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spontanément, en un mot, il résulte de ce qui vient d'être dit, qu'il ne peut y avoir de spontanéité morbide dans un organisme vivant. Prenez les maladies épidémiques, sporadiques, endémiques ou saisonnières, aucune espèce de ces maladies ne pourrait naître, sans que les forces conservatrices de l'être vivant eussent été dérangées dans leurs fonctions par des causes réelles dont les unes sont pour nous évidentes, et dont les autres sont restées jusqu'à présent impénétrables, mais n'en existent pas moins, et le bon sens ne permettrait pas de nier leur existence par la raison que nous sommes à ce sujet dans l'ignorance. Si l'on veut parler des maladies héréditaires et dialhésiqucs, dans ce cas encore l'être vivant apporte avec lui en naissant ou bien acquiert, sous l'influence des circonstances pernicieuses dans lesquelles il vit, un vice lequel, après être resté pendant plus ou moins longtemps dans un état latent, arrive à prendre de la prépondérance sur les tendances conservatrices des forces physiques, trouble leurs fonctions normales, amène des maladies graves lui correspondant, et à la fin la cessation de la vie.
Nous ne voulons imaginer ni théories, ni hypothèses pour expliquer la manière dont les forces physicochimiques sont détournées de leur tendance conservatrice, et ensuite comment elles amènent un trouble dans les fondions vitales normales, d'où résulte une * manifestalion morbide, par exemple : d'une diathèse héréditaire ou acquise ; puisque, rigoureusement par-
lant, nous sommes dans l'ignorance complète de lama nière dont s'accomplissent, tout à fait en dernière analyse, la plupart des fonctions dans l'état physiologique de l'organisme, par exemple : comment se forment et se nourrissent le cerveau et les nerfs, comment se nourrit et se renouvelle la trame des os, des muscles, etc. Qu'il nous soit seulement permis de présenter une comparaison, non pour prouver quoi que ce soit, mais pour faire bien comprendre notre manière de voir à ce sujet, et pour faire bien sentir que, si la spontanéité existe dans l'organisme, si tout émerge de l'intérieur de l'être vivant, cela tient à ce que tous les phénomènes dans ce monde sont spontanés et que tout émerge de la matière et de ses forces physico- chimiques ou primordiales.
Faites faire deux boules en bois, supposez que, dans une d'elles, on ait ménagé une cavité près de la surface qu'on aurait laissée vide ou qu'on aurait remplie de plomb ; au premier abord ces boules vous paraîtront égales, elles seront exactement du même bois, du môme volume, de la même forme ; mais lorsque vous les examinerez plus h fond en les prenant dans les mains, vous trouverez, en les soupesant, qu'en réalité il existe une différence entre les deux sphères, qu'il existe un défaut dans l'une d'elles comparativement à l'autre. Voilà donc le défaut, l'espèce d'un vice héréditaire ou acquis, si vous le voulez. Lancez ces deux boules avec la même force et sur «le* terrains tout à fait égaux, l'une
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d'elles roulera avec régularité et ne s'arrêtera que sous l'influence de l'attraction, du frottement sur le terrain et de la résistance de l'air, tandis que la seconde roulera d'abord comme la première sous l'influence de la même cause impulsive et des mêmes causes perturbatrices extérieures ; mais bientôt son mouvement sera troublé et elle s'arrêtera en raison du vice de sa construction intérieure, seulement le trouble de ses évolutions sera spontané, c'est-à-dire indépendant de toute force extérieure et résultera tout simplement de sa construction vicieuse sans laquelle ce trouble, dans le mouvement rotatoirc, ne serait pas arrivé sitôt; exactement comme une maladie diathésique apparaît spontanément, mais en raison d'un vice héréditaire ou acquis sous l'influence des causes perturbatrices dans lesquelles vit un être organisé ; et sans la présence de ce vice, l'organisme vivant serait dans l'impossibilité de produire une maladie diathésique malgré toute sa spontanéité. Il est donc évident que si les fonctions physiologiques s'accomplissent et les maladies naissent spontanément dans un organisme vivant, cela tient, nous le répétons encore, à ce que la spontanéité existe dans la nature, autrement dit, à ce que tout s'accomplit spontanément par les forces physico-chimiques, même dans la matière inorganique.
Mettez dans l'eau de Toxalate de potasse et du nitrate de chaux, l'empressement, si l'on peut s'exprimer ainsi, avec lequel les molécules de l'acide oxalique et
les molécules de la chaux se rechercheront pour se combiner entre elles, émergera exclusivement des forces réunies dans ces deux corps, leur combinaison se fera donc spontanément et sans intervention d'aucune autre influence extérieure. Jetez du potassium dans de l'eau, c'est encore exclusivement en vertu de ses propriétés physiques, et par conséquent spontanément, que ce métal décomposera l'eau, se réunira avec l'oxygène et produira une flamme éclatante. Exposez un morceau de phosphore à l'air, c'est encore spontanément, et en vertu de ses propriétés chimiques, qu'il brûlera en se combinant avec l'oxygène de l'air. Appliquez la poudre de Vienne sur une partie quelconque de votre corps, c'est tout simplement en vertu de la causticité qui lui est propre, que cette poudre mortifiera une portion de la peau. Faites enfin avaler à un animal de l'arsenic, ou bien de la strychnine, ou bien de l'opium, ou bien de l'acide hydrocyanique, c'est toujours spontanément et en vertu de sa seule propriété toxique, et sans intervention d'aucune force extramatérielle, que chacun de ces poisons agira pernicieusement sur l'économie de l'animal, amènera des accidents lui correspondants et à la fin la destruction de la vie. Quand apparaît un arc en ciel, ou bien une aurore boréale, ou bien une comète, tous ces phénomènes se produisent sous l'influence spontanée des forces physiques de la matière.
