‹ De la spermatogenèse chez les crustacés décapodesChapitre 9 sur 31 · DE LA TANGELLE OU UATTANT DE CLOCHE · texte numérisé non relu

DE LA TANGELLE OU UATTANT DE CLOCHE

Quand la cloche est formée, c'est-à-dire quand ses parois sont complètes ou à peu prés complètes, mais avant que leur forme ait subi les dernières modifications, on voit apparaître dans le fond de

la vésicule et contre la paroi, une sorte de nuage floconneux et finement granuleux, qui forme d'abord une saillie peu marquée étendue en général à tout le fond de la vésicule. Cette saillie se colore faiblement par le carmin, par l'hémaloxyline. mais pas plus que le protoplasme de la cellule ; le vert mélhyle ne la colore pas du tout (PI. VI, 69, 105, 115, 125; PI. X, 91, 95, 94, 95, 96, 99}. D'autres fois celte saillie est plus prononcée et forme une sorte de cône plus ou moins saillant et irrégulier (PI. VI, 105, 114, 115, 117, 125, 156, 157, 158; PI. Vil, 218, 220, 221); mais il est possible et même probable que ces formes saillantes représentent des phases postérieures à la période de début. Ce qui semble le démontrer, c'estque chez les spermatozoïdes plus avancés, la forme la plus ordinaire est la forme de boulon supporté par une courte tige, ou de battant de cloche (PI. Vi, 70, 95, 97, 98, 106, 107, 112, 116, 119, 127, 155, 154, 155). Mais il survient alors dans ce bouton intérieur une modiûcation remarquable, qui n'est peut-être pas constante, mais qui s'observe dans un très grand nombre de cas. H apparaît en effet quelques grains réfringents et fortement colorés par le vert méthyle, riiématoxyline, le carmin, et qui paraissent d'une nature identique à la substance des parois de la coupe. Ces grains peuvent être rares ou nombreux, et occuper une partie ou presque tout le volume du bouton (PI. VI, 92, 99, 100, 104. 105, 108, 109, l'O, 111, 118, 120, 121, 122, 124, 125, 126, 128, 129, 150, 151, 152, 155, 159; PI. VII, 1, 5, 217, 219, 222). Cette substance très réfringente se dépose par grains, qui sont d'abord rares et petits, et qui plus tard se multiplient, s'agglomèrent et grossissent. A côté des boutons non réfringents et non colorables et des boutons à grains réfringents et très colorés, s'observent des formes iiiterniédiaires, où la substance des boulons paraît pins dense que dans les premiers et se colore modérément sans acquérir une réfringence bien marquée.

Le bouton ainsi formé peut persister dans le spermatozoïde mûr, mais il peut aussi être résorbe. Le plus souvent, il se moditie suivant un processus que j'exposerai uii peu plus loin.

lo6 A. SABATIER.

Apiês avoir ainsi passé rniiiulieusement en revue la série des modificalions que l'on obfer\edansla vésicule depuis son origine jusqu'à sa conslitulion définitive, je dois, ainsi que je l'ai annoncé, entrer plus avant dans l'intimité du mécanisme qui préside à ces transformations. Pour cela l'étude des dissociations m'a été extrêmement utile. Généralement je traitais les tissus extraits de l'aninnal vivant par la liqueur de Ripart et Petit pour les fixer, et par 'evert méthyle acétique pour les colorer. Ou bien j'employais, comme moyen à la fois de fixation et de coloration, le vert méthyle acéto-osmique.

Eiifin j'ai également employé la liqueur de Ripart et Petit additionnée de quantité égale d'une solution d'acide osmique an i/500 selon la formule de Gilson, et je colorais ensuite par le vert méthyle acétique.

Comme colorant, j'ai ègnle.nent employé les doub'es colorations de brun bismark et vert méthyle ou bien d'hématoxyline et éosiiie ou safranine. Par ces diverses méthodes j'ai obtenu des résultats très nets et très précis que je vais exposer.

Une première question se pose: Quel est le processus de formation de la coupe ou cloche ? Comnient se forme cette paroi de substance solide, réfringente, et si sensible aux colorants nucléaires? Je puis à cette question donner une réponse satisfaisante et appuyée sur un très grand nombre d'observations, soit chez Astacus, soit chez les divers types de Décapodes que j'ai observés. Pour cela les dissociations sont nécessaires après fixation des élémerits par des liquides qui ne les contractent pas, et qui ne les déforment pas. Pour cela le liquide de Ripart et Petit m'a toujours paru donner d'excellents résultats. On peut s'en assurer en comparant les éléments observés frais dans le sang de l'animal et ces mêmes éléments fixés par la liqueur ci-dessus. Les fixateurs trop énergiques et qui contractent les éléments, rapprochent et confondent les parties distinctes et rendent l'analyse difficile. .*>ur des dissociations d'objets convenablement fixés cl colorés, on peut remarquer que les parois de la coupe sont le résultat du dépôt successif et progressif de la substance qui

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se présente sous plusieurs formes. Il est digne de remarque que les parois de la coupe sont toujours inégales, accidentées, et comme formées par l'agglomération de grains qui se sont déposés à la face interne de la membrane limilan'e de la vésicule. Il résulte de là que la face externe de la cou[ie est généralement lisse, tandis que sa face interne ofïre des saillies, des creux, des inégaliiés, et que la coupe semble représenter une sorte de crépissage à grains plus ou moins fins appliqué à la face interne de la membrane vésiculaire (PI. YI, 90, 96, 99. 100, 101, 102, 105, 104, 105, 106, 107, 111, lU, 115. 117, 118, 119, 120, 121, 122, 125, 124. 125, 126, 127. 128, 152, 155, 154, 155; PL Vil, 1, 2, 5). Ce crépissage se fait quelquefois d'une maLiére assez irrégulière pour que les parois de la coupe en formation soient de hauteur et d'épaisseur très inégales. Par exemple (PI. VI, 99, 102, 104, 117, 119, 126). Mais la constitution granuleuse des parois de la coupe se montre quelquefois d'une manière très remarquable et par exemple dans les Pi. VI, 111,118, 159; PL Vil, 219. Enfin j'ajoute que l'anneau de la même substance qui apparaît autour de l'orifice inférieur futur de la coupe, se dépose aussi sous forme de petits grains d'abord (PI. VI, 66, 67), qui se multiplient et grossissent ensuite. Aussi trouve-t-on parfois des grains isolés et multiples (PL VI, 95) qui plus tard aboutiront à la formation d'un anneau plus ou moins large, qui sera atteint par les parois croissantes de la coupe et s'unira avec elles.

La PL VI, 159 montre clairement cette identité du processus formateur pour la coupe et pour ses bords. Il s'agit dans les deux cas d'un dépôt sous forme de grains d'une substance solide, très réfringente et très sensible aux réactifs nucléaires, y compris le vert méthyle acétique, c'est-à dire présentant tous les caractères auxquels on reconnaît habituellement la nucléine. Voilà ce que permet de conclure l'examen approfondi des éléments testiculaires A'Astacus, et ce que confirmera d'une manière éclatante l'étude des autres Décapodes.

Quant aux transformations ultérieures de la vésicule et à la formation de la tigelle ou bouton, voici ce que l'on peut observer.

Le contenu de la vésicule paraît, aije dit, liquide dés le début; mais dans le sein de ce liquide se trouvent des éléments capables de se précipiter et de s'organiser.

S'il est vrai que dans bien des vésicules le contenu paraisse clair et laisse à peine devinerTexislence de granulations d'une excessive finesse, dans d'autres au contraire le contenu permet d'apercevoir des granulations plus évidentes (PI. YI, 87,88 èts, 91).

L'élément réfringent et colorable se sépare et se dépose le premier pour former la coupe; et quand cette dernière a atteint nn certain degré de développement, la partie granuleuse et non colorable tend aussi à se précipiter. Or cette précipitation tend aussi à se faire sur la portion de l'axe de la vésicule qui avoisine le fond de la coupole, c'est-à-dire le point où se forme le bouton. Le même mouvement qui a entraîné dans cette direction la partie colorable de la vésicule y entraîne aussi la partie non colorable.

