;) , '

— Si, SOUS le despotisme dé ririterprêtatton, le iû*^ hoinétisme avait pu s'êfntôurer d'une gt*ahde ttitif aille :' il àlifait été inaccessible à .toute tendaîîcfe dei Mbert^j» par le seifl effet de ce Vêîfâet.' C'est là; que Màlthùs af pidisé èsi doctrine. Mais, malrJMiiètisiiié etl didlltkisi»' nisme sont imptiisslafits : en ^éséâde de rinbbmprtili^ biiitéôocialë dereîamett. ' •

Quant aux riches, Mabûtnert lélur.dit :

;--r« N'en époisea qa« d^ttx, trois pu qaa^6»>

[Le Coran, ch. lY ; les Femmes,)

— C'est, eomtne en Occident. Mais, ett Orient, c'est autorisé par la religion ; èly c'ésft iiiï iaéâtidâlë'de tffoind. Là polygamie des riches ne peut être anéantie î taût,' ^e rigiiorance sociale ne Test point eilé-mêmé.

Padftons d'un grand homme à un autre, (îé 'MâlMn' met à Mfitchiavel.

— « 11 faut, qu*à entendre le prince, on croie, dit lUachiavel", qu'il est là bonté, fe justice, !a religion même ; mais ^u'il aît siA^^trt dette deN nièord qualité. » , '

{Le Prince, ch. xvm.)

' — Comme Aristote, Machiavel est sans -religi#n. Mais, il veut une religion pour le peuple : afiû, d'é^ viter la souveraineté du peuple, qu'il sait odseatielle^ ment anarchi que.

Machiavel o^vait raisoiu, pour autant que Vignoranoe sociale existait. Mais, il avait déjà tort; canyiipJêiMide

DE LA SOUVERillNETé. < ' 339»

son temps, une religion devenait déjà impossible ponir le «eiul peuple. En présence de rinpoôipressiMlité dm Texâmen, dont la naissande date de 1440^ il faut Itfi religion pour tous ou pour ^personne ; et, la religions

pour personne, e'eét la ihort de Fhpmahité* . [

—-^ d Tout changement survenu dans un. État, dit encore Machiavel, donne le désir d'en faire de nouveaux.»

•«— Cette pensée, en politique, est la plus profonde* qtiî ait existé depuis que' lé monde ëiisté. C'eèt, ,à* cause de cette immense vérité^ q^e les révélations ontr été inventées t afin, que la société fût immuable,' comme la règle donnée par Véternel hypothétique.. L'anéantissement de ces règles, hypothétîqilemeût étemellei^, ii'^st autre : que, l'établissement de la souveraineté du peuple, pour aussi longtemps que l'ignorance sociale n'est point détruite ; et, le règne de la souveraineté du peuple a pour essence : des changements continuels dans la société. Or, ces continuels changemeiits ne peuvent se faire que par la force bliitale; et, le règne de la force brutale ' n'est autre : que l-anaj^iie. La société ne peut être réellemenî? immuable : que, sous le règne de la vérité; et, le régne de la vérité, c'est l'anéantissement de là soùveràîtieté du peuple.

-^ « Une guerre, dit Machiavel^ ne s'étite pas; on la diffère seulo-^ ment^ au grand avantage de ceux qu'on doit craindre. »

{Id., ch. m.)

. r— Ce qui signifie : qu'en époque de force^ pdu»

336 DE LÀ SOUYERAIlfETÉ.

^ivre, il s'agit d'être le plus fort. Il faut appartenir au congrès de la paix, pour né point sentir : qu'en époque d'ignorance, il faut être fort ou mourir. Au sein des nations, comme au sein de chacune d'elles, la souveraineté du peuple ou de la force, c'est la mort ou l'esclavage du faible.

— * « li n^y a que la ruine ou la destruction, dit Machiavel, quipiiioe forcer dans un pays libre (pays libre signifie ici un pays où existe li souteraineté du peuple) la domination d'un conquérant; sans cette mesure extrême, tôt ou tard il en sera chassé. Les citoyens, dans leor ré- Tolte, 86 rallieront au nom de la liberté (c'est-à-dire au nom de là sou- ▼eraineté du peuple, indestructible en présence de l'incompressibilité de l'examen, si ce n*est par le règne de la vérité) : le soutenir de leur aicienne constitution, que ni le temps, ni les bienfaits ne sauraient eflacer, enflammera leur courage, et quelque habile que soit le prince qai les aura d'abord soumis, s'il n'a le soin de les disperser tous, il les wem reconquérir, à la plus légère occasion, leurs droits et leur liberté, i

(/d., cb. y.)

— C'est-à-dire : la so\iveraineté du peuple. Et, comme la souveraineté du peuple amène nécessairement l'anarchie ; comme l'anarchie amène nécessairement un despotisme; et, qu'en présence de l'incompressibilité sociale de l'examen, un despotisme ramène nécessairement la souveraineté du pïbple ; il en résulte : ou, que souveraineté du peuple et despotisme doivent disparaître simultanément; ou, que l'humanité doit périr. 11 est probable : qu'avant, que cette vérité soit socialement sentie ; l'Europe aura été plusieurs fois républicaine et cosaque. S'il en est ainsi, c'est que cela doit être devant la justice éternelle. Quand l'expiation sera faite, la société recon-

naîtra : qu'elle n'est qu'une sotte. Après cela, elle deviendra sage ; et, tout ira bien.

Machiavel va nous exposer : pourquoi, la souveraineté du peuple d'une part; et, la souyeraineté de droit divin d'une autre ; sont difficiles à extirper.

— <t Les novateurs, dit-il^ ont pour ennemis tous ceux à qui l'ancien régime était profitable, et ils ne peuvent obtenir qu'un bien faible secours de ceux que favoriserait le nouveau gouvernement. Cette tiédeur provient, d'un côté, de la crainte qu'inspirent les adversaires de toute inno- Tation ; de l'autre, d'une incrédulité naturelle aux hommes qui ne croient aux avantages d'un nouvel ordre de choses que lorsqu'une longue expérience leur en prouve la réalité. »

(/d.,ch. VI.)

— Le passage suivant indique : ce, qui est absolument nécessaire pour avoir de l'ordre : tant, que la souveraineté de droit divin est possible ; tant, que la souveraineté du peuple n'est pas encore inévitable.

— « Le caractère du peuple est versatile, dit Machiavel ; et il est aussi aisé de lui persuader une chose qu'il est difficile de l'affermir dans cette persuasion. Il faut être dans un État tel que, lorsqu'il ne veut plus croire, on lui impose la croyance par la force. »

(Id.f ch. VI.)

— C'est^ je le répète, absolument nécessaire : tant, que c'est possible; tant, que l'examen n'est pas encore socialement incompressible. Mais, quand il l'est; quand la souveraineté du peuple est inévitable ; et, que l'ignorance sociale n'est point anéantie ; que faire? Trouver la vérité : ou, périr.

Le passage suivant * contient une erreur capitale. Citons, d'abord; nous critiquerons ensuite.

— « Tous les États, dit Machiavel, sont partagés en deux partis : celai du peuple, qui ne veut être ni gouverné ni opprimé par les grftnds, celui des grands, qui veulent faire la loi au peuple et le tenir dans Toppression, h

(Id,y ch. n.)

— Cette situation existe seulement : lorsque la souveraineté de droit divin a déjà perdu sa force; lorsque l'autocratie religieuse est déjà renversée par les rois; lorsque la souveraineté du nombre, la souveraineté de la force, la souveraineté du peuple est admise par eux se considérant comme repi^ésentant de leur peuple. Auparavant, chaque État vit isolé, sous Tautorité divine interprétée par son pape; alors, les masses, le peuple ne compte pas; et, il n'y a de querelles : qu'entre les grands, pour savoir : qui, ohtiendra du maître ; la plus grande part de l'exploitation.

Ce que nous venons de dire, doit s'appliquer également : au passage, que nous allons citer. Il est évident : qu'à une époque, où un pareil écrit peu paraître; c'est, que déjà : la souveraineté de droit divin n'a plus de puissance. Si, elle en avait eu ; Machiavel eût été mis à mort. *

— « Un homme, dit-il, qui voudrait faire profession d''étre honnête et vertueux, parmi tant d'autres qui ne le sont pas, serait bientôt dépouillé de sa fortune. »

'- C'est vrai, sous la souveraineté du peuple, négation de toute sanction religieuse ; c'est vrai, sous la souveraineté de droit divin, quand la foi en la sanction

religieuse est affaiblie ou détruite. Et, la preuve que tfbla existe en effet ; c'est, de pouvoir le dire publiquement : sans être frappé par la force, en époque d'ignorance ; ou, par la raison générale, en époque de connaissance.

— « D*où je conclus, continue Machiavel, qu'il est nécessaire à un prince, qui ireut se maintenir, d'apprendre à ne pas être bon, ou plutôt à l'être ou ne pas l'être, selon l'exigence des cas. »

— C'est juste. Quand il n'y a plus de foi; et, qu'il n'y a pas encore de science : l'hypocrisie est seule raisonnable; la franchise, alors, est imbécillité.

