‹ De la squelétopée, ou de la préparation des os, des articulations, et de la construction des squelètesChapitre 12 sur 16 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la préparation des squeVetes naturels.

On prépare les squelètes naturels^ lorsqu’on veut conserver parfaitement 1° les rapports des os dans leurs articulations; 2° la forme, les dimensions des cavités qu’ils constituent par leur réunion; 3® enfin , lorsque les os ne se prêtent point aux moyens que l’on emploie pour les réunir artificiellement, comme on l’observe chez les jeunes sujets, et spécialement chez les fœtus.

Pour préparer convenablement sur un adulte un squelète naturel, il faut, autant que possible , faire choix d’un sujet et d’une saison convenables. Les sujets que nous avons indiqués , en parlant de la préparation des os, devront être pris de préférence.

On peut bien préparer un squelète dans toutes les saisons de l’année, mais la dissection en est plus pénible en hiver; les os se dégorgent moins bien du sang qu’ils contiennent, et de plus on est obligé , pour les faire sécher, d’avoir recours à la chaleur artificielle. Le printemps paraît être, selon M. le professeur Marjolin, la saison la plus favorable pour s’occuper de cette préparation, ainsi que toutes celles que l’on veut conserver, qui présentent un grand volume, et dont la dissection ne peut être terminée dans un ou deux jours au plus.

Le sujet étant choisi, enlevez d’abord les viscères du ventre et ceux de la poitrine, en retirant ces derniers par la cavité abdominale, après avoir fait une large incision au diaphragme, et une seconde incision transversale et profonde à la partie inférieure et antérieure du col; videz ensuite le crâne avec une curette introduite par une ouverture faite à la partie supérieure et moyenne de la tête, avec une couronne de trépan : si l’on n'a point ce dernier instrument', on peut se servir, pour pratiquer l’ouverture, d’un ciseau et d’un maillet; en suivant cette dernière méthode, la pièce d’os que l’on enlève peut être replacée quand l’opération est terminée.

Introduisez par la même ouverture, jusqu’à la partie inférieure du canal vertébral, une longue tige de fer flexible, dont l’extrémité a

été légèrement aplatie au marteau et recourbée eu crocliet; détruisez la moelle épinière en la triturant et la retirant en partie au moyen de cet instrument. Faites ensuite, par une petite ouverture que vous pratiquerez à la partie inférieure du canal sacré, et qui ouvrira la gaine méningienne de la moelle, une injection faite avec une dissolution assez concentrée de carbonate de potasse, afin d’opérer la dissolution et de faciliter l’issue des portions de pulpe médullaire, que vous n’avez pu retirer avec la curette.

Procédez à la dissection des ligaments, en commençant par ceux de la tête, de la colonne vertébrale, du bassin, de la partie postérieure des côtes j disséquez ensuite ceux des pieds, des mains; terminez par la préparation des grandes articulations des membres et de la partie antérieure de la poitrine. L’auteur du Manuel d’anatomie, de qui j’emprunte en grande partie cette description, conseille de suivre cet ordre , pour que les parties spongieuses du squelète puissent macérer un peu plus long-temps.

Il ne faut découvrir les articulations qu’à mesure qu’on les prépare,’ afin que le contact de l’air n’altère point les parties sur lesquelles on ne dissèque pas. Dès qu’une articulation est préparée on doit la couvrir avec un linge mouillé qui est blanc, afin de prévenir le contact de la poussière.

Enlevez exactement le périoste sur toute l’étendue des os, en laissant seulement cette membrane sur les cartilages des côtes et sur la partie osseuse voisine de ces os. Dans les intervalles des séances, placez le sujet enveloppé d’une alèze, dans un cuvier rempli d’eau très-propre que l’on fait renouveler tous les jours. Quand on le retire de ce bain’, on doit essuyer avec soin les ligaments.

En préparant un squelète naturel, on doit faire attention à n’ouvrir aucune articulation. Il est difficile d’indiquer, d’une manière précise , le temps pendant lequel le squelète doit macérer pour que les parties se dégorgent; ce temps doit varier suivant la température de l’atmosphère et l’état du cadavre que l’on a employé : six à huit jours suffisent pendant le printemps. On reconnaît que le dégorgement est opéré quand l’eau ne rougit plus et ne se couvre plus à sa surface de gouttelettes graisseuses.