C'est ainsi qu'il se forme d'abord dans le fond de la cloche un dépôt assez élendu et peu saillant, qui s'élève peu à peu et prend la forme conique, et ensuite la forme d'un bouton porté par un pédicule. L'explication de ces successions de forme se trouve dans la tendance au transport vers la région à la fois centrale et supérieure de la cloche ou coupole, de toutes les granulations qui se sont manifestées dans la vésicule.

Certaines figures intéressantes semblent révéler en effet, vers la partie à la fois centrale et supérieure de la cloche, une sorte de concentration ou même de rétraction des filaments d'un réticulum qui entraine dans ses mailles les fines granulations non réfringentes et incolores observées dans le liquide. Je signale en effet la fig. PI. VI, 105 où ce réticulum est assez manifeste, les fig. PI. VI, 114, 115, IIG, 156, 157, 158; PI. VII, 218, 220, 221, qui montrent sur le sommet du bouton des saillies qui semblent formées par un retrait inégal du réseau à granulations. Mais j'appelle surtout l'attention sur les fig. PI. VI, 100,106; PI. 222 qui représentent en flagrant délit de retrait le réticulum granuleux de la vésicule. Enfin les fig. PI. VI, 101,1 18 représentant des spermatozoïdes vus de face, permettent d'apercevoir les filaments rayonnes du

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réliculutn, tandis que dans d'autres cas au contraire on n'aperçoit qu'dne masse très flnemeut granuleuse (PI. VII, 2), ou unréiiculum irrégulier (PI. VI, 121).

Le boulon ainsi organisé est le plus souvent dépourvu d'élément réfringent et colorable. Mais dans un très grand nombre de cas aussi, on y observe quelques grains plus ou moins gros d'une substance identique avec celle qui forme les parois de la cloche ou coupole (PI. VI, 92, 99, 100, 104, 105, 108, 109, 110, 111, 120, 121. 122, 124, 126, 128, 129, 130, 131, 132, 135, 155, 139; PL VIL 1, 2, 8, 217, 219, 222).

Ces grains colorés et réfringents ont d'ailleurs la môme origine que ceux qui constiluenl les parois de la coupole; et ils permelteni d'établir d'une manière éclatante que celle dernière s'es-t formée par une précipilation de certains éléments développés dans la vésicule.

D'ailleurs certains faits que j'ai observés, quoique très rarement, fournissent à ce qui précède un commentaire précieux.

J'ai vu en effet cliez un Astacus du 28 août une cellule spermalique (PL VI, 91), dans laquelle la vésicule, déjà fortement développée, et ayant comprimé et déformé le noyau, présentait dans son intérieur un réseau achromatique manifeste, sur le parcours et sur les nœuds duquel se trouvaient des grains déjà distincts et de grosseurs très variables de la substance réfringente et colorable. Deux amas de grains s'étaient déjà accumulés sur les parois pour entrer dans la constitution des parois delà coupole. D'autres étaient restés à l'intérieur, et étaient destinés, les uns sans aucun doute à compléter la coupole, les aulres peut-être à rester dans le boulon central. La vésicule ainsi conslituée eût pu être prise pour un vrai noyau à réliculum chargé de grains de nucléine, si la comparaison avec les cellules spermaliques ses sœurs et ses voisines n'avait enlevé tout doute sur sa vraie signification.

Enfin ce qui achève notre démonstration, c'est qu'après le dépôt des parois de la coupole et du boulon central le contenu de la vésicule est devenu absolument hyalin , et sans traces de réseau ou

de granulnlions, ce qui lésnlle iKiluiellenieiiL de l;i sépniaLioii el du dépôt des parties solides de son contenu.

Les phéno.'iiènes que je viens d'annlyser vont nous donner In clef des Irnnsformalions ultimes de In coupole ou cloche en nnnenu plus ou moins conique, il est facile de comprendre en efTet que celle rétraction du réticulufn de In vésicule vers une région à In fois centrale el supérieure attire aussi dans ce sens les parois mêmes de la cloche qui adhérent à son contenu. Si l'on examine à la fois les fig. PI. YI, 98, lOOet 106, on comprendra bien que la rétraction du réticulum vers le centre du bouton donne d'abord à la cloche la forme aplatie de haul en bas que représentent les fig. PI. VI, 69, 70, 150, 155, 155, etc. Ce mouvement de rétraclion, s'accenluant, entraine aussi en dedans les parois latérales, diminue leur convexité extérieure, les rend d'abord planes (PI. Yl. 70, 129), peut môme les rendre convexes vers l'intérieur de l'anneau, et leur donne cet aspect plissé qu'elles ont chez les sperma tozoïdes tout à fait mûrs (PI. Yll, 4, 5, 6). Mais en outre cette rétraction du réticulum interne vers un centre d'attraction représenté par le bouton lui-même, attire vers ce boulon les bords mêmes de l'oi iûce de la coupe ou cloche, qui sont ainsi amenés à former un angle de plus en plus aigu avec les parois- latérales (PI. Yl, 60, 70, 129, 151, 152, 154). Mais cette rétraction produit sur le sommet même de la coupole un effet plus remarquable. Ce sommet, étant lui-même entraîné vers le bouton, s'affaisse: sa convexité se transforme en concavité, il devient saillant vers la cavité de la cloche, et enfln il finit par s'amincir et se percer dans le centre, formant ainsi l'orifice supérieur qui n'est parfois représenté que par un simple amincissement (PI. VI. 60). Le bouton est alors remplacé par une sorte de bouchon placé au niveau de cet orifice, et qui se résorbe peu à peu et disparait. Quant aux grains colorables el réfringents que renfermait le bouton, ils se confondent avec la paroi de la coupole qui est attirée vers le bouton, et ils cessent de paiaitro comme grains indépendants. Nous savons d'ailleurs qu'ils avaient absolument la même origine el la même nature que les grains qui s'étaient déposés pour former les parois de la coupole.

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Ainsi la cloche ou coupole se trouve résulter dans sa forme définitive: T de la précipitation et du dépôt de la substance réfringente et colorable du contenu de la vésicule sur les parois de cette dernière ; 2° de la rétraction de la portion non colorable et non réfringente du contenu de la vésicule vers un centre d'attraction situé vers la partie supérieure de son axe vertical.

J'aurai complété ce que j'ai à dire de la clo/lie en ajuuianl qu'ultérieurement la membrane qui forme l'orifice inférieur de la clocbe, et qui n'est que la membrane de l'ancienne vésicule se résorbe et disparaît sur ce point, et que dans les spermatozoïdes mûrs la cloche peut paraître ouverte.

Les transformations de la cloche que je viens de décrire correspondent à la forme la plus compliquée et la plus différenciée, ('elle forme, on la rencontre particulièrement aa mois d'août et de septembre, mais j'ai très fréquemment observé pendant les autres péiiodes de l'année une forme bien moins parfaite et qui se trouve jusque dans la région inférieure du canal défèrent. Dans ces cas, la cloche consiste en une simi)le coupole suibaissée, de structure granuleuse, à parois d'épaisseur assez inégale, et ayant a :i centre la ligelle ou battant (PI. VII, 217, 218, 219, 220, 221, 222). Les parois de la cloche ne recouvrent pas entiérernenl les côtés de la vésicule, et n'atteignent pas l'anneau réfringent qui s'est formé au pôle inférieur de la vésicule. La face supérieure ou cor.pole est parfois légèrement aplatie (PI. VII, 2^0, 222), o'j même légèrement concave supérieurement (PI. VII, 218, 221). Ces formes se retrouvent certainement comme phases du développement de la forme précédente, ou forme annulaire que nous avons déjà décrite; et l'on pourrait les considérer comme appartenant à des spermatozoïdes encore imparfaits, si l'on ne voyait les autres parties du spermatozoïde, les filaments rayonnants par exemple, bien développées (PL Vil, 217, 218, 219, 222).

Je pense donc qu'il faut les regarder comme des spermatozoïdes achevés dans leur développement, fnais déforme inférieure, et qui se rencontrent surtout pendant les phases de moindre activité des organes reproducteurs.

