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De la souveraineté temporelle du pape [microforme]

Les Auteurs Sacrés, l’histoire de l'Eglise depuis son origine jusqu’à nos jours, ses traditions et ses enseignements, nous montrent jusqu’à l'évidence que l'Eglise de Dieu a toujours formé une société distincte, se gouvernant elle-mème, au spirituel et au temporel, avec une souveraineté indépendante de tout autre gouvernement sur la terre.

Nous voyons d’abord la famille patriarcale, dépositaire des vérités révélées primitivement au premier homme, autour de laquelle se groupent les autres familles restées fidèles. C’est l'Eglise primitive, l'Eglise avant la loi écrite, que l’Ecriture appelle la famille des enfants de Dieu, pour la distinguer de la race des infidèles, qu'elle appelle les enfants des hommes. Adam et les patriarches ses successeurs, à :la fois : poutifes. gtrois, gouvernent au spirituel et: au temporel ‘d'une "mairière souveraine, ce qui ne peut pas ètre mis en doute. Nous le ferons voir, du reste, dans le cours de cet écrit.

Plus tard, nous voyons apparaître le peuple de Dieu, dépositaire des vérités révélées à Moïse et aux autres prophètes. C’est l'Eglise sous la loi écrite. Nous savons comment Dieu délivra miraculeusement la nation sainte de l'oppression égyptienne, et la conduisit dans une terre qu’il avait promise aux patriarches ses ancêtres. Et, dans cette portion réservée, la famille d'Israël, centre de l'Eglise sous la loi écrite, comme la famille patriarcale &vant la loi écrite, est constituée en société indépen-

dante de toute domination étrangère, se gouverne souverainement au spirituel et au temporel.

Enfin, lorsque le Christ promis apparaîtra au sein de l'humanité pour y établir définitivement son Eglise, jusque-là fondée sur la promesse de sa venue, nous verrons le peupie chrétien constitué, sous la loi de grâce, en société parfaite et complète, ayant son gouvernement propre, distinct des gouvernements des nations. L’Eglise de Dieu continuera à se régir par son chef, au spirituel et au temporel, avec une souveraineté indépendante. La souveraineté spirituelle du chef de l'Eglise s'étend de droit à l'humanité toute entière, car tous les hommes sont appelés à entrer dans son sein. Sa souveraineté temporelle est restreinte, comme dans l'Eglise primitive et l'Eglise judaïque, à une portion réservée. Elle embrasse d’abord la hiérarchie sacerdotale, avec tout ce qu'il lui appartient ou en dépend. Elle comprend, en outre, les possessions, les territoires, les lieux, les villes qui appartiennent en propre, par droit d'acquisition, à l'Eglise, à son suprème pontificat.

Cet état de choses a été décrété par Dieu dans ses desseins éternels sur son Eglise ; et, depuis la création, a été ménagé, développé graduellement par Dieu dans la suite des siècles, et, au temps voulu, complètement réalisé d’u4e manière manifestement providentielle, comme il nous sera facile dele faire voit. Îl:st donc de droit divin. De plus, tet-état:declrosés a toujours été reconnu comme tel depuis le commencement du monde, a toujours existé avec plus ou moins de développement, a toujours été maintenu par les peuples comme institution sacrée.

L'esprit moderne cependant, esprit de progrès à rebours. et qui s’est donné la prétentieuse mission de renouveler, mais à son sens, la face de la terre, a cru pouvoir, devoir même, changer tout cela. A ses yeux le monde a jusqu'ici marché à l'envers. C'est à lui qu'incombe la tâche de le refaire. C'est à lui qu’il a été donné de faire luire aux yeux du monde une lumière nouvelle, de faire-

apparaître devant nos regards un horizon nouveau, de nous tracer une autre voie, de nous diriger vers un progrès jusqu'ici inconnu. L'esprit moderne a donc vu, dans la souveraineté temporelle du Chef de l'Eglise, une anomalie sociale, un abus désormais impossible à tolérer, un outrage à la raison politique des peuples.

Ne pouvant opérer sa révolution par la force du droit, il a commencé par renverser les idées d'abord : il a créé le droit de la force. Il a eu recours à la force matérielle, à la puissance du canon, et a ainsi accompli son acte: il a consommé la violation du droit naturel et du droit divin par un vol sacrilége

Et le monde moderne, ce monde chez qui l'esprit moderne a recu une généreuse et cordiale hospitalité, le monde est demeuré le témoin impassible de la consommation de ce vol sacrilége: il n’a pas bougé! Que disje? il y a souscrit, l'a confirmé mème, au moins d’une manière implicite.

Sans doute bien des voix isolées se sont élevées, de concert avec la voix de celui qui occupe si dignement aujourd'hui la chaire de Pierre, pour crier à l'injustice, au sacrilége, et réclamer dans les termes les plus éner- Lai Mais ces voix n’ont eu d’écho qu’au pied du trône du Dieu de, Justice, et de patience,-et au fond des âmes qui savent ércore jricr ; le monce, lui, est resté sourd. Et l'injustice accomplie demeure ; le vol consommé ne se répare point; l’'impie tient encore son pied sacrilége sur le sol sacré. Victor-Emmanuel est encore dans Rome.

Les ennemis déclarés de l’Egiise approuvent hautement l’usurpateur : ils ne soupirent qu'après la ruine de la papauté. Mais il en est d’autres, qui se disent enfants de l'Eglise, qui paraissent jaloux mème du titre de défenseurs dévoués de ses droits sacrés, et qui cependant, par un aveuglement incompréhensible, tendent sinon à justifier l’usurpateur d’une manière absolue, au moins à l’excuser comme ayant agi en vertu d’un certain droit. La doctrine soutenue par cette école peut se ramener à trois propositions :

4. L'Eglise est postérieure aux autres sociétés. Elle a été instituée par Jésus-Christ au sein des sociétés depuis longtemps existantes avant elle.

2. L'Eglise, société spirituelle par sa nature, ne peut posséder de biens temporels qu’en autant qu'elle en reçoit le droit des sociétés temporelles.

3, L'Eglise, société instituée par Jésus-Christ en vue d’une fin appartenant à l’ordre surnaturel, le salut des âmes, doit restreindre son action gouvernementale aux choses qui se rapportent à cet ordre, et ne peut pas, en conséquence, exercer une souveraineté temporelle et civile sur aucune portion de l'humanité, sur aucuue nation, aucune ville, aucun territoire.

A l'encontre de ces trois propositions, fausses et erronnées, nous prouverons brièvement, par l’Ecriture, l’histoire, les traditions et les enseignements de l'Eglise, les trois suivantes qui sont leurs contradictoires :

1° L'Eglise est antérieure à toutes les autres sociétés, qui toutes furent créées en elle, pour elle et à cause d’elle.

2, L'Eglise a toujours eu le droit de posséder, et elle le tient du droit divin lui-même. Conséquemment toute atteinte apportée à ce droit est une violation non seule-

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seulement un-y6l, mais 4h, sacrilég Dédionoss e

3° L'Eglise tient également du droit din le droit de gouverner et d’administrer ses biens temporels, les biens ecclésis ‘iques, avec une indépendance pleine et entière de tout gouvernement temporel. Conséquemment si elle entre en possession, par des titres légitimes, d’un territoire ou d’un état, elle a, par le droit divin, le pouvoir de gouverner civilement ce territoire ou cet état d’une manière souveraine, par son Chef.

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