‹ De la souverainetéChapitre 46 sur 52 · II · texte numérisé non relu

II

—Cette réponse, de M. d'Ëichtal, donne complètement raison à M. Michel Chevalier; parce que : le parlementarisme, ou le représentatifs ou la souveraineté du peuple, est seul possible : en présence de Fexamen ; et , de l'ignorance sociale. M. Enfantin aime les papautés; et, il ne remarque pas : qu'un pape est toujours le représentant d'une souveraineté : de la souveraineté de la force masquée de sophisme , tant que le droit divin peut régner ; de la souveraineté de la force brutale, quand la souveraineté de droit divin se trouve impuissante devant l'examen. Un pape , représentant de la souveraineté de droit divin , reste stable, sur le trône de la foi : tant, que celle-ci peut régner. Un pape, représentant de la souveraineté du peuple, représentant de la force brutale, est instable : comme, l'opinion qui lui sert de trône.

— « Le sentiment de dégoût du parlementarisme^ continue M. Enfantin, fait tous les jours d'énormes progrès dans les rangs des hommes yraimeut supérieurs. »

(/d., ibid.)

— 11 ne faut pas être infiniment supérieur, pour concevoir : que , le règne de la force brutale , est le plus déplorable de tous les règnes. Mais, il faut plus de supériorité, pour concevoir : ce, qui peut être mis à la place de la force brutale; en présence : de l'incompressibilité de l'examen; et , de l'ignorance sociale sur la réalité du droit. 11 ne faut pas, non plus, être très-supérieur pour concevoir : que, l'anthropomorphisme est absurde ; et , que son règne conduit à l'anarchie, en présence de Tincompressibilité de l'examen ; mais , il faut plus de supériorité pour concevoir : ce , qui peut être mis en place de l'anthropomorphisme ; en présence : de l'incompressibilité de Texamen; et, de l'ignorance sociale sur la réalité du droit. Le fait est : qu'en présence de l'incompressibilité de l'examen ; et , de l'ignorance sociale sur ta réalité du droit ; rien de bon ne peut être mis :

DB LA SOUVBRÀINBTÉ. 531

ni , en place de la force brutale ; ni , en place de Tanthropo* morphisme. Et , voilà pourquoi : la force brutale et Tanthropomorphisme durent encore. C*est, que les deux ne peuvent disparaître : que , par Tintronisation de la raison comme souveraine.

— « Ce progrès, continue M. Enfantin, doit engendrer prochainement le besoin de s'unir, pour prévoir et préparer les moyens de sortir de cet état contre nature de fièvre perpétuelle. »

— Pour $'unir, dit M. Enfantin, et M. Enfantin ne re* marque pas : que, Vunion n'est possible : que, sous une idée commune ; et, que pour tout ce qui concerne Tordre moral, une idée commune, ne fût-ce que sur la nomination d'un garde champêtre, est absolument impossible : en présence, de l'incompressibilité de Texamen ; et, de Tignorance sociale, sur la réalité du droit. Alors, en fait d*idées communes, il n'y en a de possibles : que, des négatives ; et, en fait d'idées négatives et utiles alors, il n'y a de possible : que, la négation des deux seules souverainetés possibles alors ; la négation de possibilité d'exister, socialement^ sans souveraineté; et l'aveu de son ignorance, ce qui est une négation de science, sur les moyens d'établir une troisième souveraineté. Je doute : que, M. Enfantin veuille s'unir : sous, la communauté de ces idées; et, si M. Enfantin s'y refuse; que fera l'immensité du troupeau de Panurge, qui n'est pas même digne : d'avoir, M. Enfantin pour pasteur?

— « On n'ose pas encore, continue M. Enfantin^ avouer ce dégoût ; on s^en fait confidence à voix basse. »

— J'en ai dit les raisons : on n'ose pas avouer son ignorance sur les moyens de substituer une souveraineté d'ordre, à la souveraineté de la force brutale, anarchique par essence.

— « Et, continue M. Enfantin^ tant qu'on n'aura pas, sous ce rapport, le courage de son opinion , comme on dit , il sera difficile que les confidences mystérieuses produisent quelque chose de bon. »

— C'est vrai ; mais, l'aveu, hautement et généralement fait : que, la souveraineté du peuple est moralement impuissante, pour servir de base à l'existence de Tordre, serait également dangereuse ; avant, d'avoir reconnu : que, la souveraineté de la raison, rendue scientifiquement incontestable yis-à-vis de tous et de chacun, peut seule être substituée utilement : à la souveraineté du peuple.

— « J*admets, dit encore M. Enfantin, qu'il y ait, en ce moment, une belle théorie à prêcher, et que cette théorie ne procure à ses prédicateurs que de Teau bourbeuse et saumâtre, comme celle des puits du désert de Suez; TOUS conviendrez que pour ceux qui n*ont jamais eu Thonneur de suivre Napoléon en Italie, en Egypte, en Russie, et qui, depuis vingt-cinq dn8,u*ontpas eu une seule occasion de risquer un cheveu de leur tète et un écu de leur poche pour la patbie ; vous conviendrez, dis-je, que ce serait une belle occasion à saisir pour s'écrier : Et moi aussi je suis un brave t »

— Être brave ! se faire tuer ! Et, pourquoi donc ? quand, il y a plus de profit à être lâche.

— <c Beaucoup d'hommes aujourd'hui , continue M. Enfantin , disent plus ou moins chaudement : Nous sommes dans une époque d'égoïsme ; il n*y a plus de forte croyance, chacun ne songe qu'à soi ; plus de devoir, plus de dévouement, etc. »

— Sous la souveraineté du peuple, négation de droit, de devoir, de rationalité , de dévouement, quiconque pense à autrui; quiconque, ne pense point exclusivement à luimême; est un sot. Et , comme Tessence de l'homme est de raisonner; personne, ne veut être sot.

— dc G*est très beau à dire, sans doute, continue M. Enfantin; mais, si Ton reste soi-même sans foi, sans croyance, sans règle de devoir, sans dévouement et craignant de boire de Teau, on ne traversera ni Arcole ni Lodi, on ne montera pas aux Pyramides, on ne sera pas maréch.il de la

France nouvelle, on passera vite à l'oubli, comme Tillustre Lamourette, ou tout au plus comme le sénateur Cochon, comte de TApparent. »

— Sous, la souveraineté du peuple; ceux qui raisonnent ne peuvent avoir de foi ; ne peuvent avoir de règle de devoir : que, pour leur propre intérêt relatif à cette vie; ils ne veulent : ni boire de Feau bourbeuse; ni, traverser Arcole ou Lodi; ni, monter aux Pyramides; ils se moquent de passer à l'oubU, comme Lamourette ; ils veulent de l'argent. Pour eux, de l'argent : c'est, Dieu; c'est, TOUT. Tout ce qui est sert à faire de Targent ; et, M. Enfantin a dit: Dieu est tout ce qui est.

— ft Les hommes, continue M. Enfantin, qui donnent encore force au parlementarisme, quand ils ont la conviction qu^il est pourri, retardent ainsi la naissance de Tordre qui doit succéder au désordre actuel. »

— Mais, Monsieur, Tordre, dont vous pressentez la nécessité, ne s'établit point, sans que l'homme y mette la maiq. Il n'y a, qu'au sein de l'ordre physique; où, Tordre est indépendant de l'humanité. Ëh bien ! si , vous ne savez ce qui doit succéder au parlementarisme, à la souveraineté du peuple : comment voulez-vous : que, Tordre s'établisse ?

— « Quand ^ continue M. Enfantin, on a valet et cuisine , argent en poche et croix à la poitrine , pied au conseil et main à la pâte, la peur de perdre ses places, son argent et son valet de chamhre est mille fois pire que la peur des balles. »

— Et, c'est pour cela i que, Ton soutient le parlementarisme, ou la souveraineté de la force brutale; espérant : que, cette force garantira de l'anarchie : au moins, pendant sa propre existence, et.... après soi, le déluge. Aprèa soi, on s'en moque. Sous la souveraineté du peuple ; et, tant que vous n'avez pas un remède au mal; il est impossible : de mieux raisonner.

