CONCLUSIONS
1. — La staso-basophobie est une paralysie fonctionnelle systématique des fonctions de la marche et de la station debout, accompagnée de l’idée émotive de Pimpossibilité de cette double fonction.
Il. — Ce syudrome n’a été bien connu qu’à partir de 1890 par différenciation d’avec l’astasie abasie et d’après les observations de Binswanger, Bouveret et Séglas. Les travaux ultérieurs sur ce sujet contribuèrent à accentuer la symptomatologie du syndrome, puis à en établir les formes, variétés et types en même temps que sa nature et ‘sa pathogénie psychique.
III. — I] faut distinguer deux formes de staso-basophobie : la forme simple sans lésions organiques de l’appareil locomoteur et la forme associée à une lésion de cet appareil, ces deux formes comprenant chacune deux variétés, la variété continue et la variété par accès. Quant au type de la démarche,il se présente sous l’un des aspects suivants: paralutique (paralysie complète ou parésie), spasmodique ou ataxique. Il est quelquefois mixte où complexe. |
IV. — Le syndrome comprend deux ordres de symptômes : physiques et psychiques,
Les symptômes physiques consistent, dans les cas simples, en une impossibilité plus ou moins grande de la marche et de la station debout contrastant avec l'intégrité sensilivo-motrice de l'appareil locomoteur, Dans les cas associés, on constate une disproportion manifeste entre l’état des lésions et l’impossibilité de la marche et de la Station, accusée par le maade. Cette disproportion s’exagère dans la variété par accès, où le paroxysme résulte de la superposition de l’état phobique intermittent à à Pétat organique permanent.
Les symptômes psychiques consistent : d’abord, dans l’idée fixe et obsédante de l’impotence des membres inférieurs, celte idée étant toujours accompagnée de peur et d'angoisse ; ensuite, dans le retentissement, dans le domaine psychique et organique, de cette angoisse (état mental de l’anxiété, sentiment de défaillance) et phénomènologie physique concomitante : alternative de pâleur et de rougeur, tremblements, sueurs, accélération da pouls et de la respiration, etc. |
V.— Le début paraît quelquefois brusque. Mais il est le plus souvent lent et progressif. Il s’annonce quelquefois par des accès de forme agoraphobique, survenant dans des espaces de plus en plus rétrécis, pour aboutir à une basopnobie complète et continue. La guérison se fait de même d’une façon lente et progressive, entrecoupée des mêmes accès de forme agoraphobique, mais ne survenant plus que dans des espaces de plus en plus grands.
Dans la plupart des observations que nous rapportons
la marcheetla durée ontété longues. Mais sile syndrome a pu, dans certains cas, se prolonger plusieurs années, c’est que la véritable nature en avait été méconnue et le traitement négligé. Souvent d’ailleurs les observations sont incomplètes ou inachevées.
VI. — L’étiologie dela staso-basophobie reconnaît deux grands chefs : d’abord, la prédisposition héréditaire ou acquise du terrain pychique ; ensuite la cause occasionnelle qui réalise chez le sujet prédisposé le syndrome stasobasophobique. La predisposition relève d’un état dégénératif sur lequel, en vertu de la déséquilibration de l’'émotivité, peuvent se développer toutes les variétés des obsessions et des phobies ; le plus souvent on observe, sur les mêmes malades, et relevant de la même origine dégénérative, l'hystérie, la neurasthénie, des associations et des successions épisodiques de phobies et d’obsessions, la débilité mentale, etc. Il faut aussi tenir compte des conditions adjuvantes de l’âge relativement avancé, du milien social et familial des malades. La cause occasionnelle est représentée par une affection ou un accident qui, intéressantl’appareil locomoteur, désigne celui-ci à l'attention plus ou moins consciente du sujet prédisposé, organise le syndrome et spécifie, dans sa nature et son siège, la phobie de la marche et la station. |
VII. — La pathogénie de la staso-basophobie, trouble fonctionnel de nature psychique, ne doit pas être cherchée dans un état morbide du système nerveux périphérique ou central inférieur : elle doit relever d’une perturbation fonctionnelle des centres psychiques supérieurs. Elle n-
reconnaît pas le même mécanisme que l’astasie-abasie heys
térique ; celle-ci étant une amnésie systématisée des mouvements de la marche consécutive au rétrécissement du champ dela conscience et ne s’'accompagnant d’aucun trouble émotif. Elle reconnaît, au contraire, le mécanisme psychologique des phôbies, en général, à la famille naturelle desquelles elle appartient. La staso-basophobie est une simple variété appliquée à la marche et à Ja station, de ces troubles psychiques complexes, à base émotive constante et fondamentale, à contenu intellectuel variable et accessoire, qui caractérisent cliniquement la mentalité des dégénérés ; et dont le mécanisme relève d’un état anormal de l’émotivité, qui est, chez ces sujets, continuellement exagérée et instable dans son équilibre. L’implantation et la culture de l’idée fixe résultent de lirruption et du séjour dans la conscience, à la faveur de la cause occasionnelle, d’une conviction, relative à l’impotence fonctionnelle des membres inférieurs. Cette conviction est formée de deux éléments: l’un intellectuel, qui est Pidée ; et l’autre, affectif qui est l’émotion, et qui, dans l'espèce, prend une importance considérable, pathologique. Cette idée émotive est la source de phénomènes d'arrêt, d’inhibition, qui paralysent les centres fonctionnels et, lorsqu'ils s'étendent aux centres psychiques supérieurs, peuvent déchaîner tout le syndrome de l'anxiété et de l’angoisse. Quelles sont alors les relations pathologiques qui s’établissent entre les centres psychiques supérieurs et les centres automatiques de la station et de la marche, que est le substratum anatomo-physiologique de ce trouble
psychologique, nous posons, sans le résoudre,ce problème
que soulève la pathogénie de tous les syndromes analogues.
