‹ De la spontanéité de la matière dans les manifestations physiques et vitalesChapitre 9 sur 13 · DR LA SPONTANÉITÉ · texte numérisé non relu

DR LA SPONTANÉITÉ

vie. Celle-ci, dans ce cas, ne serait que la continuation d'une naissance extraterrestre. Cette hypothèse peut être appuyée sur des arguments plus plausibles, que celle qui admet la formation de la terre dans la place qu'elle occupe depuis un nombre de siècles incalculable. En effet, quand on réfléchit sur les lois d'après lesquelles la terre se meut autour du soleil, il est difficile de se défendre de la conviction qu'elle émane de ce dernier astre, et qu'elle en a reçu la première impulsion de son mouvement.

En out»e de cette raison si grave, nous ajouterons que si les forces primordiales de la matière, qui nous sont connues, avaient produit les êtres, si compliqués dans leur organisation, du règne animal et du règne végétal, sur la terre, où elles auraient dû se trouver dans les conditions indispensables pour cette création, on ne comprend pas pourquoi , les mômes forces, agissant il est vrai dans des conditions différentes, ne pourraient pas produire à présent des organismes au moins beaucoup plus simples. Alors nous aurions des faits qui nous permettraient de conclure par induction à la naissance sur la terre des premiers êtres vivants. Mais rien de pareil n'a été démontré définitivement, ni par l'observation de ce qui arrive actuellement sous nos yeux, ni par les expériences directes instituées dans le but de résoudre ce problème. Cette impossibilité, pour les forces primordiales de la matière, de créer sur la terre un être vivant même très-simple, engage l'esprit

de l'homme à reléguer l'origine de la vie dans d'autres espaces où se trouvent d'autres conditions ou d'autres forces matérielles que celles de notre planète et qui sont capables de créer la vie.

Nous nous trouvons dans une position toute autre à l'égard des corps inorganiques, que nous rencontrons sur notre globe, et que les forces physico-chimiques sont incapables de produire maintenant à cause de l'absence des conditions nécessaires à ces productions ; car, comme ces mêmes forces, tout en se trouvant dans des conditions différentes, produisent encore actuellement des effets analogues, quoique bien plus simples, nous en concluons avec raison que les premiers corps ont dû être formés sur la terre aussi , ou au moins par les mêmes forces physico-chimiques que les effets actuels et nullement par des forces extramatérielles. Ainsi, de la cristallisation des différents sels par les forces physicochimiques nous pouvons conclure à la cristallisation du diamant par les mêmes forces, seulement agissant dans des conditions particulières qui ne se trouvent plus sur notre planète.

D'autres faits, qui peuvent servir de preuves d'une provenance extraterrestre non-seulement de la vie, mais encore d'un grand nombre d'autres phénomènes accomplis évidemment par des forces de la matière, nous sont fournis par les sciences positives. La géologie et surtout la paléontologie, au moins autant que nos moyens d'investigation nous ont permis de pénétrer

dans les profondeurs de la terre, nous font voir d'abord, pour ce qui concerne la matière inorganique, d'immenses changements dans l'état et dans les rapports des liquides et des solides; ces sciences nous font constater des cataclysmes, que ces cataclysmes aient été des révolutions produites au hasard ou bien des évolutions successives, par lesquelles la terre a dû passer d'après les lois immuables de la nature, pour arriver à la constitution actuelle. Ces sciences nous démontrent ensuite, par la superposition géologique et par les limites des faunes fossiles, que la terre renferme, dans son intérieur, un ordre de choses qui permet d'établir des terrains et dans ces terrains des étages distincts les uns des autres. Or, que, pour l'accomplissement de ces cataclysmes et pour ces stratifications méthodiques, on invoque le vulcanisme ou le plutonisme, ou bien les deux systèmes à la fois, toujours est-il évident que ces faits ont été accomplis par les forces physico-chimiques ou primordiales de la matière. L'action exclusive des forces matérielles dans ces cataclysmes est pour nous facile à comprendre, par la raison que, dans nos temps encore, de pareils phénomènes s'accomplissent, quoique relativement dans des proportions infiniment moindres. Mais lorsqu'on réfléchit bien sur certains résultats de ces révolutions et formations primitives, on est fortement disposé à admettre qu'elles se sont accomplies, au moins en partie, dans des régions pour nous tout à fait inconnues et qu'elles ont rendu déjà lànotre planète

habitable pour les êtres vivants. Ainsi, pour rester dans l'ordre des faits connus de tout le monde, nous citerons encore la cristallisation du diamant, nous parlerons de l'existence de l'or, ou de l'argent, ou du fer, ou du cuivre, ou du sel gemme, ou du charbon de terre, etc., dans telle contrée, et l'absence complète de l'un ou de l'autre de ces corps dans telle autre contrée, ou bien encore l'abondance presque inépuisable des uns et une distribution si parcimonieuse des autres de ces corps , et un grand nombre de circonstances pareilles incompréhensibles sont des indices que la cause de la • diversité de ces faits doit être cherchée dans un corps céleste dont la terre est une émanation. Nous sommes d'autant plus autorisé à soutenir cette croyance, qu'à présent l'examen de la lumière des différents astres au spectroscope, a prouvé l'existence des mêmes substances terrestres dans ces corps célestes.