— (( Laissant donc à part, continue Machiavel, tout ce que l'on a imaginé sur les devoirs d'un prince — (remarquez : que, tout homme est prince dès qu'il est souverain) — et ne parlant que de ce qui est vrai et positif — (il est certain que sous la souveraineté du peuple il n'y a de vrai et de positif, que d'agir en prince), — je dis que quand on parle des hommes et surtout des princes que leur élévation met plus en vue, on a coutume de leur attribuer quelques-unes de ces qualités qui les rendent dignes de louange ou de blâme : Tun est réputé libéral, l'autre avare; Tun bienfaisant, l'autre ravisseur; Kun cruel, Tantre humain; Tun fidèle à la foi, l'autre parjure; Tun efféminé et pusillanime, l'autre ferme et courageux; l'un modeste, l'autre orgueilleux; l'un chaste, l'aqtre lascif; 4'iin franc, l'a^e rusé et trompeur ; l'un dur et repoussant, l'autre tendre et accessîoTe; l'un sérieux^ l'autre léger; l'un plein de religion, l'autre incrédule.

<x Chacun me dira que ce serait une chose excellente si, de tontes les qualités que je viens de nommer, un prince ne possédait que les bonnes. — (N'oubliez pas que sous la souveraineté du peuple tout homme est prince.) — Mais comme il ne peut les avoir, ni même les suivre en toute occurrence, eu égard à la nature de l'homme, il doit seulement avoir assez de sagesse pour éviter ces vices abominables qui le précipiteraieut du trône — (c'est-à-dire, qui le livreraient à plus fort que lui) — et pour se garantir des autres, s'il est possible. Maîss^ I4 conservation de sa puissance LES rendait nécessaires, il doit agir avec moins de scrupule, et j'iH jouterai même qu'il ne doit pas se soucier d'encourir l'infamie de ces

TiccSy sans lesquels il ne peut sauver ses Etats — (sous la sou?eraiBefc du peuple, PÉtat de chaque homme-prince, cVst sa fortune); — car m considérant bien le fond des choses, telle action paraîtra vertueuse qm, mise en pratique, conduira un prince — (un membre de \n souveraineté du peuple) — à sa perte; et telle autre paraîtra criminelle, qui cependant fera sa sûreté et sou bien-être. »

(Id. , cb. XV.)

— ce Un prince prudent, dit encore Machiavel, — (et je le répéterai mille fois, sous la souveraineté du peuple tout homme est prince), — on prince prudent ne peut donc pas, ne doit pas tenir sa parole, ior«qoe cette conduite lui devient nuisible, et que les raisons qui la lui avaiett

fait engager n'existent plus Un prince ne sera jamais embarrassé poor

trouver des prétextes légitimes pour pallier sa mauvaise foi. »

{Id,j ch. xviii (1).)

— a Une chose, dit encore Machiavel, qu'il ne faut jamais perdre de vue, c'est qu'un prince, surtout un prince nouveau, ne peut s'attacher strictement aux choses qui font regarder les hommes comme bons; car pour maintenir l'État — (c'est-à-dire, sa fortune), — il est souvent obligé d'agir contre les lois de l'humanité, de la charité et de la religion. Pour ccla^ il doit avoir l'esprit assez souple pour se plier au gré du vent et de la fortune ; ne pas s'écarter de tout ce qui est bien quand il le peut, mais savoir hardiment embrasser le mal, s'il est nécessaire. «

« Un prince — (et un membre de la souveraineté du peuple est

(1) « Clément VI accorda canoniquement à Jean, roi de France, et à Jeanne son épouse, et à tous les rois et à toutes les reines qui leur snccéderaient, la faculté de pouvoir, sans péché, violer leurs promesses et leurs serments, tant faits qu'à faire, pour peu qu'il ne fût pas de leur intérêt de les tenir, et pourvu toutefois qu'ils se fissent imposer en échange par leur confesseur l'obligation de remplir quelque autre devoir de piété ; In perpetuum Indulgemus ut confessor jura-

menta per vos prœstita, et per vos et eos prœstanda iny^stenim^ qvs! vos et illi servare commodo non possetïs, vobis et eis commutare vakal in alia opéra pietatis, etc. »

D'Achery, in Spicilegio, t. III, p. 723. V. V Esprit de VÉglise, par de Potter, t. IV, p. 67.

— « Il faut avoir lu dans Barante {Histoire des ducs de Bourgoçfne) les précautions prises contre les dispenses, dans le serment de Louis XI au duc de Bretagne. — « Je jure que jamais je ne prendrai , ni impétrerai ou accepterai , ni ferai impétrer ni accepter de notre saint-père pape, du saint-siége apostolique, du concile, ni d'autre quelconque autorité, dispense de ce serment, ni relaxation qui en ait été ou pourroit être octroyée ou impétrcé. »> T. XI, p. 360.

Jérémie Bentham, Traité des preuves judiciaires, Hv. Il, ch. 12,

DK LA SOLVElUlNIi.TÉ. 341

prince) — doit donc avoir le plus gran'l soin qu'il ne lui échappe jamais (Je la bouche aucune parole qui ne respire les cinq qualités dont j'ai parlé ffts haut : à l'entendre, à le voir, tout en lui doit paraître bonté, probité, humanité^ religion. C'est la dernière de ces qualités surtout qui doit paraître l'emporter sur toutes les autres; car les hommes en général jugent plutôt sur les apparences que sur le fond , parce que chacun peut

voir, mais peu savent apprécier les choses Ce n'est que l'issue que

l'on doit regarder dans toutes les actions des hommes et surtout dans celles des princes, contre lesquels il n'y a point de tribunaux d* appel. »

— Telle pst , incontestablement , l'instruction prétendue rationnelle , sous la souveraineté du peuple. M. Michel Chevalier, qui sait que nous existons sous la souveraineté du peuple, a eu bien raison de dire : « Si toute la France savait lire, elle serait ingouver- « nable. » 11 aurait dû ajouter : tant, qu'elle resterait sous la souveraineté du peuple.

" La tourbe populaire est mère d^ignorance, iajustice, iucoustaiice, idolâtre de vanité, à laqndle vuuloir plaire ce u'est jamais faict ; c'est son mot : vox populi t vox Dei; mais il f|iut dire : vaxpopulif vox ttuliorum. Or, le commencemeDt delà sagesse est se garder net, et ne se laisser emporter nuv opinions populaires. »

Char noie, De la Sagesse, liv. T, ch. lui.

— Il est essentiel de bien remarquer ici ; que, Charron, généralement considéré comme l'un des plus sages parmi les philosophes, lorsqu'il parle de peuple, n'y comprend point les paysans et les ouvriers^ dont il n'était jamais question de son temps; mais, bien des nobles et des bourgeois. Pour lui, c'était là; et, exclusivement là ; que, se trouvait le vulgaire. En fait de choses relatives à l'instruction, il ne peut jamais être question : que, de ceux qui se croient instruits. Il n'y a jamais eu que le dix-huitième siècle, qui ait prétendu établir juges de la réalité du droit, des gens ne sachant ni lire ni écrire ; c'est-à-dire : socialement incapables de voir, d'entendre et de penser : quand, tout ce qu'il n'y a eu de célèbre, depuis l'origine sociale, n'a pu encore résoudre cette question.

— « Geluy qui veut estre sage, dit encore Charron , doibt tenir pour suspect tout ce qui plaist et est approuve du peuple , du plits grand nombre, »

— Vous voyez : que, pour Charron, la majorité , ^l^t-ce même à TAcadémie des sciences morales et politiques, constitue le peuple ou la sottise. Nous verrons plus tard : que, M. de Girardin pense comme Charron, même pour un conseil où il y a neuf ministres; et, c'est moins que quarante académiciens.

— «... Et, continue Charron, ne se laisser coiffer et emporter a la multitude qui ne doibt estre comptée qilépour un : unm mihi pro populo f etpopulus pro uno {Sen,y Epist. VU). Et quand pour le battre et arrester court l'on dira : tout le monde dîct, croit, fait ainsi, il doibt dire en son cœur : tant pis, voici une méchante caution : je Ten estime moins parpe que tout le monde Tapprouve. »

(Charron, de la Sagesse, liv. U, ch. i.)

— « Chacun, dit-il encore, appelle barbarie ce qui n'est pas de son goût et usage, et semble que nous n'ayons autre touche de la vérité et de la raison que l'exemple et Tidée des opinions et usances du pays oiî nous sommes. »

[Id», liv. II, ch. II.)

— L'incontestabilité rationnelle, «st la seule toucha possible : de la vérité, et de la bonne raison. Tant qu'elle n'existe pas ; tant que l'instruction réelle n'existe pas ; îl n'y a : que, vérité hypothétique; bonne raison hypothétique. Et, celle-ci peut seulement dériver de l'éducatioa ; c'est-à-dire du pays où nous la recevons. Du moment que, par l'impossibilité de faire dominer plus longtemps l'éducation sur l'instruction ; une instruction contestable, et multiple à l'infini dès qu'elle n'est point une^, vient au contraire à dominer toute éducation ; il n'y a plus de possible , socialement : ni vérité ; ni bonne raison. C'est là ce qui a fait établir : la souveraineté du nombre ; la souveraineté du peuple. Et, celle-ci dure ;

344 DE LA SOUVEUAINETÉ.

jusqu'à ce que ranarchic vienne la rendre impossible. C'est ce que Charron n'a pas vu; ou, plutôt, n'a pas* osé dire.