Avant de suspendre le squelète pour le faire sécher, lavez-le exactement avec de l’eau , à laquelle vous ajouterez environ un cinquième d’acide nitrique, aQn de faire périr les larves des insectes qui pourroient avoir été déposées sur les ligaments. Cet acide, quoique trèsétendu, a l’inconvénient de donner aux os et aux ligaments une légère teinte jaune , mais il a l’avantage de conserver à ces derniers un peu de souplesse : il est préférable aux dissolutions salines, dont les unes produisent un racornissement trop considérable , tandis que d’autres attirent l’humidité de l’atmosphère , ou bien se cristallisent dans l’épaisseur des ligaments, les privent de leur transparence, rendent leur surface comme tuberculeuse. On peut avec avantage remplacer l’acide muriatique par une dissolution peu concentrée de chlore. Ce dernier corps altère moins la structure des os et des ligaments, et contribue à augmenter leur blancheur.

Ces précautions étant prises, il faut suspendre le squelète dans un cadre de^ bois de six pieds de hauteur sur deux de largeur : pour cela , on attache au bout d’une corde une cheville de bois qu’on introduit dans le crâne par l’ouverture du trépan, et qui, prenant ensuite une direction transversale lorsqu’on vient à retirer la corde , arrête solidement la préparation. Avec deux ficelles que l’on attache à chaque calcanéum, on fixe le squelète à la partie inférieure du cadre; avec d’autres cordes dont il est inutile d’indiquer le nombre et la direction , on retient la mâchoire inférieure appliquée contre la supérieure ; on soutient et on porte en dehors les épaules ; on élève la poitrine en soulevant le sternnm et les côtes ; on donne aux bras, aux avant-bras , aux mains une position convenable ; on maintient les pieds dans une direction parfaitement horizontale, etc.

On pratique ensuite à la partie la moins apparente des grandes capsules synoviales, une petite ouverture, par laquelle on introduit du crin imprégné d’une dissolution alcoholique de camphre et de savon , ou d’un tnélange , par parties égales, d’huile d’olive et d’essence de térébenthine (i). pn place les ligaments dans leur situation

(i) On imprègne le crin avec un corps gras ou savonneux , afin de l’empêcher

la plus naturelle ^ et on expose le squelète à l’ombre , dans une chambre où l’on cherclie à établir des courants d’air par différents moyens de ventilation. Il faut prendre aussi toutes les précautions pour soustraire la pièce au contact des mouches et de la poussière.

Lorsque l’atmosphère est froide et humide , il faut accélérer la dessiccation par le secours du feu, sans en approcher le squelète de trop près. La température de la chambre ne doit point être élevée au-delà de 20 à 25° du thermomètre de Réaumur : une chaleur plus forte racornit les ligaments (i). Lorsque la dessiccation est achevée, on retire de la cavité des capsules synoviales le crin que l’on y a introduit.

SqueVetes d’embryons eL de fœtus. Il faut beaucoup d’adresse et de patience pour préparer les squelètes des embryons , vu l’extrême mollesse de leurs tissus. La dissection devient de plus en plus facile, à mesure que le foetus s'approche de la fin de la gestation.

On doit d’abord enlever les viscères de l’abdomen et ceux du thorax, par une large ouverture faite au ventre, et vider le cerveau

d’adhérer aux capsules fibreuses , et de faciliter son extraction après la dessiccation. J’ai employé , pour rendre apparentes les capsules synoviales , et les membranes fibreuses de plusieurs articulations , le procédé suivant : La capsule ligamenteuse étant préparée dans sa plus grande intégrité , on introduit obliquement entre ses parois un tube de verre tiré à la lampe , et on y Insuffle de l’air pour la distendre et la dessécher : cette préparation est sur-tout facile à faire pour l’articulation scapulo-humérale.