Si maintenant nous nous arrêtons à Pexamen des êtres fossiles, nous voyons, dans ces restes, des organisations tellement gigantesques et bizarres qu'elles nous étonnent, et qu elles le sont d'autant plus, que les terrains où ces fossiles se trouvent sont plus anciens. On observe aussi que certains de ces fossiles disparaissent complètement et qu'on ne les retrouve plus à mesure qu'on remonte les étages. On constate enfin que quelques-uns de ces êtres disparus ont, parmi les créatures nos contemporaines, des descendants analogues non à cause de leur grandeur mais à cause

de la ressemblance des formes de leurs corps. Cette grande différence, dans le volume de ces animaux, parait surtout tenir à la différence des milieux dans lesquels ils ont pris naissance, avec les milieux dans lesquels ils ont continué et continuent encore leur vie.

Or, dans tous ces restes fossiles que la nature semble avoir conservés en guise de problèmes pour nos méditations, on voit la perfection, c'est-à-dire on voit, autant que leur état, même dans les terrains primitifs, a permis de le constater, que les premières créatures avaient une organisation complète, elles étaient construites telles qu'elles devaient être toujours. On n'a jamais trouvé ni une ébauche d'organisation ni un indice d'un travail quelconque qui pourraient permettre d'affirmer qu'on a surpris les forces primordiales de la matière donnant naissance à un être organisé ou créant la vie sur la terre.

Toutes ces circonstances, rapprochées de la nécessité pour un être vivant de provenir d'un être vivant sur la terre, comme nous le voyons à présent, nous forcent d'admettre que la vie a pris son origine ailleurs que sur notre planète.

Résumons les développements qui précèdent :

a. Gomme, d'après tout ce qui vient d'être dit, il est évident que nous n'avons ni aucune base raisonnable comme point d'appui, ni aucune nécessité de soutenir l'hypothèse de l'existence d'une force créatrice et

préexistante à la matière, et comme nous observons que tout ce qui s'accomplit dans la nature se produit exclusivement sous l'influence des forces physico-chimiques de la matière ;

b. Comme pour cette raison noussommes nécessairement amenés par la logique à reconnaître à la matière l'éternité, l'infini, la spontanéité, ainsi que les forces créatrices, et que ces forces, unies d'une manière indissoluble à la matière, sont par conséquent avec cette dernière primordiales ;

c. Gomme il s'ensuit forcément que les actes, qui se sont accomplis et les êtres qui sont venus sur la terre, ne peuvent être que les productions de ces forces matérielles ;

d. Comme, d'un autre côté, nous voyons ces mômes forces produire sous nos yeux des changements dans la constitution et la forme, non-seulement de la matière inorganique, mais encore des êtres organisés, et que ces mêmes forces se trouvent dans l'impossibilité de donner naissance sur la terre à un corps organique, et à un grand nombre d'autres corps qui sont inorganiques :

e. Comme enfin les forces primordiales, qui ont donné naissance aux êtres organisés terrestres dans les temps primitifs, n'ont jamais été surprises dans la formation d'un organisme le plus simple, depuis la tradition et l'histoire la plus ancienne, et, ce qui est plus important encore, qu'on n'ajamais trouvé, ni sur lasurface, ni dans les profondeurs de notre globe, aucune ébauche, aucun

indice, aucune trace, qui permettrait d'admettre, que les êtres organisés et mêmes certains corps inorganiques, dansleur première apparition, aient pu être produits sur la terre; il est permis de conclure que :

1. Tout ce qui existe dans ce monde, ainsi que les transformations qui s'y accomplissent, sont les produits des forces matérielles qui sont primordiales, et inhérentes nécessairement à la matière.

2. La terre ne s'est pas formée à la place qu'elle occupe à présent dans le système solaire, elle est un fragment ou plutôt une émanation d'un autre astre, où elle aurait déjà subi certaines évolutions, qui l'ont préparée à recevoir et à entretenir la vie.