— - « Le présent , dit M. Enfantin, est encore ftm âToetts et ani jonrnalistes, mais certainement l'avenir n'est pas à eux. «

-*- Le présent n'a jamais été et ne sera jamais : aux avocats et aux journalistes; c'est-à-dire : aux bavards; puisque : en présence de Tignorance sociale sur la réalité du droit, il ne peut y avoir : que, du bavardage, recouvrant plus ou moins les passions. Depuis, que le monde est monde, le présent a toujours appartenu à la force : soit, masquée de sophisme ; soit brutale, dès, que le sophisme ne peut plus se faire accepter comme vérité. Et, dès que l'examen est devenu incompressible, le présent appartient éternellement à la force brutale : tant , que la nécessité sociale ne vient point rendre la souveraineté de la raison : la condition I sine qua non, d existence humanitaire.

— « Qaicon(pie, dit encore M. Enfantin^ n'englobe point la Chine dans ses rêves de politique universelle, ne peut voir clair dans la tendance actnelle des sociétés humaines. »

— Et, sans aucun doute, il ne peut voir plus clair dans la tendance actuelle des sociétés de chiens. Je demande pardon de l'observation à M. Enfantin; mais, j'ai une profonde horreur pour le panthéisme, base de la souveraineté du peuple, source de toute anarchie possible.

Le passage que nous venons de citer, indique : que, M. Enfantin reconnaît la nécessité : d'anéantir les nationalités; pour, que Tordre puisse exister désormais. C'est, une profonde vérité. Mais, ranéantisseraent des nationalités est la plus sotte des utopies ; tant , que la souveraineté de la force brutale n'est point anéantie.

Le régime représentatif, représente nécessairement la souveraineté du peuple : que, cette représentation soit aux mains : de tous; de quelques-uns; ou, d'un seul.Voyons, ce que pense M. Enfantin : du régime représentatif; c està-dire : de la souveraineté du peuple.

DE LÀ SOUYERàlNCTÉ. 5SS

-^ « Le régime représentatif est , dit-il , essentidlement à rel>ours du bon sens. Sous ce régime , les gouvernements sont donc obligés de régner en trompant, et Toilà pourquoi la mérité du gouvernement j^tfriementaire est une utopie, un non-sens^ nn contre-sens. »

«**- S'il est possible d'être plus oiq[)a8é à la soaYer&ineté du peuple que ne Test M. Enfantin, j'irai le dire à Rome. Mais, à quoi sert d'être opposé à une nécessité sociale; tant 9 que tous ne pouvez rendre cette nécessité impui»* santé? Et, la souveraineté du peuple reste nécessairement nécessité sociale ; tant, que la souveraineté de la raison n'est point démontrée possible. Jusque-là, toutes les criailleries imaginables contre la souveraineté du peuple , ne font : que, faire enfoncer, et de plus en plus, le char social : dans les boues de Tanarchie.

Ce que nous venons de citer de M. Enfantin , comme ayant été dit en 1849, avait déjà été dit plus brièvement en 1831.

Voici, comment s'exprimait Le Globe, journal de la religion saint-simonienne , le 1 4 octobre de cette année :

— « n est impossible de gouverner avec le principe de la souveraineté populaire pris au sérieux. Il est plus impossible encore de reprendre le principe de la vieille légitimité et du droit divin de la naissance. Un autre principe est indispensable. »

— n eût été beaucoup plus clair de dire : la souveraineté de la raison est devenue indispensable. Car, une souveraineté est absolument nécessaire à Fexistence humanitaire. Et, il n'y a de possible : que, la souveraineté de la force , masquée de sophismes ; la souveraineté de la force brutale; et, la souveraineté de la raison : non plus basée sur des sophismes; mais, rendue scientifiquement incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun. Or, les deux premières souverainetés sont devenues impuissantes. Donc, la troisième est absolument nécessaire.

M. Enfantin disait encore, le 20 avril 1832 :

530 Dl LA SOOYERAlMBTi.

— « Le gouvernement pariementaûre et son mysticitme boorgeois le menrent.

« La république et son anarchie populaire ne peuvent naître.

« La légitimité et ses privilégiés de château ne ressusciteront pas. »

— C'est, encore donner : la souveraineté de la raison, comme nécessité sociale de Tépoqae. Mais , et je le répète, à quoi sert , de donner une chose comme nécessaire ; si , on n'explique en même temps : comment, elle est possible?

Concluons ! MM. Micliel Chevalier et Enfantin» les deux hommes les plus instruits en fait d'organisation sociale, sont paiement opposés à la souveraineté du peuple ; souveraineté , que tous les deux considèrent paiement : comme, source de toute anarchie possible.

DE LA SOOVEIUINETi. 537

«( L'attraction passionnée est l'impulsiov don» née par la hatuae antérieurement à la réflexion,

et PERSISTANTE MALGRE l'OPPOSITION DE JJl RAI- SON, DU DEVOIR, etC. »

FouRiER, Nouv, monde industr., p. 57.

L'attraction passionnée est la base de Torganisation sociale dite fouriériste.

£t , comme une société ne peut exister sans une règle quelconque ; je ne parle même pas de la sanction ; il s'ensuit : que j c'est l'attraction passionnée , qui donne la règle des actions sociales ; la règle des actions individuelles étant exclusivement : l'impulsion des passions, la résultante des passions de chaque individu, malgré l'opposition : de la raison et du devoir.

La base de la règle des actions sociales, pour les fouriéristes, est donc : la souveraineté des individus, malgré toute opposition de la raison, du devoir, etc. C'est, la souveraineté du peuple ; mais , dans ce qu'elle a de plus révoltant, de plus anarcbique. La souveraineté du peuple, proclamée par les différentes constitutions, est la souveraineté des majorités, sous la supposition : que, les minorités cèdent volontairement, raisonnablement aux majorités ; la raison étant toujours du côté des majorités. Ici, il y a au moins une ombre de raison; un hommage rendu à la raison. La souveraineté du peuple, base du fouriérisme, ne fait, au contraire, aucun cas de la raison. Que dis-je n'en fait aucun cas ? Elle répudie la raison comme un obstacle : au développement des passions ; au développement de la force brutale. C'est, Tintronisation de cette même force

538 M LA BOtVBRAllfKTi.

brutale, sans aucun égard; ni, aux majorités; ni, aux minorités; et, quand Fourier parle d'obéissance aux majorités, ce ne peut être qu'une contradiction : avec sa base d'organisation sociale.

Ce système serait le comble de l'absurdité : si , toutes les organisations sociales non basées : soit, sur une foi, appuyée sur une inquisition ; soit , sur la science , basée sur une démonstration incontestablement rationnelle ; n'étaient également absurdes ; c'est-à-dire : utopiques.

Eh bien I ce système, fondé par une magnifique intelligence, sans aucun doute ; mais , devenue maniaque par son mépris de la raison ; mépris, dérivant de la vanité se refusant à avouer son ignorance ; ce système, que Tombre d'un raisonnement juste, devrait faire répudier par quiconque n'est point frappé de la même manie ; a été continué par un de nos officiers supérieurs du génie, sorti Ton des premiers de rÉcole polytechnique : M . Considérant.

Nous venons de voir : que, le système fouriériste est basé : sur la souveraineté du peuple, dans toute sa brutalité. £h bien I M. Considérant se croit : le plus grand ennemi de cette souveraineté ; et, le plus grand partisan du raisonnement scientifique. Il est curieux , en étudiant M. Considérant, d'observer, jusqu'à quel point : les préjugés peuvent obscurcir les plus belles intelligences. Ceux, de nos lecteurs^ qui voudront bien nous suivre dans oette étude, seront étonnés de voir : comment, après avoir accepté un point de départ aussi absurde, il est néanmoins possible ; de raisonner aussi logiquement , contre son propre point de départ.

L'ouvrage de M. Considérant que nous allons examiner ici est intitulé Destinée: sociale. U a été publié en 1847; et, a pour épigraphe.... vous ne le devinerez pas en cent mille. Il a pour épigraphe :

La raison finira par ayoir raison.

VoLTAmU.

DI LA SOUTERAINETÉ. 539

— (yest, dès l'abord, se mettre en contradiction avec son maître ; lequel veut : que, son organisation sociale soit conforme à Fattractiou passionnée, dont la caractéristique est de persister : malgré Topposilion de la raison ; malgré l'opposition de la SCIENCE beexxe.