Gilson paraît d'ailleurs n'avoir remarqué que ces formes de spermatozoïdes, car toutes ses ligures se rapportent à elles*. Maltieiireusement Gilson n'indique pas la date de l'année à laquelle correspondent ses observations. Pour lui, comme pour moi, ce sont des spermatozoïdes mûrs, mais j'ajoute que ce sont des formes inférieures. J'ajoute aussi que c'est sur ces forines que l'on peut bien mieux se rendre compte de la structure granuleuse de la cloche, car les parois en sont très inégales et composées de grains d'aulani plus évidents qu'ils sont parfois isolés. On peut voir cela très nettement dans les flg. PI. VI, H 1 ; PI. VII ,219. Et même dans les fig. PI. VII, 220, 221, le dépôt inférieur qui conslilue l'anneau coloré de Torifice de la cloche est constitué par un ensemble discoïde ou circulaire de petits grains colorés. Dans certains cas, connue par exemple les fig. PI. VI, ll8; PI. Vil, 219, le bord de la cloche est très découpé et très fragmenté. Nous reviendrons d'ailleurs plus tard sur ces formes à propos des transformations du noyau et du protoplasme ; et leur étude nous sera d'une très grande utilité pour déterminer la valeur et la signification des diverses parties du spermatozoïde.

Pour éviter des redites et préciser nos désignations je donnerai à la première conformation le nom de forme annulaire, et à la seconde le nom de forme en coupe ou ciipuli forme.

§4. — Modifications du protoplasma, du noyau et de l'enve loppe de la cellule spermatique.

L'accroissement considérable de la vésicule, son développement comme coupe ou comme anneau, produisent nécessairement des changements importants dans les divers éléments de la cellule au sein de laquelle elle s'est formée et développée. Ce sont ces changements que nous allons suivre avec d'autant plus de soin el d'intérêt, qu'ils n'ont certes pas été vus et appréciés d'une manière identique par tous ceux qui se sont occupés de la question. Je vais d'abord

» Gilsoa; loc. cit., PI. XI, fi-. 443, 444, 446, 447, 448, 4i9 et 450.

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exposer mes propres observations, sans me préoccuperde celles qui entêté publiées antérieurement; réservant l'analyse et l'appréciation des observations de mes devanciers pour un paragraphe ultérieur. Je parlerai simultanément des modifications du noyau et du protoplasme, car elles sont liées les unes aux autres.

Le protoplasme du deutospermatoblasle, au moment où apparaît la vésicule, est généralement peu abondant et forme une couche relativement mince autour du noyau, qui au contraire est ordinairement volumineux (PI. VI, 60, 61). Le protoplasme est finement granuleux et d'un aspect uniforme. Le noyau renferme un très grand nombre de petits grains de nucléine distribués dans le réseau nucléaire, de telle sorte que les colorants nucléaires lui donnent l'aspect d'une masse granuleuse colorée et médiocrement réfringente.

L'apparition de la vésicule et son accroissement au voisinage et n^ême au contact du noyau a bientôt pour efîet de produire en ce point une sorte de concavité d'enfoncement de la membrane nucléaire, formant ainsi une sorte de niche, dans laquelle est logée la vésicule, niche qui se creuse et s'accroît en s'évasant à mesure que croît la vésicule (PI. VI, 61, 62, 65, 64, 65).

Une lame plus ou moins mince de protoplasme peut rester d'abord interposée entre la vésicule et le noyau, mais elle s'amincit et finit par disparaître. Il faut noter d'ailleurs que le noyan semble décroître comme dimensions, et occuper dans la cellule une place moins importante (PI. VI, 65, 6i, 65).

Il subit en effet des modifications qui consistent en ceci que la nucléine ou partie colorable disparaît des couches périphériques, et se limite de plus en plus vers le centre sous la forme d'un disque d'abord épais, mais qui deviendra de plus en plus mince (PI. VI, 60, 66, 67, 68, 69, 70, 75, 76, 79, 80, 81, 85, 86, 87, 88, 88 bis, 89, 90). Les parties périphériques qui ont: perdu leur nucléine deviennent môme vésiculeuses ou granuleuses, la membrane nucléaire disparaît, et les limites du noyau deviennent indécises (PI. VI, 62, 64. 65, 66, 67). Nous verrons plus loin, à propos desCarides, quel est le processus inlimedeces transforma-

144 A. SABATIEP, .

lions. Elles ont pour résultat de diviser le noyau en deux régions, l'une centrale renfermant des grains de nucléine qui tendent à disparaître, et l'autre périphérique, finement granuleuse et claire. mais non Colombie. La première partie se réduit de plus en plus en épaisseur et finit par constituer une lame très mince (PI. VI, 60, 79, 80).

A mesure, en effet, que la vésicule grandit et que les parois de la cloche se forment et s'accroissent, le disque de nucléine devient de plus en plus mince (PI. VI, 68, 69, 70. 85, 90). Il ne forme bientôt qu'une lame extrêmement fine, de moins en moins colorable et amincie vers le centre (PI. VI, 60). Enfin dans le spermatozoïde mûr cette lame foliacée elle-même s'efface, ou ne laisse comme trace qu'une strie fine et incolore. La zone claire qui l'environnait diminue également de volume et ne forme bientôt plus qu'une sorte de disque à bord plus épais, appliqué sur la convexité de la cloche et la recouvrant dans une certaine étendue. Celte zone finit elle-même par s'amincir ; c'est sur son pourtour que naissent des prolongements plus ou moins nombreux du protoplasme (PI. Vil, 4, 7, 217, 218, 219, 222) qui donnent aux spermatozoïdes ù'Astacus cet aspect rayonné si remarquable. Ces prolongements sont coniques et très effilés ; ils sont droits et non repliés et ont une direction oblique par rapport aux rayons d'.i corps des spermatozoïdes. Tous présentent leur obliquité dans le même sens. Il y a donc une vraie couronne de filaments situés dans un plan horizontal et de longueurs assez inégales. Leur nombre le plus ordinaire est de huit ; mais il varie dans d'assez notables proportions.

Le Cytoplasme s'est concentré autour de la cloche et y forme une zone opnque ou zone sombre (PI. VI, 67). C'est lui qui constituera les rayons ou filaments rayonnes. Ceux-ci se développent sous la membrane cellulaire ; aussi sont-ils d'abord appliqués et enroulés autour de la cloche, ce qui rend compte de leur direction primitivement oblique dans un sens égal pour tous.

Par suite du retrait du cytoplasme, la membrane cellulaire devient relalivement indépendante (PI. VI, 60, 68, 69,70,97, 98).

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Ainsi isolée, elle se résorbe et se détruit à son tour, et le spermatozoïde est ainsi mis en liberté. C'est alors que se déploient les filaments rayonnes qui ont commencé à se former avant la rupture de la membrane, et qui doivent leur direction oblique à la position repliée que celle-ci leur a imposée.

Je ne dois pas oublier de dire que, dans quelques cas le contenu liquide de cette membrane cellulaire peut s'accroître sous diverses influences, et donner au spermatozoïde l'aspect d'une grosse vésicule remplie de liquide dans lequel est plongée la cloclie. Ce sont là des formes spéciales et que je me boine à mentionner. Grobben' en a représenté quelques-unes. Gilson- en a donné aussi une figure.

On dislingue donc à un moment donné deux membranes dans le spermatozoïde, l'une extérieure ou membrane de la cellule primitive, et qui est appelée à disparaître quand le spermatozoïde deviendra libre, et l'autre interne, membrane de la vésicule qui enveloppe la cloche et en ferme l'orifice inférieur. Mais le corps protoplasmique qui enveloppe la tète et qui donnera naissance aux filaments ou rayons ne possède pas de membrane propre ; c'esl du protoplasme à nu et se limitant lui-même.

Tel est le processus de formation du spermatozoïde dans les cas réguliers, normaux, pendant la période de l'aclivité génitale, et chez des animaux péchés récemment, et vivant par conséquent dans leur milieunaturel. Si je résume les observations qui précèdent, il me semble en ressortir clairement les faits suivants :

1" Le spermatozoïde mûr ^Astacus se compose essentiellement :

A. D'un anneau de substance réfi ingénie et 1res avide des colorants de la nucléine. Cet anneau a été considéré partons les naturalistes, sans exception, comme représentant la tête du spermatozoïde.

« Grobben; loc. cit. Pi. III, 34, 35, 30, 2 GilsoQ ; ioc. cit., PI. XI. ûg. 442.

