CHAPITRE XIV
STENORYNCHUS LONGIROSTRIS.
§ 1. — Phénomènes caractéristiques du processus.
J"ai observé quelques phases du développement des spermatozoïdes de Stenorynchus longirostris. Elles ont sufû pour me convaincre que ce développement obéissait aux régies générales que j'avais observées chez les autres Décapodes. Une vésicule naît dans le protoplasme au voisinage du noyau ; elle grandit en repoussant le noyau qui se creuse parfois pour la recouvrir ou la coitler partiellement (PI. VH, 171, i72, 175, 174, 17o, 177, 178, 179). La portion des parois de la vésicule voisines du noyau se recouvre intérieurement d'un dépôt granuleux en crépissage qui forme la coupole ou clocbe. Cette dernière est généralement surbaissée. Le dépôt est parfois irrégulier, comme chez les autres Décapodes (PI. VII, 175). Vers le pôle opposé de la vésicule se forme un petit dépôt de grains chromophiles qui forment souvent un petit anneau entourant l'orifice futur de la vésicule (Pi. VII; 171, 172, 175, 178, 180).
Dans la vésicule se forme une tigelle fusiforme, effilée en bas et rappelant celle ûeCarcinus mœnas (PI. VII, 172, 178). Elle est de même strixture, et paraît due au même processus.
Le noyau devient d'abord volumineux et d'aspect homogène (PI. VII, 179); puis il s'altère et tend à disparaître. 11 s'aplalil, s'excave, se ratatine plus ou moins, et perd son affinité pour les colorants nucléaires. Il diminue de volume et s'atrophie progressivement. Dans le spermatozoïde mûr, il a le plus souvent complètement disparu.
Quant au protoplasme de la cellule, il s'efTacc également ou
diminue au point de n'être plus nettement perceptible. Je n'ai pas vu de prolongements proloplasmiques chez Slenorhjjnchuslongirostris.
Le spermatozoïde mûr a la forme globuleuse ou légèrement cylindrique.
§ 2. — Exposé et critique des travaux antérieurs sur la sper- MATOGENÈSE DE Stetiorynchus.
Grobben ' a décrit le spermatozoïde de iS. phalangium. Vu latéralement, il a la forme d'un capuchon, el vu d'en haut il a la forme polygonale avec autant de côlés qu'il y a de rayons. La tête est en forme de godet et présente une traînée plus foncée dans le milieu (notre tigelle), tniînée qui d'après l'analogie avec les autres spermalozoïdes provient d'une /jar/ie invaginée de la paroi supérieure de la lêle. La couche de protoplasme de la cellule, très mince en bas, forme à la face supérieure une sorte de coupe qui recouvre la tête.
Les rayons, ordinairement de 7 à 8, sont de longueur moyenne et horizontaux .
L'examen de la fig. 51 de la PL lY de Grobben, qui représente le spermatozoïde S. phalangium, me suscite quelques réflexions. Très évidemment, Grobben a donné à ce spermatozoïde une orientation inverse de celle qu'il a adoptée jusqu'à présent à de très rares exceptions près. Il a placé ici en haut la convexité de la coupole ou cloche, comme je l'ai toujours fait moi même. Au centre de la cloche est dessinée vaguement la tigelle. Mais alors ce qu'il prend pour une couche du protoplasme cellulaire recouvrant la convexité de la cloche n'est très évidemment que le noyau recouvrant la coupole et ayant perdu son élément nucléinien chromophile, pour prendre un aspect pâle et peu réfringent. J'en dirai autant de la fig. 54 de la même Planche concernant le spermatozoïde ù'Inachiis thoracicus.
J'ajouterai que nous savons que la tigelle n'est pas le résultat
* Grobben -, loc. cit.
SnO A. SAliAllER.
de l'invnginalicn delà pnroi siipéiieure de la coupole, mais un éléir.eiit formé au contre de celle-ci, et qui f rovoque parfois en efTel l'invagination de celle paroi, au lieu d'en être le résultat et la conséquence.
Je répéterai ici pour Stenorh. long, ce que j'ai dit à propos de Carclnns mœnas^ c'est que les prulorK^cments protoplasmiques de moyenne longueur pourraient bien être fugaces comme des prolongements amœboïdes.
Gilson consacre trois lignes aux spermatozoïdes de St. phalangium. Il signale et dessine (PI. XIII, 604) une pariicularité dont l'interprétation ne me paraît pas heureuse. Pour lui il s'agit de la paroi achromatique de la vésicule soulevée par la tigelle.
Pour moi c'est tout simplement le petit dépôt chromophile du pôle inférieur de la vésicule, (]ui se dessine très nettement comme une ellipse, tandis que la zone mince et claire qui le relieaux bords de la coupole a échappé b. l'observateur. C'est d'ailleurs là une erreur que j'ai déjà signalée chez Gilson à propos de Maja verrucosa, et ù'Acanthonyxlumilatus.
Gilscn, pas plus que moi, n'a ni vu ni dessiné des prolongements protoplasmiques chez St. phalangium.
Hermann a donné dans sa communication au Congrès de Copenhague * une série de figures représentant diverses phases de la speimatogenése de St. phalangium, qu'il cite comme représentant exactement le processus d'évolution qu'il attribue aux spermatozoïdes chez les Décapodes brachyures: naissance du nodule céphalique au pôle antérieur ^w noyau, et accroissement de celte vésicule ; développement de la colonne centrale (tigelle) par la rencontre de deux éléments provenant des deux pôles de la vésicule, l'un antérieur achromalique en bâtonnet, l'autre postérieur chromatique en forme de tronc de cône ; enfoncement de la vésicule dans le noyau qui la recouvre entièrement comme une calotte hémisphérique, qui émet par ses bords un certain nombre
' HerraanDj {loc. cit., 1886).
de prolongements rayonnes, le collier réfringent des Macroures faisant complètement défaut.
Sans revenir sur la question de l'origine de la tigelle déjà traitée antérieurement, je répéterai ici que, comme pour la iMaja, Hermann ne s'est pas aperçu delà disparition progressive et complète dvi noyau, qu'il a pris pour ce deinier le dépôt chromatique de la vésicule qui forme la coupole ou cloche, et qu'il est dans l'erreur en prétendant que c'est le noyau qui fournit les prolongemenls rayonnes qui, quan 1 ils existent, dérivent du proloplasma cellulaire'.
2C2 A. SABATIEn.