SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE IT.ANCE
normaux, que, vu l’état plus ou moins avancé du développement des diverses feuilles ou tuniques, la feuille inférieure plane, foliacée et très ample (primine), est la plus ancienne ; que la feuille qui vient ensuite (sccondine) intermédiaire comme forme et comme dimension entre celle qui est au-dessous et celle qui est au-dessus, est la seconde dans l’ordre de développement, et que la feuille suivante et dernière, masse charnue, en apparence indivise, est la troisième dans l’ordre de développement. Je ferai remarquer que cette troisième feuille est tout à fait semblable à la tunique charnue interne qui compose la masse charnue de certains bulbilles et même de certains bulbes.
Un cas d’une grande importance dans la question qui nous occupe, et que j’ai longtemps cherché avant d’en rencontrer des exemples satisfaisants, est celui dans lequel le nueelle revêt lui-même l’apparence foliacée. Chez certains ovules, qui m’ont été fournis par un Erucastrum (que j’ai recueilli abondamment sur les sables maritimes, à Biaritz), ce nueelle, dont la forme est urcéolée et qui est largement ouvert au sommet, est revêtu comme les feuilles inférieures (la primine et la secondine) de poils robustes, non-seulement à sa face externe, mais aussi à sa face interne. —Le nueelle, ainsi ramené a l’état de feuille, perd donc complètement ce cachet mystérieux qui en fait, dans la théorie admise, un organe sans analogues dans l’organisme végétal, et tout a fait inexplicable.
Nous venons d’étudier l’ovule à l’état foliacé chez des plantes à placentas de nature foliaire. Ues ovules foliacés, nés sur les placentas centraux regardés comme axiles, m’ont présenté une structure et un mode de développement complètement analogues. La famille des Primulacées présente fréquemment des exemples accidentels de transformations ovulaires foliacées. Chez le Primula sinensis , plusieurs observateurs ont eu, comme moi, occasion de voir chaque ovule réduit à une petite feuille irrégulièrement lobee, se rapprochant plus ou moins de la forme des feuilles caulinaires normales. Cette feuille représente la primine comme dans les cas analogues que j’ai cités chez les Crucifères. Dans un autre cas fort curieux que j’ai observé chez ?a même plante, chacun des lobes de ces petites feuilles ovulaires se terminait en un véritable petit ovule secondaire ; cette anomalie contribue, selon moi, à démontrer que l'ovule n’est pas une production de nature spéciale, puisqu’il peut s’en développer sur les bords d’une feuille ovulaire (la primine) comme il s’en développe normalement sur les bords de la feuille carpe!luire ou sur un placentaire axile.
Comme observations relatives à des phénomènes analogues et desquels je tire la même conclusion, je citerai des ovules que j’ai observés chez le Sahx caprea, sur les bords de leuilies qui présentaient a la fois les caractères de la feuille carpellaire et de la feuille staminale. Chez des carpelles foliacés d ’Aconitum et d'Aquilegia, j’ai rencontré des transitions évidentes entre les
lobes de lu feuille carpellnire et un ovule incomplet. Je ferai observer, a cette occasion, qu’il existe, selon moi, une analogie réelle entre les folioles ou petites feuilles qui constituent en quelque sorte les dents ou les lobes d’une feuille carpellaire, et les folioles qui sont portées sur le lacliis des feuilles composées, folioles qui, elles-mêmes, présentent de nombreuses transitions vers les segments ou les lobes des feuilles non composées. Quant au passage de cette foliole à l’état de rameau, par la production d’un bourgeon à la base de son limbe, nous trouvons des faits analogues en dehors des productions ovulaires, par exemple chez les bulbilles des Allium.
J’ajouterai une dernière considération tirée des faits tératologiques : chez le Merisier à fleurs doubles, il existe un ou deux carpelles foliacés; ces feuilles carpellaires sont ouvertes, fortement dentées, et chacune des dents se termine par un ovule réduit à une petite masse de tissu cellulaire. Ce petit ovule glanduleux, quelquefois porté sur un funicule distinct et quelquefois sub-sessile, m’a semblé complètement analogue, par sa situation et sa structure, aux glandes orbiculaires ou cupuléesqui existent à la naissance du limbe de la feuille ordinaire du Cerisier, et de Y Impatiens Balsamina. L’ovule rudimentaire aurait donc son analogue sur les feuilles foliacées de certaines plantes.