1 16 A. bABATIEU.

B. D'une zoiie claire représentant les restes du noyan dont la nucléine a disparu, el correspondant me semble-t-il au segment moyen des spermatozoïdes filiformes.

C. D'un corps protoplasmique réduit à une zone sombre qui fournit une couronne de prolongements protophismiques insérés obliquement autour de la tête. Ce cor[)S protoplasmique entoure la zone claire provenant du noyau el les parois latérales de la cloche. Il représente le filament ou les filaments des spermatozoïdes filiformes.

2° La tête n'est pas le successeur immédiat du noyau du deulospermatoblaste ou cellule spermatique. Elle ne paraît pas en dériver. Elle provient des transformations successives d'une vésicule née dans le cytoplasme au voisinage du noyau. Elle est formée par le dépôt sous forme de grains d'une substance très réfringente et très chromatique qui tapisse, comme une sorte de crépissage, l'hémisphère supérieur et les parois latérales de la vésicule. Sur l'hémisphère inférieur de la vésicule se dépose un étroit anneau delà même substance qui semble circonscrire un orifice occupé cependant par la membrane de la vésicule. La substance incolore qui remplit la vésicule laisse déposer, outre la substance de la léte, une substance grenue et achromatique qui semble résulter de la condensation d'uii réseau intérieur, et qui donne naissance à la tigelle ou battant de la cloche. Ce mouvement de concentration de ja partie achromatique de la vésicule a pour conséquences certaines modifications de la vésicule et sa transformation en anneau. Cet anneau supérieur large s'unit le plus souvent à l'anneau inférieur étroit, pour constituer la tète du spermatozoïde.

5" Le noyau de la cellule spermatique diminue de volume et s'aplatit. Devenu discoïde, il s'amincit de plus en plus el finit par s'effacer.

4° La léte du spermatozoïde ^'Astacus semble donc être un corps d'origine cytoplasmique, et ne pas provenir du noyau de la cellule spermatique.

Ce sont là les premiers résultats de Tétude qui précède el les premières conclusions que je crois pouvoir tirer des faits observés.

Je me réserve de discuter pins lard la nature cylologique de la tête dont nous venons d'exposer la genèse.

Mais il est un antre mode de développement du spermatozoïde A'Asiacus que je dois décrire maintenant, et qui viendra confirmer les propositions qui précèdent, il correspond à ces formes inférieures de spermatozoïdes que j'ai déjà décrites. Dans ces formes, en effet, le noyau ne subif. pas cet aplatissement et celte déformation symétrique et régulière, qui en fait comme un couvercle mince recouvrant le dôme de la cloche.

Le noyau se ratatine et se réduit à mesure que grandit la vésicule. Il n'est point aplati par cette dernière, mais bien chassé du centre de la cellule. Il devient tout à fait saillant, formant une sorte de tubercule ou verrue placé sur un point quelconque de la surface de la cloche, mais le plus souvent sur un des côtés et d'une manière tout à fait asymétrique (PI. Yl, 92, 95, 94, 95, 99, 100, 101, 119,120, 121, 122, 125, 124, 126, 156, 158, 159 ; PI. Vil, 2, 5, 217,218,219,220, 221,222).

Ce noyau ratatiné finit parfois par s'aplatir, ainsi qu'on le voit danslafig. PI. VI, 100, 137. Sa nucléine diminue peu à peu comme quantité, devient moins réfringente; et le noyau encore amoindri prend une structure granuleuse, et finit par devenir insensible aux colorants nucléaires (PI. YI, 99, 101, 104, 103, 106, 107, 108, 109, 110, 111, 114, 125, 124, 126, 127, 128, 156, 157, 158; PI. VII, 1).

Dans d'autres cas il conserve encore un assez bon nombre de grains de nucléine jusqu'à une phase très avancée, et même jusqu'à la mat'irité du spermatozoïde. Mais ces grains sont moins distincts, moins .réfringents et moins sensibles aux colorants nucléaires et au vert méihyle en particulier (PI. Vil , 217, 218, 219, 220, 221, 222). 11 est donc évident qu'ici, comme dans le premier cas, il yja tendance à la disparition du noyau comme noyau, c'est-à-dire comme partie riche en nucléine.

Ce qui en reste dans quelques cas se présente sous la forme d'un ou plusieurs petits corps légèrement granuleux et insensibles

aux colorants nucléaires, et placés sur un point ou des points quelconques de la face externe de la cloche, e' généralement sur les côtés de celte dernière. Ce sont des noyaux dégénérés; des cadavres de noyau.

D'ailleurs ces restes inertes du noyau ne se trouvent pas seulement dans les formes à coupe, mais aussi parfois dans les formes annulaires, ce qui prouve que dans ces dernières formes la disparition du noyau par amincissement pro^iressif n'est pas un processus d'une constance absolue. Je les ai dessinés dans les PI. VII, 4, 5, 6j T.Grobben, Nussbaum et Gilson les ont dessinés aussi, tout en leur donnant des interprétations que je critiquerai ultérieurement.

Je dois enfin relater que dans les formes à cloche ou cupiliformes les rayons protoplasmiques n'ont ni la forme conique, ni la conformation directe et rigide que nous avons décrite chez les formes à anneau. Les prolongements protoplasmiques sont en effet en forme de filaments et présentent dessinuosilés marquées. Ils manifestent également une insertion oblique sur le pourtour de la cloche (PI. Yll, 217, 218, 219, 222).

J'aurai fini ce qui a trait au développement du spermatozoïde en faisant remarquer qu'outre les formes en coupe et les formes annulaires, tous les intermédiaires peuvent être observés, et qu'il n'y a rien d'absolu dans celle distinction.

§ 5 — EXPOSÉ ET CRITIQUE DES TRAVAUX ANTÉRIEURS SUR LE PROCESSUS DE SPERMATOGENÈSE.

Après avoir exposé mes observations relatives à Astacus, je dois examiner les travaux antérieurement publiés sur le même sujet.

il y aura là pour moi une occasion de discuter à la fois les observations de mes devanciers et les conclusions qu'ils ont cru pouvoir en tirer. Comme précédemment, c'est à Grobben que je remonte dans cet examen des travaux qui ont précédé le mien. J'ai déjà examiné et discuté les opinions émises sur l'origine et la

nalure de la vésicule, je pourrai donc glisser rapidement sur ce point de la question. Je dois d'ailleurs y revenir dans les conclusions générales de ce travail.

Avant de commencer la description des spermatozoïdes des Crustacés décapodes et de leur développement, Grobben' prévient, qu'il ne désignera comme tête que la partie du spermatozoïde dérivant du noyau de la cellule séminale, qu'il appellera corps le protoplasma de la cellule entourant la tête, et rayons les prolongements ainsi nommés par Kôlliker.

D'après lui, les spermatozoïdes ^' Astacus ç>ï\{ un corps ellipsoïdal renfermant une tète en forme de cupule {napfartige) ou godet. Celle lêle est fermée en bas, ouverte en haut; son rebord supérieur est retourné en dedans. La paroi inférieure est fortement invaginée. La paroi latérale est épaissie en bas, et s'amincit vers le bord qui présente des sillons disposés radialement. 11 y a deux membranes enveloppantes distinctes à la partie supérieure, l'une interne autour de la tête et l'autre externe autour du corps; mais il n'y a qu'une seule membrane à la partie inférieure, les membranes externe et interne se fixant simultanément sur le pourtour de la face inférieure de la léle du spermatozoïde.