-— tt On Youdrait^ dit M. Considérant^ connaître une théorie nouvelle, ex abrupto; on youdrait Tavaler tout d*un coup comme Une huître; il la faudrait, que sais-je? en papillotes, en feuilletons, tout au plus en ro« mans. Il faudrait qu'un homme de génie qui propose un mécanisme social (1)^ une combinaison de haute science (2), présentât ses plans lavés en rose, avec des explications en deux langues : pour les uns en classique, en romantique pour les autres.

« Hola! vous ne voulez pas qu*une théorie sociale soit une science, la première dés sciences, la plus importante de toutes , la science pivotale, LÀ SCIENCE DE l'homhr ! En vérité, cet aveu suffît pour faire comprendre combien tout ce que Ton a débité jusqu'ici sur les relations sociales est faux et pitoyable. »

— C'est vrai : tout a été faux et pitoyable; parce que : tout a toujours été basé sur les fausses souTcrainetés : de droit divin ; et, de droit du peuple.

-^ a Eh ! continue M. Considérant, si la théorie nouvelle n'est pas une science, si elle n'est pas revêtue de tous les caractères de certitude de la science , eh bien I c'est que ce sera encore une rêverie à ajouter au fatras des rêveries philosophiques et^ morales dont nos bibliothèques s^emplissent depuis trois mille ans. »

— C'est encore vrai. Mais, il est triste, de voir un homme, du mérite de M. Considérant, continuer de pareilles rêveries!

(1) Cette expression de mécanisme social expose : tout Fourier; et, tous les organisateurs matérialistes, qui se servent du mot Dieu, comme d'un passe-port. Le mécanisme social; c'est; l'immense machine de M. Proudhon; qui, pense aussi; et, qui va toute seule.

{?.) M. Proudlion a au moins la bonne foi de dire : noits sommes des ressorts pensants, etc. ; et, des machines ne font point de combinaisons"

-> « On exige, dit M. Considérant, que tous réduUîei use théorie sociale anx dimensions d*un article de journal. Biais où donc 1rouTe-t-on : la chimie^ la physique, ou Talgèhre en dix pages in» 80? Il faut qu*on sache qu'une science sociale ne se lit pas, mais qu'elle s^étudie. »

— C'est toujours vrai. Mais, on n'étudie, on n'examine : ni, une décision de Dieu ; ni une décision du peuple ; on l'accepte, malgré l'opposition de la raison ; ou, on la subit. L'essence pratique des fausses souverainetés, est d'empêcher l'examen de leurs décisions : malgré, tout ce que l'hypocrisie théorique puisse affirmer à cet égard.

— « Les plus grands efforts de l'esprit humain, dit encore M. Gonsiderant, échouent devant une question mal posée. Quand on cherchait à lier entre elles les observations astronomiques, en partant de l'hypothèse que la terre occupait le centre du système planétaire , des hommes de génie entassaient infructueusement dans des explications inextricables conrbes sur courbes , épicycloïdes sur épicycloïdes. Le problème astronomique était mal posé ; les savants eussent persisté dix mille ans dans cette voie, que, dix mille ans, ils eussent fait la tâche vaine des Danaîdes. — Celui-là, au contraire, qui, le premier, vint dire :

« Au lieu d'admettre en principe : que la terre est un astre immobile et central, avisons à examiner s'il ne se pourrait pas faire qu'elle marchât elle-même, comme nous voyons marcher les autres planètes ;

M Celui-là, par un simple déplacement des termes du problème astronomique, rendit facile une solution sur laquelle la sagacité des philosophes s'était et se serait inutilement exercée pendant des siècles. »

— n en est de même pour la position du problème social.

Si, après avoir reconnu : que, la souveraineté, donnant la règle et la sanction, est le sine qm non de Tordre, vie sociale;

Si, au lieu de dire : il n'y a de possible que deux souverainetés : la souveraineté de droit divin ; et, la souveraineté du peuple ;

Si, après avoir reconnu : que, la souveraineté de droit divin n'est que la souveraineté de la force, masquée par des sopbismes donnés comme raisons réelles ; souveraineté deve-

uue impuissante deyant l'incompressibilité de Texamen ; que, la souveraineté du peuple n'est que la souveraineté de la force brutale ; souveraineté persistant dans ses décisions, malgré Topposilioa de la raison et conduisant nécessairement à l'anarchie, mort sociale ; Ton s'était dit : la souveraineté de la raison réelle doit exister nécessairement ; et, il faut la découvrir en réalité, sous peine de mort humanitaire ; le problème social eût été bien posé et facilement résolu.

— « Grâce à une aberration primitive, continue M. Considérant, nous voyons en morale, aussi bien qu'en politique^ une effroyable coutradiclion en. toutes choses. Les ouvriers de la philosophie sont, comme les ouvrier» de la tour de Babel , frappés de confusion : confusion des langues, des idées et des mots , et cela dure depuis trois mille ans 1 C'est assez. Il est temps que l'on cesse de vouloir faire tourner le soleil autour de la terre ; il est temps de passer, du chaos où les erreui^ et les contradictions se choquent, se pulvérisent ou se dévorent, à un ordre scientifiqui oii lout pourra s'expliquer, se classer^ se comprendre. »

-r- Hélas ! oui. Et, pour cela, il faut sortir : du cercle vicieux de la souveraineté de droit divin à la souveraineté du peuple ; et de la souveraineté du peuple à la souveraineté de droit divin ; du cercle vicieux de l'authropomorpliisme au panthéisme ; et, du panthéisme à l'anthropomorphisme ; il faut briser ces cercles vicieux, qui n'en sont qu'un ; et, se placer: sous la souveraineté de la raison réelle; sous la souveraineté de la science réelle ; sous laquelle : tout peut s'expliquer, se classer, se comprendre.

— « Il faut aujourd'hui , continue M. Considérant , faire comparaître au tribunal de la raison »

— Au tribunal de la raison ! Mais, ce tribunal n'existe pas et ne peut exister : tant que la raison réelle n'est point scientifiquement démontrée exister en réalité. Jusque-là, la seule force, masquée de raison; ou bien la force brutale, sans masque ; peuvent occuper ce prétendu siège de

542 DB LA SOUTKRAllIBTÉ.

la raison; et, c'est pour cela : que votre maître a récusé^la raison; et, qu'il n'a reconnu pour juge : que, la passion persistante, malgré l'opposition de la raison I

*- •.. au tribnntl de la raison cette mascarade d'opinions philosophiques, politiques et morales, qui ont trouvé créance dans le monde, et qui ont reçu frauduleusement le droit de cité. La science sociale doit être constituée de toutes pièces, avec des observations et des faits, sans plus tenir compte de tous les systèmes de la philosophie que les Copernic, les Galilée, les Kepler, les Newton et autres n*ont fait des croyances accréditées jusqu'à eux chez les astrologues et les alchimistes. »

— < C'est Trai. Mais encore, auparavant, faut-il avoir prouvé : que la raison réelle existe; et, savoir distinguer : ce, que dit la raison réelle ; de ce, que dit la raison fausse. Sinon : Copernic, Galilée, Kepler, Newton et autres seront des preuves : que, des automates peuvent paraître raisonner réellement. C'est, précisément, cette absence de preuves qui a conduit votre maître à répudier la raison : tout, en prétendant raisonner lui-même, malgré ses passions.

— « Nous verrons, continue M. Considérant, si cette philosophie capricieuse et hautaine, qui a tout brisé, est bien solide, elle, sur les débris qu'elle a faits ? Nous verrons si son piédestal est si bien maçonné que la pince n*y puisse faire aigre , ni le pie y mordre; nous verrons bien^ car l'affaire est engagée, et Ton ne peut plus refuser la bataille. »

— C'est encore vrai. L'incompressibilité de l'examen met aux prises les deux fausses souverainetés, toutes les deux invoquées par votre maître sous la révélation des passions persistantes malgré l'opposition de la raison. Et, le résultat de la bataille est : la mort des deux fausses souverainetés; ou, la mort de l'bumanité.

•s— « En attendant ^ continue M. Considérant , qu'il nous soit permis, ici , d'établir en fait qtie tous les procédés sociaux sortis de V arsenal philosophique , lois et systèmes ^ reposent sur des hases essentiellement faussa, puisqu'ils sont contradictaireê entré eux, variables et incertains, »

— ^ Ceci n'est pas assez dair. Éclaircissons !

