AVANT-PROPOS
OBSERVATION 1 (personnelle).
Le 31 décembre 1895, V... Armand, âgé de 5 ans, entrail à l'hôpital des enfants, service de M. le Dr Moizard, salle Bazin.
Pâle, cyanosé, cet enfant avait du tirage sus-claviculaire et épigastrique, la voix éteinte, la toux rauque, la respiration sifflante. Les renseignements n'étaient guère explicites. L'enfant a été amené à l'hôpital parce qu’il tousse et maigrit beaucoup depuis une rougeole dont il est guéri depuis un mois à peine. C'est en montant les escaliers qu'il a été pris de suffocation. La gorge examinée immédiatement ne révèle rien d’anormal.
M. Moizard qui n’avait pas alors son beau service de douteux,
ne voulut pas courir le risque d’infecter ses petits malades.
Jory 2
Lie
Aussi crut-il prudent d'envoyer celui-ci au pavillon de la diphtérie; là, du moins, on pourrait l'isoler. Etait-ce du croup d’emblée ? était-ce une laryngopathie grave à la suite de la rougeole ? était-ce une sténose laryngée par compression nerveuse? C’est ce que l’avenir seul pouvait apprendre. |
Au pavillon Trousseau, on se mit en demeure de pratiquer le tubage qui s’imposait; on fit une injection de sérum de Roux, comme à tout enfant qui entre au pavillon; puis on praiiqua l'ensemencement, Celui-ci, disons-le tout de suite, resta toujours négalif. L'enfant garda son tube pendant cinq jours consécutifs. On voulut alors l'en débarrasser, mais on fut obligé de le replacer le soir même, en présence d’une nouvelle crise d’asphyxie. Au bout de quatre jours seulement, c'est-à-dire dix jours après son entrée, on pouvait d’une façon définitive détuber le sujet. Il avait été renvoyé dans le service denotre maître, le D: Moizard, là nous pûmes Je suivre jusqu’au 31 janvier, jour de sa mort. L’affection évolua avec tous les signes de la tuberculose pulmonaire à marche rapide, accompagnée d'adénopathie trachéo-bronchique. Pendant toute cetle période, trois signes méritent d’être mentionnés : une toux coqueluchoïde dont les quintes oscillèrent entre 10, 15 et 20 par jour; des accès de suffocation, enfin, une aphonie complète el permanente.
L’autopsie confirma de tout point le diagnostic : Luberculose pulmonaire et de tous des viscères, adénopathie lrachéo-bronchite des plus manifestes, pneumogastrique et récurrent adhérents dans plusieurs points à des masses ganglionnaires. Au niveau de l'artère sous-clavière droite en effet, exactement à la naissance du récurrent, le pneumogastrique entrait en rapport intime avec une tumeur caséifiée du volume d’une grosse noix. Plus bas et du même côté, le vague traversait un
gros paquet de ganglions sus-bronchiques. Le tronc nerveux
EN Tee
plus rosé qu’à l’état normal ne fut pas éxarhiné au microscope:
Quant au laryax, il ne présentait rien de particulier.
C’est cette observation, complétée par là rencontre de plusieurs s faits semblables, qui nous donna l’idée dé choi= sir là le sujet de notre thèse inaugurale.
Nous avons observé, dans le service du Dr Moizard, un certain nombre d'enfants atteints de spasme de la glotte dans le cours de l’adénopathie trachéo=bronchique. Nous aurions pu en publier toutes les observations dans cette étude déjà trop longue.
Mais le contrôle anatomique n'ayant pu toujours être opéré, nous avons préféré nous en tenir aux faits dont l’autopsie supprime les objections et ne laisse aucun doute dans l’esprit du lecteur.
Les troubles laryngés, dans le cours de l’adénopathie trachéo-bronchique et sous la dépendance d’une compression nerveuse, avaient certes déjà été vus et décrits depuis fort longtemps par bon nombre d’auteurs. Il nous a semblé pourtant que jusqu'ici on n avait pas attribué à de tels accidents l’importance qu’ils méritaient. D'autre part, depuis ces derniers temps un grand nombre de faits cliniques, d’au‘opsies, d'expériences nouvelles, sont venus éclairer, sinon complètement, du moins d’une façon très sensible, la physiologie du larynx. Nous avons cru qu il était bon d’en faire une étude critique, et qu'à défaut de recherches originales et nouvelles, nous pouvions faire encore œuvre utile en groupant des faits intéressants qui
passent bien souvent inaperçus.
Nous envisagerons pose dans cette étude
Ne
les cas où les nerfs récurrents et pneumogastriques sont comprimés par des ganglions tuberculeux. Ce sont là les cas, nous ne dirons pas les plus nombreux, mais Îles plus utiles à bien reconnaître. Le méde:in qui les ignore ne saurait instituer une thérapeutique opportune.
Nous voulions nous en tenir, tout d'abord, à ces trou- “bles laryngés si spéciaux à l'enfant. Mais il nous a été difficile de ne pas nous reporter par analogie aux accidents qui surviennent chez l'adulte. Là, en effet, un tableau clinique différent que la phys'ologie nous explique par le changement de diamètre de la glotte, et que le laryngoscope nous permet de mieux analyser, un diagnostic différentiel aux prises avec une étiolog'e d’une autre nature, tout cela ne pouvait manquer de nous fournir des
rapprochemeïfs intéressants.