Ordinairement, on voit à côté de la tête chez Astacus fluviatilis un corps très réfringent, qui ne se colore pas par le carmin. Grobben le considère comme un élément tout à fait accessoire {fur einenganz unwesentlichenBestandtheil), qui non seulement fait souvent défaut, mais qui parfois est situé tout à fait à l'extérieur du corpuscule séminal. Grobben ne l'a jamais rencontré chez Astacus lepiodactylus. Un peu au-dessous du point où la membrane exlerne s'attache sur le rebord de la tôle, naissent les rayons qui sont de différentes longueurs, et qui varient aussi de nombre. Grobben en a trouvé de 5 à 28. Pour ce qui a trait au développement, je tiens à citer entièrement le texte de Grobben : « La vacuole (ou vésicule)alteinl une grosseurremarquable;elsurceluide ses pôles qui eslappliquè contre le noyau apparaît une petite masse

' Grobbt'u ; loc. cil. pag. 25.

réfringonle {glanzendes Kl'ùmpchen) qui se colore en rose foncé psr le carmin, el qui se comporte comme un corps albuminoïtle. Le prolopl'.ismedu corps cellulaire manifeste déjà alors une disposilion déterminée qui est en rapport avec la structure compliquée du spermatozoïde mûr. On trouve notamment tout autour de la vacuole miïq couche de protoplasme, qui est wî/wcesurlafacedeia vacuole voisine du noyau et sur la face opposée, mais qui possède pourtant déjà une notable épaisseur. Le noyau, qui est entouré d'une atmosphère liquide claire , est enveloppé de tous côtés par une couche de protoplasme.»

(( La masse albumineuse {Eiweissklïmpchen) commence à s'étendre sur la vacuole, et croit en même temps comme quantité. Elle s'étend d'abord sur la moitié de la vacuole et s'épaissit déjà sur une zone qui formera plus tard l'arête saillante de la tête^w spermatozoïde mûr. Progressivement la vacuole est entièrement recouverte. A cette phase le noyau a disparu^ et il ne reste qu'un espace clair pour indiquer la place jadis occupée par lui.

» La tête du spermatozoïde s'aplatit un peu maintenant suivant son axe vertical, et l'arête épaissie accentue encore plus sa saillie. La paroi de la tête s'invagine alors sur la face inférieure ; la paroi supérieure en faisant ensuite autant, il en résulte un refoulement et un bombement de Y invagination inférieure. Enfin l'invagination supérieure se déchire, ce ipie toutefois je n'ai pas observé directement, mais ce que je puis déduire avec une suffisante certitude des figures observées. Par suite de cette déchirure; non seulement la paroi inférieure de la tête, d'abord invaginée et ensuite évaginée, revient à sa forme première invaginée, mais encore la paroi latérale, d'abord tendue, s'affaisse et forme de nombreux plis irradiés. La tête prend alors sa forme définitive déjà décrite, tandis que l'invagination devient plus profonde, et va se placer près de la face interne de la paroi latérale.

') Quand la tôle possède sa forme définitive, le protoplasme de la cellule produit, au point où il forme la 2o;?e ^'/^/fl/s.^^/^?, de pelils prolongements qui s'allongent jusqu'à ce qu'ils aient atteint la longueur souvent remarquable des rayons des spermatozoïdes mûrs.»

J'ai tenu à relater entièrement le texte de Grobben, et parce qu'il représente la première description sérieuse du processus de formation du spermatozoïde d'Astacus, et parce qu'il mérite d'être examiné de près, tant à cause des vérités qu'il renferme que des erreurs et des confusions qui lui appartiennent. Je vais donc faire une analyse critique de cette élude, qui a ouvert vraiment la voie dans ces recherches très délicates, et dans laquelle les erreurs s'expliquent suffisamment par la difficulté et la nouveauté du sujet.

Un premier point important à noter dans les observations de Grobben, c'est que pour lui, dans le spermatozoïde d'Astacus le noyau de la cellule disparait et la tête est formée par la vacuole.

Nous avons vu que mes propres observations sont à cet égard parfaitement d'accord avec celles de Grobben. Mais il y a entre cette assertion et la proposition générale précédemment exprimée par le même auteur, qu'il ne désignerait comme tête {Samenkopf) que la partie du spermatozoïde provenant du noyau, il y a, dis-je, une contradiction frappante que Gilson * n'a pas manqué de relever.

Et cependant cette contradiction est plus apparente que réelle; car, d'une part, Grobben incline à penser que la vacuole n'est qu'une portion du suc nucléaire expulsé du noyau, et d'autre part il croit aussi (ainsi qu'il le dit à propos de Pagiiristes maciilatus^) que le rapetissement du noyau et sa pâleur ultérieure s'expliquent en ce que la tête du spermatozoïde absorbe d'abord la partie la plus solide et la plus riche en albumine du noyau, et plus tard les restes liquides de ce dernier.

Ainsi donc pour Grobben, chez Astacus la tête du spermatozoïde n'est pas formée directement par le noyau, mais elle dérive indirectement du noyau. Cela atténue certainement la contradiction qu'on peut lui reprocher ; mais il convient de reconnaître cependant que, soit l'origine nucléaire de la vacuole, soit l'absorption du noyau par cette dernière, sont de simples présomptions qui attendent des preuves, et qui ne justifient pas entièrement Grobben du

' Gilsoa ; loc. cit. pag. 119.

2 Grobben; loc. cit., pag. 35.

défaut de logique qu'on peut être en droit de lui reprocher. Pour rester sur le terrain des faits et de l'observation, je dirai donc que Grobben fait, chez Aslacvs, provenir la tête du spermatozoïde d'une vacuole née dans le protoplasme et qui s'y développe en même temps que le noyau s'atrophie et disparaît.

Grobben n'a pas reconnu les origines des deux membranes qui enveloppent le spermatozoïde à un moment donné. Il n'a pas reconnu non plus leur indépendance ultérieure. 11 a rencontré les restes du noyau qu'il a décrits, comme un corps réfringent ne se décolorant pas par le carmin et placé à côté et en dehors de la léte: mais il n'a pas compris son origine et sa signiflcation.

Quant au développement de la vacuole, il a eu le tort de considérer le bouton ou battant de la cloche {glànzendes Klumpfchen) qu'il a du reste mal observé et mal décrit, comme étant le début de la formation de la couche albumineuse très réfringente et très colorable qui formera la tête. Il n'a pas vu comment le bouton prenait naissance, et que le bouton ne se formait qu'après que le revêtement colorable de la vésicule était en grande partie déposé. Non seulement il n'a pas eu une idée juste de la forme, de la constitution et de l'origine du boulon, mais il a cru qu'il était une formation tout à fait Iraiisiloire, et qui disparaissait en s'étendant sur les parois de la vacuole pour en constituer le revêtement.

Quant aux changements de forme de la tête, les observations de Grobben présentent une part très notable de vérité, et il a apporté beaucoup de sagacité dans l'observation de ces phénomènes complexes ; mais l'alternalive d'invagination et d'évaginalion de la paroi inférieure de la tête ne correspond pas à la réalilé. Grobben a pris, pour des phénomènes successils, des formes simultanées correspondant à des variétés, qui trouvent leur explication dans les phénomènes de retrait du contenu réticulé de la vésicule, phénomènes qui ont d'ailleurs entièrement échappé à Tobservation de Grobben.

Nous avons vu que c'est à ce retrait dans un sens déterminé, c'est-à-dire vers un point de l'axe voisin de rextrémité supérieure,

SPERMATOGENÈSE CHEZ LES CKUSTACÉS DÉCAPODES. 153

qu'il fallait allribucM- les invaginalions des parois supérieure et inférieure de la vésicule. Mais il est facile de comprendre que raclion de ce retrait sur ces parois pourra varier suivant bien des circonstances et surtout suivant la résistance elle-même de ces parois. 11 est clair que l'aclion pourra, dans certains cas, être à peu près égale en bas et en baut, et alors les parois supérieure et inférieure seront l'une et l'autre invaginées, et la vésicule prendra la forme annulaire que nous lui avons décrite.

Dans d'autres cas, comme dans les formes inférieures décrites plus haut, la paroi supérieure étant plus résistante, c'est la paroi inférieure qui cédera, et il n'y aura qu'une invagination inférieure. Dans d'autres cas encore, l'action rétractante agira surtout et s'épuisera sur la paroi supérieure très amiricie, et il y aura invagination de cette paroi seulement. Il ne s'agit donc pas ici d'alternatives d'invagination et d'évaginations pour une même paroi; mais de la formation d'une invagination tantôt sur une paroi, tantôt sur l'autre, ou sur les deux à la fois, selon que c'est l'une ou l'autre ou les deux à la fois qui cèdent à la traction centripète du réseau qui se rétracte.