11 n'a pas osé le dire, en voici la preuve :

— c( La reigle, dit-il^ qu'il faut tenir en jugeant et en toutes choses est nature, »

— Savez-vous ce que c'est que nature,, expression dont on a tant abusé depuis ? Charron va vous l'expliquer.

— « ...NATURE, dit-il, LA NATURELLE ET UNIVERSELLE RAISON, SUyvaot

laquelle on ne peut jamais faillir. »

{De la Sagesse^ Hy. H, ch. lu]

— C'est vrai : quand l'incontestabilité rationnelle existe. Mais, avant? L'on se trouve comme les enfants : qui, ne savent ni bien voir; ni bien entendre ; ni bien parler. Ils se battent... jusqu'à ce qu'ils soient battus ; ou, que la vue, les oreilles et la raison leur viennent.

Passons à Montaigne, et voyons : si, le sceptique est partisan de la souveraineté du peuple !

• — « Lasclier, dit-il, la bride aux partis d'entretenir leur opinion, c'est espnndre et semer la division, c'est prester quasi la main à l'augmenter, n'y ayant aucune barrière ni coercition des lois qui bride et empesche sa course. »

— Eh bien ! la souveraineté du peuple n'est autre

que le lascher la bride aux partis d'entretenir leur opi- ^Ifion.

— Voici un passage du même auteur qui, de prime abord, paraît être la plus grande bêtise qu'il soit pos sible d'énoncer; et, qui, mis en rapport avec ce qui précède, devient d'uniB profonde sagesse.

— ((La guerre, dit Mouiaigne, a naturellement beaucoup de privilèges raisonnables au préjudice de la raison. »

(Li?. I, ch. VI.)

— Cela signifie : que, tant que Tignorance ne permet pas de distinguer la bonne raison de la mauvaise ; tant, qu'il n'y a que des opinions ; il faut, sous peine de division, sous peine d'anarchie ou de mort sociale : que , le plus fort, le vainqueur fasse accepter socialement son opinion, comme étant la bonne raison. Mais, quand cela n'est plus possible I Alors, la souveraineté du peuple, la souveraineté des opinions, la souveraineté des ignorants et des sots, que Montaigne voulait éviter, prévaut nécessairement ; et, l'ordre s'en va à tous les diables.

Montaigne était socialiste. Et, c'est à cause de cela, qu'il avait la souveraineté du peuple en horreur. Il voulait, lui, la souveraineté de la raison réelle.

— « De vray, dit-il, ou la raison se inocque, ou elle ne doit viser qu*à nostre contentement , et tout son travail tendre en somme à nous faire bien vivre et à notre aise, comme dit la sainle Écriture (Et cognovi quod non melius nisi Isetari etfacere bene in vita sua). Eccles.y ch, m» v. 12.»

(M0I«TAIGNE, liv. I, ch.XIX.)

— Seulement, je demanderai au seigneur de Montaigne : si, le matérialisme et la raison sont compati blés? J'ajouterai même : que, matérialisme et socialisme sont complètement incompatibles. Mais, allez aussi le dire à des gens bercés, depuis des siècles, dans le panthéisme I Ils vous crieront également : que, le son de la trompette est le véritable écarlate. Livrez-les à dame anarchie ; c'est le seul moyen de leur désiller les yeux. '" "^

Si, Montaigne s'était borné à constater l'ignorance sociale, comme il le fait dans le passage suivant, il se fût placé au-dessus des philosophes.

— >" « Nous n'avons, dit-il, autre mire de laj vérilé et de la raison que l'exemple et l'idée des opinions et usances du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaicte religion, la parfaicte polyce, parfaict eiaccomplj usage de toutes choses. »

(MOSTAIGNE^ liv. ly cil. XXX.)

— C'est vrai ; la société, du temps de Montaigne, était complètement ignorante en fait d'ordre moral ; et, elle Test encore. Mais, était-ce une raison pour conclure : à la non-existence de Tordre moral ; à la non-existence de Téternelle vérité, de réternelle justice ? C'est, malheureusement, ce que Montaigne fait trop souvent.

— (( Il se faut garder, dit-il, de s'attacher aux opiuioiis vulgaires, et les faire juger par la voie de la raison non par la voie^ommune^ »

{Idid.y ib.)

— Mais, Seigneur I tant, qu'il n'y a d'autre mire

DE LÀ SOUVERAINETÉ. 3i7

de la Yérité et de la raison que les opinions, tout le .ononde et vous-même appartenez au vulgaire. Pui«, quand le vulgaire devient le maître ; et, que chacun veut être juge de la vérité, que faut-il faire ? Établir la souveraineté de la force brutale; et, s'égorger jusqu'au dernier, n'est-il pas vrai ? Cela vous convient-il ?

Passons de la France à l'Angleterre ; et, voyons : ce que le grand républicain Milton pensait de la souveraineté du peupte. Remarquez, je vous prie : que, Milton avait en horreur la souveraineté de droit divin.

— « Si Ton donne, dit Milton , le droit à tous de nenuner tout Ib inonde, ce ne sera pas la sagesse et Tintégrité, mais la turbulence et la gloutonnerie qui élèveront bientôt les plus vils mécréants de nos tliteffnes et de nos lieux de débauche, de nos wilieset de nos villtgefi, au rang et à la dignité de sénateur. »

— C'est vrai : mais, en époque d'ignorance sociale, qui voulez-vous qui nomme ? Quel critérium choisirez* vous pour l'électorat ? Est-ce l'argent ? C'est, la plu? vile des aristocraties ; et, elle est impuissante daiw tous les temps, surtout en époque d'incompressibilité d'examen. Est-ce la naissance? Elle tient au droit di» vin, et elle est actuellement tout aussi impuissante, comme conservation de longue durée, que l'aristocratie d'argent. Est-ce le savoir ? 11 n'y en a pas de réel, en époque d'ignorance ; et, dès qu'il y en aura, il faut que tout le monde le possède, sous peine de rester sous le joug de la force brutale. 11 est facile de critiquer. Mais, il faudrait ne jamais oublier : qu'en fait d'ordre social, quand on n'est pas en état d'exposer

3i8 DE LA SOUVERAINETÉ.

ce qui doit être, et de Texposer d'une manière ration* nellement incontestable ; critiquer, c'est tout bonnement faire de Tanarchie. 11 est vrai, qu'alors : ne pas critiquer, c'est se soumettre au despotisme. C'est la seule alternative possible, en époque d'ignorance et d'incompressibilité sociale de l'examen.

— « Qui voudrait, continue Milton , confier les affaires de la république à des gens à qui personne ne voudrait confier ses alTaîres parlicalières? »

— Puisqu'il n'y a pas encore de science, c'est de probité qu'il s'agit ici. Et, où y a-t-il plus de probité : est-ce parmi les riches ou parmi les pauvres ? Proportions gardées : il y a, au bagne, deux notaires sur un vagabond.

— « Qui voudrait voir, continue Milton, le trésor de l'État remis aux soins de ceux qui ont dépensé leur propre fortune dans d'infâmes prodigalités? Doivent-ils être chargés de la bourse du peuple ceux qui la convertiraient bientôt en leur propre bourse? Sont-ils faits pour être législateurs de toute une nation, ceux qui- ne savent pas ce qui est loi et raison, juste ou injuste, oblique ou droit, licite ou illicite ; ceux qui pensent que tout pouvoir consiste dans Toutrage, toute dignité dans l'insolence ; qui négligent tout pour satisfaire la corruption de leurs amis ou la vivacité de leurs ressenJiments, qui dispersent leurs parents et leurs créatures dans les provinces pour lever des taxes et confisquer des biens? »

— Voyons I voyons ! N'allons pas si vite I D'abord, Milton, et même actuellement toutes les assemblées constituantes ou législatives possibles, ne savaient pas mieux et ne savent pas encore mieux que le plus ignorant des pau\res ou dis méchants : ce que c'est que loi et raison, juste ou injuste; oblique ou droit;

licite ou illicite. A cet égard, M. Guizot lui-même est raûtorilé sur laquelle nous nous appuyons. Quant à faire consister : le pouvoir dans Toutrage, la dignité dans l'insolence ; quant à ceux qui négligent tout, pour satisfaire la corruption de leurs amis, etc., etc. Est-ce à la classe pauvre qu'il faut adresser ces reproches ? Ce ne sont ni les classes, ni même les individus qu'il faut accuser; c'est, l'ignorance sociale, mise en présence de l'incompressibilité de l'examen. La société est malade, malade d'anarchie; le seul remède qui puisse la conserver à la vie; c'est, l'anéantissement de son ignorance : toute autre tentative de guérison, est un palliatif, devant accélérer sa mort.

— « Hommes les plus dépravés^ continue Milton , qui achètent euxmêmes ce qu*ils prétendent exposer en vente, d*où ils recueillent une masse exorbitanle de richesses détournées des coffres publics. Ils piU lent le pays et émergent en un moment de la misère et des haillons à un état de grandeur et de fortune. »

— Devenus riches, en valent-ils mieux? Quand, de révolutionnaires ils sont devenus despotes, en valentils mieux? N'accusez pas les hommes ! Ce sont des malheureux qui expient : sur l'édredon ; comme sur le grabat. Pitié ! pour les damnés de l'enfer d'ignorance.