3. C'est dans cet autre corps céleste, qu'il faudrait chercher l'origine de la vie, et même la source et la formation de bien des corps inorganiques de la terre ; c'est probablement là, que se trouvent encore d'autres forces matérielles à nous inconnues, lesquelles, unies à celles de notre globe et dans des conditions favorables, ont donné naissance aux premiers êtres organisés, qui ont suivi nécessairement les déplacements et les évolutions postérieures de la terre.

Tout homme qui réfléchit doit se demander : Pouvons-nous espérer de pénétrer le secret de l'essence de la vie , ou au moins de la manière dont elle a pris naissance? A notre point de vue, ce n'est pas possible. Cela tient à deux raisons. Pour savoir ce que c'est

que la vie , il faudrait bien connaître toutes les forces et toutes les conditions qui ont concouru à sa création ; mais si la vie, ou les premiers êtres vivants de la terre ont été produits dans d'autres sphères de l'espace, par conséquent dans d'autres conditions que celles qui existent sur notre planète, l'organisation ou la vie est un phénomène cosmique, et comme tel, elle est le résultat des forces matérielles, il est vrai, mais accompli dans un énorme laps de siècles, comme cela arrive avec tous les grands phénomènes et toutes les grandes évolutions de la nature. Par conséquent :

1. La vie de l'homme, bien plus, la vie des généralions, bien plus encore, la vie de l'humanité tout entière, est trop courte.

2. Le point que nous occupons et où nous observons les phénomènes de la nature, est minime comparativement à l'espace dans lesquels s'accomplissent les grands phénomènes cosmiques.

Pour ces deux raisons , nous nous trouvons dans l'impossibilité d'observer et d'étudier, dans un temps et dans un espace suffisant, les grands phénomènes de la nature, pour comprendre tout l'enchaînement et toutes les évolutions des forces de la matière dans l'accomplissement de ces grands phénomènes, ou au moins dans la production d'un acte dont nous pourrions conclure, par induction, à la création de la vie par les forces matérielles.

Voilà donc les deux grands obstacles : Durée trèscourte de noire existence^ limite très-bornée de l'espace que nous occupons, pour que nous puissions jamais observer et méditer suffisamment, répétonsnous, aûn de comprendre la manière dont s'accomplissent les phénomènes cosmiques, au nombre desquels se trouve l'origine de l'organisation ou de la vie.

Nous ne voulons pas soutenir, que nous manquons absolument de faits qui pourraient nous permettre de reconnaître avec certitude la manière dont les évolutions terrestres se sont faites dans les temps primitifs. Ainsi , lorsque nous examinons les terrains qui forment la surface de la terre , nous voyons que ces terrains sont composés de matières insolubles dans l'eau, qu'ils ont les mêmes propriétés qui s'observent encore aujourd'hui dans les dépôts aqueux, appelés sédiments ; que ces terrains sont constitués par des couches stratifiées, tantôt plus minces, tantôt plus épaisses, ayant une texture schisteuse, et quand on saura que, dans toutes ces couches, on rencontre les restes indubitables des êtres organisés qui ne peuvent vivre que dans l'eau, et que ces fossiles, qu'ils soient des restes des organismes aquatiques ou terrestres transportés, ne peuvent résister à l'action du feu , on sera forcé de se rendre à l'opinion du Neptunisme, c'est-à-dire, que l'eau a joué un rôle très-important à former ou plutôt à modeler la surface de la terre.

Une autre partie plus considérable de notre globe

est formée par des roches, qui ont une structure cristalline et compacte, et qui sont presque toujours exemptes de fossiles, ce sont les couches les plus profondes, . situées au-dessous des couches stratifiées, et cela nous conduit nécessairement à penser, que cette partie de la terre a été primitivement dans un état de fusion ou igné. Voilà en quoi consiste l'opinion du Vulcanismc, lequel, on peut l'affirmer encore d'après les considérations qui précèdent, a dû être en action avant le Neptunisme.

Mais ces explications, qui, du reste, peuvent être considérées comme des vérités scientifiques, ne s'appliquent qu'à des évolutions terrestres postérieures, par conséquent à des phénomènes relativement restreints et en quelque sorte locaux ; mais elles ne jettent aucune lumière ni sur la manière dont la terre a commencé sa formation, ni sur la place où elle a pris son origine, par la raison que ces derniers problèmes sont des phénomènes cosmiques. Nous pensons toutefois que, la présence de certains métaux sur la terre, dont l'existence sur d'autres corps célestes a été constatée péremptoirement par le spectroscope, l'abondance presque inépuisable de bien des produits terrestres dans quelques contrées, leur absence complète dans d'autres, la distribution si parcimonieuse de pierres et métaux appelés précieux, etc., renferment des enseignements de la plus grande portée à cet égard , mais ce sont pour nous des énigmes et des sphinx dont nous ne pouvons pénétrer les secrets ce

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sont des hiéroglyphes intacts, parlant de ces questions, mais pour nous indéchiffrables, parce que nous n'avons pas de clef ou de repère qui pourrait nous guider dans la recherche de leur signification.

