MENT
— « Votre position, continue M. Enfantin en s* adressant aux excellents bourgeois, votre position, dit-il, vous oblige à témoigner même plus de zèle, plus d'activité pour atteindre ce but , que si tous étiez journaliers vous-mêmes et non journaustes. »
— J'accorde : parce que, les bourgeois ont tout à perdre ; et, les journaliers rien. Mais, il ne suffit pas de dire aux gens : vous êtes malades; guérissez-vous; il faudrait encore, et surtout quand on est médecin, leur dire : vous êtes malades de telle maladie; en voilà le remède; prenez-le, il est bon ; et, je le prouve.
— « Les prolétaires, continue M. Enfantin, ne ponrraient-ils pas dire au contraire, de leur côté :
« Jusques à quand les bourgeois croiront-ils qu'avec des baïonnettes et A la prison^ ils parviendront à étouffer nos plaintes et nos réclamations? »
« D'ailleurs , ne savent-ils pas que vous-mêmes bourgeois , vous tiers état, c'est par la révolte, la grande émeute, le bouleversement d'un autel, d'un trône, par une révolution, que vous avez forcé vos maîtres à
écouter yos remontrances ? Plus éclairés que ne l'étaient la noblesse et le clergé , profitez donc de Texpérience , et ne pousses plus le tiers état actuel à vous détrôner. »
{Id., ibid,)
— Eh bien ! quand , les prolétaires auront fait une révolution ; quand , ils auront tout pris aux bourgeois ; y aurat-il rien de changé? Absolument rien. Pierre, qui était prolétaire, sera devenu bourgeois; et Paul, qui était bourgeois , sera devenu prolétaire. Et, ce sera : à recommencer, le lendemain. Avant la révolution de 1789; les bourgeois savaient : que, la domination du clergé et de la noblesse était l'expression essentielle de la souveraineté de droit divin ; et , qu'en obtenant la prétendue liberté religieuse et Tabolition de la primogéniture au sein des familles nobles : la souveraineté de droit divin serait anéantie; la souveraineté du peuple établie ; et , par conséquent , la domination bourgeoise. Les bourgeois surent rendre les prolétaires les défenseurs de cette révolution , qui ne pouvait que les rendre infiniment plus malheureux ; et, la prétendue liberté religieuse, ainsi que Fabolition de la primogéniture, au sein des familles nobles, furentMécrétées. Mais, il n'en est pas de même pour l'anéantissement de la domination bourgeoise. Personne ne se doute encore : que, l'anéantissement de la bourgeoisie dépend : de l'anéantissement de la souveraineté du peuple ; par, llntronisation de la souveraineté rationnelle. Et, les bourgeois profitent de cette ignorance des moyens d'anéantir la bourgeoisie ; pour affirmer : que, le bourgeoisisme , et la souveraineté du peuple, sont : le nec plus ultra de la perfection sociale. Et, cependant, la souveraineté du peuple et le bourgeoisisme conduisent à la mort de l'ordre, vie sociale. Dans ce cas, que faire ."^ Attendre ; et laisser passer : la justice de Dieu. Il est insensé, de vouloir raisonner ; avec des gens : qui, ne veulent pas raisonner.
-— 4L Depuis, dit encore M« Eniantin, que la France a rejeté la loi de son passé, toute Thumanité s'agite et cherche une nouvdl» loi de sa destinée. •
— La loi , da passé de la France , était la souverainetc de droit divin ; la loi actuelle , de la France , est la souveraineté du peuple. La France et toute Thumanité , dit M. Enfantin , s'agitent pour trouver une nouvelle loi de leur destinée. C'est dire, implicitement^ il est vrai : que , Thumanité tout entière , veut se placer : sous la souveraineté de la raison ; car, il n'existe pas de quatrième loi de l'humanité, qui soit possible. Il eût mieux valu le dire : explicitement; et, surtout exposer : comment, il était possible : d'introniser la souveraineté de la raison. C'est, ce que j'ai fait; et très-inutilement pour Vactu^lité. C'est, une proposition que j'ai prouvée, à satiété, à la fin de mon cinquième volume de la Science sociale.
-—«Qu'est-ce donc, dit encore M. Enfantin, qu'est-ce que notre grande révolution? Seulement le premier acte d'un drame humanitaire; maintenant, tous les acteurs ont paru sur la scène ; le dénoùment apprache, et il sera bien plus grand encore que la fin de Pempire romain cl que la naissance des sociétés chrétiennes et musulmanes. »
{Id., ibid.)
— La fin , de l'empire romain , est un événement politique; ce n'est point un événement social. La naissance des sociétés chrétiennes et musulmanes sont : des transitions, d'une espèce d'anthropomorphisme à une autre, continuation de souveraineté de droit divin. Notre grande révolution est l'établissement, comme nécessité sociale, de la souveraineté du peuple, source d'anarchie; comme, la souveraineté de droit divin est la source du despotisme. Le dénoùment sera : l'établissement de la souveraineté rationnelle, anéantissant les souverainetés du despotisme et deFanarebie. C'est clair, précis, évident et incontestable. Mais , encore , il fallait le dire.
— « Nous avoui détraît le passé, dit encore M. Enfantin ; il nous faut construire Fayenir. »
(/d., ibid.)
— Très-bien ! Le passé était la souveraineté de droit divin ; le présent , dont vous ne voulez plus , est la souve^ raineté du peuple ; la construction de l'avenir est donc l'iatronisation de la souveraineté rationnelle ; car, il n'existe pas d*autre souveraineté; et M. Enfantin est trop intelligent, pour vouloir, comme M. Proudhon le veut quand il est malade ; Tanéantissement de toute souveraineté.