— « Qui pourrait, continue Milton , souffrir de tels fripons de serviteurs, de tels vice-régents de leurs maîtres? Qui pourrait croire que des chefs de bandits seraient propres à conserver la liberté ? »

— La liberté ! Savez-vous donc en quoi elle consiste ?

Savez-vous même si elle existe ? C'est la science qui constitue l'anéantissement de l'ignorance. Avant de le savoir, il n'y a de possible : que le gouvernement de forts, souvent plus malheureux que les faibles qu'ils exploitent.

— * « Qui , continue Milton, se supposerait devenu d*un cbeveu plus libre par une telle race de fonctionnaires (ils pourraient s'élever à cinq eenlK , élus de cette sorte par les comtés et les bourgs) , lorsque parmi ceux qui sont les vrais gardiens de la liberté, il y en a tant qui ne savent ni comment user, ni comment jouir de cette liberté, qui ne comprennent ni les principes ni les mérites de la propriété ? »

— Hélas ! Vous Milton ! et ceux qui vous ont succédé, dans la défense de la souveraineté du peuple , le savez-vous mieux ? Vous anathématisez la souveraineté de droit divin ; vous proclamez donc la souveraineté du peuple, puisque vous ne pouvez exposer la souveraineté de la raison rendue incontestable ; et, en vous proclamant partisan de la souveraineté de la force, vous-même l'anathématisez : par, tous les moyens de raison qui sont en vous. contradictions !

C'est, que la souveraineté du peuple ; c'est, la souveraineté de l'ignorance. C'est, que la souveraineté de l'ignorance ; constitue Tenfer social. 11 est impossible de sortir de cet enfer, avant que la société ait ellemême reconnu son ignorance ; et, l'excès de mal, produit par Tanarchie, peut seul la forcer à faire cette déclaration.

DE LA SOOVEBAINETÉ. 351

« Ce sont des hommes de cette espèce que désigne Sénèque, lorsqu'il dit : qu'il en est qui aiment tellement Tombre que tout ce qui est exposé au jour leur parait troable (Epist. 3). » Bacov, Dig. et aecroiss, des sciences, liv. I.

— L'albinisme moral est endémique à l'époque d'ignorance. Il est aussi impossible à l'albinos moral, avant d'être parfaitement guéri par un traitement de plusieurs générations, de fixer ses regards sur la vérité ; qu'il le serait à un aiglon, à la première sortie de son aire, de fixer sa vue sur le soleil.

Pour, qu'une maladie puisse être guérie ; deux conditions sont absolument nécessaires :

La première, que le malade connaisse la nécessité de se guérir sous peine de mort : sinon, toutes les passions possibles pourront le distraire et l'empêcher de reconnaître : qu'il a un besoin absolu d'un remède effi cace.

La seconde, que ce remède soit mis à sa portée.

Quand, le malade est la société ; et, que la maladie est l'ignorance ; la première condition peut seulement être remplie : par, la déclaration officielle des représentants de la société : que, celle-ci se reconnaît malade ; c'est-à-dire ignorante. Et, le malade peut seulement

arriver à faire cette déclaration : lorsqu'iinejongue et continuelle anarchie, a porté Texcès du mal jusque dans les plus obscurs repaires de l'albinisme ; et, forcé ceux qui les habitent de reconnaître : que , la lumière absolue, la lumière pure, celle -qui n'éblouit jamais les yeux de l'intelligence^ est devenue nécessaire : au maintien de leur existence.

Dès, que cette première condition se trouve remplie; et, pas avant; chaque individu de la société che^ che la vérité de bonne foi ; parce qu'il la cherche dans son propre intérêt. Dès, qu'elle est ainsi cherchée, elle est bientôt trouvée. Et, dès qu'elle est trouvée, elle est bientôt universellenaent reconnue et acceptée : parce que la reconnaître et l'accepter se trouve alors : dans l'intérêt de tous, reconnu par chacun.

11 est inutile d'ajouter : que, l'acceptation de la vérité, comme souveraine ; c'est, l'anéantisssement simultané : et, de la souveraineté dite de droit divin ; et, de la souveraineté du peuple ou de la force brutale.

Bacon donne deux excellents moyens pour arriver a la vérité, lorsque le besoin en est s'ocialement senti. Nous allons les exposer.

'— « Que sont les mots, dit-il, sinon les images des choses,? »

— Ici, au lieu des choses^ Bacon aurait dû dire des idées. C'est, ce qu'il a voulu dire ; mais il ne l'a pas dit.

^*- « £t qes images, ajoute-t-il, si la rigueur des raisons ne leur donne

D£ Là souveraineté. 353

de Tàme et de la vie , s^y attacher si fort , c'est être amoureux d^une statue. »

(BicoN, Dig, et accrois, des sciences, liv. I.)

— Ainsi, les mots doivent être parfaitement déterminés ; et, leur détermination ne doit jamais rien renfermer d'absurde. Car, vous concevez : qu'en partant de Tabsurde, vous ne pouvez arriver qu'à l'absurde. Quand, par exemple, vous parlez de liberté^ comme existant chez les individus ; vous supposez : qu'il y a, chez chaque homme, une individualité réelle et non seulement apparente ; une individualité absolue, indépendante^ éternelle, incréée : toutes ces conditions étant nécessaires ; pour, que l'individualité réelle existe. Par cette seule détermination du mot liberté, dont vous avez alors éliminé l'absurde, vous reconnaissez instantanément : que, la liberté, c'est-à-dire l'humanité réelle, est incompatible avec l'existence : soit du matérialisme; soit de l'anthropomorphisme.

Un autre exemple. Supposons r qu'il s'agisse du mot création. Sa valeur est faire de rien. Dès ce moment, nous reconnaîtrons : que, pour éviter l'absurde, cette expression ne pourra jamais être employée, qu'au figuré; puisqu'au propre, elle est absurde. Cela, nous suffira encore pour reconnaître : que, tout anthropomorphisme est absurde ; et, que tout matérialisme est incompatible avec le raisonnement réel : puisque raisonnement réel présuppose liberté ; et, que la liberté, au sein du matérialisme, est évidemment une absurdité.

Arrivons au second moyen, que nous venons d'an- I. 23

noncer. Nous prions d'y donner la plus scrupuleuse attention.

— «f Quoique cette règle qui dit, s^écrie Bacon : Que tout homme qui apprend doit se résoudre à croire ne nous déplaise nullement, il est bon pourtant d*y joindre cette autre règle : Qite tout homme déjà suffisamment instruit doit user de son propre jugement ; car ce que les disciples doivent à leurs maîtres , c'est seulement une sorte de foi provisoire^ une simple suspensiou de jugement, jusqu'à ce qu'ils se soient bien pénétrés de Vart qu'ils apprennent. »

— Ici, Bacon aurait dû dire : la science ^ au lieu de Vart. Car, dans Tart, il n'y a rien d'absolu ; tandis que, dans la science, tout est absolu. Dans l'art, riea n'est incontestable; dans la science réelle, tout doit être incontestable. Et, il n'y a d'incontestable ; que, ce qui est absolu ; ou, déduction d'absolu.

^ « Mais , continue Bacon, ils ne doivent jamais un entier renoncement à leur liberté et une perpétuelle servitude d'esprit. »

— C'est vrai. Mais, avant de parler de liberté et d'espritj, il faudrait commencer par savoir : si, les valeurs, non absurdes, données à ces expressions, ont ou n'ont pas, une existence réelle. Jusque-là, vous restez nécessairement : dans le domaine de l'hypothèse; domaine essentiel de l'ignorance.

— « Ainsi , continue Bacon , pour terminer ce que nous avons à dire sur cette partie, nous nous contenterons d'ajouter ce qui suit : Rendez aux grands maîtres l'hommage qui leur est dû, mais sans déroger à ce qui est dû aussi à l'auteur des auteurs, au père de toute vérité, au temps.*

(Bacon, Dig. et accrois, des sciences, liv. I.)

— Ici encore, Bacon a fait une faute. Ce n'est pas

le temps, qui est le père de toute vérité ; c'est, le be* soin de vérité. Si, l'anarchie ne venait rendrela vérité socialement nécessaire; l'erreur, nécessairement^ rè-* gnerait éternellement sur tous les mondes possibles*.

Jusqu'à présent, vous voyez : que. Bacon n'accordé point au nombre le droit de formuler la vérité ; et, que ce droit il l'accorde exclusivement : à la science ; à l'incontestabilité.

Ce, qui va suivre, s'adresse à ceux qui veuleût bas^ \e droit sur l'antiquité.

— • « L^anti(|«ité des temp», dit BtcoD^ est la jeunesse du iMtiile; «f, à proprement parler, c'est notre temps qui est Tantiquité, le monde ayant déjà vieilli, et non pas celui auquel on donne ordinairement ce nom, en MÂYaiit Fordre rétrograde et en comptant depuis noire siècle. «

(Bacon y Dig, tt accrois, des sciences, liv. I.}~

— Disons, cependant : que, pour ceux qui acceptent une révélation à l'origine de l'humanité ; l'antiquité intellectuelle est égale à l'antiquité noAiérieller Mais, pour ceux qui ne l'admettent point; l'antiquité intellectuelle est l'époque la plus moderne. Dès, que la vérité est connue, il n'y a plus, relativement à l'intelligence, ni anciens ni modernes : car, la iiérité n'a poo de temps, elle est éternelle.

