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CHAPITRE V

De la splénectomie dans les hypertrophies chroniques de la rate. :

Outre les lésions traumatiques, les abcès et les kystes, on observe au niveau de la rate un grand nombre d’autres affections. Les unes, aiguës et passagères, ne nous arrêteront pas. Les autres chroniques, sont décrites sous la dénomination impropre de «tumeurs de la rate »; il vaudrait mieux leur réserver celle « d'hypertrophies chroniques ».

On comprend dans cette classe des hypertrophies chroniques des lésions bien différentes. C'est ainsi qu'on y place à la fois les tumeurs proprement dites et les splénites chroniques.

Il serait utile, comme le fait remarquer M. Quénu, de pouvoir cliniquement différencier les véritables néoplasmes des inflammations et aussi les néoplasmes entre eux. Malheureusement nous ne possédons aucun signe qui nous permette de faire cette distinction, et trop souvent l'histologie elle-même est incapable de nous renseigner. En dehors des lésions paludiques et syphilitiques de la rate, nous en sommes réduits à poser le diagnostic d’hypertrophie chronique. "

Il existe cependant un symptôme qui acquiert une importance considérable, c’est l'augmentation du nombre des globules blancs du sang, ou plutôt l’existence de la leucémie vraie, Comme nous le verrons, le pronostic de la splénectomie, seule intervention qu’on ait en général opposée à ces lésions, diffère essentiellement suivant que la leucémie existe ou manque.

Nous possédons, d'autre part, un signe qui, au point de vue chirurgical, a aussi une importance notable, c’est l'existence ou l'absence de mobilité de la tumeur ou d’une ectopie splénique.

C'est sur la nature de la lésion splénique, quand on pourra la re-

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connaître, et surtout sur la constatation ou la non-constatation de la leucémie et de la mobilité de la rate, que nous devrons nous baser pour essayer de fixer les indications et contre-indications opératoires. Nous plaçant au point de vue uniquement chirurgical, nous avons établi l'ordre suivant dans l'étude de la splénectomie dans ces différentes lésions :

1° La splénectomie dans la splénomégalie leucémique. 2° La spléneetomie dans la splénomégalie non leucémique. Dans ce second groupe nous étudierons successivement la splénectomie dans :

La splénomégalie paludique.

Les splénomégalies avec rate fixe.

Les splénomégalies avec rate mobile.

La torsion du pédicule splénique.

Nous dirons enfin quelques mots de la splénectomie dans la tuberculose, la syphilis et la dégénérescence amyloïde de la rate.

$ 1. — Historique.

Les deux premières observations de splénectomie pour lymphadénie splénique appartiennent à Th. Bryant (1866 et 1867). Son exemple fut suivi par Kœberlé (1867), Watso n (1873) et bien d’autres.

C'est Franzolini qui a pratiqué en 1881 la première splénectomie suivie de succès.

M. Jeannel (1881) se déclare opposé à toute splénectomie : « Extirper chez l’homme une rate hypertrophiée, ou atteinte de tumeurs diverses, c’est, dit-il, une entreprise qu’on ose à peine qualifier » (1).

Dans la discussion de la Clin. Soc. of London, en mars 1882 (2),

tous les orateurs, sauf Stephen Mackenzie, se prononcent contre l'intervention.

. M. Blum (1883), qui rapporte la statistique de Crédé, estime que cette opération, condamnée par la pratique, l'était déjà en théorie. « Il n’est pas plus rationnel, écrit-il, d'enlever une rate leucémique que d’extirper des ganglions atteints d'adénopathie secondaire en respectant la tumeur qui leur a donné naissance » (3).

Gilson (1885) ne note qu'un seul succès, celui de Franzoli, sur les 19 cas de splénectomie qu’il a réunis (4).

Foubert (1886) considère la leucémie comme contre-indiquant la splénectomie, en raison de l’hémorrhagie constante et du résaltat fatal de tous les cas (5).

(1) JEANNEL (M.). Pathologie dela rate, Dicé. de méd. et de chir. prat., 1881, XXX, 486. \

(2) Voir Lancet, 1882, I, p. 527.

(3) BLUM (A.). Zoco cit.

(4) GiILSON. Loco cit.

5) FOUBERT. De la splénotomie pour tumeur de la rate. Thèse Paris, fév. 1886.

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