CHAPITRE PREMIER Des troubles déterminés par l’ablation de la rate
Avant de rechercher dans quelles conditions l’ablation de la rate doit être pratiquée, nous devons nous demander si l’on a le droit de l’entreprendre. Quels sont donc les phénomènes qui succèdent à cette intervention ?
Pour essayer de répondre à cette question, on ne peut se coutenter d'examiner les résultats de la splénectomie chez l’homme. Cette étude reposerait, en effet, sur des bases insuffisantes, parce que dans la plupart des cas l'intervention a porté sur une rate lésée et sur un organisme malade. Sans doute, Fexamen de ces faits ne doit pasêtre négligé ; mais il est indispensable d’y joindre ceux d’ablation | de rates saines et d’avoir par conséquent recours à l'étude de la splénectomie expérimentale.
Nous aurons ainsi à envisager la série des questions suivantes :
1° L’ablation de la rate peut-elle déterminer la mort, par le fait seul de sa suppression?
2 A-t-elle un retentissement sur la circulation ?
3° Quelle est son influence sur la composition du sang ?
4. À-t-elle un retentissement sur les fonctions du corps thyroïde ?
5° Arrête-t-elle ou gêne-t-elle la croissance de l'individu ?
6° A-t-elle une influence sur les fonctions digestives ?
7° A-t-elle une influence sur la marche des infections ?
8° Que devient la toxicité urinaire après l’ablation de la rate ?
9° Est-ce que la rate se régénère après la splénectomie?
1° L’ablation de la rate peut-elle être mortelle ?
Tous les auteurs sont d'accord sur ce point : la suppression de la rate n'entraîne pas la mort.
Cette notion, bien connue des anciens, se retrouve dans Pline l'Ancien(1),qui rapporte que des animaux ont survécu à des blessures de la rate et à la destruction de cet organe. Au dire de Zesas, Aristote professait la même opinion.
Malpighi (2), le premier, en 1669, donna la preuve expérimentale de ce fait, non pas en enlevant la rate comme on l'a dit, mais, ce qui revient au même, en liant ses vaisseaux nourriciers chez un chien. Malgré cette destruction de l'organe, l’auimal se rétablit parfaitement.
Depuis Malpighi lextirpation de la rate a été faite avec le même succès chez les divers animaux par denombreux physiologistes. Pour nous en tenir aux plus anciens, nous citerons Deisch(3),Haller (4), Hewson (5), Assolant (6), Schmidt (7), Stinstra (8), Vulpian (9). :
[Lest certain que lorsque les animaux succombèrent (10), la mort dut être attribuée, non pas à la suppression des fonctions spléniques, mais à l'intervention opératoire elle-même.
Des nombreuses splénectomies que nous avons pratiquées chez le
chien et le lapin nous conclurons de même à l'innocuité de cette :
, . LS opération.
Il en est de même pour l’homme. L’ablation de la rate en elle-même ne détermine chez lui aucun trouble mortel. Nombreux sont actuellement les cas où cette extirpation a été faite avec succès. Dès 1581 Viard avait, du reste, donné la preuve de l'innocuité de la splénectomie en enlevant deux rates herniées (obs. 21 et 22).
Tous les chirurgiens n’ont pas été aussi heureux et ont fréquemment eu à déplorer la mort de leurs opérés. Mais dans ces circonstances ce ne fut jamais l’ablation de la rate qu'on eut à incriminer, comme ayant supprimé un organe indispensable à l'organisme, et
(1) PLINIUS. Æistoria naturalis, XT, XX X.
(2) MaAzPIGHT. De liene, Opera omnia, t. II, p. 114.
(3) Deiscx. Dissertatio inaug. de splene canibus exciso. Halæ, 1735.
(4) HALLER. Disputationes anatomicarum selectarum, v. EI, p. 56.
(5) HEwSsoN. Letter to D' Haygarth, Works, p. 290.
(6) ASSOLANT. Recherches sur la rate, p. 133,
(7) SCHMIDT. Commentatio de pathologia lienis, Gottingen, 1816.
(8) STINSTRA. Commentatio physiol. de functione lienis, 1859, p. 149.
(9) VULPIAN. Gaz. méd.de Paris, 1855.
(10) Expériences de von Fuhrer, Ludwig, Crips, Éd. Simon, citées par GILSON. e
De la splénectomie. Zevue de chir., 1885, t. V, p. 317.
