‹ De la souveraineté temporelle du pape [microforme]Chapitre 9 sur 11 · D'ARE · texte numérisé non relu

D'ARE

Prouvons donc, avant d'aller plus loin — car nous sommes ici en face d’une question capitale généralement mal comprise et bien souvent pas comprise du tout — prouvons donc que Jésus-Christ est venu sur la terre <omme roi temporel, non des nations, mais de son Eglise, 1° par les prophéties, 2 par l'Evangile, 3° par les paroles et les actes de Notre-Seigneur.

1° Au chapitre XI d’Isaïe on lit: “ Le rejeton de Jessé ‘ sera exposé devant tous les peuples comme un éten- “ dard ; les nations viendront lui offrir leurs prières.” Voilà la royauté spirituelle de Jésus-Christ s'étendant sur le monde entier, embrassant toutes les nations comme tous les individus. Et au chapitre IX, le même prophète dit: ‘Il s’assiera sur le trône de David, et 1l possèdera ‘son royaume, pour l’affermir et le fortifier dans l’é- ‘‘ quité et dans la justice” Voilà la royauté spéciale sur la portion réservée, la royauté temporelle sur son Eglise.

Jérémie est encore plus explicite : Voici ce que dit le “ Seigneur: On ne verra point la tige de David man- *‘ quer d’un homme qui soit assis sur le trône de la mai- ‘son d'Israël ; et on ne verra point la race des prêtres ‘et des lévites manquer d’un homme qui offre des holo- ‘‘ caustes en ma présence, qui allume le feu de mon sa- ‘€ crifice, et qui immole des victimes devant moi dans ‘tous les temps.” (11 Voilà donc la race royale de David eten même temps la race sacerdotale de Lévi réunies dans Celui qui est attendu, et qui sera réellement à la fois roi et pontife. Assurément on ne peut désirer une distinction plus nette et plus précise du sacerdoce et de la royauté qui doivent se trouver en même temps en Jésus-Christ, et demeureront unies dans son vicaire, jusqu’à la fin des temps. Il y aura toujours un homme assis sur le trône de David, en mème temps qu’un prètre qui offrira des holocaustes. Quel est ce roi et ce prêtre, sinon le Christ qui continue de régner dans la personne de son Vicaire,

(1) Jérémie, XXXIII, 17et 18.

en effet le Chef de l'Église au temporel aussi bien qu’au ‘spirituel? Le prophète ajoute pour montrer la royauté du Christ associé à son sacerdoce par un pacte éternel : “# Voici ce que dit le Seigneur : Si l’on peut rompre l’alli- “ ance que j’ai faite avec le jour, et l'alliance que j'ai faite “ avec la nuit, pour empêcher que le jour et la nuit ne “ paraisse chacun en son temps, on pourra rompre aussi ‘ l'alliance que j'ai faite avec mon serviteur David et “empêcher qu'il ne naiïsse de lui un fils qui règnera sur ‘son trône, et que les lévites et les prêtres ne soient mes “ ministres.” (1) — D’Allioli dans son Commentaire de Ecriture approuvé par le Saint-Siége, dit au sujet de ce dernier texte : ‘ Jésus-Christ, fils de David, règne encore et règnera toujours spécialement dans son vicaire visinle, le Chef de la Chrétienté.”

Daniel compare le royaume du Christ aux empires des Balyloniens, des Perses, des Grecs et des Romains, et il -doit les remplacer sur la terre (2).

VUsée appelle le Christ David le roi d'Israël, c’est-à-dire de l’Église.

Le prophète Zacharie n’est pas moins explicite : “ Voici “ ce que dit le Seigneur des armées : voilà l’homme qui ‘a pour nom l'Orient. Ce sera un germe qui poussera # de lui-même, il bâtira un temple au Seigneur ; il sera “ couvert de gloire, il s’assiera sur son trône et il domi- “nera. Le prêtre sera aussi assis sur le sien, et il y “aura entre eux une alliance de paix ” (3). Menochius commentant ce texte dit: ‘ à! sera couvert de gloire, c'està-dire il portera la couronne glorieuse du sacerdoce et de la royauté, selon cette parole du psalmiste : vous avez mis sur sa téle une couronne de pierres précieuses (XX. 4) — Il s'assiera sur son trône et il dominera, en qualité de véritable roi du peuple de Dieu, selon la parole de St, Luc : et il règnera éternellement sur ia maison de dacob

(1) Jérémie, 20 et 21, (2) Daniel, II et VII.

(3) Taet. V1, i2a 13.

Ts den

(L 32). — Le prétre sera aussi assis sur le sien et il y aura entre eux une alliance de paix : c’est-à-dire entre les dignités et puissances sacerdotales et royales qui se trouveront désormais réunis dans le même Christ.”