L'arsenal philosophiqae n'est autre que le raisonnement;

Le raisonnement base nécessairement la société sur une souveraineté , donnant et sanctionnant la règle.

Tant, que la souveraineté ne peut être démontrée réelle; il faut : qu'eUe-mèmCi base sociale^ soit basée sur une hypothèse ; et, que cette hypothèse, devenue base sociale, ne puisse être examinée; puisque, l'examen renverse toute hypothèse : donnée comme vérité.

Tant, que la souveraineté ne peut se trouver démontrée : être éternelle; être impersonnelle; être la raison réelle; la seule souveraineté possible : est la force.

Mais, la force brutale est anarchique, par essence; en ce qu'elle se rapporte toujours à une personnalité humaine, simple ou multiple , pouvant être renversée par une autre personnalité humaine simple ou multiple.

Alors, l'arsenal philosophique, c'est-à-dire le raisonnement du plus fort, présuppose : une personnalité divine comme souveraine; et, place son hypothèse, sous l'égide d'une inquisition.

Voilà , comment l'arsenal philosophique établit la souveraineté de droit divin.

Quant à la souveraineté du peuple , elle n'est autre : que, la nécessité sociale constatant : l'impuissance de l'arsenal philosophique; l'impuissance encore existante du raisonnement; forcé, d'abandonner la souveraineté : à la seule force brutale. Il n'est donc pas étonnant : que, ces deux espèces de souverainetés, les deux seules possibles : . tant, que l'ignorance sociale sur l'existence de la raison réelle n'est point anéantie ; il n'est pas étonnant , disje; que, ces deux espèces de souverainetés, dès qu'elles sont examinées, soient reconnues exister sur des bases fausses ; et , que leurs énoncés soient contradictoires entre eux.

Maintenant, écoutons et très-attentivement, le partisan^.

5ii DE LÀ 80UVBRA»(ETÉ.

sans le savoir; et, Fantagoniste, aussi très-souvent, sans le savoir; de la souveraineté du peuple.

— « Quand, dit-il, on veut faire an yoyage, on doit saToir, aaant de partir, où l'on veut aller. Quand on entreprend ane opération industrielle ou mililaire , il est bon d*en avoir fait le plan; en toute chosej, enfin, il convient d^avoir un but. Mais si, dans les af&ires importantes surtout , c*est folie de marcher au hasard ^ n'y anrait-il pas folie également à se diriger vers un but qui ne serait pas déterminé^ vers un bai incertain, imaginaire, et de ne prendre pour fanal de direction que des mots vagues et vides, des paroles creuses? »

— Tout cela est parfaitement vrai. Mais, comment Tignoraiice sociale saurait-elle où elle veut aller, d'une manière déteriDÎnée; et, comment ferait-elle le plan d'opération de ce voyage ; tant , qu'elle croit : qu'il n'y a que deux souverainetés possibles; après avoir reconnu néanmoins : que, ces deux souverainetés sont devenues également incompatibles avec l'existence de l'ordre? Puis, quand même elle reconnaîtrait : que, ces deux souverainetés sont devenues impuissantes, comme bases d'ordre; quand même, comme M. Considérant lui-même, elle voudrait la souveraineté de la science , qui n'est autre que la souveraineté de la raison ; comment, voulez-vous : qu'elle arrive au but de découvrir cette souveraineté; si, auparavant, elle ne s'est demandé : en quoi peut consister cette souveraineté ; ce qu'elle doit être : pour être réelle et non illusoire ; si, enfin, elle n'a : non-seulement le signalement exact de la souveraineté de la raison ; mais , encore la connaissance du chemin qu'il faut suivre, pourarriver au but?

Le signalement, de la souveraineté de la raison, est d'être : éternelle , immatérielle , impersonnelle.

La connaissance du chemin qu'il faut suivre, pour arriver à la reconnaître ; est de savoir : que , si la sensibilité est temporelle, matérielle, personnelle; la raison est également temporelle, matérielle, personnelle ; et , de savoir en outre :

que , si la sensibilité s'élend sur toute la série des phéuomènes; la raison, dont la sensibilité est la base, est ellemême : temporelle, matérielle, personnelle. Par conséquent, que pour arriver au but, il faut prouver : que, la sensibilité, base de la raison, chez chaque individu, n'est point un résultat de Toiiganisme ; n'est point : temporelle, matérielle, personnelle; mais, que la raison, abstraction faite dès individus, et rendue rationnellemoit incontestable, vis-à-vis de tous et de chacun, c'est-à-dire sciehtifique ; est éternelle, IMMATERIELLE, iBiPERsoififELLE. Auparavant, c'est marcher au hasard; c'est, se diriger vers un but, qui n'est pas déterminé ; vers un but incertain, imaginaire; c'est, ne prendre, pour fanal de direction : que, des mots vagues et vides; des paroles creuses; ainsi que l'a fait M. Considérant, en prenant pour fanal de direction : YaitracHon passionnée ou l'impulsion donnée par la nature , et persistante , malgré Topposition de la raison ; ce qui est précisément : la négation de la science ; la négation de la raison.

— « N'est-ce pas folie^ continue M. Considérant , de s'entremettre aux affaires politiques et sociales^ de souffler le froid et le chaud, de vouloir placer son opinion comme un poids dans la balance , lorsqu'on ne peut pas dire exactement, nettement :Voici ce que je veux, voici ce que je propose? »

— M. Considérant ne fait pas attention : que , ce n'est pas le tout de dire : Voici , ce que je veux ; voici , ce que je propose ; il faut encore prouver : que, ce qu'on veut, ce qu'on propose, est incontestablement rationnel; et, par conséquent, unique comme la raison réelle; et, cela : sous peine de n'émettre qu'une opinion ; c'est-à-dire une sottise : tant, 'que cela reste à l'état d'opinion. M. Considérant, et son maître ont proposé nettement, exactement; mais, ce qu'ils ont proposé est complètement déraisonnable ; et il ne peut en être qu'ainsi ; aussi longtemps : que, ce qui est proposé; reste à l'état d'opinion.

— « J'iui'igine, coulinue M. Considérant, que bien des gens qui out 1^ parole haute aujourd'hui aéraient forcés de se taire si le public s'avisait d'exiger d'eux la définition de ce qu'ils veulent; j'entende une définition véritable et non pas une de ces escobarderies politiques, une de ces tartines logomachiques y oh Ton déclame des principes nuageux et contradictoires, où Ton préconise les grands biens qui résulteraient de leur adoption , mais sans expliquer comment et par queb moyens pratiques. »

— M. Considérant ne feiit pas encore attentiou : qu'il ne sufQt pas d'expliquer un comment et par quels moyens pratiques ; mais, qu'il faut encore : que , ce comment et ces moyens pratiques soient incontestablement rationnels , sous peine de nétre que des opinions ; et , des opinions sont toujours : des escobarderies , des tartines logomachiques, des principes nuageux et contradictoires. Ceci ne s'applique point exclusivement aux fouriéristes ; mais, à tout ce qui a été dit, jusqu'à présent, sur l'existence de l'ordre.

— « Tant, continue M. Considérant , qu'on se bornera à dire : il faut associer, il faut unir, sans chercher, découvrir, expliquer un procédé d'association, d'union , on n'aura produit que des mots , on n'aura pas avancé d'un point. » .

— C'est, parfaitement vrai. Maïs, à quoi servira votre procédé, fût-il même bon (et quelle concession immense!); s'il n'est basé sur une souveraineté assez puissante pour le sanctionner, contre Tignorance et les passions? Alors, même avec un bon procédé, vous n'aurez produit : que des mots.

— (C Mais, continue M. Considérant , lisez , lisez les palabres philosophiques , scientifiques , philanthropiques, politiques et hypermorales de tous ces bavards de la civilisation perfectible , et vous verrez avec quel aplomb on y donne aux bénins lecteurs des mots pour des choses. »

— C'est vrai. Mais, il est de toute impossibilité qu'il en soit autrement; tant, que l'ignorance sociale se croit obligée de rester basée : sur l'une, des deux fausses souverainetés*

— « Et pourquoi pas, après tout , s'écrie M. Considérant y puisque la masse des lecteurs prend toutes ces balivernes pour des idées et s'en contente? »

— £n époQue d'ignorance sociale sur la seuverainetë réelle, il n'y a même que des balivernes qui paissent contenter un public ignorant. Des balivernes se lisent et s'acceptent;, c'est un passe4emps. ia vérité deyrait s'étudier sérieusement ; et , œ n'est plus un passe-temps. La dooirine de Fourier a eu plus de livres et de journaux que n'en aura jamais la doçt|:jpe de 1^ vérité. Et, cependant^ voug y trouve^; les passages suivants : signés du maître.