A cette place, nous croyons utile de nous expliquer sur une objection qu'on soulève quelquefois, en la croyant victorieuse, lorsqu'on se trouve dans l'impossibilité de répondre raisonnablement à un argument quelconque, savoir : Prenez garde! vous êtes à la recherche des dernières causes. Or cet argument n'a aucune valeur et ne devrait jamais être opposé par un homme sérieux, par la raison que, dans les sciences naturelles, nous ne savons jamais où sont les dernières causes ; ensuite cette opinion, si elle était généralement acceptée, arrêterait les progrès de nos connaissances; car, dans toutes les recherches scientifiques, nous serions arrêtés par la crainte de chercher les dernières causes. Ainsi, si à l'époque où régnait l'opinion de l'horreur de la nature pour le vide, on s'était arrêté à cette explication, sous le prétexte que d'aller plus loin ce serait chercher les dernières causes, nous ne saurions pas aujourd'hui la vraie raison qui fait monter les liquides dans les tubes où Ton fait le vide, et l'on n'aurait pas fait les belles applications pratiques résultant de la connaissance du vrai motif de ce phénomène.

D'ailleurs, l'axiome qu'on voudrait établir, de ne pas chercher les dernières causes, n'est pas déduit de la

nature des choses, autrement dit : la nature des choses n'en montre pas l'impossibilité. Cette opinion n'est que le voile couvrant la paresse ou plutôt l'ignorance des hommes. Lorsque quelqu'un cherche à démontrer que le cercle est carré, ou bien si quelqu'un voulait habituer un chien à vivre dans l'eau comme un poisson, ou bien encore instruire un cheval à se soutenir dans l'air à l'instar d'un oiseau, l'inconséquence de tentatives semblables ressortirait de la nature des choses, dans le premier cas, de ce qui est rond, ne peut être carré, et dans les autres cas de l'organisation de ces animaux ; mais vouloir de mieux en mieux approfondir les causes des phénomènes de ce monde, soit par une étude bien raisonnée des faits qu'on y rencontre, soit expérimentalement, n'est pas défendu, et l'inconséquence de ces recherches ne résulte pas, encore une fois, de la nature des choses.

Pour en revenir aux forces ou propriétés vitales, nous pouvons affirmer que, puisque l'analyse la plus sévère des phénomènes de ce monde ne peut nous révéler d'autres forces primordiales que des forces physico-chimiques, il s'ensuit nécessairement que ce sont ces dernières qui, dans des combinaisons et dans des conditions pour nous inconnues, doivent être les seules forces créatrices de la vie , et que les propriétés vitales sont les résultats de l'organisation. D'ailleurs, affirmer que les forces ou propriétés vitales et la matière font un,

et qu'elles en sont inséparables (M. Chauffard) est un non-sens ; car comment concevoir la présence des propriétés vitales dans la matière qu'on appelle inorganique ? Aussi ne les a-t-on jamais trouvées dans cette matière avant qu'elle eût acquis l'çtat organisé, bien plus, les propriétés vitales disparaissent avec la désorganisation ou la cessation de la vie de l'être organique, sans que la matière cesse d'être matière, comme cela a déjà été dit plus haut.

Tout ce qui existe dans la nature, considéré sous un point de vue général, a des propriétés communes, tout est soumis aux mêmes lois et aux mêmes forces générales, mais quand on examine les choses de plus près, on aperçoit des différences essentielles. Ainsi, qui ne connaît les caractères par lesquels diffère le règne inorganique de celui qui renferme les êtres organisés? D'accord avec l'auteur ci-dessus nommé nous dirons aussi : « Un des traits essentiels qui distinguent le rè- » gne vivant d'avec le règne inorganique, c'est que le » premier se partage en un nombre immense d'indivi- » dus, dont chacun est une source indépendante de » mouvements propres qui ne reconnaissent d'autre » cause effective que l'existence individuelle qui les » produite! qui se manifeste par eux. Dans le règne » inorganique il y a des éléments distincts, des corps » simples et des corps composés; mais nul de ces corps » ne saurait constituer un individu; nul n'est apte » à produire des mouvements qui lui appartiennent