Mais avant de commencer notre sujet, nous tenons à adresser à nos maîtres l'expression de notre vive reconnaissance pour la direction qu'ils ont donnée à nos études et les précieuses leçons qu'ils nous ont prodiquées.
Notre première année d’externat s’est passée près du D' Constantin Paul, dont la mémoire nous est restée chère. Il nous a enseigné une thérapeutique sensée, ennemie des hypothèses non vérifiées. Il joignait à un esprit très pratique des idées personnelles dont il savait nous faire toucher du doigt les heureuses applications. Nous avons perdu en lui un maître affectueux et sûr.
C’est dans le service si recherché du pro'esseur Simon
Duplay que nous avions appris les premiers éléments de
la chirurgie. Son extrême bonté rendait la tâche facile. Son chef de clinique, le D' Rochard, aujourd’hui chirurgien des hôpitaux, joignait aux enseignements si lumineux de la clinique du maître, un dévouement cordial sachant se mettre à la portée des plus jeunes débutants. C’est ainsi préparé que nous avons pu, pendant notre seconde année d’externat, avoir la faveur d’être admis dans le service du D' Quénu. Nous avons compris là tout ce que peut donner un dagnostic fin et méthodique, appuyé sur une connaissance profonde de la physiolouie, servi par une habileté sans hâte inutile, mais aussi par une conscience minutieuse, habile à triompher de tous les dangers. Qu’on nous permette de l’ajouter, nous n’avons pas seulement trouvé dans le D° Quénu un maître éminent, mais un ami plein de cœur dont le dévouement infiniment précieux a mérité plus d’une fois de compter dans notre vie. Qu'il recoive donc ici nos modestes remerciements et l’assurance de notre inaltérable dévouement. C’est chez le D. H. Rendu, qu'après une première année où nous avions appris l’auscultation et pris le goût de l’observation médicale, nous avons eu le bonheur de faire notre troisième année d’externat. Nul ne pouvait nous pénétrer plus profondément par ses exemples et par ses leçons, de l’inestimable bienfait de la droiture et de la probité professionnelle. M. le D' Rendu ajoutait à ces vertus un sens clinique pénétrant, un art d'intervenir avec discrétion, par des moyens simples, mais, dans les cas aigus, avec une résolution et une énergie que récompensaient les plus beaux succès.
C’est avec le D: Moizard que nous a é é révélé tout
l'intérêt qui s’attaché aux maladies dés enfants. Dans le cours de ses”visites, semées de suggestivés eïuseries scientifiques, ni la bonté, ni la gaieté ne faisaient tort à l'exactitude. C’est dans son service spécial des douteux, riche en comparaisons de toute nature, que notre attention a été attirée par le maître lui-même sur ces accidents laryngés que nous nous proposons de décrire.
Notre stage officiel d'accouchement s’est accompli chez M. le professeur Pinard, où nous avions déjà bénévolement passé quelques semaines d'étude. Nous avons profité de ces conférences où, chaque matin, tout ce qui s’est présenté dans les vingt-quatre heures est fixé, décrit, expliqué par un enseignement dogmatique, exclusif même, quelquefois, dit-on. L'esprit de l'élève reçoit là, sous la forme la plus nette, la direction la plus précise et la plus capable de lui tracer d'avance pour tous les cas difficiles, une route droite, semée d'indications énergiquement Jusüfiées. Le tout avec une originalité et un esprit qui ne permettent de rien oublier,
Nous n’avons point abandonné la pathologie générale lorsque, pour nous initier aux maladies de la peau, nous avons suivi les consultations de M. Brocq. Le savant médecin de Larochefoucauld sait faire saisir les relations étroites qui existent entre les diathèses profondes et les affections superficielles et visibles de ses malades. On comprend alors facilement sa thérapeutique si rationnélle et si complète ; on se reconnaît sans peine dans la complexité très riche, mais toujours claire de ses formules.
Nous ne saurions oublier ni les services que nous ont
rendus le D' Trousseau, médecin oculiste des Quinze—
TT
Vingts et M. Boissard accoucheur des hôpitaux, ni l’amitié que nous ont témoigné MM. Michaux et Potherat, chirurgiens des hôpitaux, et M. Alexandre, médecin adjoint de la santé. Qu'ils yeuillent bien tous agréer l’expression de notre reconnaissance.
M. le professeur Potain nous a fait un grand honneur en voulant bien accepter la présidence de notre thèse. Les circonstances ne nous ont pas permis d’être directement son élève ; mais n’avons-nous pas eu l'avantage de retrouver ses traditions et son esprit clinique dans son élève, devenu à son tour un maître, M. le D° Rendu?
Enfin nous avons, en qualité d’interne, vécu plusieurs années dans l'intimité de notre maître M. le D' Barrault, médecin en chef à l’infirmerie centrale des prisons de la Seine. Là dans un service des plus importants;en présence de nombreux malades, aussi intéressants au point de vue clinique qu’au point. de vue social, nous avons pu compléter toutes nos études etajouter à tous nos autres enseignements quels qu’ils fussent, l'épreuve d’uue expérience journalière et prolongée.
Nous aimerons toujours à nous rappeler la recttude consciencieuse, la franchise et la loyauté que notre maître apportait dans ses fonctions souvent délicates où nous avions l'honneur de le seconder. Nous n’oublierons pas davantage l'affection et la confiance avec lesquelles il nous a prodigué les résultats d’un esprit d’observatton pénétrante et les leçons pleines d’un bon sens vivement
éclairé. sur toutes les difficultés de la vie de praticien.