Au second livre des rois (VII, 12 et 13), le Seigneur dit à David : ‘Je susciterai après vous votre rejeton qui “ sortira de vous, et j'affermirai son règne. Ce sera lui “ qui bâtira une maison à mon nom,et je rendrai le “ trône de sor: royaume inébranlable. Je serai son père ‘et il sera mon fils”

—“ Rarprochons, dit Maupied (1), de cette prophétie les paroles de son accomplissement, en saint Mathieu (XVI): Tu es Pierre et sur cette pierre je bätirai mon Eglise et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Si un autre que Jésus-Christ gouverne temporellement l'Eglise, ce n’est plus le trône de David. Dieu n'est point son Père, et il n’est point le Fils de Dieu. Jésus-Christ aura bâti visiblement son Eglise, la maison de Dieu, et un autre, envoyé des hommes, la gouvernera en ce monde. Comment alors le trône du Christ est-il inébranlable ? Donc il faut que la royauté du Christ sur son Eglise qu'il a bâtie soit totale et exclusive detoute autre royauté.”

2 L'Evangile confirme les prophéties.

Nous lisons en St. Luc (2) ces paroles de l’Archange- Gabriel à Marie : ‘ Vous l’appellerez Jésus ; il sera grand. et il sera appelé le Fils du Très Haut; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il ragmaré éternellement sur la maison de J acob. A

Plusieurs ont conclu de ces dernières paroles qu’il ne s’agit ici que du règne du ciel après ce monde, mais cela. ne peut pas se soutenir. Il faudrait également conclure de ce que l'Eglise doit durer éternellement, qu’elle n’existe pas sur la terre, ce qui est contraire à la doctrine catholique et aux enseignements de Notre-Seigneur..

(1) Page 182, (2) 1, 32 et 33.

L'Eglise commence ici-bas pour se continuer dans l’éternité dans la société des bienheureux. Jésus-Christ doit régner sur elle ici-bas et dans l'éternité. Voilà pourquoi. son règne n'aura pas de fin. Or,ici-bas sa royauté est totale et exclusive de toute autre royauté, comme elle le sera dans l'éternité. L’Ecriture n’emploie aucune res-

triction : ce n’est pas à l’homme qu'il appartient d’en apporter une.

Nous lisons encore en St. Mathieu: ‘Jésus étant donc !] “ né dans Bethléem de Juda, au temps du roi Hérode, À ‘“ voici que des mages vinrent de l'Orient à Jérusaiem, il et ils demandaient : où est le roi des Juifs nouvelle- AE “ ment né ?” (1) Ces mages entendaient un roi humain, un roi aussi bien temporel que spirituel : c’est pour cela qu’'Hérode, en les entendant, songea à le faire mourir.

Les princes des prêtres l’entendaient dans le même sens, lorsqu'ils dirent à Hérode : ‘ Que le Christ devait “ naître dans Bethléem de Juda, selon ce qui est écrit “par le prophète: et vous, terre de Juda, vous n'êtes pas la moindre entre les principales villes de Juda; car “c'est de vous que sortira le chef qui régira mon peuple « Israël.” (2)

Nous voyons dans les Actes des Apôtres que les Juifs incrédules voulurent enlever Paul et Silas : “ Mais ne les ayant pas trouvés, ils trainèrent Jason et quelques- | “uns des frères devant les magistrats de la ville en ji “ criant : ce sont là ces gens qui troublent toute la terre,. 1 6 et qui sont venus ici troubler notre ville. Et Jason les % a reçus chez lui. Ils sont tous rebelles aux ordonnan- fl “ ces de César en soutenant qu’il y a un autre roi qu’ils ji “ nomment Jésus.” (3) Voilà une preuve péremptoire de (el la royauté de Jésus-Christ prêchée et soutenne par les Apôtres. C’est là, du reste, d’après un auteur recommandable, ‘‘ le grand motif des décrets de persécution des empereurs romains contre les Chrétiens, parce que ceux-

(1) Math. II, 1 et 2.

(2) Math. II, 5 et 6.

(3) Actes, XVII, 6 et 7,

ci formaient une société à part, laquelle reconnaissait .Jésus-Christ pour unique roi, tout en obéissant aux lois de l'empire qui ne blessaient pas leur conscience. Ce motif apparait dans tous les décrets de persécution ; et l’accusation faite contre Jésus-Christ lui-même continue d’être élevée contre les Apôtres, et continuera de l'être contre leurs successeurs sans que ni Jésus, ni les Apôtres, ni leurs successeurs l’aient jamais refutée, repoussée ou niée. L'accusation était vraie parce que Jésus-Christ était roi.”

St. Pierre dans sa première épitre (IV, 11) enseigne -que “ la gloire et l'empire appartiennent à Jésus-Christ.”

St. Jean dans l’Apocalypse dit : ‘* L'empire du monde a passé à Notre-Seigneur.” (1) — ‘“ Je vis ensuite le ciel ‘ ouvert, et il parut un cheval blanc : et celui qui était ““ dessus s’appelait le Fidèle, le Véritable, qui juge et “ qui combat justement. Ses yeux étaient comme une ‘ flamme de feu ; #/ avait sur la tête plusieurs diadémes ” (2).

Ces diadèmes ne sont-ils pas les signes de ses diverses royautés ?