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cest dans des complications dépendant de l'état général de l'individu, des difficultés opératoires où une asepsie insuffisante qu'il fallut toujours rechercher la cause de la mort. Le seul cas, celui d'Israël
(obs. 201), qui ait été présenté comme un exemple de mort par la
suppression des fonctions spléniques, est d’une interprétation très
discutable. | Nombreux sont actuellement les cas où l’on a pu revoir en excel-
lente santé des individus dératés plusieurs années auparavant.
2 Influence de la splénectomie sur la circulation,
Grâce à sonélasticité, la rate est, comme on l'a dit, « une chambre de sûreté » par rapport à la circulation hépatique et stomacale. Sa congestion, qu'on observe après les repas, est due à la gêne momentanée de la cireulation dans la veine porte et par conséquent dans la veine splénique. La rate s'amplifie de même après l'effort, la course, c'està-dire quand il y a insuffisance de la part de l'organe central de la circulation.
Dans ces conditions on peut se demander si le dératement n'a pas: une action funeste sur l’état d'équilibre de la circulation.
Dobson avait 6bservé que chez les animaux dératésil ne se manifestait aucun trouble apparent dans les diverses fonctions, excepté vers quatre heures après un repas copieux. À ce moment, les symptômes de pléthore se déclaraient (1).
Chez l'homme la splénectomie ne semble déterminer aucun trouble circulatoire notable quand elle s'adresse à des rates lésées par un traumatisme, mais antérieurement normales.
Il n’en est pas toujours de même dans les cas d’hypertrophie splé-
- nique. Dans ces conditions la splénectomie prive brusquement l’or-
ganisme d’une quantité parfois considérable de sang, certaines de ces rates renfermant deux litres de ce liquide et même davantage.
Cette saignée abondante et subite semble incapable de déterminer à elle seule des accidents graves; mais, unie à l’hémorrhagie, si fréquente dans les opérations de ce genre, elle acquiert une impor-
(1) DoBsox (W.). Recherches expérimentales sur l structure et les fonctions de la rate, 1830.
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tance dont il faut tenir compte dans l'appréciation des causes de léthalité.
Il est, d’autre part, certain que la suppression d’une rate hypertrophiée, qui constitue un diverticule très important pour le sang, doit déterminer quelque trouble dans l'équilibre de la circulation, On a signalé après la splénectomie l'augmentation subite de la tension artérielle, qui se manifesta parfois par une sécrétion considérable et rapide d'urine (obs. 114). Dans quelques cas on a vu survenir, à la suite de la constriction des vaisseaux spléniques, une hémorrhagie abondante par les vaisseaux de l’incision cutanée (obs. 114, 165) ou au niveau de la surface cruentée due à la libération des adhérences périspléniques (obs. 191). Cette hémorrhagie ne se produisit qu’à la faveur de lésions vasculaires dues à l'hémophilie de l'individu ; mais la cause immédiate de son apparition fut en somme une augmentation de pression artérielle au moment de la suppression du réservoir formé par la rate.
Ajoutons qu’au point de vue pratique ces faits n’ont qu'une importance secondaire.
3° Influence de la splénectomie sur la composition du sang et l’apparition des hypertrophies ganglionnaires.
On sait quelle obscurité plane encore sur le rôle rempli par la rate dans la composition du sang. Certains physiolog'istes voient dans cet organe un centre de production des G.R. (1), que d’autres se refusent à admettre, y trouvant au contraire un lieu de destruction des mêmes ‘éléments. La plupart sont cependant d'accord sur son rôle leucocytopoiétique.
Pour pénétrer plus avant dans l'étude du rôle de la rate dans la composition du sang, on a étudié les modifications apportées par l’ablation de cet organe.
AÀ.— Expérimentation. — Nous nous contenterons de rappeler brièvement les principales expériences qui ont été faites sur ce sujet,
(1) Nous avons adopté les abbréviations de GR, et de G. B. pour signifier ( Go bules rouges » et &« Globules blanes ».
et nous renvoyons pour plus amples renseignements au travail récent de Laudenbach (1).
Tous les physiologistes, sauf Pouchet (2), sont d'avis que la Splénectomie entraîne des changements dans la composition du sang ; mais la plupart d’entre eux font remarquer que ces changements ne sont pas constants.
1° MoptricATIONS DES GLOBULES ROUGES. — Mosler, le premier, nota une diminution notable des G. R., commençant immédiatement après le dératement et se prolongeant pendant plusieurs mois (3).
