RUDIMENTS
J ouLANT écrire sur la peinture en ces brefs commentaires, nous emprunterons aux mathématiciens, afin de rendre notre parler plus clair, tout ce qui paraîtra s'appliquer à notre sujet.
Cela bien su, autant que notre intelligence y suffira, nous expliquerons cet art d'après les principes naturels. Toutefois, je souhaite vivement que, dans tout le cours de ce propos, on considère que je n'entends pas traiter la question en mathématicien.
mais bien en peintre. Effectivement, les mathématiciens considèrent en esprit les apparences et les fornles des choses, abstraction faite de toute substance ; mais nous, vraiment, qui voulons que Tobjet nous tombe sous la vue, nous aurons soin, en écrivant, d'employer, comme on dit, une plus grasse Minerve. Et nous penserons avoir bien fait, si à la lecture les peintres comprennent entièrement cette matière, difficile assurément, et dont personne, que je sache, n'a jusqu'à présent rien écrit. Je prie donc qu'on ne considère pas cette œuvre comme celle d'un mathématicien, mais bien d'un peintre.
Pourtant, il importe de savoir premièrement que le point est, à proprement parler, un signe qui ne se peut diviser en parties. Ici, j'appelle signe toute portion de superficie saisissable à l'œil; attendu que ce qui ne se peut saisir par l'œil n'a absolument rien à faire avec le peintre : car celui-ci ne s'applique à imiter que les choses qui se voient sous la lumière.
Mais si les points se placent sans interruption l'un après l'autre, ils déterminent une ligne. La ligne, selon nous, sera un signe dont la longueur pourra se diviser en parties , et si mince , cependant , que jamais on ne la pourra fendre. La ligne droite est un signe tiré directement d'un point à un autre ; la ligne courbe sera celle qui, n'étant pas tirée directement d'un point à un autre, formera une sinuosité. Plusieurs lignes réunies ensemble, comme les fils d'une toile, détermineront une superficie. En effet, la superficie est cette extrême partie d'un corps
qui ne se considère pas par rapport à la profondeur, mais seulement quant à la longueur et à la largeur, qui sont ses qualités. Les qualités appartenant aux superficies sont telles que, si celles-ci ne viennent à être complètement altérées, on ne peut les en séparer. D'autres qualités sont telles que, la même face de la superficie étant maintenue, elles tombent sous la vue de façon que la superficie semble altérée aux spectateurs. Les qualités perpétuelles des superficies sont au nombre de deux. L'une est celle qui est perçue moyennant ce circuit extrême qui enferme la superficie et que quelques-uns nomment horizon. Quant à nous, s'il se peut, nous le désignerons par ce vocable latin ora^ ou , si on le préfère, nous l'appellerons contour. Ce contour est délimité soit par une seule ligne, soit par plusieurs. Par une seule, comme par une ligne circulaire; par plusieurs, comme par une courbe et une droite ou par différentes courbes et différentes droites. La ligne circulaire est ce contour qui embrasse et contient toute l'aire du cercle. Quant au cercle, c'est cette forme de superficie
que contourne une ligne en guise de couronne. Si au milieu de ce cercle on inscrit un point, tous les rayons qui, partant de ce point, se prolongeront directement conduits à la circonférence, seront, par la longueur, égaux entre eux. Pour ce qui est de ce point, il se nomme le centre du
cercle. La ligne droite qui coupe deux fois la circonférence du cercle, en passant par le centre, est appelée par les mathématiciens diamètre du cercle; cette ligne, nous la nommerons centrale. Et demeurons ici bien convaincus de ce
DE LA PEINTURE. loi
que disent les mathématiciens, qu^aucune ligne coupant cette zone ne peut déterminer des angles égaux avec la circonférence, si ce n'est celle qui passe par le centre.
Mais revenons aux superficies. D'après ce que j'ai dit ci-dessus, on peut facilement comprendre qu'en changeant le trait d'un contour, la superficie perd son premier aspect ainsi que son ancienne dénomination, et que, si, par hasard, elle était un triangle, elle pourrait devenir quadrangulaire ou polygonale. On dira qu'un contour est changé toutes les fois que les lignes ou les angles qui le déterminent seront multipliés, diminués, allongés, rendus plus obtus ou plus aigus. Cela nous avertit de dire quelque chose des angles.
y Un angle est formé par
oW. . ^"^^^ /^'-" .rintersection mutuelle de
deux lignes à l'extrémité d'une superficie. Il 3' a trois sortes d'angles : Tangle droit,