— «i Pour passer, dit encore M. Enfantin, du régime ancien à celui de Tavenir; pour reconstituer la société^ il fallut sans doute consacrer un certain temps à Tanabchie ; ,mais il faut aujourd'hui mettre de ToRDaB dans cette ANARCBU, et c'est la mission de qui prétend gouverner, d
(Id., md.)
— Ce n'est jamais la mission , d'un individu , de reconstituer la société. Cette reconstitution dérive toujours : de la nécessité sociale. Certes, des individus peuvent dire : comment, il est possible d'arriver à la reconstitution sociale. Par exemple, j'ai prouvé, scientifiquement : comment, il est possible d'introniser la souveraineté de la raison. Mais, toute cette démonstration, quoique incontestablement scientifique , ne serait absolument rien ; si , la nécessité sociale ne lui venait en aide. La nécessité est la trique humanitaire ; et, SOCIALEMENT , l'iguorauce ne se guérit : qu a coups de triques. Avec llgnorance , vous feriez, socialement, de la raison pendant six mille siècles ; et ^ cela ne serait pas plus utile : qu'un cautère sur une jambe de bois.
— « Nous ne sommes en France, dit encore M. EniSuitin , ni des réformateurs ni des réformés; nous aimons les habits neufs, et au moindre trou, nous ne voulons pas recoudre ; la réforme électorale me paraît donc synonyme de mise au rebut du système parlementaire. »
(rd.yibîd:)
528 DE LA ftOUVERAlMETÉ.
— Entendons-nous ! f .e système parlementaire a exclusi- Tement pour base la souveraineté du peuple. C'est , un des vieux habits de la société ; qui, a encore un autre vieil habit, que TOUS dites également usé : la souveraineté de droit divin. Vous voulez un habit neuf. Mais, il n'y en a pas; exclusivement pas ; pour, toute l'époque d'ignorance sociale qui dure encore. Cet habit neuf, que vous désirez, est : la souveraineté de la raison. Mais, cet habit : non-seulement vous en niez l'étoffe ; mais , vous en niez encore la façon.
— « Sous Tempire, dil encoVe M. Enfantin , les liommes forts étaient maréchaux, militaires ; pendant la restauration, les hommes forts étaient jésuites ou journalistes ; aujourd'hui , les hommes vraiment forts sont je
NE SAIS QUOI et JE NE SAIS OU ; ils sont INCONIfUS. »
— Voilà , un signalement très-peu capable de les faire reconnaître. Ces hommes forts seronMls : les plus habiles, à jouer de la trique? A ceux-ci , M. Enfantin va leur dire : leur bonne aventure.
— a Et demain, dit-il, ceux qui passent pour forts aujourd'hui ne seront rien du tout. Les ministres futurs auront pour première tâche d*employer des hoomies vraiment forts, et non des bavards , des Robert Macairc. »
— Mais ; Monsieur, si , pour vous , qui avez passé votre vie à chercher la distinction : entre les hommes vraiment forts ; et , ceux , qui ne font que le paraître ; si , pour vous, dis-je, les hommes forts sont, néanmoins, des je ne sais QUOI, demeurant je ne sais ou; comment, voulez-vous : que, les ministres futurs puissent les distinguer et les employer? Tant, que vous n'aurez pas de critérium incontestable^ pour distinguer la vraie force delà fausse ; la raison réelle de la raison fausse ; il y a mille contre un à parier : que, les bavards et les Robert Macaire paraîtront toujours : ce , qu'il y aura de plus fort.
— • « Fonder, dit encore M. Enfantin, fonder son espoir sur la tribune,
DE Là SOUVERAINETÉ. 5S9
comme les Gaizot et les Thiers ; sur Louis-Philippe , comme les ventrus ; sur la presse, comme les Garnier-Pagès ; sur Henri V, comme les ultras^ c'est s'appujer sur des planches usées, brisées ou même pourries. »
(/d., ibid.)
— ^J'en suis persuadé : parce que, tout cela représente : et, la souveraineté de droit divin ; et, la souveraineté du peuple. Mais, il n'y a encore de possible : que, ces deux souverainetés ; et, aucune autre n'est possible : tant , que l'ignorance sociale , sur la réalité du droit, n'est point anéantie. Anéantissez donc cette ignorance ; sinon : nous restons sur des planches pourries ; et , nous allons être précipités : au bord de l'abîme.
— « Napoléon, en partant, dit encore IMI. Enfantin , a enlevé tout à £ut le Telours qui recouvrait le trône ; Louis XVIIl y a mis un velours en coton troué par Charles X ; Louis-Philipppe n*y a même pas posé une indienne : re qui fait que le trône est réduit aux planches dont a parlé l'empereur. »
{Id., ibid.)
— Sur ces planches, intronisez la raison souveraine ; et, le trône fera le bonheur de tous; et , en première ligne, celui du chef du pouvoir exécutif.
•— « Le parlementarisme , dit encore M. Enfantin , finira avec Louis- Philippe, qui vivra autant que cet éclectisme politique , dont il est le véritable représentant, »
(/d.^ ibid.)
— Le parlementarisme vit autant que la souveraineté du peuple ; et, la souveraineté du peuple autant que le parlementarisme. Les deux, nécessairement, meurent simultanément ; et , ne peuvent mourir que simultanément : tués, par l'intronisation de la raison , comme souveraine.
— « Michel Chevalier, ajoute M. Enfantin , disait dernièrement à d'Ëichtal : la France actuelle est ingouvernable; et celui-ci répondait : ingouvernable comme on veut la gouverner actuellement. D'Ëichtal avait raison : la France est ingouvernable parlementairement, »
(/d., ibid.)