— - « Les hommes , dit encore Bacon , semblent craindre qne le ieiùpÉ né soit devenu stérife et inhabile à la génération ; mais il est sur Cù p6uxt une lËairi^e de juger qui montre bien la légèreté et rinconstancé dés iMfinm^. 1^

Justifions cette légèreté, cette inconstance. Tant,

356 DE LA SOtVBRÀlNBTÉ.

que l'ignorance sociale n'est point anéantie, l'humanité, en fait de base sociale, ne peut passer que d'une erreur à une autre. Et, elle y passe d'autant plus rapidenaent ; que, l'erreur nouvelle est plus insupportable que l'erreur ancienne. C'est, dans cette marche, de mal en pire, que consiste ce que Messieurs les partisans de la souveraineté du peuple appellent le progiês. C'est, surtout, lorsque l'examen est devenu socialement incompressible ; lorsque, par conséquent, toute erreur est nécessairement instable ; que, le progrès, cette marche vers le diable, se fait avec une rapidité électrique. Et, c'est précisément ce progrès vers le diable, c'est-à-dire vers l'anarchie absolue ou la mort, qui force à sortir de l'ornière progressive, pour se soumettre à l'étemelle vérité; qui, est aussi : l'éternelle stabilité.

— « Tant qu'une chose n'est pas faite, continue Bacon , ils (les hommes] s^ étonnent si on leur dit qu'elle est possible... v

— C'est juste : ignorance est mère de vanité.

•^ « Et dès qu elle se trouve faite, continue le philosophe ^ ils s'étonnent au contraire qu^elle ne Tait pas été plus tôt.... C^esl ce qu'éprouTt Christophe Colomb par rapport à son voyage aux Indes occidentales. Mais cette variation de jugement a lieu plus fréquemment encore par rapport aux choses intellectuelles : c'est ce dont on voit un exemple dans la plupart des propositions d'Euclide. Avant la démonstration, elles paraissent étranges et Ton n^y donnerait pas volontiers son consentement; mais la démonstration une fois vue , Pesprit les saisit par une sorte de retrait (suivant l'expression des junsconsultes)^ conmie s'il les eût connues et comprises depuis longtemps. »

(Bacon, Dig. et accrois, des sciences, Hv, I.)

DE LA SOCVBRAINETÉ. 357

— Vous voyez ; qu'il n'y a là rien de relatif à la souveraineté du nombre. Et, qu'on ne dise pas : qu'il n'en est pas, en fait d'ordre social, comme en fait de géométrie. La vérité est, actuellement, plus nécessaire à l'existence de l'ordre; que, ne l'a jamais été la démonstration du carré de l'hypoténuse, quelque importante qu'elle soit, à l'existence de la géométrie^

— « 11 est impossible , dit Bacon, d'apercevoir les parties les plus reculées et les plus intimes d'une science particulière tant qu'on reste au niveau de celle même science, et que Ton ne monte pas, pour ainsi dire, sur une science plus élevée, pour la considérer de là comme d'un beffroi. »

(Bacon, Dig. et (tccrois, des sciences, liv. I.)

- Le beffroi, de la science générale ou sociale, est placé : au sein de la vérité absolue. Hors ce point de vue, toutes le» sciences particulières sont troubles : comme le chaos.

Écoutez ce qui va suivre.

— ce Dans la contemplation, dit le philosophe, si l'on veut commencer par la certitude, on finira par le doute; au lieu que si, commençant par le doute , on a la patience de l'endurer quelque temps, on finira par la certitude. »

[Id,, itrid.)

— Il n'y a encore là : rien, de relatif, à la souveraineté du nombre.

Ce qui va suivre est explicite à cet égard.

— « L'opinion populaire mérite peu d'attention. »

(Id., liv. VIII, ch. II ; page né de l'édit, d^ Panthéon littéraire,)

— Est-ce clair ?

Ce qui va suivre ne l'est pas moins.

— a On ne platt à la multitude, dit Bacon, qu'en frappant TimagiiULtion, comme la superstition, ou qu'en s'adressant aux notions Yulgaires, comme la doctrine des sophistes. »

— Il est évident : que, jusqu'à ce qiie la vérité soit démontrée d'une manière rationnellement incontestable; il n'y a de possible : que, des doctrines de sophistes.

— a Et tant s'en faut, continue Bacon, que cette approbation urariiii ait un poids vrai et solide , qu^elIe inspire une forte présomption pour le sentiment contraire. Et c'est avec raison qu'un Grec s'écria : Quelle sottise ai-je donc faite ? en entendant autour de lui de Bombreuz applau^ dissements. )>

/ (Bacon, Réfutation des syst, phUosoph,)

— Je suis bien assuré : de ne pas recevoir d'applaudissements unanimes, de la génération actuelle.

« Si tous les docteurs d*ane néme Tille Yonlàieiit se rendre compte des paroles qu'ils prononcent, oa ne trouverait pas deux licenciés qui attachassent

la même idée à la même expression

Vous m'objecterez que si la chose était ainsi, les hommes ne s'entendraient jamais. Aussi en vérité ne s'entendent-ils guère. Du moins je n'ai jamais vu de dispute dans laquelle les argumentateors sussent bien potitioement de quoi il s'agissait. » Voltaire, Lettres chinoises et indiennes.

— Je voudrais que la patience de mes lecteurs me permît: de remettre ce passage, en épigraphe, à chacun de mes chapitres. Si, une fois la société se trouvait persuadée de la vérité qu'il contient ; elle reconnaîtrait son ignorance ; et, par cela seul, elle serait près d'être sauvée. Mais, la vanité de chacun prend ce passage comme une boutade. « Comment, se dit-elle, chez cha- « que individu, moi je ne sais pas ce que je dis ; et, « personne plus que moi ; et. Voltaire pas davantage ? « Il faudrait être fou : pour prendre une telle folie, au « pied de la lettre. Je me garderai bien de le faire. » Et, Tun des passages les plus sensés, que Voltaire ait écrits dans toute sa vie, est méprisé. Mais, tout cequ^l a écrit sur la négation de la liberté sera accepté ; sans réfléchir : que, si la liberté n'existe pas ; l'accepter et le rejeter sont également impossibles. Est-ce qu'une

360 DK LA SOUVERAINETÉ.

pierre qui tombe accepte ou rejette sa chute ? Ou, un maniaque qui se précipite dans un abîme, accepte-t-il ou rejette-t-îl son suicide?

En examinant Charron, j'ai réservé deux citations, pour les mettre en rapport avec le passage ci-dessus de Voltaire ; et cela, avant de passer à Pascal : que, l'indétermination des expressions ; ou , plutôt l'igoorancedont cette indétermination n'est que l'expression ; a porté au suicide moral.

— « Je ne me mets point eu colère, dit Charron, si l*on ne m'en croit : c'est affaire aux pédants. La passion témoigne que la raisor n'y est pas. Qui se tient par Tune k quelque chose ne s*y tient pas par l'autre.»

{Delà Sagesse f Préface.)

— Et, qu'est-ce que la raison s'il vous plaît? Est-ce une expression de liberté, ou n'est-ce qu une apparence de liberté? Comment distingue -t -on la bonne de la mauvaise : celle qui est indépendante des passions, des préjugés; de celle, qui leur est^oumise? On l'ignorait du temps de Charron, du temps de Voltaire ; on l'ignore encore. Voltaire avait donc raison d'affirmer : qu'il est encore impossible à deux docteurs de s'entendre. Et, si du temps de Cicéron, deux augures devaient ne pouvoir se rencontrer sans rire : il en est encore de même : pour, deux docteurs ès-sciences morales et politiques.

Voyons l'autre passage réservé de Charron.

— «K Qu'ils ne pensent, dit-il, m'abattre d'«uthorité, de multitude d'allégations d'autrui. »

DB LA SOUVERAIMEXi. 361

— Je conçois, ce mépris de Charron pour des allégations, non incontestablement démontrées. Mais, quand ou ne peut, soi-même, rien démontrer incontestablement; les allégations de ceux, qui ont été tenus pour sages, sont bien quelque chose en théorie hypothétique. Il est vrai : qu'en pratique ; et, surtout en fait d'ordre social ; toutes les allégations, possibles ne servent à rien. Aussi, j'aurais beau prouver incontestablement : que, tous les hommes tenus pour sages, et dans l'antiquité et dans les temps modernes, ont professé le plus souverain mépris pour la souveraineté du peuple ; cela n'empêchera point la nécessité sociale d'en imposer Tusage : tant, que la souveraineté de la vérité ne dominera point les opinions. Mais aussi, l'anarchie pratique, résultat nécessaire de la souveraineté du peuple, amènera la nécessité sociale d'anéantir cette souveraineté des sots ; et, alors, la souveraineté de la vérité, rendue incontestable, se trouvera intronisée ; ou, l'humanité disparaîtra de notre globe.

— « Car tout .cela^ continue Charron, a fort peu de crédit en mon endroict. . . >

— Arrêtons-nous ici ; car^ chaque ligne de ce passage mérite attention.