Grobben n'a pas observé l'anneau qui se forme sur la paroi inférieure de la cloche d'une manière d'abord tout à fait indépendante, ce qui eût peut-être influé sur ce qu'il pensait de l'origine de la tête. Il n'a pas observé non plus la manière dont se faisait le dépôt sur les parois de la vésicule.

Quant aux transformai ions du noyau. Grobben ne lésa observées que d'une manière imparfaite. H n'a pas vu en effet que le noyau se décomposait en deux parties, l'une chromatique centrale discoïde, et l'autre périphérique achromatique qui devenait claire et vésiculeuse (ma zone claire). 11 a cru que la première représentait le noyau tout entier aplati et aminci; et la seconde, qu'il désigne et dessine comme une atmosphère liquide claire entourant le noyau, il la rapporte au protoplasme.

Grobben a fort bien observé la formation des rayons et déterminé le protoplasme comme en étant le point de départ.

Huxley' dans sa monograpliie de l' j^crmsse (pag. 101-102) expose et critique dans une note les observations de Grobben. Huxley avoue que le manque de matériaux l'a empêché d'arriver à terminer ses recherches d'une manière satisfaisante, et qu'il n'en parle qu'avec réserve.

Le spermatozoïde est un corps aplati ou hémisphérique pourvu à sa circonférence de prolonj^emenls recourbés et atténués- Dans son intérieur on dislingue deux corpuscules, dont l'un occupe la plus grande partie du corps, et, lorsque celui-ci est à plat, apparaît comme un double anneau. Huxley propose de l'appeler corpuscule annelé. I>'autre est un corpuscule ovale, beaucoup plus petit, situé sur un côté du premier. Le corpuscule annelé est dense et fortement réfringent, l'autre est mou et moins nettement défini. Huxley croit que le corpuscule annelé est réellement un anneau creux semblable aux coussins annulaires remplis d'air et non une coupe comme le veut Grobben.

Ses observations sur le développement ne concordent pas, dit-il, avec l'exposé de Grobben, et. pour ce qu'il en a vu, il est porté à supposer que le corpuscule annelé est le noyau métamorphosé de la cellule.

Huxley ne s'explique pas sur la signification qu'il attribue au corpuscule ovale. Seulement il est plus près de la vérité que Grobben en le décrivant comme un corps mou et moins nettement défini que le corpuscule annulaire. Comme Huxley j'ai constaté que dans bien des cas la tête était un véritable anneau, mais j'ai pu voir aussi qu'elle restait parfois en forme de coupe. Huxley ne dit rien d'ailleurs du bouton ou tigelle.

Pour ce qui regarde l'origine du corpuscule annelé aux dépens du noyau, je pense fermement comme Grobben, et mes observa lions ne me laissent aucun doute à cet égard. Le noyau s'amincit fortement, et disparaît comme substance nucléaire, ou bien il devient le corpuscule ovale pâle et peu réfringent, ainsi que je i'ai

' Th. n. Huxley. L'Écrovisso. lulroduclioii à rélmle do la zoologie (Bibliotk. scientif. inter nationale,), Paris. 1880.

SPKRMATOGENÈSE CHEZ LES CHUSTaCÉS DÉCAPODES. 155

nellement observé et représenlé. Je répèle d'ailleurs qu'Huxley ne donne ses appréciations qu'avec réserve.

Hermann \ dans sa note à l'Institut, déjà citée, donne quelques courts détails sur le développement du spermatozoïde do VÂstacus.

Hermann donne d'abord de la spermatogenèse des Crustacés décapodes une formule générale que je dois rapporter ici pour éviter des répétitions ultérieures. Nous savons qu'il a constaté la formation d'un nodule céphaliqiie (notre vésicule) au contact du noyau, et sur ce qu'il appelle le pôle antérieur de ce dernier. Ce nodule se transforme en une vésicule transparente. Au pôle antérieur de cette vésicule (c'est-à-dire au point le plus éloigné du noyau) apparaît bientôt une sorte d'excroissance de la paroi, faisant saillie dans la cavité sous forme d'une petite éminence conique et arrondie; peu après se montre au pôle postérieur de la vésicule une autre saillie qui revêt l'aspect d'un mince bâtonnet. Ces deux excroissances s'allongent, s'avancent à la rencontre l'une de l'autre, et se fusionnent pour former une colonne centrale qui s'étend du pôle anlérieiir au pôle postérieur, dans l'axe de la vésicule cé[)halique. Cette colonne se colore d'une manière intense par les réactifs dans les premiers stades; plus lard, elle se termine à cbaque bout par une sorte de goulot ouvert vers l'extérieur, et semble alors formée par invagination de la paroi vésiculaire. Chez beaucoup de Crustacés, elle reste creuse^ en tout ou en partie, jusqu'à la fin du développement.

Le mode de formation des prolongements et leur nombre, fixe ou variable, semblent établir deux types assez nettement différenciés pour les Crustacés marins qu'Hermann a examinés. Chez les Brachyures, le corps de la cellule spermatoblastique sembleavoircowplètement disparu de très bonne heure, et les prolongefiienls effilés sont émis par le noyau. La substance nucléaire recouvre la vésicule sous forme d'une calotte hémisphérique dont les bords

' Hermann ; loc. cit. Compte rendu de l'Inslilul. IS83.

émellenl une série de prolongements effilés. Chez les Macroures, les trois pointes proviennent du collier, c'est-à-dire d'une substance opaque et homogène, conliguë à la base du noyau, et pour laquelle l'auteur n'a pu déterminer si elle dérive du reste du corps cellulaire, ou si elle est une formation spéciale des parois de la vésicule.

Astacm fluviatilis se rapproche plutôt des Brachyures, car les nombreux prolongements des spermatozoïdes émanent du noyau du spermatoblaste, mais la vésicule céphalique n'est pas en rapport aussi intime avec le noyau, et la colonne centrale est représentée par un large conduit, ce qui donne à la cloche céphalique l'aspect d'un anneau. A côté de ce dernier se voit un corps réfringent, irrégulier, qui paraît provenir du segment antérieur du corps cellulaire.

Comme Grobben, Hermann a remarqué chez les spermatozoïdes en voie de développement une condensation progressive de leur substance, qui fait que les spermatozoïdes adultes ont un volume moindre.

On voit donc que, pour Hermann comme pour Grobben et pour moi, la tête du spermatozoïde est le résultat de la transformation du nodule céphalique et non du noyau.

Quant à l'origine des prolongements comme émanations du noyau chez les Brachyures, c'est évidemment là une opinion que n'a partagée aucun autre observateur. Leur origine comme provenant du collier sera discutée plus tard à propos du Homard. Ces prolongements sont dus au proloplasrne du corps cellulaire, soit chez Astacus, soit chez les Macroures, soit également chez les Brachyures, ainsi que nous le verrons ultérieurement. C'est ce que démontre viclorieusement l'usage du vert méthyle acétique d'une part, et des colorants protoplasmiques de l'autre.

Quant à la colonne centrale ou bouton, nous avons vu que chez AstacusaWQ a, dans l'immense majorité des cas, une origine circonscrite à la région du fond de la cloche. Elle n'est d'ailleurs pas creuse, ou ne m'a jamais paru telle d'une manière bien nette, de telle sorte que je ne saurais la considérer comme un large conduit.

Ce qui donne à la cloche céphaliqne l'aspect d'un anneau, c'est, comme je l'ai montré, la rétraction de son contenu réticulé vers le point supérieur de son axe où se forme le bouton.

Hermann, comme Grobben et comme Huxley, n'a pas reconnu que le corps réfringent irrégulier qu'il a vu à côté de l'anneau était les restes du noyau, il croit qu'il provient du segment antérieur du corps cellulaire. C'est là une erreur.

Nussbaum ' pense, contrairement à l'opinion de La Valette Saint- Georges', que chez Astacus la spermatogenése obéit à cette règle générale que le }ioyau forme la tête du spermatozoïde. 11 combat l'assertion de Grobben et de son devancier Mecznikow % que la tête du spermatozoïde dérive d'une formation voisine du noyau, tandis que le noyau lui-même disparaît; et il affirme que la partie désignée par Grobben comme tête joue simplement le rôle d'une calotte ou capuchon céphalique (Kopfkappe) ou coiffe.