D'après M alassez, ladiminution deshématies ne durerait pas'plus d’un mois, tandis que celle de l’hémoglobine se prolongerait pendant plusieurs mois (4). Le premier, cet auteur constata la lenteur de la régénération du sang après la saignée chez les animaux dératés.
Zesas nota de même la diminution des G. R., mais ne la retrouva plus au bout de six mois (5).
Winogradoff constata que cette diminution durait près de 209 jours et trouva une diminution de l’hémoglobine (6).
lauber(7),Lockhart-Gibson(8),Emilianoff(9),Vulpius(10). constatèrent aussi une diminution post-opératoire des G. R.; mais leurs résultats diffèrent sur le degré et sur le moment où elle cessa.
Non seulement les G. R. sont diminués de nombre, mais beaucoup : d’entre eux sont modifiés dans leur forme. C’est ainsi qu'on trouve dans le sang, après l’ablation de la rate, des G. R. à noyaux.
(1) LAUDENBACH. La fonction hémopoiétique de la rate. Étude historique et critique. Arch. de physiol., Paris, 1896, p. 724. ;
(2) PoucHEerT. Note sur la constitution du sang après l’ablation de larate. Gaz. méd. de Paris, 1878, p. 316.
(3) MOSLER. Pathologie und Therapie der Leuhamie, 1872. (4) MALASSEZ. Sur les fonctions de la rate. Gax. méd. de Paris, 1878, p. 317.
(5) ZEsAs. De l’extirpation de larate et du corps thyroïde. Arch.f. kin. Chir., 1882, t. XX VIII, p.157;°et 1884, &t. XXX, p. 396.
(6) WINOGRADOFF. Sur la question de l'importance de la rate dans l’organisme. Wracth, 1883, n° 6 et 7.
(7) TAUBER. Zur Krage nach der physiol. Beziehung der Schilddrüse zur Milz. Wirchon's Arch. 1889, XOVI.
(8) LOCKHART-GIBSON (J.) Les organes hématopoiétiques et l’hématopoièse. Journ. of anatomy and physiol., 1888, t. XX, p. 100.
(9) EmrLIANOFEF. Sur le rôle de la rate au point de vue de la composition du sang, Arch. d. se. biol., Saint-Pétersb., 1893, p. 134.
(10) Vuzprus (0.). De là chirurgie et de la physiologie de la rate. Beitr. 2. klin, Chir., 1894, t, XI, p. 633 ; in Semaine méd,, 1894, p. 402.
Tizzoni a recherché.les variations de la quantité d’hémoglobine dans le sang des animaux dératés. Il a constaté chez les vieux chiens une diminution considérable de cette substance, sensible au bout de 48 heures, puis le retour progressif à la normale ; chez les jeunes chiens de simples oscillations autour d’un point inférieur à la normale (1).
Notons enfin la diminution du fer dans le sang de l'animal dératé, que Schindeler signala le premier (2) et qui a été retrouvée par d’autres expérimentateurs.
2° MoptriCATIONS DES GLOBULES BLANCS. — En même temps qu'une diminution des. G. R., les précédents physiologistes ont constaté une augmentation des G. B. |
Cette augmentation ne semble pas se eee aussitôt après la splénectomie. Bardach (3), après Billroth et Mosler (4), a signalé une diminution temporaire du nombre des leucocytes dans le sang des chiens dératés. Robin (5), Gaube, Winogradoff (6) ont aussi insisté sur cette diminution, qui, d’après eux, serait précédée d'une augmentation passagère aussitôt après l’opération.
D’après Emilianoff, le nombre des G. B. diminue après la splénec-
tomie et n’augmente que lorsque les autres glandes lymphatiques :
hypertrophiées sont capables de suppléer la rate (7). Cette diminution des G. B. serait due à un arrêt de leur formation; et, ce qui le prouve bien, c'est que le nombre des formes adultes et des formes vieilles des leucocytes augmente dans le sang après la splénectomie, leur transformation s'accomplissant dans le sang et non plus dans la rate.
(1) T1ZZON7 (Guido). Expériences et recherches sur la fonction hématopoiétique et la reproduction totale de la rate. Arch. ital. de biol., 1882, &. I, P- 22 et 129; in Revue des sciences méd.,t. XXI, p. 69.
(2) SCHINDELER. Vans im Organismus nach Milzextirpation. on Diss., 1870. )
(3) BARDACH. Recherches sur le rôle de la rate dans les maladies infectieuses. Ann. de V’Inst. Pasteur, 1889, p. 577; 1891, p. 40.