Et, qui donc, s'il vous plaît, a crédit en votre endroit? Vous seul, sans doute, puisque les autres n'en ont point ; et, que personne encore ne peut démontrer incontestablement : ce qui distingue la boniie raison de la mauvaise. Concevez- vous, alors, qu'il n'y ait de

possible, en fait de moyens d'ordre social : que le poison, le poignard, l'incendie ou la peste ; à défaut du canon et des baïonnettes? Vous ne voulez point le concevoir ? Eh bien ! attendez : l'anarchie vous ouvrira l'intelligence ; et, éclairera votre volonté.

. — « Sauf, continue le maître, en matière de religion , où la seule tathorité YÂUT sans raison. »

— Ainsi, la religion est opposée à la raison ! Ainsi, il y a autorité sans raison autre que la force ? Celasignifie-t-il : que, la religion ne peut se baser que sur la force ? Jamais, rien de pire n'a été dit contre la religion. Et, cependant, l'auteur était ministre d'un culte; et, directeur de la conscience d'une reine.

— « C'est là, coutinue Charron, son vrai empire (de Tautorité), comme partout ailleurs la raison sans elle. y>

— Comment, sans elle? Mais, pour des êtres, dont l'essence est la raison, ou plutôt le raisonnement, la raison seule peut être autorité ; dès, que la force brutale n'est point acceptée comme autorité. Voyez-vous: que, Voltaire a raison ; et, qu'il est encore impossible : à deux docteurs de s'entendre.

— «Comme, continue Charron, a très-bien reconnu saint Augustin.»

— Il est vrai que saint Augustin a dit : que, tout homme ayant une opinion est un impertinent ; et, qu'un homme sensé doit dire : Je sais ou j'ignore. Mais^ com-

ment saint Augustin a-t-il pu supposer : qu'un homme puisse avoir une opinion, ni même reconnaître la vérité; s'il n'est, lui-même, qu'un vase de terre, je n'ose dire une cruche, dont Dieu est le potier ?

Maintenant, écoutez I partisans de la souveraineté du peuple. Et, n'oubliez pas : que, pour Charron, le peuple se compose : de nobles et de bourgeois : le reste ne comptant pas.

— a C'est , continue-t-il une injuste tyrannie et folie enragée de vouloir assujettir les esprits à croire et suivre tout de que les anciens ontdict et ce que le peuple tient^ qui ne sait ce qu'il dict ny ce qu'il fait. »

— C'est très-bien. Mais, alors, dès que la religion ne peut plus donner la règle sans raison ; et, que la société ne sait pas encore ce que dit la raison ; faut-il rester sans règle ? C'est^ ce que dit M, Proudhon : quoique, M. Proudhon dise aussi le contraire. Mais, alors, il n'y a que la force pour la donneçj et, elle la donne nécessairement. Est-ce là ce que veulent MM. Proudhon et de Girardin ? Non, disent-ils. Mais, pour prouver que la société peut se passer de règle, soit dérivant de la force, soit dérivant de la raison, ils s'entendent : comme les deux docteurs de Voltaire. Renfermez-les ensemble, en ne leur accordant des vivres que pour un ; et, bientôt ils auront reconnu : la nécessité d'une règle, dérivant : soit de la force ; soit de la raison.

— (( Il n'y a que les sots , continue Charron , qui se laissent ainsi mener. »

— Charron aurait dû dire : les sots et les faibles.

Car, sous le règne de la force, que voulez-vous faire contre le fort ? Et, cependant, dès que la religion , masquant la force, ne mène plus; et, que la raison ne peut mener encore ; il faut nécessairement : être mené par la force brutale.

«Nous ne voulons pas être menés, disent MM. tels et tels ; nous ne voulons pas de règle ^ pas d'autorité. Les abeilles et les fourmis n'ont aussi : aucune règle proprement dite ; aucune règle relative à la raison ; elles agissent automatiquement. Mais, je le répète, êtes-vous des fourmis ou des abeilles ?

— « Ce litre, continue Charron^ n'est pas pour eux ; s*il était populairement reçu et accepté, il se trouverait bien déchu de ses prétentions, n

(De la Sagesse, Préface.}

— C'est toujours très-bien ? Mais, pour ne pas vouloir être classé parmi les sots ; il faudrait pouvoir démontrer incontestablement, que Ton est savant. Et, Charron n'en a pas même eu Tidée.

Dans tous les cas, vous avez une nouvelle preuve : qu'il méprisait souverainement la souveraineté du peuple.

Maintenant arrivons à Pascal.

L'infortuné ne pouvait soumettre sa raison, aux absurdités de l'anthropomorphisme et du panthéisme. De plus, sa vanité ne lui permettait pas d'accepter : que, la vérité qu'il n'avait pu découvrir, pût être du ressort de l'humanité. Ce fut par désespoir, qu'il se plongea dans les abîmes d'une foi, qui répugnait à sa raison; et, que continuellement sa raison condamnait

DK LA SOUtBRAINETÉ. 365

malgré lui. C'est, dans un de ces accès de désespoir, qu'il maudissait : et la souveraineté de droit divin ; et la souveraineté du peuple ; et toutes les lois qui peuvent en émaner.

^ -— « Il -serait boa, dit-il, qu^on obéît aux lois et coutumes, parce qu'elles sont lois ; qu'on sût quUl n'y en a aucune juste et vraie à introduire; que nous n^y connaissons rien, et qu'ainsi il faut seulement suivre les reçues : par ce moyen on ne les quitterait jamais. Mais le peuple n'est pas susceptible de cette doctrine^ et ainsi , comme il croit que la vérité se peut trouver et qu'elle est dans les lois et coutumes , il les croit , et prend leur -antiquité comme une preuve de leur vérité (et non de leur seule autorité sans vérité]. Ainsi il obéit, mais il est sujet à se révolter dès qu'on lui montre qu'elles ne valent rien : ce qui se peut faire de TOUTES en les regardant d'un certain côté. »

(Manuscrit autographe, mis au jour par M. Gousiii. «Port-Royal, dit-il, a supprimé tout ce morceau, i»}

— Ce prétendu scepticisme de Pascal n'est : que, le dogmatisme du génie, niant les deux fausses souverainetés ; et, le dogmatisme de la vanfté, affirmant qu'il est impossible à l'homme de connaître la vérité.

Nous aimons à placer, en regard de ce morceau de Pascal, le passage suivant de Montaigne, dont celui de Pascal n'est pour ainsi dire qu'une réminiscence.

«— «i Les lois , dit Montaigne , se maintiennent en crédit , non parce qu'elles sont justes, mais parce qu'elles sont lois; c*est le fondement mys-tique de leur autorité : elles n'en ont point d'aultre, qui bien leur sent. Elles sont souvent faictes par des sots, plus souvent par des gents qui, en haine d'égualité, ontfault d'équité; mais toujours par des hommes vains et irrésolus. Il n'est rien si lourdement et largement faultier ijue les lois, ny si ordinairement. Quiconque leur obéit parce qu'elles sont justes, ne leur obéit pas justement par où il faut. »

(Liv. m, ch. XIII.)

— Dana le manuscrit autographe, Pascal ne cesse

366 DE LÀ SOUYBRAINETÉ.

de saper l'autorité des lois, dérivant de Tune ou dé l'autre des souverainetés relatives à l'ignorance sociale. Il s'y déclare, ouvertement, en faveur des pyrrhoniens contre...

— > « Les impressions de la coatome, àé l'édoôation , des mœurs , des pays et autres choses semblables , qui , quoiqu'ellei entraînent la phfs grande partie des hommes communs qui ne degnatiseot qae mu* ces fàm

FOUnBHXNTS. . . »

— Remarquez, je vous prie : que, dans ces vaisyi fondements, sont comprises les deux fausses souverainetés.

^^ « ...sont renversées, continue Pascal, par le moindre souffle des pyrrhoniens. On n'a qu'à voir leurs livres : si l'on n'en est pas assez persuadé, on le deviendra bien vite, et peut-être trop. »

(Manusc, p. 357.)

— Le souffle des pyrrhoniens qui, jadis, ne potivadt être qu'individuel; est devenu, sous l'ineompressibililé de l'examen, la respiration sociale. Étonne2^«T0U8 donc de l'anarchie : causée, par ce souffle destructeur 1

Voici, une nouvelle négation des deux souverainetés de l'époque d'ignorance.

— <i Tous les principes sont vrais des pyrrhoniens, des stoïques, des athées, etc., dit Pascal; mais leurs conclusions sont fausses, parce qoa les principes opposés sont vrais aussi. )^

(Manusc.j, p. 8.)

— C'est, la doctrine du néant ; ou, si sous le nitilisme de réalité, le raisonnement pouvait être plus que phénoménal, ce serait la doctrine de la force brutale.

— « Pascal, dit M. Cousin, a écrit de sa propre main et en caractères Irès-lisibles (Msc. p. 61) : a Athéisme^ marque de force d'esprit, mais « jusqu'à un certain point . w

— Et, remarquez : que, ce passsage n'est qu'une négation de la souveraineté religieuse hypothétique. Car, s'il eût été affirmation de matérialisme, Pascal n'aurait pas dit que c'était une marque d'une force d'esprit quelconque : puisque, dans ce cas , l'esprit ne peut rationnellement exister.