Il me resterait a parler de l’analogie de l’ovule avec certains bourgeons et certains bulbilles, si je n’avais déjà, dans une communication précédente, entretenu la Société de ces curieux rapports. Je rappellerai seulement ici que ces bulbilles, que j’ai observés non-seulement dans le genre Allium, mais aussi dans le genre Tulipa , représentent complètement, tant par leur forme que par la disposition et le nombre des tuniques qui les composent, la forme, la disposition et même la structure des ovules réfléchis. On y trouve le funicule, le raplië, la chalaze, une primiue continuant le funicule, eufin une secoudine et une feuille nucellaire, dont l’insertion apparente est la chalaze. La feuille charnue interne, qui représente le nucelle, offre comme les nucelles demi-foliacés, l’apparence d’une masse charnue dont la cavité circulaire est réduite à un canal filiforme.
J’ai parcouru aussi rapidement que pouvait le comporter l'exposition de faits nombreux, les preuves que j’ai réunies en faveur de l’opinion de la nature foliaire des tuniques de l’ovule, y compris le nucelle, et de leur développement de l’extérieur à l’intérieur. Il résulte de ces faits que l’ovule, avant la fécondaLiou, est non pas un organe sans analogues dans l’économie végétale, mais un véritable bourgeon. Cette démonstration doit, selon moi, contribuer à établir que le règne végétal est dominé par la grande loi si philosophique, formulée pour le règne animal par E. Geoffroy Saint-Hilaire: la loi d'unité de composition organique.
Al. Trécul demande à Al. Germain de Saint-Pierre s’il a examiné
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, l’ovule dans les mêmes plantes que les auteurs qui sont à ce sujet d’une opinion différente de la sienne.
M. Germain de Saint-Pierre répond qu’il a examiné l’ovule, sinon chez toutes les plantes où il a été étudié par les divers auteurs, du moins chez un nombre de types suffisant pour motiver les conclusions générales énoncées par lui. II cite en particulier les Crucifères, les Violariées, les Passillorées, les Primulacées, les Liliacées, etc.
M. Trécul fait à la Société la communication suivante :
RÉPONSE AUX OBSERVATIONS QUI M’ONT ÉTÉ FAITES A PROPOS DE MA COMMUNICATION SUR LES GLANDES DU DROSERA ROTUNDIFOLIA, par M. A. TIIÊCIX.
Dans la dernière séance, j’ai eu l'honneur de communiquer à la Société quelques remarques sur la structure des poils glanduleux du Drosera rotun difolîa. .l’ai dit, dès le début, que je ne prenais la parole sur ce sujet que parce que je n’étais poiut suffisamment préparé à une autre communication pour laquelle je m’étais fait inscrire. N’ayant pas formé le projet de présenter, dans cette séance, le résultat de mes études sur ces glandes intéressantes, je n’avais point recherché ce qui a été écrit sur cette matière. C’est la une négligence dont je m’accuse; mais les botanistes savent que je suis dans l’habitude de faire longuement l’histoire des questions que je traite. Cependant je paraîtrai bien plus coupable à ceux qui connaissent le Mémoire de M. Planchon sur le Victoria regia ; car ce botaniste cite le passage de l’ouvrage de M. Schleiden (Grundzüge der wissenschaftlichen Botanik ,
1849), dans lequel ce dernier dit, l re partie, p. 281 : «.Un vaisseau
spiral unique se montre même quelquefois dans les poils. » On ne supposera pas davantage que je n’aie pas lu le livre de M. Adr. de Jussieu, qui s’exprime ainsi en parlant des trachées à l’article Glandes ; « . On les voit
même arriver quelquefois jusque dans le pied des glandes pédicellées, dans le Di'osera, par exemple. »
J’ai lu le Mémoire de M. Planchon, puisque je l’ai cité ailleurs; j’ai lu aussi les Eléments de Botanique de M. de Jussieu ; mais les quelques mots qu’ils ont dit à ce sujet m’avaient si peu frappé, que je les avais entièrement oubliés.
J’ai eu aussi le tort de ne pas connaître ce qu’a écrit Meyen, soit dans sa Phgsiologie , soit dans son Mémoire publié dès 1837, et intitulé : Ueber die Sécrétions-Organe der Pflanzen (Sur les organes de sécrétion des plantes). La description de cet anatomiste, dont le travail a précédé ceux des auteurs que je viens de nommer, bien qu’assez minutieuse en apparence, est pourtant bien incomplète. Voici ce que l’on trouve à la page 48
de son Mémoire : «.La présence d’un tube spiral dans les pédieelles qui
ornent si agréablement la face supérieure des Drosera est, par conséquent,