(4) Moser. Les suites de l’extirpation de la rate. Deuts. med. Woch., 29 mai 1884, jou 26e ;
(5) RoBIN (Ch.). Physiologie de la rate. Dict. encycl. des sc. méd., 1874, 3e série,
t. IT, art. Rate, p. 422.
(6) WINOGRADOFF, Loco cit, (7) EMILIANOrFF, Loco cit.
3° ALTÉRATIONS DES GANGLIONS LYMPHATIQUES ET DE LA MOELLE osseuss. — L'hypertrophie des ganglions lymphatiques a été fréquemment constatée chez les animaux dératés Kourloff(1) a insisté particulièrement sur ce point qu'avaient autrefois signalé Mayer (2), Bennett (3), Gerlach (4). ,
Mosler (5), Winogradoff (6), Bizzozero et Salvioli (7), Tizzoni (8), Gibson (9), ont, d'autrepart, montré les modifications. qui se produisaient dans la moelle osseuse après l’ablation de la rate.
Ces lésions congestives et hypertrophiques qui, apparaissent dans les ganglions lymphatiques et la moelle osseuse, indiqueraient que c'est à ces organes qu'est dévolu après la splénectomie Le soin de suppléer les fonctions de la rate Les ganglions remplaceraient le corpuscule de Malpighi pourla formation des Iymphocytes,et la moelle des os remplacerait la pulpe pour la transformation des G. B. (Emilianoff).
L'hypertrophie des ganglions n’est cependant pas constante, comme l'ont constaté Mosler et Legros (10). Masoin(11),Ceresole (12), Jonnesco (13) disent même ne l'avoir jamais observée. Ceresole nie toute modification de la moelle osseuse après la splénectomie
Se basant sur la variabilité des troubles observés, certains physiologistes se refusent à admettre que la rate soit remplacée, après son ahlation, par aucune glande et considèrent que les adénopathies observées sont d'origine inflammatoire (14).
(1) KoURLOFF. Sur les altérations du sang chez les animaux extirpés de la rate. Wratch, 1889, p.515 ; 1892, p. 469.
(2) MAYER (C. A.). Versuche über die Ausrottung der Milz. Sulzburger mediz. chir. Zeitung, 1815, t. IX, p.189. £
(3) BexNerr. Sur les fonctions de larateet des autres glandes lymphatiques. #onthly Journ. of med. sciences, 1852, t. XIV, p. 200.
(4) GERLACH. Études surla rate. Gaz. hebd. de méd., 1856, t. III, p. 386.
(5) MoSsLER. Loco cit.
(6) WINOGRADOFF. Loco cit.
(7) BIZZOZERO ET SALVIOLI. Woleschott’s Unters, t. XII, p. 59%.
(8) T1ZZONI. Loco cit.
(9) GIBsoN. Loco cit.
(10) LEGROS. In CH. ROBIN, loco ciît., p. 424 et 425.
(11) MASoIN. Recherches expérimentales sur l’atrophie congénitale et la turgescence digestive de la rate. Acad. de méd.de Belgique, 1880, t. XIV, ne 11.
(12) CERESOLE. De la régénération de la rate chez le lapin. Zeiglews Beitr. 2. pathol. Anat., XVII, p. 602.
(13) Jonnesco (Th.). De la splénectomie. Congrès de LÉ août 1897.
(14) Rogix (Ch.). Loco cit,, p. 426.
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B. — Examen du sang chez l'homme. — Les examens du sang faites chez l'homme après la splénectomie ont confirmé dans un certain nombre de cas les résultats fournis par l’expérimentation. Cette constatation a surtout de la valeur dans les cas‘ d’ablation de rates blessées, car dans ces conditions on ne peut invoquer, pour expliquer les modifications de composition du sang, leur existence antérieure, si fréquente dans les maladies de la rate.
La diminution des G. R. et l'augmentation des G. B. se présentent avec des différences absolues et relatives telles qu’il n’est pas possible de fixer une moyenne. C’est ainsi qu’on a vu le nombre des G. B. atteindre 15.000, 35.000, 50.000 par millimètre cube (ce dernier chiffre étant tout à fait exceptionnel) et leur rapport avec les G. R. devenir 1/200, 1/175, 1/100 et même 1/50.
Ces troubles hématiques ont de même une durée très variable. Ils disparaissent généralement en quelques semaines; mais on les a trouvés persistant plusieurs mois et même plusieurs années après la splénectomie.