Après cela , M. Cousin donne vingt passages par lesquels il prouve : qu'il n'y avait chez lui que la foi du désespoir. . Nous n'en donnerons ici qu'un exemple.

— « La seule religion, dit Pascal (Msc, p. 265)^ contre la nature, contre le sens communy contre nos plaisirs, est la seule qui ait toujours été. »

— Sij la vanité n'avait pas empêché Pascal de réfléchir; il aurait reconnu : que, la religion contre la nature, contre le sens commun, est la seule possible : pendant l'époque d'ignorance ; que, c'est précisément, parce qu'elle est la seule possible alors ; que, la souveraineté du peuple vient nécessairement la renverser ; et, que c'est, précisément, l'excès de mal causé par cette souveraineté, qui force la société : à chercher, à découvrir, et à accepter : la souveraineté religieuse réelle.

Mais, remarquez s'il vous plaît ; et, remarquez trèaparticulièrement : que Pascal le religieux, Pascal le

368 DE LA SOUVERAmETÉ.

logicien, est obligé de proclamer : que, toutes les religions ayant existé jusqu'à lui , sont : contre la nature; contre la raison ; contre le sens commun.

— « Nous n*en finirions pas, dit M. Cousin , si nous citions tous les nouveaux passages où Pascal se complaît à ramener son opinion favorite :

que LA FORCI FAIT LA JUSTICE ET DOMINE SUR LA RAISON. S>

— Et, là-dessus, il cite le passage suivant :

'— « Vert jurisy dit Pascal. Nous n^en avons plus : si nous en avion?) nous ne prendrions pas pour règle les mœurs de son pays. )>

{ManusCj p. 406.)

— Pascal aurait dû dire : il n^y en a jamais eu. Et, cela existe nécessairement : tant, que souverainefé de droit divin et souveraineté du peuple ne sont point anéanties.

Ne croyez point du reste : que, Pascal veuille avilir la souveraineté religieuse hypothétique ; pour exalter la souveraineté du peuple ; il les méprise également toutes deux.

-^ « Us confessent, dit-il que la justice n'est pas dans les coutumes, mais qu'elle réside dans les lois naturelles, communes en tout pays. Certainement ils le soutiendraient avec opiuiâircté, si la témérité du hasabd QUI A SEMÉ LES LOIS HUMAINES , en avait rencontré au moins une qui fut universelle. Mais la plaisanterie est telle, que le caprice des hOiUmes s\v est si bien diversifié qu'il n'y en a point. »

{Mantisc., p. 69 et 365.)

-— Pascal, du reste, sentait bien qu'il serait impossible de ne pas trouver, chez lui, des réminiscences de Montaigne, Aussi a-t-il soin de dire :

-— a Ce n'est pas dans Montaigne , mais dans moi que je trouve tout ce que j'y vois. »

^ (ManusCf p. 451.)

— Après, avoir reconnu : l'inanité des deux souverainetés, relatives à l'ignorance, Pascal dit :

— « Il est indubitable que Tâme est mortelle ou immortelle. Gela doit mettre une différence bnijArb dans la morale ; et cependant les philosophes ont conduit la morale indépendamment de cela. Quel étrange aTeuglement ! »

(Pensées morales,)

— C'est, proclamer : la nécessité de la souveraineté reUgieuse réelle. C'est dire, implicitement : que, hors cette souveraineté, la morale est anti-sociale; anarchique par essence ; dès, que l'examen ne peut plus être comprimé socialement. Pascal avait prévu : que, M. Guizot dirait un jour : la morale est indépendante des idées religieuses.

Le passage suivant indique encore la même idée.

— « Ne pouvant faire que Thomme soit forcé d'obéir à la justice, on le fait obéir à la force. »

{Pensées morales,)

— L'obéissance à la justice est volontaire ; l'obéissance à la force ne l'est pas. Tant, que la réalité de la justice n'est point démontrée, d'une manière rationnellement incontestable, dans l'intérêt de tous et de chacun; il est évident : que, l'humanité ne peut obéir à la justice. Et, comme il y a nécessité': que, l'homme obéisse à une règle ; pour, que l'humanité I. 24

370 DE LA SOUYERAmETÉ.

puisse ne point périr, au sein de Fanârchie ; il est évident : que jusqu'à ce que Tignorance sociale soit anéantie : sur la réalité de la justice ; et, sur ce en quoi elle consiste ; l'homme doit, nécessairement, obéir à une force : soit brutale ; soit masquée de justice.

Terminons ce travail sur Pascal, par deux citations, qui achèveront de prouver : que, Pascal méprisait, au suprême degré, les deux souverainetés relatives à l'ignorance sociale ; et, qu'il sentait le besoin de la souveraineté religieuse démontrée ; quoique sa vanité l'empêchât de croire : que, cette connaissance pût être accessible : à l'humanité.

— « Le larcin , Tinceste , le meurtre des enfants et des pères , tout,

dil-il, a eu sa place entre les actions vertueuses. »

(Pensées,)

— « Les philosophes, s'écrie-t-il ailleurs , ont beau dire : rentrez en Yous-roême, vous y trouverez votre bien, on ne les croit pas ; et ceai qui les croient sont les plus vides et les plus sots. »

(Ihid.)

'— En effet, que trouver en soi : quand l'ignorance

seule y règne ? Des passions : soit brutales ; soit masquées de raison. Et, dans la société elles sont représentées : soit, par la souveraineté religieuse hypothétique ; soit, par la souveraineté du peuple. D'un côté, c'est le despotisme; de l'autre, l'anarchie; et, de toute part : l'esclavage. La vérité vous rendra libres, a dit l'Apôtre. Et, en effet, c'est, sous la seule vérité ; que, la liberté peut exister.

W l'A SOUVERAINETÉ. 371

<c Nous ne nons deyons jamais laisser persuader qu'à Tévidence de notre raison. Et il est à remarquer que je dis de notre raison et non point de notre imagination ni de nos sens. »

Dbscartbs f Discours sur la méthode.

— Très-bien! Laissons d'abord les sens de côté, qui ne sont que les rayons du sens commun^ le ceryeau; et, ce sera déjà une difficulté éliminée. Et, qu'est-ce qui distingue la raison de l'imagination ; ou la bonne raison de la mauvaise ? Est-il même certain : que, la raison qui implique liberté , soit une réalité et non une apparence? Si, l'anthropomorphisme est une réalité ;la raison est une illusion. Si, le matérialisme est une réalité, la raison est une illusion. Tant, que vous n'avez pas décidé ce point, toutes les bibliothèques passées, présentes, et futures peuvent être renversées par cette seule proposition : la raison est um illusion. Alors, la force seule décide. Et, voilà ce qui rend les sceptiques négatifs irréfutables : tant, que l'ignorance sociale n'est point évanouie ! Et, voilà ce qui rend la souveraineté du peuple inévitable : dès, que l'anthropomorphisme ne peut plus dominer; et, que la vérité ne le peut pas encore !

— <( J*aurai droit, dit Descartes, de conceToir de hautes espérancei,

si je suis assez heureux pour trouver seulement uns chosb qui soit certaine et indubitable. »

{Id,, Méditations (I").)

— C'est vrai. Et, Descartes est mort sans avoir trouvé cette clîose. C'est, qu'elle est introuvable ; tant, que l'ignorance n'est point évanouie. Et, encore une fois ; c'est, ce qui rend la souveraineté du peuple inévitable : dès que l'anthropomorphisme ne peut plus dominer. De l'excès de mal, résultant nécessairement de cette souveraineté, l'ésulte, nécessairement, aussi : la nécessité de chercher, de trouver et d'accepter socialement la vérité : nécessité qui seule peut détniire la souveraineté du peuple ; la souveraineté de la^ force brutale.

Le père Mersenne qui sentait toute la faiblesse de l'anthropomorphisme, disait à Descartes:

— (( Prenez donc garde, s*il vous plaît^ que, voulant affermir la vérité, vous ne prouviez plus qu'il ne faut, et qu'au lieu de l'appuyer, vous ne la renversiez. »

[Objections à Descartes,)

— ^Le père Mersenne ne voulait pas : que, la souveraineté du peuple vînt plonger le monde dans l'anarchie. Et, il craignait : que, l'anthropomorphisme fût renversé par le raisonnement. S'il avait cru : que, l'anthropomorphisme fût vérité ; il n'aurait pas craint : que, le raisonnement pût le renverser.

A propos de la difficulté de se débarrasser des préjugés, soit de l'éducation, soit d'une fausse instruction, Descartes dit ;

•— (( Et certes, dès que nous nous sommes persuadé quelque chose dès notre jeunesse, et que notre opinion s'est fortifiée par le temps, quelques raisons que Ton emploie par après pour nous en &ire Toir la fausseté, ou plutôt quelque fausseté que nous remarquions en elle, il est néanmoins très-difficile de Tôter entièrement de notre créance, si nous ne les repassons souTent en notre esprit et ne nous accoutumons ainsi à déraciner peu à peu ce que Vhahitude à croire^ plutôt que la raison, avait profondément gravé en notre esprit. »

{ŒuvriSf t. II, p. 54.)

— II ne faut donc pas s'étonner : si, les partisans des souverainetés de droit divin et du peuple, ont tant de difficultés à sortir d'erreur. Et, s'il en est ainsi, pour des individus qui souvent sont de très-bonne foi et de très- bonne volonté ; que doit-ce être pour la société, où les partis sont nécessairement de mauvaise foi, et de mauvaise volonté : par cela seul qu'ils affirment ce qui n'est point démontré. Il est évident : que, l'excès du mal, causé par l'anarchie, peut seul forcer les sociétés à reconnaître leur ignorance.

En époque d'ignorance et d'anarchie, il faut surtout : que , les personnes , qui ont la modestie de se reconnaître ignorantes, ne se découragent point. Elles sont plus aptes à reconnaître la vérité, que celles qui se croient savantes : parce qu'elles sont à hauteur d'une fausse instruction. C'est principalement à cet égard que Descartes est admirable.

— « Bien, dit-il, que j'estime tous les philosophes et que je ne veuille pas me rendre odieux en les reprenant, je puis donner une preuve de mon dire^ que je ne crois pas qu'aucun désavoue, qui est qu'ils ont TOU$ supposé pour pBmciPB quelque cliose qu'Us n'ont point parfaitement connu, »

' — Voilà, rignorapce sociçile paisç à nu ; auçsi

clairement que possible. Voilà, la souveraineté de droit divin déclarée hypothétique; et, la souveraineté du peuple, avec toutes ses conséquences anarchiques, rendue inévitable : jusqu'à l'existence de Tincontestabili té rationnelle.

— « Or, continue Descartes, toutes les conclusions que Ton déduit d'un principe qui n'est point évident ne peuvent pas être évidentes, quand bien même elles en seraient déduites évidemment ; d'où il suit que tous les raisonnements qu'ils ont appuyés sur de tels principes n'ont pu leur donner la connaissance certaine d'aucune chose^ ni par conséquent les faire avancer d*un pas en la recherche de la sagesse. »

— Est-ce clair ?

— « Toutefois, continue-t-il, je ne veux rien diminuer de rbonneur que chacun peut avoir »

— 11 ne veut rien diminuer ; mais, il vient de prou^ ver : qu'ils ne sont que des ignorants vaniteux. Maintenant, il va prouver : que, les ignorants modestes sont infiniment plus capables d'apprendre qu'ils ne le sont eux-mêmes. Ce passage est très-remarquable, et doit particulièrement être remarqué , par ceux qui se croient ignorants, à cause qu'ils n'ont point étudié : de fausses métaphysiques; de fausses philosophies ; de fausses économies politiques; de faux socialismes, etc., etc. Ils vont voir qu'ils doivent s'en estimer heureux.

— ce Seulement, conlinue-t-il, je suis obligé de dire, pour la consolation de ceux qui n'ont point étudié, que tout de même qu'en voyageant pendant qu'on tourne le dos au lieu où l'on veut aller , en s'en éloigne

d'autant plus qu'on marche plus longtemps et plus YÎte, en sorte que, bien qu'on soit mis peu après dans le droit chemin, on ne peut pas y arriver si tôt que si on fiavoit point marché auparavant; ainsi lorsqu'on a de MAUVAIS principes, d'autant plus qu'on les cultive davantage et qu'on s'applique avec plus de soin à en tirer diverses conséquences pensant que ce soit bien philosopher^ d'autant s'éloigne-t-on davantage de la connoissance de la vérité et de la sagesse; d'où il faut conclure : que ceux 'qui ont le moins appris de tout ce qui a été nommé jdsqu'igi PHI- LOSOPHIE sont les plus capables d'apprendre la vraie. »

{Princip, de la |?/n7o5.. Préface.)

— Aussi, se trouve-t-il plus de sens commun che« les prolétÉ^ires : que, dans toutes les académies de sciences morales et politiques ; et, que chez tous les professeurs qui s'y soumettent.

Et, qu'on ne dise pas que les ouvriers, les paysans, les prolétaires enfin ne sont pas en état de comprendre . C'est encore là un préjugé, une vanité que Descartes a eu soin de combattre.

— a J'ai, dit-il, pris garde en examinant le naturel de plusieurs esprits, qu'il n'y en a presque point de si grossiers et de si tardifs quMls ne fussent capables d'entrer dans les bons sentiments et même d' acquérir TOUTES LIS PLUS HAUTES scungbs sHls étoi0nt conduits cofnme il faut. »

— Ainsi , quand des prolétaires , ayant bonne volonté^ ne comprennent pas ce qui leur est dit ; c'est, la faute du maître et non des écoliers.

— « Et cela, continue Descartes, peut aussi être prouvé par raison : car, puisque les principes sont clairs et qu^on ne doit rien déduire que par des raisonnements très-évidents, on a toujours assez d'esprit pour entendre les choses qui en dépendent. »

(/d., ibid.)

— Mais, remarquons : que, la nécessité sociale de

connaître la vérité doit exister, pour qu'elle puisse être ' socialement comprise et acceptée. Auparavant, la bonne volonté manque ; et , c'est pour cela que nous l'avons anoncée, comme condition sine qua non. Aussi Descartes, s'apercevant de cette nécessité, s'est-il écrié :

-* « Je Yois que les bonnes raisons ont fort peu de force pour persuader la Yérité. »

{Lett, au P. Mersenne.)

— 11 faut cependant avouer : que, les bonnes raisons de Descartes étaient fort mauvaises.

Et Descartes en donne la preuve.

-* « 11 est certain, dit-il^ qu'on ne doit recevoir pour notion : que ce qui ne peut être nié de personne. »

(Id., ibid.)

— Donc, et puisque ce que proposait Descartes a été nié, les raisons qu'il disait être bonnes, étaient mauvaises ; ou, tout au moins, n'étaient pas présentées de manière : à ne pouvoir être niées.

Il n'en résulte pas moins, et avec juste raison : que Descartes, loin d'admettre la souveraineté du nombre , n'admettait même pas la souveraineté de tous moins un.

S'il est possible, voici qui est plus explicite encore.

— « Il n'est pas surprenant, dit-il, que dans une affaire qui se décide à la pluralité des voix »

— Remarquez, s'il vous plaît, que c'était entre des philosophes...

— « -...TOUS n'ayez pu, contiaue^f-il^ résister avec le seul secours de la vérité et de quelques-uns de ses partisans, à la multitude de yos adversaires. »

(Lettre à M. Régius.)

— C'est, précisément, ce que pense M. de Girardin, à propos d'un conseil de ministres, composé seulement de neuf individus : le petit nombre, toujours le moins déraisonnable, dit-il, y a toujours tort devant le grand nombre, nécessairement imbécile.

La souveraineté du peuple n'est autre : que, la souveraineté des opinions, quand les forts, en petit nombre, sont assez sots pour se laisser dominer par les sots en majorité. Eh bien ! Descartes foule aux pieds la souveraineté des sots.

— « 11 n*y a point de doute, dit-il^ qu'on ne doive préférer la vérité à toutes les opinions qui lui sont opposées^ pour anciennes et communes qu*elles puissent étre^ et que tous ceux qui enseignent les autres ne soient obligés de la rechercher de tout leur possible et de l'enseigner après ravoir trouvée. »

{Lettre au A. P,Dinet.}

— Descartes oublie peut-être : qu'il y a vérité d'ordre physique et vérité d'ordre social ; et, que vouloir enseigner la vérité d'ordre social, avant que cette vérité soit devenue socialement nécessaire; c'est, précisé* ment, jeter des perles devant des pourceaux.

Je" viens de dire : que Descartes oubliait peut-être.

378 DE LÀ SOUYERAIMETÉ.

J'ai eu tort. Descartes était d'avis qu'il ne fallait jamais dire la vérité aux sots. Aussi, quoique persuadé que Galilée disait la vérité, eut-il soin de l'abandonner assez lâchement, ou assez' pjljâlosophiquement, comme vous voudrez, je n'y tiens pas; et cela, pour rester fidèle à la maxime suivante :

— « Pour ce qui est de la théologie, comme une vérité, dit*il, ne peut jamais être contraire à une autre vérité, ce serait une espèce d'impiété d'appréhender que les vérités découvertes en la philosophie fassent contraires à celles de la foi. »

[Lettre au R. P. Dinet.)

— Et, comme la vérité de Galilée, était contraire aux vérités de la foi; vous concevez : que, Galilée devait avoir tort aux yeux de Descartes.

Vous concevez également : que, si Descartes vivait encore, il m'enverrait aux carrières.

Ce qui n'empêche pas : que. Descartes niant : et, le mouvement de la terre; et, l'attraction; et, le vide; ne fût un très-grand homme.

^ Ce qui va suivre, contre la souveraineté du peuple, est, s'il est possible, plus clair encore : que, tout ce qui précède.

— « Quand même^ dit-il, les auteurs seroient francs et clairs et ne nous donneroient jamais le doute pour la vérité, mais exposeroient ce qu'ils savent avec bonne foi ; comme il est à peine une chose avancée par Tun dont on ne puisse trouver le contraire soutenu |f>Ar Tautre, nous serions toujours dans Tincertilude auquel des deux ajoutar foi^ et il ne nous servirait de rien de compter les suffrages pour savoir l'opinion qui a pour elle le plus grand nombre. En effet, s'agit-il d'une question difficile,' il est croyable que la vérité est plutôt do côté du petit nombre

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