Il serait superflu de compiler les textes nombreux où l’on voit Jésus-Christ proclamé roi par le peuple. L’Evangile en est rempli. Sans doute le peuple, suivant son bon sens vulgaire, ne s’imaginait pas, comme le faisaient les orgueilleux pharisiens, que le Messie serait un guerrier conquérant qui devait soumettre toutes les nations de la terre par la force de ses armes, mais un roi doux et pacifique qui soumettrait tout par sa douceur et la force de sa doctrine. Et Jésus-Christ, bien loin de blâmer leur sentiment de sa royauté, le confirma au contraire comme nous allons le voir.

80 Jésus-Christ a lui-même proclamé par ses paroles -et par ses actes sa royauté temporelle sur son Eglise. I] est un passage de l’Ecriture qui a toujours fait une grosse “objection contre la royauté temporelle du Sauveur aux

(1) Apoc. XI, 15.

(2) Apoc. XIX, 11 et 12.

yeux de ceux qui ne l'ont pas compris dans son vrai sens. ‘Jésus donc sachant qu'ils devaient venir pour l'enlever et le faire roi, s'enfuit une seconde fois sur la montagne seul ” 1}, Donc, conclut-on, Jésus-Christ n’a point voulu être roi temporel de son Eglise. Mais on lit également en St. Jean que les Juifs s’approchant de Jésus pour le lapider, Jésus s’enfuit et échappe à leurs mains (2). Donc, devra-t-on conclure, il ne voulait pas être mis à mort; donc il faut conclure à la négation du mystère de ses souffrances volontaires et de la rédemption. Si la logique exige la conséquence dans le premier Cas, pourquoi ne l’exigerait.elle pas dans le second, le point de départ étant absolument le même ? Jésus-Christ fuit quand on veut le lapider, non parce qu’il ne veut pas mourir pour nous, mais parce que son heure n’est pas venue. Il fuit quand on veut le faire roi, non parce qu’il refuse. de laisser reconnaître sa royauté, mais parce que le temps pour l’accomplissement des prophéties n’est pas encore arrivé. Ef lorsque son heure sera venue, il saura mourir et répandre la dernière goutte de son sang pour nous ; lorsque le temps marqué sera arrivé il saura se montrer roi et en exercer les fonctions. Cette heure a sonné lorsqu'il s’est mis en marche pour son entrée triomphante dans Jérusalem.

Au moment d'accomplir ce grand et solennel acte d’inauguration de sa royauté temporelle sur son Eglise, il la d’abord proclamé de sa bouche divine en racontant la parabole du roi qui fait rendre compte à ses serviteurs des talents qu’il leur avait confiés ; il termine par ces paroles on ne peut plus significatives : ‘ Quantà mes ennemis ‘ qui n’ont point voulu m'avoir pour roi, qu’on les amène “ jei et qu’on les immole en ma présence,” (3) indiquant par là le châtiment réservé aux Juifs et à tous ceux qui refuseraient de reconnaître sa royauté. Aussitôt après -avoir prononcé ces paroles, il se met en marche pour en-

(1) Jean, VI, 15.

(2) Jean, X, 39.

(3) Luc, XIX, 27.

trer royalement dans Jérusalem. Ildébute pour un acte d'autorité royale en envoyant prendre l’anesse et l’anon, faisant dire, pour toute raison, à leurs possesseurs, que le Seigneur en a besoin. ‘‘ Allez à ce village qui est de- ‘ vant vous. En y entrant vous trouverez une ânesse ‘ attachée ei son anon avec elle, sur lequel aucun homme ‘ n’a jamais monté ; détachez-les et me les amenez. Si “ quelqu'un vous demande pourquoi vous les détachez, “ vous lui répondrez: C’est le Seigneur qui en a be- ‘ soin.” (1) — Beaucoup de commenteurs ont vu, dans ce seul acte du Sauveur, l'exercice plein et entier du domaine royal qui lui appartient.

Il permet qu’on lui rende les honneurs extérieurs et publics dus aux rois seuls. ‘“ Une grande multitude de ‘ peuples, partout où il passait, étendaient leurs vête- ‘“ ments le long de la route ; les autres coupaient des ‘ branches d'arbres et les jetaient dans le chemin. Et ‘ toute la foule, tant ceux qui allaient en avant que ceux * qui le suivaient, le louaient en criant : Hosanna au fils “de David ” (2. (C’était bien en effet le descendant de David dont le prophète avait dit : “ Voici votre roi qui vient à vous plein de douceur, monté sur une anesse et l’anon de celle qui est sous le jong.”

Il permet à la foule de l’acclamer roi : “ Béni soit le roi qui vient au nom du Seigneur ” (3).

Les pharisiens entendant cela lui demandent de faire taire ses disciples ; et Jésus au contraire leur répond: “ Je vous déclare que s’ils venaient à se taire, les pierres “ mêmes qui bordent ma route et toute la nature procla- “ meraient ma royauté.” (4)—Est-ce clair ?—Les Juifs entendaient bien la royauté temporelle, puisqu'ils s’en effraient et demandent à Jésus de faire taire ses disciples; et Jésus, au lieu de leur enlever cette persuasion, la confirme par ses réponses.

(1) Matthieu, XXI, 2, et Luc, XIX, 30 et 31. (2) Matth. XXI. 8 et 9.

(3) Luc, XIX. 38.

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