-*- « Analysons la modulation ou série des fruits rouges cr^és par la terre et par son clayier de cinq lunes qui sont : Mercure^ Junon, Cérès, P allas et Phébim dite Vesta^ plus T ambiguë dite Vérms^

« Les planète? étant androgynes coname les plantes , çppulent av^c elles-mêmes et avec les autres planètes. Ainsi , la terre , par copulatiaii avec elle-même, et par fusion de ses deux arômes typiques , le masculin yersé du pôle nord et le féminiq versé du pôle-sud , engendra le cerisier ^ fruit sous-pivotal des fruits rouges et accompagné de cinq fruits de gamme, savoir :

(( La terre, copulant avise Mercure^ son principal et cinquième satellite, engendra la fraise ; avec Paillas, son quatrième , la groseille noire ou cassis; avec Cérès, son troisième satellite, la groseille épineuse; avec Junon f son deuxième satellite, la groseille en grappe; avec Phéhina, son premier satellite rieh, lacune ; avec Vénus ^ son ambiguë, en simple^ la mûre de ronce; en composée, la framboise,

<i Avec le pivot du sdeH, en direct, le raisin, fruit pivotai ascendant; en inverse^ rien.

a A la prochaine création, nos cinq satellites nous dofineirotnt , entre autres merveilles, les quadrupèdes minimes agricoles : cheval nain, bœuf nain, chameau nain qui ont avorté dans cellerci.

c( A chaque pas on reconnaît un grand désordre dans le )t)obiliep actuel du glohe. C'est une création contre-moulée qui nous a donné T^Mmahie voisin de campagne le loup, en place duquel nous devions avoir un chien majeur ou un htpo-chien, Qpte à pc^rcourir les ahimes, comme lé font lès chameaux et les bouquetins ; et, de même^ en place de la loutre qui dévaste nos ruisseaux et nos viviers, nous devions avoir un castor majeur du hypo-castor, ardent à traquer le ppisson ou dispi^er les filets. On ne saurait trop répéter que notre globe est de tous les globes le plus m^s-

tifié en création, et le plus intéressé à se délivrer^ sans délai, du molûlier odieux que lui ont donné les créations actuelles (1).

« Ce serait pour nous une connaissance bien yaine que celle du système de la nature, si elle ne nous donnait paii les moyens de corriger le mal existant, et de remplacer les produits scitsionnaires, les êtres nuisibles à rhomme, par des contre-moulés ou serviteurs utiles. Que nous importerait de savoir en quel ordre chaque astre est intervenu dans la création ; de savoir que le cheval et Tâne furent créés par Saturne en cette modu> lation ; le zèbre et le quagga par Prothée (étoile non découverte et bien existante pourtant, puisqu'on yoit ses ouvrages en tout genre); que^ de celte modulation, Jupiter donna le bœuf et le bison^ et Mcirs le chameau et le dromadaire? Après ces notions acquises, il nous resterait la fâcheuse certitude que ces astres , qualifiés de promeneurs oisifs , ont au contraire fait , sur notre globe, sept fois trop d*ouvrages en nous donnant un mobilier dont les 7/8 sont malfaisants.

« Ce qui nous sera précieux , ce sera Fart de les ramener en scène de création (2) par un travail contre-moulé, par lequel celui qui nous a donné le lion nous donnera en contre-moule un superbe et docile quadrupède, un porteur élastique , Tantilion , avec les relais duquel un cavalier partant le matin de Calais ou de Bruxelles , ira déjeuner à Paris , diner à Lyon et souper à Marseille, moins fatigué de cette journée qu^un de nos courriers à franc étrier ;< car le cheval est un porteur rude et simple (solipède), qui sera à Tantilion ce qu*est la voiture sans soupente à la voiture suspendue. Le cheval sera laissé pour attelages et parades, quand on possédera la famille des porteurs élastiques : antilion, antitigre , antiléopard^ qui seront de dimensions triples des moules actuels. Ainsi, un antilion franchira aisément à chaque pas quatre toises par bond rayant terre , et le cavalier^ sur le dos de ce coureur, sera aussi mollement assis que dans une berline suspendue. Il y aura plaisir à habiter ce globe quand on y jouira de pareils serviteurs. Les nouvelles créations, que Ton peut voir commencer sous cinq ans (5) , donneront de semblables richesses en tous règnes y dans les mers comme t-ur la terre. A u lieu de créer baleine et requins, hippopotames et crocodiles, en aurait- il plus coûté de créer des serviteurs précieux?

<f Antibaleines, traînant les vaisseaux dans les calmes ;

« Antirequins, aidant à traquer le poisson;

« Antihippopolames , traînant nos bateaux en rivières;

« Anticrocodiles ou coopérateurs de rivières; *

« Antiphoques ou moutons de mer, etc., etc.

(1) Les créatious futures auront lieu ausslK^t : que , V attraction passionnée sera en plein exercice.

(2) En mettant Vattraction passionnée en plein exercice.

(3) A condition : que l'attraction passioiinée soit en plein exercice.

« Tous ces brillants produits seront les effets nécessaires d'une création en arômes contre-moulés , qui débutera par un bain aromal sphérique, purgeant les mers de leur bitume, etc., etc. (i) »

(FoDEiBR, Traité d* association^ 1. 1, p. 519, 524, 531.)

— Je pourrais faire un volume de semblables citations. Et^ voilà l'homme dont les disciples ont dit, en parlant

de lui : qu'il avait un cerveau qui eût fait éclater le crâne de Newton.

N'allez pas croire, cependant, que M. Considérant, croyant à de pareilles folies, soit un homme de peu de valeur. M. Considérant, abstraction faite de sa monomanie fouriériste^ est une des plus belles intelligences de notre époque.

" — (( Voilà longtemps, dit M. Considérant, que Ton fait un fier tapage c( en faveur de la liberté et du peuple français, » conune disent les crieur publics. Et Ton n'a pas seulement déterminé la première des condif ioos sans lesquelles la liberté ne peut pas exister! »

— C'est encore vrai. Mais, M. Considérant, ni son maître, n'ont jamais rien dit de cette première condition. Et, cependant, c'est le premier pas pour sortir de l'ignorance.

La première condition, pour que la société puisse être libre; c'est, que les individus, qui la composent, soient eux-mêmes capables de liberté réelle; capables de raison réelle,

La première condition, pour que chaque individu, composant la société: soit capable de liberté réelle, capable (le raison réelle; c'est que la base de la liberté, la base de la raison, la sensibilité ne soit : ni le produit d'une création ni le produit de la matière; ce qui existe nécessairement sous l'anthropomorphisme et sous le panthéisme.

La première condition, sine qua non de liberté, est donc :

(1) Pour faire une mer de limonade.

que^ anthropemerphisttie et panthéisme soient anéâlitis ; c*fe8t-à-diiiB : i}ue souverainetés dé droit divih et dé dtoit populaire soient remplacièes par la souveraineté de la raison, rendue scientifique. M. Considérant s'en était-il douté?

— tt On croit, contînae M. Considérant , qu'il n^y a qu'à faire des ré- Tolations pour aVôir la liberté ; que là libené est quelque chose qui se conquiert ayéc du fek* et dii càhV^n ; él Ibùtei beli ftjfitations peri^taent le mal et Tenracinent profondément. »

— • Et le remède ? Gommait, en i^résénce d'une ignorance yaniteuse, pouvoir le chercher^ te trouver et l'accepter; si l'excès de maux causés par l'anarchie, ne le rend fi^cessaire : sous peine de mort sociale. Ce remède, M. Considérant^ l'un des liommes les plus instruits de son époque, a cru le tronyer dans Vattraction passionnée. Que dirons-nous des moins instruits ?

