CHAPITRE PREMIER
ASTAGUS FLUVIATILIS.
§ 1 . — DES SPERMATOBLASTES.
On peut avancer que la formation du spermatozoïde chez les Crustacés décapodes est le résultat de processus des plus singuliers et des plus complexes. Aussi leur étude présenle-t-elle des difficultés sérieuses, qui peuvent expliquer les divergences de vue des naturalistes qui se sont occupés de la question. J'ai cherché à me rendre compte de tous les détails de ce processus, •' i je me propose de faire ici une analyse aussi complète que possible du phénomène, afin de discuter avec connaissance de cause les opinions déjà émises et d'appuyer sur de 1res nombreuses observations mes propres vues sur la matière.
11 conviendrait peut-être de décrire.! les spermatozoïdes] des Décapodes, afin de fixer le lecteur sur les formes dont je me pro-
' ChacuQ des chapitres de cette seconde partie renferme dans le texte môme]ua résumé de son contenu et les conclusions qui me paraissent|en résulter. Le lecteur pourra facilement distinguer et retrouver cette partie du texte. Aussi me dispenserai-je de placer à la fin de chaque chapitre, comme je l'ai fait pour la première partie, un résumé spécial distinct par sa position et parles dimeasioas du caractère.
pose d'exposer la geiic.e el sur les dùnominalions qui leur soiil appliquées.
Mais la description résultera de l'élude même de la genèse des parties qui composent le spermatozoïde aux dépens d'une cellule spermaiique ou deutospermatoblasIeJe vais d'abord aborder celte étude en suivant l'ordre même de l'apparilion des phénomènes. Je prends pour type de ma description Astacus fluviatilis, sauf à indiquer ultérieurement ce que présentent d'analogue ou de différent les autres types que j'ai étudiés. Je me sens d'ailleurs d'aulanl plus autorisée m'attacher à un type particulier, que les phénomènes varient généralement peu dans la plupart des cas d'un Décapode à l'autre, et qu'il y a pour ce processus, si complexe en lui-même, une remarquable uniformité dans le groupe des Décapodes, en en exceptant les Carides.
Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai déjà dit des spermntoblastes el de leur origine. Les assertions que j'ai émises à ce sujet sont basées sur des observations faites chez Astacus^ aussi bien que chez les autres Décapodes que j'ai étudiés. Il convient seulement de dire que c'est spécialement chez Astacus que j'ai rencontré et observé ce que j'ai appelé les nids tardifs ou de l'arriére saison. Les dessins que j'en ai donnés (PI. I, 4, 8, 15), appartiennent exclusivement à Astacus ; el je n'ai pas souvenance d'en avoir rencontré chez les Décapodes marins que j'ai étudiés, ce qui m'autorise à penser que, s'ils y existent, ils sont du moins rssez rares. Cette différence me semble pouvoir être ex pliquée parcelle condition que les Astacus que l'on étudie pendant les mois tardifs el déjà froids sont des animaux péchés pendant les mois chauds el élevés en captivité dans des aquariums; tandisque les Décapodes marins peuvent être facilement, el sont en effet, capturés toute l'année pour l'élude, au milieu de leurs conditions normales d'existence. Or on sait combien la captivilé el le transport do certains animaux dans un milieu qui n'est pas leur milieu naturel sont capables de modilier el d'altérer les
fondions reproductrices. C'est peut-être pnr cette circonstance' qu'il faut expliquer les inégalités de développement et les retards partiels et localisés que l'on observe surtout dans les processus de la spermatosenése d'Astacus.
Prenons la cellule spennatiqueou deulospermatoblasle ô'Astacus au moment où vont commencer les transformations qui aboutiront au spermatozoïde. Celle cellule a pour caractère particulier d'avoir un noyau volumineux par rapport au corps cellulaire. Ces cellules ontenviron 0'"'°,018 à 0'"m^020 de diamètre. Les noyaux volumineux présentent la nucléine à l'état de réseau, et p^,r petits grains disséminés assez également dans toute l'étendue du noyau. Le corps protoplasmique, assez mince relativement, se rétracte parfois sous l'influence des réadifs, et semble alors avoir disparu pour ne laisser que les noyaux qui se colorent d'ailleurs d'une manière peu intense (PI. I, 15). Mais sur d'autres points de la préparation on peut distinguer autour des noyaux une couche mince de protoplasme pâle (PI. I, 14). Ces cellules sont sphériques dans la grande majorité des cas. Quelques-unes présentent cependant des formes plus ou moins aplaties, et le noyau a assez souvent la forme aplatie et discoïdale. Grobben ' prétend que dans les cellules de la grosseur énoncée il a toujours trouvé le noyau aplati et placé excentriquement, et à côté de lui une vacuole dont la situation est également excentrique. IMais il est évident qu'en parlant ainsi Grobben vise une période ultérieure dont il sera question plus tard. Il est positif également que dans un certain nombre de cellules, et avant l'apparition de la vacuole, le noyau est aplati, et dans ce cas-là il est ou n'est pas excentrique. Gilson - énonce comme un fait très général, que la cellule spermalique û'Astacus prend une forme aplatie, et que son noyau revêt aussi la forme d'un disque. Ainsi énoncée, cette proposition est trop générale, et il est plus exact de dire que dans certains cas la cellule spermalique a une forme
* GroI)ben ; loc. cit., pag. 38.
^ GWson ; Spermatog. des Arthropodes (Sndo). La cellule, II, l'"" fascicule, 188G pag. 128.
aplatie, el que dans un plus grand nombre de cas, la cellule étant sphérique, le noyau présente cependant une forme aplatie (PI. VI, 59). C'est là d'ailleurs un fait très variable suivant les sujets, et suivant même les divers points d'une même préparation.
A quoi tiennent ces formes singulières dans des cellules, où n'a pas encore apparu la vacuole qui deviendra plus lard la cause de déformations du noyau? C'est ce que ne disent ni Grobben ni Gilson. Voici l'explication qui me paraît devoir être donnée. Ces noyaux discoïdes sont en réalité des plaques ou couronnes polaires qui n'ont pas repris la forme nucléaire vésiculaire arrondie. Il est remarquable en effet que dans ces cas le noyau reste Fnassif et semble composé de grains pressés el vivement colorés. (PL VI, 59). On trouve en effet dans les coupes ou dans les dissociations des cellules spermaliques telles que PL VI, 82, 85, 84,qui résultent selon toute apparence de segmentations très récentes telles que PL IV, 35, et où les couronnes polaires encore formées de bâtonnets serrés sont restées excentri(]ues. Ce relard dans le retour à la forme normale pourrait bien tenir i\ ce que. dans ces segmentations ultimes qui succèdent en très peu de temps à plusieurs autres, les forces qui président à la cinése de la cellule soient parfois épuisées, et alors les derniers phénomènes qui couronnent la scène cinétique, c'est-à-dire le retour des couronnes polaires à la constitution et à la situation centrale des noyaux normaux, ne se fait qu'aveclenleur. Sans compter que de nouvelles tendances vont absorber Lactivité cellulaire el la détourner de son œuvre précédente. Presque toujours cependant, dans ces cas même, le noyau resté discoïdalelplus ou moins massif reprend sa situation au centre de la cellule; et je crois fortement que c'est la forme aplatie du noyau qui contribue à déformer la cellule tout entière cl à lui imprimer une forme aplatie, quand la cellule a cette forme, ce qui, je le répèle, est réellement assez rare.