À côté de ces phénomènes passagers de leucocytose, on observe parfois de véritables troubles leucémiques (obs. 106). Il s’agit alors d'individus leucocythémiques avant l'opération, et ce n’est donc pas celle-ci qui a été le point de départ de la leucémie. Mais comment interpréter ces cas où, comme chez le malade de Crédé (obs. 61), le rapport des G. B. aux G. R. tombe à 1/3 ou 1/4 avec de l’amaigrissement, et où ces troubles disparaissent en quelques mois pour faire place à une santé florissante ?
Les auteurs ont rarement recherché les modifications de forme des globules sanguins. Ce point spécial est consigné dans deux examens pratiqués par M. Vaquez chez deux malades splénectomisés par M. Hartmann (obs. 107 et 268).
Enfin on a ordinairement noté une diminution plus ou moins notable de l’hémoglobine (obs. 13, 73, 75, 76, 157, 165, 241, 245, 250, etc.).
Cependant il est à remarquer, comme nous l’avons vu chez les animaux, que les modifications post-splénectomiques du sang ne sont pas constantes. On peut constater que dans bien des cas elles furent nulles ou presque nulles (obs. 73, 76, 107, 115, 129, 138, 150, 162, 164, 215, 216, 222, 231, 233, 242,245, 246, 268, etc.). Malheureusement la cause de cette variabilité dans la composition du sang après l’ablation
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de la rate nous échappe complètement. C'est ainsi que, bien qu'il s'agisse de paludisme, nous sommes embarrassé pour expliquer la disparition des phénomènes de leucocytose pré-opératoire dans les observations de Montenovesi (obs. 147), de Jonnesco (obs. 172, 174, 175), de Tricomi (obs. 158) et d’autres.
On a fréquemment observé une hypertrophie des ganglions lymphatiques, modérée ou considérable, à la suite de la splénectomie chez l’homme. Comme les modifications du sang, ces troubles sont presque toujours passagers ; mais on les a vus persister plusieurs mois après l'opération. Ils peuvent, du reste, manquer, et Tricomi assure ne les avoir jamais observés (1).
Le rôle favorable que certains physiologistes ont attribué à cette hypertrophie ganglionnaire semble ressortir nettement de l'observation de Ballance(obs. 21). Mais il s'agit là d’un fait exceptionnel et par conséquent peu valable. Sans doute, on a noté l’absence d’hypertrophie ganglionnaire dans les cas où les phénomènes pseudoleucémiques post-opératoires étaient intenses ; mais dans d’autres où cette hypertrophie ganglionnaire faisait aussi défaut on n’a constaté aucun changement dans la composition du sang.
Ces faits suffisent à démontrer combien nos connaissances sont encore peu étendues sur cette question de la suppléance des fonctions spléniques et des troubles qui surviennent dans la composition du sang après l’ablation de la rate. Mais il nous suflit de savoir, au point de vue chirurgical, que ces phénomènes n'influent pas ou n'agissent que passagèrement sur l'état général des opérés.
A la suite de la splénectomie on voit parfois survenir, outre les troubles de leucocytose que nous venons d'étudier, de l’anémie, de l'amaigrissement, de la fièvre avec pouls très rapide, parfois quelques douleurs abdominales.
Ces phénomènes, qui sont toujours passagers, reconnaissent pour causes les changements de composition du sang, le développement d'une péritonite circonscrite autour du pédicule splénique, la réapparition d’accès de fièvre intermittente, etc...
Nous devons cependant noter des faits de fièvre intense avec pouls
{i) Tricot (E.). Huit cas de splénectomie. Congrès intern. des sciences méd., Rome 1894, in Mercredi méd., 1894, p. 232.
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extrêmement rapide qu'on a observés dans quelques cas (obs. 15, 16, 234, etc...), et que nous avons constatés chez la malade de notre maître, M. Bouilly (obs. 218), sans qu'on pût en trouver une explication plausible. *
Contre ces troubles on a préconisé divers traitements, tels que l'ingestion de sue splénique (obs. 15, 171, 172) ou de moelle osseuse (obs. 15 et 16), et on en a, dit-on, obtenu d'excellents résultats. Il faut, jusqu'à preuve plus complète, se tenir sur la réserve vis-à-vis de ces spécifiques. Le fait, que ces phénomènes sont inconstants et qu’abandonnés à eux-mêmes ils guérissent toujours rapidement, enlève à ces méthodes thérapeutiques une grande partie, sinon la totalité de leur valeur, qu’on les emploie comme moyens curatifs où même à titre préventif.