VIII. — Le diagnostic doit être fait avec un assez grand nombre de troubles dela marche se rapprochant des formes, variétés et types de basophobie que nous avons signalés.
C’est ainsi que la basophobie simple continue paralytique devra être distinguée avec la paraplégie, l’astasieabasie continue paralytique (abasie fonctionnelle primitive de Charcot et abasie amnésique de Séglas et Sollier), l’'akinesia algera de Môbius et l’asthénie neuro-musculaire de Bouveret. |
La variété par accès devra être distinguée avec l'astasie-abasie par accès, l’agoraphobie, la dysbasie aboulique, ces différents syndromes étant d’ailleurs proches parents de la basophobie, la crampe des marcheurs, la claudication intermittente, la méralgie paresthésique et la maladie de Thomsen. |
Le type spasmodique ne sera pas confondu avec les diverses variétés de paraplégie spasmodique, la maladie de Friedreich, etc.
Enfin le type ataxique sera diagnostiqué également ‘avec le tabes, l’ataxie cérébelleuse et lataxie hystérique.
IX. — Dans la basophobie associée à une lésion organique de l'appareil locomoteur, il importera, pour le pronostic et le traitement, de bien faire le départ de la lésion organique et de la phobie surperposée. On le fera surtout par le contraste et la disproportion entre la phobie et l’état des lésions. Mais le départ se fera en quelque sorte
de lui-même, non seulement dans lesprit du médecin
mais souvent aussi dans l’esprit du malade, dans les cas
de basophobie par accès.
X. — La simulation sera dépistée par l'absence des symptômes concomitants difficilement simulables et qui ne manquent jamais dans les vrais cas de basophobie, et notamment par la non accélération du pouls.
XI. — Le pronostic n’est pas grave quoad vitam, réserve faite pour les hypostases possibles chez les vieillards incapables de s’asseoir, Mais le malade, sauf dans quelques cas à forme agoraphobique modérée, est incapable de remplir ses fonctions et devient une charge pour sa famille ou la société. Quant à la durée, elle ne nous paraît pas devoir être nécessairement longue, lorsqu’on saura bien faire le diagnostic dès le début et instituer un traitement convenable. Pourtant, dans certains cas de neurasthénie avec idées obsédantes tenaces, le pronostic sera celui-là même des idées obsédantes (Séglas). Le pronostic n’est guère plus favorable dans La forme associée à une lésion organique telle que le tabes; mais, en pareil cas, il devient accessoire.
XII. — Le traitement doit remplir deux indications viser d’abord l’état général (neurasthénie, hystérie, etc.), puis spécialement la phobie.
Le traitement spécial de la phobie doit être à la fois physique et psychique.
Physiquement il consistera surtout dans la rééducation des mouvements de Frœnkel, On Pourra y ajouter l’hydrothérapie, l’électrothérapie, le massage, la suspension et des préparations pharmaceutiques à base de guaranine, de brucine et de strychnine,
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Le traitement psychique consistera en suggestions répétées surtout à l’état de veille, mais aussi, s’il estnécessaire, à l’état hypnotique. Mais, par dessus tout, il faudra, par tous les moyens possibles, distraire le malade de ses idées obsédantes, afin de favoriser l’exéculion automatique des mouvements de la marche. Il sera quelquefois indispensable de l’isoler, afin de le soustraire aux mauvaises suggestions d'un entourage inintelligent. Enfin, il faudra, autant que possible, le libérer de tout souc
moral ou matériel.
Vu : Le Président de la Thès JOUFFROY Vu ; Le Doyen, BROUARDEL Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris,