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BE LA SOVVBRAIlfETÉ. S87
t&mt 0W9r9 pour lui son sein fertile^ ses vergers abondent en fruits^ la fécondité muUipHe ses trotipeauXj et la mer fbumit à sa table les mets les plus exquis.
a Musée et son fiU enchérissent sur eux^ et promettent aox justes, de la part des dieui, des récompenses encore plus grandes. Ils les conduisent après la mort dans les Champs-Elysées , les font a»eoir à table coaronoés de Aeurs et passer la vie dans les festins : comme si une ivresse éternelle était la plus belle récompense de la vertu f »
— Adimante, interprète de ses deux frères, est peu respectueux envers les dieux d'Athènes. Qu'aurait-îl dit de Téternel jeu de harpe?
— a Selon d^autres, continue Adhnaafe , ces récompenses ne se bernent pemt à leurs personnes. L^homme saint et fidèle à ses serments revit dkns sa postérité, qui se perpétne d'âge en âge. Tds sont les motifs des éloges qu*îls donnent à la justice. Pour les mécbants, et les impies, ils les plongent aui enfers dans ht boue , et les condamnent à porter de l'eoa ifims un criblé* Rs ajoutent que pendant leur rie il n'est point d'affront m de supplices auxquels leurs crimes ne les exposent, et tout ce que Glaneon a dit des justes qui passent pour méchants, ils le disent des mécbants mêmes, et rien de plus ; roîlà le précis de lenrs discours en fiiTear cfe la Tertiu »
— Maintenant, écoutez I et, cet édifice religieux va se trouver renversé, par l'interprète de Platon.
Adimante continue : •
— « Écoute à présent, Socrate , un langage bien différent touchant la justice et finjustice, langage que le peuple et les poètes ont sans cesse à la bouche. Ils disent tous de concert que rien n*est plus beau, ni en même temps plus difficile et plus pénible que la tempérance et ht jnsttce; qu'il n^est au contraire rien de plus doux que Finjustice et le libertinage, rien qnf coûte moins à la nature ; que ces choses ne sont honteuses que dans Vopinion des hommes et parce que la loi l'a voulu ainsi , mais qn^ti n'en est pas de même dans la pratique; que les actions injustes son^ pins utiles que les justes ; que la plupart des hommes sont portés à honorer et à re- ^ftrder conmte heureux fe méchant qui a des riebesses et du crédit , à
mépriser et à fouler aux pieds le juste , s'il est faible et indigent, qooiqu'ils conviennent que le juste est meilleur que le méchant. »
— Et, il y a pour cela une bonne raison : c'est, qu'il est plus facile à exploiter.
Maintenant, écoutez aussi. Platon va vousf enseigner : ce que c'est qu'une souveraineté de droit divin, en présence de l'examen philosophique ; examen qui devient populaire, ainsi que Platon le dit ailleurs : dès, que l'inquisition religieuse cesse d'être dominante.
— « Mais de tous ces discours , les plus étranges, continue Adimante, sont ceux qu'ils tiennent au sujet des dieux et de la Tertu. Ces dieux, disent-ils, n'ont souvent pour les hommes vertueux que des maux et des disgrâces , tandis quMls comblent les méchants de prospérité. De leur côté, les sacrificateurs et les devins, obsédant les maisons des riches, leur persuadent que s'ils ont commis quelque péché, eux ou leurs ancêtres, ce péché peut être expié par des sacrifices et des enchantements , par des fêtes et des jeux, en vertu du pouvoir que les dieux ont donné aux ministres de la religion. Que si quelqu'un a un ennemi auquel il veut nuire, homme de bien ou méchant , peu importe, il peut à peu de frais lui faire du mal ; qu'ils ont certains secrets pour lier le pouvoir des dieux et en disposer à leur gré. Us confirment tout cela par l'autorité des poètes. . .»
— Vous savez : que, poète et prophète : c'est tout un.
— « Pour prouver, continne-t-il, combien il est aisé d'être méchant, ils citent ces vers d'Hésiode :
« Si grande que soit la foule, on peut marcher à l'aise dans le chemin du vice; la voie est i«nt>, eUe est près de chcicun de nous; au contraire, les dieux ont placé devant la vertu les travaux et les sueurs, et le sentier qui y conduit est long et escèmpë,
« Et pour montrer qu'il eti facile d'apaiser les dieux, ils allèguent ces vers d'Homère :
<x Les difux mêmes se laissent fléchir, et quand on a trasngressé leurs lois, on peut les apaiser par des libations et des sacrifices.
ce Quant aux rites des sacrifices , ils produisent une foule de livret »
composés par Musée et par Orphée , qu'ils font descendre celui-ci d^une muse, celui-là de la lune. Ils font accroire. . . »
— Je répéterai mille fois : que, Platon institue une inquisition pour faire accepter, comme vrai^ ce que le législateur fait accroire; et, qu'il affirme : que, sans inquisition, toute société est impossible.
•— <( Ils font accroire , non-seulement à des particuliers^ mais à dos villes entières , qu'au moyen de victimes et de jeux on peut expier les péchés des vivants et des morts ; ils appellent télètes les sacrifices institués pour délivrer les maux de Tautre vie, et ils prétendent que ceux qui négligent de sacrifier doivent s* attendre aux plus grands tourments dans les enfers.
A Or, quelle impression , mon cher Socrate, doivent faire de pareils discours touchant la nature du vice et de la vertu, et Tidée qu'en ont les dieux et les hommes, sur Tâme d'un jeune homme doué d'un beau naturel et d^UN ESPRIT CAPABLE DE TIRER DES CONSÉQUENCES de tOUt CO qu'il
entend par rapport à ce qui doit être , et au genre de vie qu'il doit embrasser pour être heureux ? »
— Maintenant, écoutez! génération de jeunes journalistes, qui écrivez en 1857 ; et, qui ne craignez point d'affirmer : que, la sanction religieuse, socialement acceptée comme vraie, n'est point nécessaire à l'existence sociale ! Écoutez Platon ; et, avec lui tout ce qu'il y a eu d'illustre et d'instruit, ensemble que vous voulez soumettre à vos décisions imberbes ; et cela, sans donner aucune raison, qui puisse soutenir l'examen !
-— « N'est-il pas vraisemblable^ continue Platon , s'exprimant par la bouche de son frère, qu'il se dira à lui-même avec Pindare... )>
— La citation de Pindare servira d'épigraphe à notre prochain chapitre.
fWi DE LA SOUVBIUINÉTÉ.
«< Monterai-je a?ec effort vers le palais qu'habite la justice, ou marcberai-je dans le sentier de la fraude oblique? Quel guide prendrai-je pour assurer le bonheur de ma vie ? »
P1NDA.RE, Fragments de Simonide,
— Platon suppose : que ce qui va suivre existe dans la pensée, d'un jeune homme, doué d'un beau naturel, ayant un esprit capable de tirer des conséquences de tout ce qu'il entend, par rapport à ce qu'il doit être, et au genre de vie qu'il doit embrasser pour être heureux : dès qu'il peut examiner ; et, qu'il se trouve en présence : soit de la souveraineté de droit divin; soit de la souveraineté du peuple ; c'est-à-dire : dès qu'il se trouve en présence ; soit d'une foi religieuse; soit, d'une foi irréligieuse.
— a Tout ce que j'entends donne à connaître : qu'il ne me servira de rien d*ètre juste, si je n'en ai la réputation ; que la vertu n'a qae des travaux et des peines à m' offrir. On m'assure^ au contraire , du sort le plus heureux, si je sais allier l'injustice avec la réputation d'honnête homme. Je dois m'en rapporter aux sages ; et puisqu'ils disent que l'appareuce de la veriu peut contribuer- davantage à mon bonheur que la réalité, je vais me tourner tout entier de ce côté; jb mb ferai une enveloppe ET COMME UNE ENCEINTE DE L'OMBRE ET DES DEHORS DE LA VERTU, je
traînerai après moi le renard rusé et trompeur d'Archiloque. Si l'on me dit qu'il est difficile au méchant de se cacher longtemps, je répondrai que toutes les grandes entreprises ont leur difficulté, et que , quoi qu'il en puisse arriver, si je veux être heureux je n^ai point d'autre route a suivre
DE LA SOUVERAlNËtÉ. 291
qtt« Celle qiii m' ett tracée par les discours que j'entends. Au reste, pour échapper anx poursuites des hommes, j'aurai des amis et des complices. 11 est des maîtres qui m'apprendront Tart de séduire par des discours artificieux le peuple et les juges. J^empl(fierai donc l'éloquence, et quand elle me manquera, j'échapperai par la force au cbÂtiment de met cHmes.
« Mais la force et l'artifice ne peuvent rien contre les dieut? S'il n'y en a point , ou s'ils ne se mêlent point des choses d'ici-bas, peu m'importe qu'ils me connaissent ou non pour ce que je suis. S'il y en a et s'ils prennent part aux affaires des hommes, je ne le sais qde par ouï- DiRB, et par les poètes qui en ont fait la généalogie. Or, ces mêmes poètes m^a()prennent qu'on peut les fléchir et détourner leur colère par des sa^ orifices, des vœux et des offrandes. Il faut les croire en tout^ ou ne les croire en rien (i) ; et s'il faut les en croire, je serai scélérat, et, du fruit éê mefe crimes^ je ferai aux dieux des sacrifices. Il est vrai qu'étant Jusle* je n'aurais rien à craindre de leur part, mais aussi je perdrais les avantages attachés à rinjusti ce; au lieu que je gagne sûrement à être injuste, et que je n'ai d'ailleurs rien à craindre /les dieux si je joins à mes crimes des vœux et des prières. Mais je serai puni aux enfers dans ma personne ou dans celle de mes descendants, pour le mal que j'aurai fait sur la terre. Oa répond à cela qu'il est des dieux que l'on invoque pour les morts^ et des sacrifices particuliers qui ont un grand pouvoir, a ce que disent des yilles entières, et les poètes enfants des dieux, et les prophètes inspirés. Pour quelle raison m'attacherais -je donc encore à la justice plutôt qu'à l'injustice, puisque, selon le sentiment des sages comme du peuple, tout me réussira auprès des dieux et des hommes pendant la vie et après ma morty POURVU que je trouve aux cbimes les apparences de la vertu?
« Après tout ce que je viens de dire, comment se peut-il faire, Socrate, qu'un homme qui a de la naissance, des talents , de grands hiens, à qui la fortune rit, embrasse le parti de la justice, et qu'il ne se moque pas
(1) « La fin de l'homme et des animaux est la même, et leur condition est égale. Comme l'homme meurt, ainsi meurent les animaux. Tous les êtres respirent par le même mode, et Thomine n'a rien de plus que l'animal. Tout est vanité. Tout va en un même lieu. Tout est fait de la terre et ret3urne à la terre. Qui sait si le souffle (l'esprit) des fils d'Adam monte en haut et «i le souffle des animaux descend en bas P J'ai donc compris qu'il n'y a rien de mieux pour l'homme que de se plaire dans son œuvre, et que c'est là sa part de bonheur ; car qui le ramènera pour jouir de ce qui sera après lui. >
Mcdésioête, ch. m, traduct. de Yatable et de Robert Etienne.
— En voici une autre :
— « Et cognovi quod non esset melius nisi Istari et faoere bene in
VitÀ saa. »
£ccles,, ch. V, 12.
des éloges qu'on lui donnera en »a présence? Je dis plus : quand qvel^ qu'un serait persuadé que ce que je dis est faux, et que la justice est le plus grand dé tous les biens, loin de s'emporter contre ceux qu*U yerrak engagés dans le parti contraire, il ne pourrait s'empêcher de les excuser; parce qu'il sait qu'à l'exception de ceux à qui Texcellence de leur caractère inspire une horreur naturelle pour le vice, ou qui s'en abstiennent par«e qu'ils en connaissent la laideur (1), personne n'aime la vertu pour eUe-^ même »
— Remarquez, je vous prie : qu'aimer la vERTty c'est-à-dire le sacrifice ; c'est-à-dire ce qui vous fail mal ; pour elle-même ; c'est, aimer le mal pour le iwa/; Ceci n'est point un sophisme, c'est clair et incontestable : comme un est un .
Je reprends :
•^ « ...personne n'aime la vertu pour elle-même; et que si qmrqti'iiti blâme Tinjustice, c'est que la lâcheté, la vieillesse, ou quelque autrt infirmité, le mettent dans l'impuissance de mal faire. En voici la preuvie r c^est qu'entre les gens qui sont dans ce cas, le premier qui reçoit le- pouvoir de faire mal est le premier à en user, autant qu'il dépend de luf.
et La cause de tout cela est précisément fe qui nous a engagés, Ghnefiû et moi, dans la discussion présente : je veux dire qu'à commencer par llti anciens héros, dont les discours sont conservés jusqu'à nous dans* IK mémoire des hommes, tous ceux qui se sont portés comme toi pour les* défenseurs de la justice n'ont loué la Terlu qu'en vue des honneurs ef^ des récompenses qui y sont attachés, et n'ont blâmé dans le vice que lesP châtiments qui le suivent. )>
— Remarquez encore, je vous prie : qu'en VsJb^ sence de sanction religieuse, pouvant résister à Vexaû^ men; cette assertion de Platon, est de la plus iacooi* testable vérité.