$ 4 — Existe-t-il un rapport physiologique entre la rate et le corps thyroïde ?
Tiedemann avait remarqué que l'ablation de la rate était suivie du gonflement du corps thyroïde (1).
Les expériences plus anciennes de Bardeleben (2) sembleraient donner raison à ce physiologiste : deux chiens et deux lapins splénectomisés et thyroïdectomisés meurent, trois chiens Splénectomisés, mais non thyroïdectomisés, guérissent. Mais Bardeleben n'a jamais constaté aucun changement dans Île corps thyroïde des nombreux auimaux qu'il a dératés.
Philipeau x conserva pendant cinq mois des rats auxquels il avait enlevé la rate, le corps thyroïde et les capsules surrénales (3).
De même Legros n’a jamais constaté d'hypertrophie thyroïdienne chez les rats dératés (4).
Zesas émit l'hypothèse que la survie des animaux splénectomisés était due à ce que le corps thyroïde suppléait les fonctions de la rate (5).
1) TIBDEMANN. Zeitschrift . Physiologie, BAV, H. I, 1853. 2) BARDELEBEN. Dissert. de Gland.…., Berolini, 1841.
3) PHILIPEAUX. C! R. de l'Acad. des sciences, 1857, XLIV, p. 396.
4) LEGROS. Loco cit., p. 425.
5) ZEsAS (G.). De l'extirpatlon de la rate et du corps thyroïde, Arch. f. klin.
( ( ( ( ( Chir., 1884, t. XXX, p.395; in Revue des sciences méd., t, XXV, p. 457,
Landa constata qu'on pratiquant une transfusion ou une saignée chez un animal thyroïdectomisé etenproie aux accidents convulsifs, on faisait disparaître les phénomènes graves pendant un ou deux jours; après quoi ces phénomènes réapparaissaient et disparaissaient sous l'influence du même moyen Jl enleva alors la rate à des chiens, puis au bout d’un mois le corps thyroïde. Or,sur dix cas, huit fois il aurait ainsi obtenu l'immunité contre la cachexie strumiprive. Il en conclut que cette cachexie résultait de l'accumulation dans le sang d'un principe toxique agissant sur le système nerveux central. Ce principe est probablement un produit d'échange matériel qui est cédé au sang par la rate. La fonction de la thyroïde consiste probablement à neutraliser ce principe toxique (1).
Les expériences de Sanguirico et Canalis (2), de Gley (3), de Vassalleet Brazza (4), de Tizzoni (5) n'ont pas confirmé les résultats obtenus par Zesas et Zanda.
Bien que ces dernières conclusions paraissent exactes, nous devons signaler l'hypertrophie thyroïdienne certaine, que l’on a signalée, dans des cas très rares, chez l'homme et chez les animaux après la splénectomie.
$ 5. - Ea splénectomie a-t-elle une influence sur la croissance et les aptitudesgénésiques ?
Dans une leçon sur les glandes vasculaires sanguines, M. Lancereaux considérait, en s'appuyant sur un fait clinique, les altérations de la rate comme s’opposant directement au développement en géné-
(1) ZANDA (L.). Sur le rapport fonctionnel entre la rate et la thyroïde, Arch. ital de biot., XIX, p. 432 ; et Lo Sperimentale, 1898, XLVII ;in Revue dessciences méd., t. XLIII, p. 425, ett. XLIV, p. 420.
(2) SANGUIRICO (C.) et CANALIS (P.). De lextirpation du corps thyroïde. Arc. îtat. de biot., t. V,£. 3, p. 390 ; in Revue des sciences méd.,t. XXV, p. 459.
(3) Gzey. La question des rapports entre la rate et le corps thyroïde. Arch. de physiel., Paris, 1894, p. 207. :
(4) VASSALLE (G.) et BRAZZA (F.). Sur la spléno-thyroïdectomie chez le chien et chez le chat. Arch. ital. de biol., 1895, XXI, p. 347 ; in Xevue des sciences méd. ox D VTT ED. 06
(5) I1ZZ0N7 (G.). De la splénectonie elez le Iapin et de l'absence de rapports fonctionnels entre la rate et le corps thyroïle. Arch. ital. de biol., 19 déc. 1854, t, IV, £, I; in Revue des sciences méd., t. XXV, p. 460.