— « Ce ne sont pas , continué M. 'Considérant , lés proprîé'taires , les marchands, les chefs industriels qui font Témeute ou préparent la guerre sociale; ils ont ncréa^T ▲ l'ordre, ceux-là. Les émeutiers ne se recrutent pas parmi Tes riches^ les bourgeois, les gens ayant pain et moyens. La natuVe 'àiirait-eHè fait deâ dèt'niers à'uite pâte sttpériéHté'i Mettraitelle à destiein dés bosses Yéttuefûses aux crânes des enfants aisés ^ et de mauvaises bosses à ceux des classes inférieures ? Ce sont bien certainement les mêmes hommes ^ yoyez-Yous ; mais les circonstances sociales diffèrent pour leâ uns et pour les autres. Si le hasard avait voulu que les bourgeois qui ïulrii'îùént îstijéiirà'hùVtant d'inàignatiô'à'Conti'e cés canailles d'émeutiers et de communistes fussent, eux, les prolétaires et les ouvriers; et que ceux-là qui sont aujourd'hui ouvriers et prolétaires eussent, nu contraire, été les riches et les bourgeois ; eh bien! ce seraient nos bourgeois d'aujourd'hui qui s'enrôleraient sous les drapeaux du communisme et de rémeute. Donc, si votis voulez c(u' ouvriers, prolétaires et peuple ne soient pas toujours »prêts 'potir la révolutidn, sache% leur créer^ A eux AUSSI, des intérêts à V ordre social» Tout cela est caractéristique, tranché , net , péremptoire et clair comme le jour. »

— C'est vrai; excepté le remède qui est : de créer à tous des intérêts à Vordre social. C'est impossible, sous la sou-

veraineië dç droit divin : qui, partage nécessairement la société : en maîtres, en riches, clergé ou noblesse ; et en esclaves, en pauvres, serfs ou paysans. C'est impossible, sous la souveraineté du peuple ; qui, partage nécessairement la société : en maîtres, en riches bourgeois; et, en prolétaires, en pauvres, en esclaves collectif,. Le remède, dit M. Considérant, est Vattration passionnée. Ëh ! Monsieur ; l'attraction passionnée appartient à la souveraineté du peuple ; et, en est la pire espèce.

— « Or, à tout cela, contiiiue M« Gonsidérant , satet-vong ce que l'on répond ? — On répond : qu'il est impossible d'organiser une autre combinaison sociale, o

— Et, cette réponse, est excellente : tant, qu'on veut rester dans le cercle vicieux des deux fausses souverainetés ; et, M. Considérant; et, la société actuelle, tout entière, Teulent y rester.

Quelle manie! de vouloir toujours trancher le nœud gordien , au lieu de le dénouer. £t , cependant , le nœud gordien social se dénoue comme un mouchoir de poche se déploie; dès, qu'on a reconnu : que, les deux fausses souverainetés doivent être anéanties.

— <( Eh bien! continue M. Considérant, si cela est impossible, taisezvous. Prenez votre parti sur les révolutions et les troubles; ne déclamez pas tant et si vainement centre des maux nécessaires^... oui, Monsieur, nécessaires^ puisque c'est vous qui dites : que, faire disparaître les causes radicale» du mal est chose impossible^ — Mais, en vertu de quelle infaillibilité prétendez-vous que la solution du problème social est impossible? Qu'en savez-vous! qui vous l'a dit? Prouvez-le donc? — C'est impossible!!! Il y a sur cent personnes quatre-vingt-dix-neuf imbéciles qui croient avoir tout dit quand ils ont dit : impossible ! ! ! Et , quand on a démontré à ces gens-là : que leur dire est une bêlise ; qu'il est souverainement absurde d'affirmer qu'une chose ne sera jamais inventée et connue^ parce qu'elle n'est encore ni connue ni inventée... ils vous répondent : — Oiiî du moins, c'est bien difficile! — Eh! difficile ou non, est-ce

552 DE LA SOUYEHAIMETÉ.

une raison pour ne pas rechercher ou pour refuser d*écooter et de CMnpreiidre ceux qui ont cherché et trouvé?

« Donc étudiez, étudiez sérieusement,... ou taisez-TOus* »

— Dire : à l'ignorance de se taire ; c'est^ dire : à la riifiëre de cesser de couler. Quant à étudier ceux qui disent ayoir trouvé; quand on en a étudié deux, quatre, six, huit; et, que Ton Tient à reconnaître : qu'ils n'ont rien trouvé du tout; cela décourage singulièrement d'en étudier d'autres. Si, M. Considérant avait d*abord posé nettement le problème social; s'il avait dit : une souveraineté est nécessaire. Trois souverainetés sont exclusivement possibles. La société actuelle nie même que la troisième soit possible. Les deux autres souverainetés, conduisent inévitablement la société à la mort. Il faut donc : que, la troisième souveraineté soit possible; ou, que l'humanité périsse. Mais, non; M. Considérant veut rester dans le cercle vicieux des deax fausses souverainetés; il croit pouvoir neutraliser leurs venins despotiques et anarebiques par Vattraction passionnée; qu'arrive-t-il de là? C'est, qu'après avoir étudié l'attraction passionnée; l'on se trouve découragé, pour étudier : celui, qui poserait bien le problème, et, viendrait à le résoudre. Alors, l'humanité mourrait de paresse ; si, Tanarchie ne venait la stimuler.

— a On a mis longtemps, dit encore M. Considérant, un acharnement déplorable à méconnaître les symptômes du mal social ; on se bouchait les yeux pour ne pas yoir : c'étaient d'insignes vanleries de prospérité toujours croissante et de solennels mensonges. Âujourd'hni les hommes politiques , les gouvernants eux-mêmes conviennent du mal : il a fallu, pour cela, qu'un choc violent ouvrit ces abîmes de douleurs et de misère que notre société recèle en ses couches souterraines ; il a fallu que les hautes terres fussent inondées et que les hommes eussent à voguer au milieu du cataclysme, comme les habitants de l'arche diluvienne. Eh bien! vous croiriez qu'ils cherchent à se rendre compte des phénomènes, à remonter aux causes , à suspecter et mettre en jugement la constitution même de la société? Point. »

— Ces hommes politiques, les gouvernants sont excu-

sables. Car, M. Considérant n'a rien fait de ce qu'il recommande aux autres. M. Considérant n'a pas cherché à se rendre compte des phénomènes, à remonter aux causes; qui sont : l'absence de souveraineté capable de servir de base à l'ordre, pour le moral ; et, Faliémction du sol et des capitaux acquis pour les générations passées, source de paupérisme pour le matériel. M. Considérant, et tous ceux qui se sont occupés de la solution du problème social, conservent : ces deux fausses souverainetés ; et, l'aliénation du sol. Ces deux points de la constitution de la vieille société, n'ont été : ni suspectés ; ni mis en jugement.

— c( C'est y continne M. Considérant, avec la plus incroyable légèreté ou la niaiserie la plus risible qu'ils traitent le pourquoi des choses. »

— M. Considérant, en son nom et au nom des novateurs, ne se doute pas : qu'il donne des verges pour être fouetté.

— « Pourquoi , continne M. Considérant , Teau monte- t-el le dans les pompes? parce que la nature a horreur du vide. Pourquoi l*eau ne monte-t-elle dans les pompes que jusqu'à trente-deux pieds? parce que la nature n'a honeur du vide que jusqu'à trente-deux pieds. — > Ces raisonnements de la science physique donnent la mesure de ceux de nos hommes politiques, en fait de science sociale. »

— M. Considérant et tous les novateurs, sans exception, raisonnent de même :

Pourquoi, une souveraineté est-elle nécessaire : à toute fraction humanitaire ?

Parce que ; jusqu'à présent , une règle commune ; et, une sanction suffisante de la règle ; ont été nécessaires : à la nature rationnelle; à la nature humaine.

Mais , depuis plus ou moins de temps, il n'y a plus de souveraineté qui puisse donner la règle commune; et^ la sanctionner efficacement.

C'est, qu'une souveraineté n'a été nécessaire : que, jusqu'à cette époque.

J'aime autant le raisonnement des anciens physiciens.

S54 DB U SOUYlBAIlfKTÉ.

Xï.