» exclusivement, car nul ne s'isole du reste du monde » inorganique, nul ne jouit d une existence propre ; » tous se perdent dans l'ample sein de la nature et de » ses forces diverses. »

« Les corps inorganiques, dit M. Chauffard encore, » subissent et transmettent les mouvements qui les » atteignent; ils ne créent pas de mouvement nouveau. » ils n'engendrent pas des actes étrangers par leur na- » turc au mouvement qui les frappe. Rien ne naît ni » ne périt dans l'ordre physique; tout nait et périt » dans l'ordre vivant. Celui-ci est un incessant produc- » teur d'actes qui n'existeraient pas sans lui, et parmi » ces actes, le plus frappant est certainement celui de . » la génération, qui reproduit et multiplie l'être vi- » vant. Dans cet acte tout émerge dès profondeurs de » la force vivante et les activités du monde physique ne » prennent aucune part directe à son accomplissement.

» Le monde physique manque de ces moyens de

» développement et d'accroissement : rien ne s'y perd, » rien ne s'y ajoute; il est immuable dans ses appa- » rentes transformations. »

Enfin, ajoute-t-il, les caractères primordiaux de la vie se traduisent par deux mots : l'unité et la spontanéité. « L'être est un, et c'est par là qu'il est individu. » Sa spontanéité désigne ce pouvoir qu'a l'être vivant » de tirer de lui-même des mouvements par lesquels il » évolue et se manifeste. »

Dans cette citation il y a des vérités incontestables,

mais l'auteur commet une erreur capitale en voulant leur faire prouver ce qu'elles ne prouvent pas. Les différences que M. Chauffard fait ressortir entre le monde inorganique et les êtres organisés, ont été établies par bien des philosophes, et nous reconnaissons volontiers l'unité et la spontanéité dans l'être vivant; seulement ces distinctions ne prouvent rien autre chose, que l'existence des différences infranchissables entre les corps inorganiques et les corps organisés ; mais il ne faut pas perdre de vue que des différences infranchissables existent aussi parmi ces derniers êtres et que les végétaux diffèrent essentiellement des animaux, bien que, chez les uns et les autres, V organisation existe. Ces caractères différentiels dépendent tout simplement de la composition ou plutôt de l'organisation plus ou moins parfaite des existences se trouvant sur la terre. Mais nous demandons à tout le monde et à M. Chauffard lui-même : En quoi ces différences démontrent-elles l'existence d'une force créatrice et préexistante à la matière? En quoi prouvent-elles l'existence des propriétés vitales comme forces primordiales et inhérentes à la matière? En quoi prouvent-elles que les êtres organisés sont des créatures de ces forces vitales plutôt, que des forces physiques de la matière? En quoi prouvent-elles que les propriétés vitales ne sont pas les conséquences de l'état dans lequel la matière se trouve, c'est-à-dire de l'organisation? Puisqu'au contraire, nous le répéterons toujours, l'apparition des forces vitales avec l'or-

ganisalion seulement, puisque leur anéantissement avec la désorganisation de la matière, puisque le rapport de leur perfection avec une plus ou moins parfaite oragnisation prouvent, que ces forces sont des propriétés que la matière acquiert, comme elle en acquiert d'autres dans les corps inorganiques aussi, par suite des combinaisons nouvelles dans lesquelles elle entre sous Finfluence d'une activité simple, ou diversement enchevêtrée de ses forces primordiales.

Quant à l'assertion de l'auteur proclamant que : « Rien ne naît et que rien ne périt dans l'ordre pbysi- » que ; tout naît et périt dans l'ordre vivant ; » il faut distinguer : si l'on veut parler de la matière et de ses forces physico-chimiques, il est vrai que rren ne naît et que rien ne périt dans l'ordre physique, exactement comme rien ne naît et rien ne périt sous ce rapport dans le monde organique, par la raison toute simple, que rien ne naît et rien ne périt dans la nature, quant à la matière et à ses forces primordiales ; mais si l'on veut parler des nouvelles formes et des nouvelles propriétés qu'acquiert la matière dans ses nouvelles combinaisons et dans ses nouvelles transformations : tout naît et tout périt dans l'ordre organique, exactement comme tout nait et tout périt plus ou moins lentement dans le monde physique, parce que toutes ces transformations n'ont rien de réel relativement, elles ne sont que des modes d'être, et des résultats des activités des forces primordiales de la matière.