Et le tonnerre que nous entendons éclater dans les airs; les accidents effrayants qui se succèdent pendant
les éruptions des volcans ; les tremblements de terre qui portent la terreur et l'effroi au cœur de l'homme, précipitent des plaines dans l'abîme, font surgir des montagnes, détruisent d'un seul coup les plus grandes villes et enfouissent des milliers d'habitants sous leurs décombres ; tous ces grands phénomènes de la nature démontrent la puissance grandiose des forces que la matière recèle dans son sein ; car il est évident que cette puissance de la nature n'est pas autre chose que des forces physico-chimiques, et que ces manifestations terribles ressorlent ou sont les résultats exclusifs des activités physiques et spontanées de la matière et de ses forces primordiales.
Cette spontanéité des forces matérielles ne se manifeste pas seulement sur la terre et dans notre système planétaire; on la constate également, dans les espaces, aussi loin que nous pouvons pénétrer et observer à l'aide de nos instruments d'optique. On y voit des corps ayant la même forme que ceux qui se meuvent autour du soleil, les uns paraissant immobiles, ayant leur lumière propre et formant ce qu'on appelle les étoiles fixes; les autres, tournant autour des premiers et sur leurs axes, sont leurs satellites, tous ces astres obéissent aux mêmes lois de la gravitation que nos planètes, et léiirs évolutions peuvent être calculées avec la môme exactitude qu'on le fait pour les corps du système solaire. On peut déterminer avec précision leur forme, leur volume, leur densité et par conséquent leur poids
et leur force d'attraction. Bien plus, au moyen de l'analyse spectrale, on constate sur ces astres l'existence des mêmes métaux que ceux qui se trouvent sur la terre, sur les autres planètes et même sur le soleil.
Or puisque les grands phénomènes s'accomplissent dans ces systèmes sidéraux si éloignés, d'après les mêmes lois, par conséquent par les mêmes forces qui dirigent les mouvements des satellites solaires, il n'y a pas de raison de supposer que les phénomènes locaux, c'est-à-dire ceux qui se passent sur chacun de ces corps en particulier, s'effectuent sous l'influence d'autres puissances que les forces physico-chimiques ou primordiales de la matière, dont la spontanéité se manifeste sur la terre et sur les autres corps de notre monde planétaire.
Nous soutenons même que, s'il y a des êtres vivants sur les étoiles qui remplissent l'univers, ce qui est excessivement probable, pour ne pas dire certain, ces êtres peuvent différer de nous, quant à la structure de leur corps ; ainsi ils peuvent avoir les sens plus ou moins parfaits que les nôtres, par la raison que leur organisation doit être conforme aux milieux dans lesquels ils vivent, et par conséquent, si ces créatures sont douées de l'intelligence, elles peuvent comprendre, plus ou moins bien que nous, les faits et les phénomènes qui se présentent à leur observation ; mais dans leur raisonnement elles doivent suivre les principes de la même logique que nous, puisque partout nous constatons la même matière, dans tout l'univers nous
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voyons en action les mêmes forces, et si de plus, l'axiome que nous avons établi est irrécusable, savoir que : tout ce qui s'accomplit dans la nature est la réalisation de la logique, il ne peut y avoir qu'une seule et même logique dans ce monde.
Pour résumer nos dernières idées nous disons que : tous les phénomènes précités, dont les uns s'accomplissent dans les vases de nos laboratoires, dont les autres s'exercent sur les êtres vivants, et les derniers, étant des phénomènes cosmiques, se réalisent dans le grand laboratoire qu'on appelle l'univers ; tous ces phénomènes, disons-nous, sont des productions spontanées des forces physiques de la matière, exactement comme le sont les manifestations que nous observons dans l'organisme vivant.
On comprend donc par ces exemples que, la spontanéité existant dans la matière en général, doit exister nécessairement dans un être organisé. Seulement dans ce dernier cas, les actes considérés comme propriétés vitales sont pour nous incompréhensibles et inexplicables par les forces physiques à cause du nombre, de la complexité et de l'enchevêtrement de ces forces, qui concourent à l'accomplissement de ces actes; tandis que les manifestations physico-chimiques de la matière inorganique sont pour nous plus compréhensibles, parce qu'elles sont analysables à cause de la simplicité des conditions dans lesquelles elles se produisent , et à cause de la possibilité de les suivre jusqu'à la dernière analyse.