(i) Les moyens de dessécher les articulations rentrent dans ceux que l’on emploie généralement pour les autres pièces anatomiques. Lorsque l’air est froid et humide , que les préparations se couvrent déjà d’un putrilage noirâtre , qui attire fortement l’humidité de l’atmosphère , voici un moyen qui m’a parfaitement réussi dans ces derniers temps : Fixez sur un réchaud ardent un canon de fusil , par sa partie moyenne ; dirigez l’une de ses extrémités vers la pièce à dessécher ; faites passer à travers le tube , au moyen d’un soufflet , un courant d’air qui s’échauffe , et en sorte brûlant. En combinant dans diverses proportions l’intensité du feu , la force du vent , et la distance de la préparation , on dessèche cette dernière , pour ainsi dire à volonté. Ce procédé est de la plus grande utilité pour enlever l’humidité aux parties situées profondément ; on peut lui faire subir plusieurs modifications.

avec une curette, par une ouverture que l’on pratique au ligament occipito-atloidien postérieur. On met dégorger le fœtus pendant un jour ou deux , après quoi on procède à la dissection de ses articulations : des pinces et des ciseaux suffisent presque pour exécuter cette préparation. Le squelète étant nettoyé, on le met de nouveau dans l’eau pendant deux ou trois jours seulement , après quoi on le soumet à la dessiccation. On introduit , par l’ouverture faite au crâne , du crin dont on remplit complètement cette cavité, afin d’en écarter les différentes pièces , et de rendre apparents les espaces membraneux qui les séparent j on emplit également de crin la capacité du thorax pour maintenir le sternum et les côtes dans leur situation naturelle j on fait la même préparation pour la cavité du petit bassin , afin de s’opposer à son rétrécissement et à la déformation de ses os encore peu développés. On fixe à la partie postérieure du tronc une petite règle de bois, étendue depuis l’occipital jusqu’au coccyx, et contre laquelle on retient la colonne vertébrale au moyen de fils de chanvre , afin de s’opposer à sa flexion en avant , par le racornissement considérable qu’éprouve le corps des vertèbres pendant la dessiccation ; ensuite on attache le squelète du fœtus dans un petit cadre en bois , et on en maintient les diverses parties dans leur situation naturelle par les moyens indiqués ci-dessus.

Lorsqu’on veut dessécher un squelète dont les ligaments ont été rendus flexibles par les moyens que j’ai conseillés , il faut simplement le suspendre par la tête , le faire sécher lentement et avoir soin , à mesure que la dessiccation s’opère, défaire exécuter aux articulations tous les mouvements dont elles sont susceptibles.

Il sera nécessaire, pour les collections anatomiques, de préparer des squelètes naturels des deux sexes, provenant d’individus de tous les âges, et appartenant aux différentes races de l’espece humaine^ il faudra également conserver, parles mêmes moyens, les squelètes dans plusieurs cas de maladies des os, comme le rachitisme, les anciennes luxations, etc.

Devront être préparés de la même manière la plupart des squelètes de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et de poissons que l’on

dépose dans les collcciioas, pour servir à l’étude de l’anatomie comparée (i).

Il serait aussi de la plus grande utilité de préparer pour les peintres des squelètes natitrels pris sur des individus parfaitement conformés, et que l’on maintiendrait dans la position des statues antiques qui servent journellement de modèles aux artistes , comme le Gladiateur, l’Apollon Pyihien , la Vénus de Médicis, le Groupe de Laocoon , etc.

Lorsque la dessiccation des squelètes est achevée, il faut retirer le crin que l’on a introduit dans leurs diverses cavités , et appliquer sur les ligaments une couche de liqueur préservative des insectes, telle que l’essence vestimeniale de Dupleix, ou une dissolution alcoholique de savon arsenical de Becœur. Ce préservatif, l’un des plus sûrs que l’on puisse employer , contient plusieurs substances qui éloignent les insectes par leur odeur , ou bien les font périr promptement (2).