Pour ce qui concerne l'unité de l'être vivant, personne ne peut la contester; mais à la condition rigoureuse d'une unité relative, car, absolument parlant, l'unité n'existe que dans l'ensemble de l'univers, et en dehors de cette unité il ne peut exister aucun être vivant. Sortez l'individualité organique des conditions nécessaires à son existence, c'est-à-dire sortez l'être vivant de l'influence des forces matérielles ou physico-chimiques, l'individualité sera anéantie et tous les efforts de ce qu'on appelle forces vitales ne pourront prolonger d'un seul moment l'existence de l'unité organique. La raison en est, que la différence entre la matière inorganique et les êtres organisés, que môme la différence entre îe règne végétal et le règne animal dépend tout simplement de la plus ou moins grande perfection de leur composition ou de leur organisation, en un mot, que l'unité et la spontanéité relatives, autrement dit : l'existence des êtres vivants a un rapport inséparable avec la matière inorganique et avec ses forces physicochimiques.

Mettez un être organisé dans les conditions où Ton pourrait lui soustraire complètement soit l'attraction, soit l'électricité, soit le calorique, soit l'oxygène, toutes les forces vitales ne pourront lui conserver ni l'unité, ni la spontanéité, par la raison que ces dernières ne sont que des propriétés acquises, des modes d'être de la matière, résultant de la combinaison et de l'enchevêtrement des forces physiques et des éléments matériels, par la

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raison que l'unité et la spontanéité ne sont que des manifestations de la matière mise dans certaines conditions.

Les vitalistes, môme ceux qui sont matérialistes, c'està-dire qui admettent que forces vitales et matière font un, croient avoir trouvé un argument irréfutable, en faveur des forces vitales indépendantes, dans la génération, aussi disent-ils : qu'il n'y a pas d'acte physico-chimique ni de mouvement communiqué qui jamais pourrait donner l'idée de ^génération, et que la génération cstle caractère essentiel de l'animalité. Autrement dit : la génération est le caractère essentiel de l'animalité, ou de cet état dans lequel les éléments matériels ont été mis par des forces physico-chimiques, qui les rend aptes à donner lieu à la reproduction ; exactement comme la fluidité et la transparence sont les caractères essentiels de cet état, dans lequel l'oxygène et l'hydrogène ont été mis par les forces physico-chimiques, qui les rend aptes à former un composé liquide et transparent ; exactement comme la couleur bleue, la structure cristalline et la proprité toxique sont les caractères essentiels de cet état, dans lequel l'oxygène, le soufre et le cuivre ont été mis par les forces physico-chimiques, qui les rend aptes adonner naissance à un corps composé, qui sera bleu, cristallisé et poison; exactement comme des éléments matériels ont été mis par des forces physico-chimiques dans un état qui les rend aptes à produire une fleur ou un fruit particulier. Aussi de-

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vient-il évident que la génération ne peut pas prouver l'existence intrinsèque et primitive des forces vitales. D'ailleurs tout l'acte de la génération, analysé jusqu'à sa limite, est un acte physique, seulement le dernier moment, la dernière action, celle qui éveille la vie ou l'existence d'une individualité vivante, reste pour nous impénétrable; mais cette ignorance ne nous autorise pas à admettre des forces vitales, indépendantes des forces physico-chimiques, et pour cette raison incompréhensibles aussi bien dans leur origine, que dans leurs propriétés, lorsque nous avons ces dernières dont nous sommes loin de connaître toutes les combinaisons et tous les effets possibles, lorsque nous avons les forces physico- chimiques, disons-nous, dont l'étude expérimentale nous dévoile tous les jours des influences et des productions étonnantes.

Les vilalistes passeraient encore condamnation sur la digestion, sur la sécrétion de la bile, de l'urine, de la sueur, etc., et ils concéderaient encore volontiers l intluence des forces physico-chimiques sur ces actes de la vie, parce que l'intervention de ces forces, dans lesdites fonctions physiologiques, devient de plus en plus facile à comprendre; mais ils croient avoir trouvé une preuve irréfutable de l'existence des forces vitales indépendantes des forces physiques, dans la génération, uniquement parce que jusqu'à présent la manière dont les forces matérielles interviennent dans cet acte, nous est restée complètement inconnue. Si dans la plu-

part des fondions physiologiques Ton concède l'influence des forces physico-chimiques, pourquoi admettre l'intervention exclusive des forces vitales dans ce seul acte qui s'appelle la génération?

On connaît l'histoire de la statue colossale de Memnon qui, aussitôt après le lever du soleil, rendait des sons. Les Grecs, avec leur riche imagination, ignorant comment se produisait ce phénomène, l'attribuaient à la voix d'Eos, mère de Memnon, qui arrivait près de son fils et lui rendait la vie avec les rayons de l'aurore. Voilà une explication surnaturelle que forge l'esprit des hommes dans l'ignorance de la vraie cause d'un phénomène évidemment physique ; en effet, des observateurs modernes ont reconnu, que les sons en question étaient produits par l'air, qui s'échappait des joints de la pierre échauffée par le soleil. Or c'est bien dans la position des anciens Grecs dans ce cas, que se trouvent les vitalistes avec leur explication de la génération.

