Ia. Archives de Neurologie, février
GNT + DES
Mais jusqu'ici les cas observés étaient dés cas simples, c’est-à-dire indépendants de toute lésion organique. Nous allons voir maintenant des cas associés à des lésions organiques telles que le tabès ou lhémiplégie organique et qui sont la cause occasionnelle du syndrome.
Ainsi, à propos du tabès, M. Hirschberg mentionne, dans les Archives de Neurologie (1), que le symptôme ataxie est souvent aggravé par un état mental neurasthénique qui se traduit cliniquement « par des appréhensions, une pour exagérée de tomber ». Il avait également écrit dans un travail thérapeutique antérieur (2) ; « Rien ne serait plus faux que de déduire de la sclérose médullaire postérieure tous les symptômes que le tabétique présentera à un moment donné ; notamment les idées d’obsession sous forme de différentes phobies s’observent fréquemment chez les tabétiques.
M. le D' Pierre Parisot (de Nancy) (3), précisait davantage cette idée,au Congrès des médecins aliénistes et neurologistes tenu à Angers en-1898, et rapportait deux cas « de basophobie chez les ataxiques », le syndrome y existant superposé au tabès qu'il venait compliquer et
aggraver. Dans les commentaires qui suivaient, M. Pari-
1. Hirschberg. Traitement de l'ataxie dans le labès dorsalis par la rééducation des mouvements (Arch. de Neurologie, 1896, p.168.
2. Hirschberg. Traitement mécanique de l’ataxie locomotrice. (Bull. génér. de thérapeutique, 1893, p. 68.
3. P. Parisot. De La basophobie chez les alaxiques, in Congrès des médecins aliénistes el neurologisles de France et des Pays de Langue Française, 9° session tenue à Angers, août 1898. Comple- Rendu, Angers 1899.
miss sot disait: «Je pense que l'attention une fois attirée d’une manière spéciale sur la basophobie au cours de l’ataxie, on la dépistera souvent dans ses formes atténuées ». Et plus loin il répétait qu'il était « disposé à admettre que l’ataxie est compliquée de basophobie plus fréquemment qu’on ne le croit d'ordinaire ».
Mais déjà, quatre ans avant les observations de M. Parisot, M. le professeur Grasset avait signalé une observation très curieuse de « basophobie ou abasie phobique chez un hémiplégique >» dont il faisait un cas « d’hémineurasthénie posthémiplégie » (1).
En 1898, au Congrès d’Angers dont nous venons de de faire mention, M. le D' Ch. Mirallié (de Nantes) communiquait l’observation d’un malade dont l’histoite disaitil, semble calquée sur celle du malade de M, Grasset. Il s’agissait en effet d’un hémiplégique également basophobe.
Enfin, dans ce même Congrès, et à la suite de la communication de M. Parisot, M. Hartenberg disait avoir observé la basophobie dans la sclérose en plaques comme dans le tabes. |
La même année, dans une courte monographie, le D° Gélineau (2), reprenait la question qui nous occupe et
qu'il avait déjà abordée dans son ouvrage spécial sur
1. Grasset, Basop'obie ou abasie p'obique chez un hémiplégique “(hémineurasthénie posthémiplégique. (In Semaine médicale, 15 août 1891. Get article a été reproduit dans les Leçons de clinique médicale, 2° série, du mème auteur.
2. D' Gelineau, Les Déséquihibrés des Jambes, élude psychotogique el thérapeuthique, 1x série, Les Astasiques. Paris 4898.
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les Phobies. Dans ce nouveau travail, il appelait nos malades les Déséquilibrés des jambes et les rapprochait des autres variétés de déséquilibrés : Déséquilibrès de la Tête ou de PEsprit, Déséquilibrés du Ventre (entéroptose).. les considérant les uns et les autres comme des victimes de l’hérédité, du surmenage, du vice, des diathèses et d’intoxications multiples (alcool, morphine, tabac, éther, cocaïne, thé...). Il publiait de nouveau plusieurs observations non seulement d’astasie amnésique, mais d’astasie phobique. Enfin, à propos du traitement, il insistait sur l’emploi de la strychnine et de ses sels les plus usités (arséniates, sulfales et hypophosphites de strychnine).
Nous mentionnerons encore une récente brochure de M. le D: Audiffrent (1) (de Marseille) dans laquelle cet auteur, d’après la doctrine de son maître Auguste Comte, range notre syndrome comme aussi l’agoraphobie parmi les « symptômes spéciaux » de la folie. Ici il s’agit de « symptômes relatifs à l’activité, mouvements retenus par prépondérance de l'organe de la prudence ». Nous reviendrons d’ailleurs, à propos de la pathogénie, sur une telle conception.
Enfin, en novembre 1899, dans son service à l’'Hôtel- Dieu, à propos d’une malade neurasthénique atteinte de staso-basophobie, notre maître M. le professeur agrégé Dupré faisait sur ce sujet une leçon restée inédite. Mais
notre maître rappelait à ses auditeurs l’ensemble des
4. Dr G. Audiffrent. Votes et observations médico-légales. Folie,
aliéna!ion mentale et criminalité.
DD travaux sur la question et, comme les précédents auteurs, distinguait nettement le nouveau syndrome de l’astasieabasie de Charcot, puis le rattachait à sa cause qui, dans le cas particulier de sa malade, était une auto-suggestion d’impuissance motrice. chez une dégénérée phobique, neurasthénique. Nous reproduisons plus loin observation de cette malade.
L'année 1900, en suivant M. Dupré dans sor nouveau service, celui des chroniques, à l'hôpital Laënnec, nous eûmes encore l’occasion d’y rencontrer cinq autres basophobes dont nous reproduisons également les observa-
tions,
C’est en partant de ces observations, auxquelles nous avons joint quelques autres empruntées aux auteurs, que nous avons entrepris et achevé ce travail, d’après les
conseils et avec laide de notre maître M. le professeur
agrégé Dupré.