-*- « Personne^ continue Âdimante, en considérant la jniCictf' et flf-
(i) Nouvelle précaution contre le procureur de la républiitiu^ ë'Atbèiies.
jostice telles qu^elles sont en elles-mêmes, et dans l'àme du Yertuenx, iGHomÊBS DES DiBDX ET DES HOMMES, n'a encore prouvé, ni en vers ni en prose, que Vinjusdce est le plus grand mal de Tàme et la justice son plus grand bien. Car si vous vous éiiex accobdés dés le commencement à Unir ce langage^ et que dès l'enfance on nous eût inculqué cette vérité, au li€U d'être en garde contre Vinjustice d''autrui, chacun de nous se» raii tn garde contre la sienne, ou craindrait de lui donner entrée dam itpa àmcy comme au plus grand des mttux, n
— Ce passage est admirable; et, fera plus, vis-à- 'vis de la postérité, pour l'honneur de Platon ; que, toutes les billevesées qui lui ont fait donner Tépithète de divin- Mais, cet ACCORD peut seulement exister : en époque de connaissance sur la réalité du droit. Auparavant, quelque précaution que vous preniez, pour inculquer ces principes par Téducation; Texamen, l'instruction , essentiellement destructive en époque d'ignorance, vient détruire, en un instant, ce que vous avez eu tant de peine à établir : par l'éducation. Mais, en époque de connaissance ; ce que l'éducation mculque, l'instruction le démontre. Et alors : au lieu, d'être en garde contre l'injustice d'autrui ; chacun de nous, se met en garde contre la sienne ; et, craint de lui donner accès dans son âme : comme, au plus grand des maux. Jusq::e-là, la vertu reste : la plus insigne des foUes.
Laissons continuer Adimante.
— a Thrasymaque, dit-il, ou quelque autre, en aurait saus doute pu dire autant que moi sur ce sujet, et'même davantage, confondant en aveugle, ce me semble, la nature de la justice et de Tinjustice. Pour moi je ne cacherai pas que ce qui m^a porté à le faire au long ces objec* tiens, c^esi le désir d^entendre ce que tu y répondras. Ne te borne
294 DK LÀ SOUYERAINETÉ.
àwQ pas à BOUS montrer que la justice est préférable à Tinjuatice; expliquef*nous les effets qu'elles produisent Tune et Tai^tre par elles-mêmes jaus r^me/et qui font .que Tune est un bien et l'autre un mal. N'aie aafLUfi égard ni à l'apparence pi à l'opinion, comme Glaucon te Ta recomm^uadé; car si tu ne vas pas jusqu'à écarter absolument l'opinion ^ra^e, et même jusqu'à admettre la fausse, nous dirons que tu ne loues point la justice, mais l'apparence de la justice ; que tu ne blâmas au»si dans le vice que les apparences ; que tu nous conseilles d'être méchants, pounru que ce soit en secret, et que tu conviens avec Tbrasymaque que la justice n'est utile qu'au plus fort et non à celui qui la possède; que, au extraire, Tinjustice, utile et avantageuse à elle-même, n'est nuisible qu'au plus faible.
u Puis donc que tu es convenu que la justice est un de ces biens excelletis qu'on doit rechercher pour leurs avantages, et encore plus pour eux-mêmes »
— Nous avons fait voir : que, la vertu, pour la vertu, est une sottise. Faisons voir : que, la justice, pour la justice, est une logomachie, ou mieux un galimatias : quand, V expression justice n*est point parfaitement déterminée.
Le mot justice a : pour équivalent, le mot raison; et, pour expression, le mot droit. Ce qui est juste est ce qui est raisonnable j et, ce qui doit être compris par ce qui est juste^, ce qui est raisonnable ^ se nomme droit. Mais, le mot droit est lui-même : une expression ayant une valeur complexe ; il signifie : et la règle ; et sa sanction : laquelle, pour être autre que la force, doit être inévitable par la force, par le temps, c'est-à-. dire : être religieuse ; être éternelle. Donc, quand le mot justice., ayant pour expression le mot droite, ne comprendra point la sanction ; Ic^ fv^tiçe^ pour la justice^ sera^ une véritable sottise. Mais , quand les mots justice et droit comprendront : la sanction religîieUsf} rationnelle^'
DE LA SOUYERAINÉTÉ. 29{(
lOf justice^ pour la justice^ aura une valeur : également