Quand nous voulons embellir ou bien améliorer une espèce, ce n'est pas en exerçant une action sur les propriétés vitales insaisissables h tous nos moyens d'investigation, mais c'est en agissant matériellement sur elles, c'est en mettant ces espèces dans de meilleures conditions matérielles, et par conséquent c'est en utilisant nos connaissances sur les propriétés des forces physicochimiques, que nous parvenons à ce résultat. Et quand un être organisé est menacé de perdre la vie, ce n'est

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pas aux forces vitales que nous nous adressons afin de la lui conserver ; dans ce cas encore toutes nos ressources sont des moyens matériels et les forces physicochimiques que nous mettons en action pour conserver l'unité compromise de l'être vivant. Nous prévoyons bien qu'on nous dira, qu'il est certain que les moyens dont nous nous servons , soit pour améliorer l'espèce, soit pour conserver un être en danger de perdre la vie. sont des moyens matériels, mais ce sont toujours les forces [vitales qui s'en saisissent et les mettent dans les conditions nécessaires à l'amélioration ou à la conservation de l'être vivant.

Nous n'acceptons pas cette manière de voir relativement à cette question, par la raison qu'il est tout à fait impossible de démontrer l'existence des propriétés vitales indépendantes, et par conséquent non résultantes des forces physico-chimiques, comme cela arrive avec ces dernières qui existant réellement se manifestent indépendamment de toute autre force et qui sont des propriétés primordiales de la matière.

On ne peut directement, c'est-à-dire sans intermède des forces physico-chimiques, ni concentrer, ni fortifier, ni affaiblir les forces vitales, parce qu elles n'existent pas en réalité et qu'elles ne sont que des manifestations des forces physiques mises dans certaines conditions de leur enchevêtrement et de leur combinaison. Et nous répéterons encore : parce qu'il n'est pas donné à l'homme jusqu'à présent de produire ou au moins

de comprendre cette action combinée des forces matérielles dans les actes physiologiques, ce n'est pas une raison d'imaginer des forces indépendantes de ces dernières, et dont les fonctions deviennent de plus en plus limitées par les études approfondies des manifestations des forces primordiales de la matière.

De ce qui précède il résulte que :

1. Il n'existe dans la nature, depuis l'éternité, que la matière intimement unie aux forces physico-chimiques, qui sont ses forces primordiales.

2. De l'action incessante de ces forces, il résulte des modifications dans la manière d'être de la matière, et par suite de ces modifications ou transformations, la matière se présente avec des propriétés nouvelles qui se modifient encore, ou même, qui disparaissent complètement avec une nouvelle transformation de cet état de la matière, sans que celle-ci cesse d'être matière.

3. L'état, qu'on appelle organisé, ne peut avoir pour principe créateur que les forces physico-chimiques, comme il n'a pour base que la matière.

4. Les forces vitales, en tant qu'elles existeraient indépendamment des forces physico-chimiques, venant on ne sait d'où, pour s'adjoindre à la matière organisée, ne sont qu'une pure hypothèse inventée par notre ignorance sur l'origine, et le mode de formation des premiers organismes, et par notre ignorance de la manière dont agissent les forces primordiales combinées dans les êtres vivants.

IL Comme dernière conséquence, il résulte que la spontanéité existe nécessairement dans la matière unie à ses forces primordiales, que la matière soit organique ou inorganique.

Après avoir démontré, dans la discussion qui précède, que les forces créatrices et la spontanéité existent dans la matière unie à ses forces physiques, après avoir fait comprendre que les forces vitales ne peuvent être que des propriétés résultantes des forces physicochimiques mises dans certaines conditions qu'on appelle organisation ou la vie, que la spontanéité existe dans les êtres organisés, comme elle existe dans la matière inorganique, et que cette spontanéité est pour nous appréciable chez les êtres vivants, parce qu'elle s'y manifeste dans un cercle d'action très-restreint et dans une espace de temps très-limité, nous sommes ramené à la question par laquelle nous avons commencé, c'està-dire à la spontanéité dans les maladies. Pour résou-» dre ce dernier problème il faut bien expliquer et bien préciser la question.