Il croit que la vésicule, qu'il désigne comme Nebenkern ou noyau accessoire, naît dans le protoplasme, et ne se rapproche du noyau qu'en grossissant. Le noyau devient cylindroïde, perd sa structure filamenteuse et apparaît tout à fait hyalin. Le Nebenkern subit les modifications décrites par Grobben. Le noyau devient plus petit et brunit légèrement par l'acide hyperosmique. Si Ton colore la cellule, le capuchon céphalique reste incolore^ le noyau se colore.

Les prolongements du spermatozoïde sont formés par le protoplasme de la cellule. Le reste du noyau se place excentriquement à côté ou au-dessous du capuchon céphalique. Il y a quelquefois deux fragments séparés qui sont les restes du noyau.

Quant au bouton ou tigelle, Nussbaum n'en parle pas. Il l'a dessiné seulement dans sa fig. 6^, d'après une préparation durcie par l'acide chromique et l'alcool, et colorée par l'hématoxyline. Mais il le considère comme le reste coloré du noyau situé dans

' Nussbaum; loc. cit., 1884.

2 De La Valette Saiat-Georgcs. Arch. f. mik. Anat., Bd. III.

3 Mecznikow, Cité par La Valette Saial-Georges. Arch. f. mik. Anat. 13d. X,

une excavalion du capuchon céphaliqne, et dont il dit à l'explication delà planche : « A la baseùu capuchon céphalique un reste coloré du noyau ». 11 n'est pas douteux que iNussbaum n'ait pris pour un reste du noyau le bouton contenant des grains colorables, ainsi que j'en ai souvent observé et dessiné.

Les vues de Nussbaum sur le noyau formant la léte et sur la vésicule, qu'il fait dériver d'un Nebenkorn et qui ne forme qu'un capuchon céphalique, auraient besoin d'être appuyées sur de meilleurs arguments.

Nussbaum prétend que les restes du noyau se colorent bien par l'hémaloxyline, et que ce qu'il appelle le capuchon céphalique ne se colore pas. C'est la une assertion si contraire aux faits que je n'en puis trouver l'explication que dans celte circonstance, qu'elle ne s'applique qu'aux spermatozoïdes encore très imparfaits et non achevés. Dans ce cas en etl'et le noyau se colore encore fort bien, et la vésicule parait peu colorée, à condition que le dépôt granuleux réfringent et colorable soit encore très faible et très peu étendu .

Mais il en est tout autrement chez le spermatozoïde achevé, car dans ce cas le noyau se colore très faiblement ou même pas du tout, ainsi que Grobben, Huxley, moi et bien d'autres l'ont observé, tandis que le revêtement de la cloche ou vésicule très réfringent, très brillant, manifeste pour les colorants nucléaires une afûnilé des plus vives. Les colorations par le vert mélhyle acétique donnent à cet égard des résultats fort précis et fort nets. Ou bien il faut renoncer à ce caractère général (vive coloration) de ce qu'on appelle la tète dans tous les spermatozoïdes dont la description n'est pas discutée et est universellement acceptée ; ou bien il faut nécessairement considérer comme tête, dans le spermatozoïde ^'Astacus, cette portion réfringente et très vivement colorable qui dérive incontestablement de la vésicule ou Nebenkern de Nussbaum.

Comment d'ailleurs interpréter dans les vues de Nussbaum les nombreux spermatozoïdes ^'Astacus el d'autres Crustacés, où les restes du noyau ont réellement disparu, et par exempîe les sper-

SrERMATOGENÈSE CfiEZ ^ES CriUST^.CÉS DÉn.VPODES. 159

malozokles A'Astacus leptodactylus, chez lesquels Grobben dit qu'on ne les observe jamais? Nous avons vu que lel est bien le sort du noyau dans les cas où il devient discoïde (et non cylindroïde comme le dit inexactement Nussbaum), et où il s'aplalit et s'amincit jusqu'à disparaître à mesure que la vésicule grandit, et que la cloche se forme, s'accentue, et devient enfin annulaire. Ces restes du noyau sont d'ailleurs inconstants et trop variables, comme forme, comme dimensions, comme nombre, comme situalion pour qu'on puisse leur atlribuer la valeur d'une partie aussi fixe et aussi déterminée que l'est la tête d'un spermatozoïde.

C'est en 1885' que je publiai ma courte note à l'Institut, dans laquelle j'exposai mes observations sur les transformations du deutospermatoblasle en spermatozoïdes. Ma description très succincte, comme le lui reproche justement Gilson, avait en outre le défaut de n'être pas claire ; j'avais observé le ratalinement du noyau, qui devient plat, discoïde et se décolore peu à peu, la formation d'une coupole (cloche) à parois épaisses par des grains chromalinés qui se confondent et tapissent un segment de sphère, l'amincissement et le percement du centre de la coupole, d'où résulte la forme d'anneau brillant qui caractérise le nodule céphalique, l'atrophie du noyau qui ne se colore plus, se réduit à un ou deux grains qui sont jaunes après traitement par le picrocanninale, et qui finit même par disparaître entièrement, enfin la formation d'une couronne de prolongements protoplasmiques incolores.

Ces faits-là, que mes observations ultérieures ont confirmés, étaient, je dois l'avouer, rapportés avec quelque confusion ; et je n'avais pas suffisamment distingué la vésicule et délimité son rôle indépendant du reste du corps cellulaire dans la formation de la tête annulaire du spermatozoïde.

J'ai déjà longuement exposé ce que m'ont démontré de nouvelles et nombreuses recherches, et je crois ne pas devoir insister.

' A. Sabatier ; loc. cit., février 1885.

Gilson ' a consacré dans son ménriOire déjà cité un chapilre spécial à la spermatogenèse chez Astacus.

Il étudie séparément les modifications qui intéressent le proloplasme et celles qui ont pour siège le noyau. Les premières aboutissent, dit-il, à la formation de toutes les parties du spermatozoïde que le vert de mélhijle laisse incolores, mais qui prennent dans la safranine et surtout dans le brun Bismark une coloration assez intense. Ces parties sont : 1" une vésicule à parois hyalines pouvant se transformer en coupe. T Un bouton inséré au centre du fond de la vésicule ou de la coupe. C'est la tigelle. 5° De? prolongements radiés.

Les modiflcations du noyau ont pour résultat de transformer cet élément en une sorle de coussinet supportant la vésicule ou coupe et la tigelle, et donnant insertion à la couronne de prolongemenls. Il subit aussi des modiflcations dans sa constitution interne.

Gilson pense que la vésicule ou coupe dérive de la transformation d'une simple vacuole qui apparaît dans le cytoplasme. Son contenu a l'aspect hyalin ; mais il possède une réfringence qui indique une certaine concentration du sus cellulaire. Elle se colore parfois par le carmin et la safranine avec assez d'intensité, et prend une teinte plus vive que le protoplasme.

La vacuole s'agrandit et ronge pour ainsi dire le protoplasme. qui semble disparaître par digestion progressive. Gilson se demande si ce dernier ne subit pas une condensation considérable pour organiser la substance hyaline et résistante qui constitue à elle seule les parois de la vésicule ainsi que les prolongements radiés. Gilson croit donc que le revêtement hyalin et résistant de la vésicule est constitué par un dépôt externe. Nous avons vu que c'est un dépôt interne. De plus, il assimile ce dépôt aux prolongements radiés, ce qui est inadmissible, car les parois hyalines de la vésicule se colorent d'une manière très intense par les colorants

^ Gilson ; loc, cil. Étude comparée de la spermatogenèse chez les arthropodes (suite) I88G.

SPERMATOGENÈSE CHEZ LES CRUSTACÉS DÉCAPODES. IGl

nucléaires, y compris le vert mélhyle, tandis que les prolongements radiés sont réfractaires à ces colorations.

Gilson n'a pas remarqué le dépôt de substance hyaline et colorable qui forme l'anneau inférieur de la vésicule. Il l'a cependant dessiné, flg. 452, sans en comprendre la signification, l'origine et les caractères vis-à-vis des colorants. Il considère la coupe de cet anneau comme deux petits amas du protoplasme refoulés.

Il a cependant bien reconnu l'origine des deux membranes du spermatozoïde, l'une interne, membrane de la vésicule, l'autre, externe, membrane de la cellule.