Quand la couche de liqueur préservative , que l’on a étendue

(i) Pour préparer les squelètes de très-petits animaux , tels que ceux des taupes , dessouris , des grenouilles , des salamandres , des lézards , j’ai plusieurs fois employé le procédé suivant: On décharné grossièrement ces animaux, on les dessèche dans la position convenable, après quoi on les place dans une fourmillière : au bout de trois ou quatre jours les os sont parfaitement nettoyés pi ûiat avoir soin de surveiller la préparation , et de l’enlever dès qu’il ne reste plus que les os et les ligaments , sans quoi les fourmis finiraient par détruire ces dernières parties. J’ai parfaitement nettoyé plusieurs colonnes vertébrales , en faisant enlever par les dermesles toutes les parties molles qui étaient restées adhérentes aux os sur lesquels elles s’étalent desséchées.

(2) Les substances qui entrent dans la composition de ce savon sont les suivantes :

Oxide blanc d’arsenic 8 onces , o gros.

Potasse 3 O

Chaux O

Savon 8 o

Camphre 2 2

On fait avec le camphre et une petite quantité d’alcohol une espèce de pâte ; on ajoute la potasse , l’arsenic , la chaux pulvérisés , puis le savon découpé par morceaux ; on bat le tout avec un peu d’eau , jusqu’à ce qu’il forme une pâte bien unie.

Nicolas a proposé une autre liqueur préservative contre les insectes , et dont il garantit l’efficacité : sa préparation et son usage sont accompagnés , suivant M. le professeur

•sni- le sqiielèle, est parfaitement desséchée, il faut vernir la pièce avec un mélange de blanc d’œuf et d’alcoliol affaibli, on avec une dissolution de résine sandaraque dans l'alcohol , à laquelle on peut ajouter en proportion égale de la gomme arabique dissoute dans l’eau , un peu de sucre candi et un blanc d’œuf; ce vernis est trèsluisant , et s’écaille moins facilement que la dissolution alcoholique pure de sandaraque (i).

Lorsque le vernis est parfaitement sec, on détache chacun des liens qui avaient été destinés à maintenir dans leur situation les diverses

Marjolin , ♦ de moins d’inconvénients que celle du savon de Bécœur. Voici quelle est

sa composition :

Savon blanc, découpé en tranches minces livres, t onces.

Camphre réduit en très-petits fragments o 2

Coloquinte grossièrement pulvérisée o 2

Alcohol rectifié . . . o

Faites macérer pendant quatre à cinq jours dans une bouteille ; agitez le mélange de temps en temps , filtrez à travers un papier gris , et conservez la liqueur dans une bouteille bien bouchée.

Je me sers avec beaucoup d’avantage , pour garantir mes pièces anatomiques de l’attaque des insectes , de la préparation suivante :

Alcohol rectifié . : o livres , 6 onces.

Sublimé corrosif o 2 gros.

On fait dissoudre le sublimé , on verse la dissolution dans une pinte de vernis à l’alcool ; on agite la liqueur , et on la conserve pour vernir les préparations.

(1) Mafjolin , ouvrage cité , tome i , page 6y. « Lorsque le squelète naturel que l’on T> a préparé , dit le même auteur , est celui d’un embryon , ou bien quand on ne veut » conserver qu'une seule articulation qui offre quelque altération pathologique , il est » plus avantageux de conserver la pièce dans un liquide anti-septique , que de la faire » dessécher.

« 11 faut dans ce cas commencer par la faire d^orger : on la place ensuite dans on » bocal contenant une assez grande quantité d’alcohol à 22” , ou d’essence de téré- » benlhine , pour qu’elle puisse être couverte complètement. 11 est nécessaire de fixer à I) la partie supérieure de cette pièce un fil qui traverse l’obturateur du bocal, pour qu’on » puisse la maintenir dans une situation convenable. L’obturateur placé , on le lute n exactement avec une pâte faite avec la colle de farine , la chaux et le blanc d’œufs , ou » simplement avec de la cire jaune.

* Lorsqu’on emploie l’alcohol , il est avantageux d’y ajouter quelques gouttes d’acide » muriatique oxigéné , pour conserver la blancheur des ligaments et des os , ou pour la » leur rendre lorsqu’ils l’ont perdue. »

( Si )

parties tiii squelèie ; on passe une couche de vernis sur les os, à l’endroit où ils avalent été attachés, et l’on monte la pièce sur un support, comme je l’indiqueraî à l’article des squelètes artificiels.

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