Nous ne perdons pas de vue, qu'au commencement de ce travail notis avons avancé que les maladies, comme tout ce qui s'accomplit dans la nature, étaient spontanées, notis voulions dire par là : que les maladies, ainsi que tous les phénomènes de ce monde, n'ont pas besoin pdur leur apparition des forces extraordihaires, surnaturelles et extramatérielles, et que, par

conséquent, elles sont produites par des activités matérielles. Le sujet a été envisagé sous un point de vue très-général, pour ne pas dire absolu, et nous espérons que la suite de nos développements l'a fait comprendre ainsi. Maintenant que nous sommes arrivé à étudier la question dans un cercle relatif et limité à la pathologie, la spontanéité dans les maladies nous apparaîtra sous un jour tout à fait différent, et nous pouvons affirmer que la spontanéilé morbide, considérée dans ces limites, non-seulement n'existe pas, mais qu'elle ne peut même pas exister dans un être vivant, contrairement à ce que soutiennent certains vilalistes. C'est ce que nous nous proposons de prouver.

Comme les sciences positives et l'observation calme et réfléchie des phénomènes qui s'accomplissent dans la nature, nous apprennent que la spontanéité existe dans la matière et ses forces primordiales, Fexistence de cette spontanéité chez les êtres organisés n'a rien que de naturel et de concevable, lorsque ces êtres se trouvent dans les conditions normales ; mais si la spontanéité dans un organisme vivant et dans l'état normal ou sain est incontestable, cette spontanéité ne se présente pas avec la même évidence, lorsqu'on veut la faire intervenir dans le développement des maladies.

Nul doute qu'une fois que la matière a été constituée en une unité organisée qu'on appelle l'être vivant, cet être accomplit des actes spontanés, c'est-à-dire émergeant de lui*même ; mais au fond ces actes sont

des manifestations inévitables et fatales. Ainsi la croissance, la formation de l'écorce, du tissu ligneux, des feuilles, des fleurs et des fruits, la formation de la peau, du tissu cellulaire, des muscles, des nerfs, des os, la dentition, la ménopause, la vieillesse sont des actes normaux et spontanés dans les organismes vivants ; mais ces spontanéités s'accomplissent d'après des lois fixes et immuables, dont il n'est pas permis à l'être vivant de s'écarter sans tomber dans cet état anormal, qu'on appelle maladie. De là vient que nous pouvons prévoir, calculer, déterminer ces manifestations spontanées dans l'état normal des organisme'.

Il n'en est pas de même dans la maladie ; dans cette dernière condition, la spontanéité, une des lois fondamentales de l'organisation dans son état sain ou normal, non-seulement ne cesse pas d'agir, mais encore c'est elle qui, dans la plupart des états morbides, est Je principal acteur dans la conservation de l'être vivant dont l'existence a été compromise. Aussi est-il inconcevable, pour l'esprit de Fliomme, qu'à côté de la spontanéité que nous pourrions appeler conservatrice, il se développe, à un moment donné, une spontanéité morbide ; il est non moins inconcevable qu'un organisme, qui a reçu l'impulsion de mareber dans une telle direction, puisse violer les lois fondamentales de la vie en se détournant spontanément de sa fatale destinée. Bien au contraire nous serions plutôt disposé à croire que, comme un corps inorganique, qui a reçu l'impul-

sion de se mouvoir dans un certain sens, continuerait a se mouvoir indéfiniment dans Ja même direction, s'il n'en était pas détourné par un obstacle quelconque; de la même manière, un organisme vivant conserverait son existence normale, au moins beaucoup plus longtemps que cela n'arrive à présent, s'il pouvait être soustrait à toutes les influences morales et physiques, s'il pouvait être mis dans des conditions où il ne serait pas affecté par tout ce qui l'entoure, et qui travaille à sa destruction. La logique s'oppose à la pensée que les forces physiques, qui sont le fondement des manifestations physiologiques ou vitales normales, et qui sont destinées fatalement à travailler à la conservation de l'existence de l'être vivant, puissent spontanément changer de direction et tendre sans aucune cause à sa destruction ; la logique proteste contre la supposition qu'à côté des forces conservatrices de l'organisme vivant, autrement dit qu'à côté de la spontanéité qui a pour butl'état normal ou sain de l'individu, il se trouve une spontanéité morbide latente qui, à une certaine époque de la vie, surgit plus ou moins rapidement et travaille à sa désorganisation. Il résulte donc de ce qui précède que les forces physico-chimiques et leurs résultats, propriétés vitales, ne peuvent dévier, sans une cause perturbatrice, du but auquel elles sont destinées, c'est-à-dire de la conservation normale de l'être vivant; il résulte encore de ce qui précède que les maladies ne peuvent jamais se développer

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