« H«ite et pitié iw iâ pUloMplMe, aur die a été ignorante et (lolle! Honte! car eDe a poussé Ilimnanité, an nom de la rùson , dans nn moaveaent dont elle n^^ii mkM m les dbances ai les Mites; car cUe a briaé coHoie briaoït les oifiuits, et- ravagé comme rafagent les baibares. Mais, honte surtout sur die pour ce que, an Bep de se retirer dans qndqne coin obscur et de cacher sa face au monde, die vient encore se puTaner avec impudeur, se proclamant bienfiûtrîce de Thumanité, et parader publiquement, drapée de ses vieux oripeaux grecs €t romains tfà tmt trmiaé dans la ûmge «b Baa-Fjipire, dans la théolsfieda Bofoi âge, dans le matérialisme et l'idécdogie du dixhuitième siècle, dans le aang de 93, daas les subtilités verbeuses, constititia— fftw et écWirtiquft de la restauration.

m Philosophes et politiques! les pevpks oat besoin d'une Bonnritare plus substantiel^ ^ jmmds délétère que ne le sont vos projets, vos ramassis d'erreurs , d'abstractions et de contradictions. » M. CossioESAU T, Destinée sociale, t. I, p. 7 1 .

C'est, très-^pintnel. Mak, c'est frapper <|es eoaps de lance , contre des moulins à yent. La phileMphie, ctÊt le raisonnement ; ^^ tant <pie k btn raîaMmenoent mù peut être distittgaé da mauTais, à caose de r%&or«Bce «ocîaie à cet ^ard ; la philesophie ne {>eut être : qa une aalie. Et , cependant, cette sotte phiieso^^ie a sauvé rhnmanité, de la mort par ranarchie; anarchie iàbéarea^ k figaarance sur la réalité de la philosophie ; <€& oachaiÉt «lie igittorance, sous les révélations. Car, tontes les révélatioBS sont des fruits philosophiques. Je sais : qu on a Thabitnde de ne donner le nom de philosophie^ qu'aox raiaonnements qui

sapent les révélations. Mais, pour toute V époque d'i* gnorancCj cette dernière philosophie est, par essence, la mauvaise philosophie. C'est elle qui a poussé l'humanité, au nom de la raison, dans un mouvement dont elle n'avait calculé : ni les chances ; ni les suites ; c'est elle qui a brisé, comme brisent les enfants; et, ravagé, comme ravagent les barbares. C'est elle, enfin, qui toujours a été la source : de la souveraineté du peuple.

Depuis, l'incompressibilité de l'examen ; il n'y a plus de philosophie : ni religieuse,' ni irréligieuse ; vis-à-vis de la raison ; et, c'est : cette absence de philosophie ; cette absence de raisonnement commun ; par conséquent, de règle commune et de sanction commune; qui va forcer l'humanité à chercher et à découvrir : la philosophie réelle ; là religion réelle ; sotis peltiie : de mort, au ïrein de Tanatchie.

— <( La dissdttton, <Kt encore M. Considérant, V est mise dans toutes les parties du coi^s social ; les bis n*ont plus de puiss'ance ; on lei décrie et on les méprise, comme on méprise et comme ou décrie ceux qui les font. Les révolutions se succèdent avec une effrayante rapidité, sans qu'il soit au pouvoir d^aucune main d^eft clore ral)!me ; les nations s'obèrent et courbent, de plus en plus, le dos sous le faix des dettes publiques. Les constitutions, les chartes, les gouvernements n'ont pas «, l'un dans l'autre, dix années de durée moyenne ; les peuples sont frappés de Tesprit de vertige et d'erreur qui leur fait prendre , pour moyens de soulagement, des topiques qui ne peuvent que perpétuer de vaines et crueHes agitations et accroître leurs tourments. Il n'y a plus de respèfet poM* aucun pouvoir social ; toute croyance est abolie ; toute majesté est viHpendée , celle des nations comme celle des rois. Et les besoins vont se multipliant avec le luxe des riches et la misère des classes pauvres. Tous, riches et pauvres, âpres au gain, se ruent et se culbutent sur les routes éfroites qui mènent à la fortune ; et, de ces routes, les plus courtes sont réputées les meilleures. »

— Voyons ! devant cet admirable, 'oet épouvantable tableau de la société «otoeHe, tàohons de Tester calme; afin, de rémonter aux causes du mal ipour pouvoirren trouver le remède.

5aH DE LA SOUTEEaIIIETÉ.

Armez votre imagination de toute la sagacité possible; et essayez de Toir : si cet épouvantable tableau n*est point, nécessairement, ce que H. Considérant vient de le peindre; dès, que la société existe sous la souveraineté du peuple : négation de droit; négation de devoir; négation de toute sanction, autre que celle de la/orce? Et, cet épouvantable situation est destinée à empirer de jour en jour : jusqu'à ce que Tanarchie couvre Iliumanité de son linceul de mort : ou, que la souveraineté rationnelle, vienne anéantir : les deux fiiusses souverainetâs.

— c 11 n'y ft plusy dit encore M. Considérant , de £ica1té, d'actiTilé, de pnissance» que pour conquérir l'argent ! !... Tout te Tend, les honmet et les consciences^ comme denrée de lulle et moins cher que le reste , ctr an homme qni s^est Tendu sept fois peut se rerendre encore. Et tous es ▼ojei qui traTÛIIent à se Cure une réputation de talent et de vertu , qui font , en public , étalage et montre de probité et do conscience, dans le but industriel de hausser leur titre de commerce , d*augmenter leur yaleur Ténale. (Test, Térïlablement , la traite des blancs ; c'est la conTersion uoiferselle des peuples au dieu Argent; c'est le catholicisme du Teau d'or. >

— Est-il possible de s étonner ainsi : d'une chose inévitable, nécessaire ; d'une chose qui ne peut pas plus être autrement, sous sa cause, que l'être ne peut être le néant. Sous la souveraineté du peuple; et, pour quiconque raisonne l(^iquenient; il n'y a ni droit ni devoir; il n'y a que cette vie; le raisonnement, c est-à-dire Tégoisme, est exclusif à cette vie. Alors, le dieu-argent, le catholicisme du veau d'or, est la seule religion raisonnable ; si, donner le nom de religion, au matérialisme, n*est pas une ridicule profanation.

Ceci est clair, logique, aussi incontestable que la lumière pour quiconque n'est point aveugle. Eh bien ! nne personne par million, une seule peut-être verra la lumière; une seule verra : que, sous la souveraineté du peuple, la situation sociale, que M. Considérant vient de décrire,

DE LA SOUVERAl^ETÉ. 557

est aussi raliouficllc que possible. Dans tous les cas possibles, la société est toujours, nécessairement et logiquement : ce, que Téducatiou la fait : lorsque réducatiou peut dominer Tinstruction, par une foi commune et une inquisition ; ce, que Tinstruction la fait : lorsque l'instruclion peut dominer l'éducation, par la science réelle rendue commune ; et, ce que la force des uns, du plus petit nombre possible, dominant le plus grand nombre possible, la fait : lorsqu'il n'y a plus : ni éducation commune ; ni instruction commune ; par absence de foi commune , et de science commune. Cette dernière époque est celle : du dieu-argent ; du catholicisme du veau d'or.

— (( Tout , dit encore M. Considérant, est devenu vénal. L'esprit mercantile, qui a tout envahi, a succédé à Tesprit libéral, comme celui-ci avait succédé à l'esprit chevaleresque. Il leur a succédé et les a vaincus. Il a soufQé partout Yégoisme,,, »

— Les guerres des nations, les assassinats collectifs, par le fer, le feu, l'incendie et le poison ; guerres résultant de l'ignorance et des passions; sont bien horribles. Les guerres des mots, par le vague et l'indétermination des valeurs, les logomachies, résultant de l'ignorance et de la vanité, sont mille fois plus horribles encore. Les guerres de la force contre la force, quelque horribles qu'elles soient, finissent toujours : par, établir l'ordre, au sein de l'humanité; ordre par le despotisme; mais, ordre enfin. Les logomachies, au contraire : dès, que la force ne peut plus rien sur elles; et, que l'ignorance sociale, qui leur maintient la vie, ne peut encore être détruite ; amènent inévitablement l'anarchie; et, une anarchie permanente serait : le tombeau de Thumanité.

Prenons, pour exemple, le mot égdisme.

Que signifie le mot égoïsme.^

— Rapporter tout à soi.

— Que signifie le mot raisonnement ?

— Rapporter tout à soi.