Parfois, dit-il, il s'établit une perforation au sommet de la vésicule'; et la vésicule se transforme ainsi en une coupe plus ou moins largement ouverte. Les parois de la vésicule sont proloplasmiques et peu développées, parfois même très peu. Mais c'est le noyau bombé et déformé qui en constitue le plafond.

Par une contradiction que je n'ai pu m'expliquer, Gilson fait remarquer, d'une part, que sa manière de voir, au sujet du développement de la vésicule, difîére entièrement de celle de Nussbaum, qui regarde cette portion comme un simple corpuscule destiné à donner ce qu'il appelle le Kopfkappe ; et d'autre part il ajoute qu'il y a quelque chose d'exact dans l'opinion de Nussbaum, c'est que la vacuole et ses produits sont les analogues de la portion achromatique qui surmonte le noyau du spermatozoïde des Locuslides, et à laquelle le terme de Kopfkappe a été appliqué. Elle est, dit-il, analogue aussi au segment procéphalique de certains animaux.

Cette persistance à considérer les parois de la vacuole comme achromatiques surprendra fort tous ceux qui essayeront de traiter par le vert mèthyle et les colorations nucléaires les éléments spermatiques à'Astacus en voie de développement.

On ne peut s'expliquer une pareille affirmation que par le

1 Gilsoa crieale les spermatozoïdes d'Astacus dans ua sens inverse de celui que j'ai adopté avec Grobbea ; do telle sorte que ce qu'il appelle le sommet correspond pour nous à la base.

rôle que l'anlenr croil, mais à tort, nécessaire d'allrlbuer au noyau.

Je ferai remarquer que Gilson n'a pas vu la forme annulaire delà vésicule, et n'a pas expliqué ses Iransformalions. Il ne dessine que des spermatozoïdes en cloche, cupuliformes, c'est-à-dire de forme inférieure et imparfaite.

Quant à la tigelle, Gilson reconnaît que chez Asiacus elle est un simple bouton implanté au centre du fond de la vésicule. a.N'ous possédons, dit -il, peu de détails sur son mode de formation». Elle apparaît sous la forme dune simple protubérance delà paroi inférieure de la vacuole. Le noyao semble ne prendre âumne p^rt à sa formation. Sa produclicn peut être fort tardive.

Gilson considère avec raison les prolongements plasmaliques comme naissant d'une bandelette annulaire qui est un reste du cytoplasme, et qui ceint le noyau du spermatozoïde. Ces prolongements sont filiformes, un peu élargis à leur base, et en apparence souples et flexibles. Cette dernière assertion n'est vraie que pour les spermatozoïdes eupuiiformes que j'ai décrits et dessinés (PI. Vi:. ilT. iU. 2i9, 222, etc.;. Mais elle ne saurait s'appliquer aux formes annulaires plus parfaites (PI. VU. 4, chez lesquelles les prolongements apparaissent droits, rigides et peu flexibles.

Gilson dit qu'on observe assez souvent, au pôle inférieur (supérieur pour moi) du spermatozoïde achevé, un petit amas de substances granuleuses plus ou moins enclavé dans le noyau. Il n'en connaît pas avec cerli :'e ' i:'.^.^. 11 ne lui jraraîl pas dériver du noyau; nr'- :: : : ;:? Vi --^ ' ' -^r,?. Ai ^::]

d'occuper exî.: : , :: ; jic;

et représente i . :i: : : :. i , .r ^r jben à

coté du noyau de quelques sper : ^ : : . Gilson, reconnaît qu'il manque dans le plus grand nombre de spermatozoïdes.

J"ai déjà démontré d'une manière positive que cet amas situé sur des points divers de la surface de la cloche n'était autre chose que le noyau à divers degrés de dégénérescence. L'usage du vert méthyle sur des spermatozoïdes de tout âge supprime tous les

sperxatoitExése chez le= crustacés décapodes. 1G3

doutes à cet égard, car il permet de sume les transformations qni c 0 n j u iseol da Doyaa à grains de ch rom "^ ' : i ? ] : v ; ■] réfringent brillant, homogène et pen ou pas colorj ; - v U mélhyle.

Gilson.en reconnaissant que ce corps manque dans le plus granJ nombre des spermatozoïdes, fournil lui-même un bien solide argument contre sa propre assf^rlion, que c'est le noyau qui forme la tête du spermatozoïde d'Aslacus.

D"après Gi!soLi,en effet, le noyau, qui a le plus souvent la fornce discoï'Je des couronnes polaires, se transforme en une sorte décuelle ou de lentille concavo-convexe, dont la plus grande circonférence donne insertion aux prolongements plasraatiques. Parfois, dit-il, le noyau prend la forme d'une coupe très profonde.

Le noyau, qui dans la cellule possédait un filament nucléinien très net. acquiert dans les spermatozoïdes une plus grande avidité pour les matières colorantes. Aussi prend-il par le vert méthyle une coloration bien uniforme, qui plus tard se fonce au point de donner au noysu tout entier une apparence homogène. Gilson explique ce fait par une dissolution de la nocléine.

Gilson repr: ; : •> Tavoirpris le noyau devenu copali-

forme pour le re-il' a a-; transformations de la vésicule. Mais cesl avec bien plus juste raison qu'on peut »-eprocber à Gilson d'avoir pris les parois épaissies, brillantes, homogènes et très chromophiles de la vésicule po'ir le noyau devenu copuliforme. Je suis surpris que lusaje du vert méthyle. que Gilson prône avec juste raison comme devant ne laisser aucun doute sur la signification des parties, ne Tait pas éclairé sur la valeur de la vésicule, sur le rô'e qu'elle joue dans la constitution de la coupe, et sur la disparition progressive et la dégéoération du noyau comme noyau.

Une idée préconçue a certainement contribué à lui faire faire fausse roule; car il ne peut, dit-il. admettre, avec Grobben, \ exception grave à la loi générale delà spermatogenèse que constituerait la disparition du noyau.

Et cependant Gilson a eu soin de constater cette disparition tota'e chez Lilhoùius, où malgré toute son attention et ses soins.

dil-il, il n'a pu réussira déceler le noyau ni l'élémenl nucléinien, soil dans les cellules spermaliques avancées, scil dans les spermatozoïdes. 11 est vrai que Gilson pense que dans ce cas la nucléine est latente] ce qui peut être vrai, mais n'est pas démontré et n'aura quelque cliance de l'être que quand on nous aura appris ce que c'est que la nucléine latente (!).

En résumé, Gil>on a reconnu la nature liquide de la vacuole.

11 a bien \\i quelles étaient l'origine et la signification des deux membranes; il a considéré avec raison les prolongements plasmaliques comme dérivant du cyto[)lasme de la cellule. Il a bien vu la forme du bouton, quoiqu'il n'ait apporté aucune lumière sur son mode de formation, sur sa nature, et sur l'influence qu'il exerce sur la forme de la tête.

Mais il a émis sur la formation du spermatozoïde à'Astacus des idées évidemment erronées sur bien des points capitaux.

Ainsi, il méconnaît le rôle de la vésicule dans la formation de la tête, et n'a pas reconnu l'existence et la genèse du dépôt réfringent et cbromophile qui constitue la tête.

Il méconnaît le rôle du noyau, qu'il considère à tort comme constituant la tête sous forme de cloche, et dont il n'a pas reconnu l'atrophie progressive et la disparition tout au moins partielle, et môme totale dans la plupart des cas.

Je crois devoir noter aussi que Gilson attribue à Grobben une théorie de la formation de la tête qu'il m'a été impossible de retrouver dans le mémoire de cet auteur. D'après Gilson, pour Grobben ce serait la vacuole qui formerait la tête avec l'aide d'un petit Nebenkern apparaissant à sa périphérie. Or Grobben s'est entièrement abstenu de désigner ce corpuscule ou masse albuminoïde comme Nebenkern-, il se contente de le désigner comme Eiweissklujnpcken, et de dire qu'il est réfringent et colorable par le carmin. Grobben s'est abstenu de comparer cette masse à un Nebenkern, et il a eu raison, car c'est certainement le boulon ou tigelle qu'il a décrit ainsi.

SPERMATOGEN'ÈSE CHEZ LES CRUSTACÉS DÉCAPODES. 16^

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