En effet : essayez donc de foire un seul raisonnement qui ne soit pas un rapport à soi-même.

L'égoïsme et le raisonnement sont donc : une seule et même chose.

Gomment se fait-il : que, les mots égoïsme et raisonnement, signifiant bon raisonnement^ soient devenus aussi opposés : que, l'affirmation Test à la n^ation ?

Parle rapport de ces deux mots à un troisième, le motd^vomment, signifiant : sacrifice des intérêts relatifs à cette vie.

Si, cette vie est unique; si, la vie de Thomme est exclusivement temporelle ; le dévouement, le sacrifice des intérêts relatifs à cette vie, est le plus sot des raisonnements ; et, le raisonnement, Végoïsme relatif à cette vie, est seul : le bon raisonnement. Dans ce cas, le mot égdisme est aussi opposé que possible, au mot dévouement.

Si , cette vie n'est pas unique ; si, la vie de l'homme n'est pas exclusivement temporelle; si, la vie de l'homme est éternelle ; si, le dévouement, le sacrifice des intérêts relatifs à cette vie , est utile à celui qui le fait, en considération de l'éternité de sa vie ; le mot égoïsme : non-seulement ne sera plus opposé au mot dévomment ; mais, il aura avec loi, une seule et même valeur.

Gomment se fait-il : que , les mots égoïsme et d^uement aient pris des valeurs essentiellement opposées ?

Dès Forigine de l'humanité, toute société quelconque, est essentiellement religieuse : par l'excellente raison, que, hors la religion, hors le lien des actions d'une vie à une autre, hors la vie éternelle, toute société meurt, lentement; par un mouvement progressivement accéléré, au sein de l'anarchie. Si, vous en doutez; ouvrez les yeux; et, regardez !

Pendant toute l'époque où une religion quelconque, reste possible, basée sur une foi quelconque, le mot dévouement

. DE LA SOUVERAINETÉ. {f59

est Texpression caractéristique du mot religion; et, par conséquent, synonyme de Texpression : bon raisenriement . Alors, l'expression égoisme; ou , le rapport exclusif de tout à cette Tie; prend le nom : de mauvais raisonnement. Le mot igdisme, perdant ses denx valeurs relatives aux deux espèces de raisonnement, de générique, de relatif, qu'il était, devient absolu ; et , par conséquent, odieux.

Lorsque, l'incompressibilité de l'examen vient rendre tout» foi impuissante , comme base de religion ; et , que l'ignorance sociale , sur la réalité du liçn religieux , ne permet pas encore à la science, d'être base religieuse ; toute religion devient socialement impossible. Alors, le mot ègoïsmey signifiant rapport exclusif de tout à cette vie, demeure, par la force de routine inhérente à l'ignorance, demeure, dis-je, odieux : quoique alors, cette valeur du mot ègoïsmey soit seule logique, soit seule raisonnable. De là , cette logoniacbiç sur la valeur du mot égoisme; qui, en réalité^ doit être identique à la valeur du mot bon raison* nement; et, l'on blâme l'égoïsme, parce qu'il exclut ce dévouement; quand, c'est la souveraineté du peuple ou l'absence de religion, seule cause qui rende raisonnable la valeur du mot égoisme, dans le sens de négation du dévouement; qu'il faudrait blâmer.

Maintenant, continuons l'examen de M. Considérant]; et, nous verrons ; que, tout ce qu'il reproche à l'égoïsme, doit être rejeté : sur la souveraineté du peuple.

— « Jamais , continue M. Considérant , Pégoïsme , sous toutes ses faces (1), ne s'est montré plus souverainement maître de la société qu^aujourd'hui. U règne et gouverne. »

— Malheureusement non. Ce n'est pas l'égoïsme, ayant pour valeur bon raisonnement , qui règne et gouverne ; c'est, la souveraineté du peuple, par essence, négation du bon raisonnement.

(1) Erreur. C'est sous la seule face de la souveraineté du peuple, quHl fallait dire^

— « Loin, ciiiiliiiue M. Conitidcrant, de rougir de son égoî»me, cbacon s'en honore, 8*cn glorifie. On le porte nu grand jour, on TéUte nir sa poitrine comme une décoration. C'est dans Tégoïsme que 1*00 fait coasister tonte vertu , toute sagesse : — « Ne fous occnpei pas de Thuaianité ; laisses là les grands sentiments et les grands mots ; cherchei à tous caser et faites Totre fortune (i). » Voilà le conseil que le jeune homme reçoit de toutes parts; il est jugé d'après celte maxime; et si. emporté parla générosité naturelle à son âge, il néglige ce qu'on appelle «a carrière pour des spéculations d'une nature large , élevée et sociale , il se voit accusé de folie et mis au han par tous les sages de l'endroit... »

— Et, avec bien juste raison, sons la souveraineté da peuple. Sous cette souveraineté, les spéculations d'une nature large, élevée et sociale ; c'est-à-dire les spéculations relatives au bien des autres et non exclusivement à son propre bien; sont de véritables folies; et, doivent être mises au ban : par tous les prétendus sages de l'univers entier.

— «... et, continue M. Considérant, des philosophes imposteurs, de FAUX SAVANTS , pour donner déhit et vogue à leurs drogues , flattent les nations et encensent la société moderne. Ils ont, dans leurs cours publics, dans leurs livres et leujs journaux, dMntarissahles chants de gloire ^n &veur de leur civilisation pourrie ; et ils se font suivre par la grande cohue des badauds quMIs attroupent autour d'eux sur la place publique. La 6AH6RÂNB s^EST PAaTOUT MISE AUX NATIONS; OU la voit. On la sent, et i! n'y a plus ponr Tarrêter ni foi , ni loi , ni sentiment social , ni religion ; et tout est guerre et division ! guerre des gouvernants et des gouvernés; guerre des partis entre eux ; guerre des propriétaires et des prolétaires; guerre de l'argent contre Targent, du travail contre le travail , du talent contre le talent ; guerre de l'individu contre la masse et de la masse contre l'individu ; guerre dans FEtat ; guerre dans la famille ; guerre partout. »

— CVst inévitable. La souveraineté du peuple constitue

(1) Le mot : enrichissez-vous; est infiniment plus énei^que; ou bien encore, la maxime d'éducation américaine: Make mone^, my son, honestly if you kan; but, make money : « Fais de l'argent, mon fils , honnêtement si tu peux ; mais, fais de l'argent » C'est le catholicisme du veau d'or.

autant de souverains que d*individus ; et, des souverains en contact se trouvent j nécessairement , en état de guerre perpétuelle.

Écoutons M. Considérant , parlant de la féodalité industrielle et financière.

— «La féodalité industrielle est constituée de fait y dit-il , quand les princes de la finance ont envahi une grande partie du fonds ; quand ils ont monopolisé non-seulement le commerce, la fabrication et les capitaux en circulation, mais encore le sol, source première des richesses, Tagriculture, pivot de Tindustrie générale. »

— La féodalité financière, telle que M. Considérant vient de la décrire, s'établit nécessairement , je le répète; c'est-àdire : sans qu'il y ait possibilité que cela soit autrement : lorsque, la souveraineté du peuple, par l'abolition du droit de primogéuiture, succède à la souveraineté de droit divin, dont Tessence de conservation est une féodalité nobiliaire. Vouloir, détruire la féodalité financière; et, conserver la souveraineté du peuple; c'est, vouloir : qu'un effet ne soit point, le résultat de sa cause.

— « Ce n^est plus, dit encore M. Considérant^ Tancien servage individuel qui donnait, en propriété, le vassal à son seigneur ; c'est un servage collectif qui livre les classes inférieures , en masse, aux détenteurs de la richesse, aux seigneurs de la finance^ de Tindustrie et de la propriété. »

— C'est vrai ; et rien de plus vrai ne peut être énoncé. Mais, ce n'est pas le seul fait qu'il faut énoncer; c'est, la cause qu'il faut rechercher, pour bien connaître le fait. Le servage individuel est inhérent à la souveraineté de droit divin ; à la souveraineté de la force masquée de sophismes ; parce qu'alors le sol est inféodé, par la naissance, à des individus se transmettant le sol , par ordre de primogéuiture. Le servage collectif, au contraire, est inhérent : à \^ souveraineté du peuple ; à la souveraineté de la force bru-

Page 1