CHAPITRE II
De la méthode d'exploration du tissu nerveux.
La méthode d'exploration que je recommande se compose : 1° de la découpe des plaques du tissu nerveux congelé à la température de — 6 degrés Réaumur ou de— 10 degrés Réaumur, et quelquefois à une température plus basse ; '2" de leur coloration par différentes substances colorantes, suivant le but qu'on se propose.
L'observation de ce tissu nerveux frais, dans son état humide, sans l'emploi des colorations et des réactifs, doit toujours occuper la première place.
Congélation. — La congélation doit se faire dans un endroit isolé, protégé contre le vent. On prend pour la congélation soit de petites parties du système nerveux, soit des parties plus ou moins entières, comme le cerveau entier de l'homme, par exemple. Il suffît d'une heure, à la température de — 6 degrés Réaumur, pour que le tissu nerveux devienne assez compacte pour qu'on puisse en faire des coupes.
Bes instruments pour la coupe des plaques. — J'emploie pour les coupes des couteaux doubles, formés de deux tranchants, un peu convexes, qui s'éloignent et se rejoignent à l'aide du même mécanisme que celui des pinces à torsion, avec le supplément d'une certaine vis placée auprès du passage des tranchants dans leurs manches. La vis règle l'éloignement et le rapprochement des tranchants, serrés par un verrou ; la vis traverse tout à fait l'un des tranchants, et dans une partie seulement elle s'appuie sur l'autre. — Ces couteaux doivent être de différentes grandeurs : leur grandeur dépend des pièces qu'on veut avoir. Cette construction simple de l'instrument répond au but de la préparation des pièces, dont la largeur ne dépasse pas 3 ou Zi centimètres. Pour les pièces plus grandes, la construction des couteaux doit aussi être différente. Ici les deux tranchants des couteaux s'éloignent et se rapprochent à l'aide de plusieurs vis : les unes au nombre de trois se placent auprès de l'union des tranchants avec le manche ; les autres (aussi au nombre de trois) sont situées auprès de leur extrémité libre. Les vis se placent sur les côtés opposés et à ses extrémités.
Tandis que l'une des vis, placée sur un des côtés du tranchant droit ou gauche, traverse les deux tranchants, les deux autres vis de l'autre tranchant s'appuient seulement par leurs pointes contre l'autre.
La disposition des vis pour régler le rapprochement et l'éloi-
gnement. des tranchants doit être pareille : la vis pénétrant tout à fait les deux plaques doit être au milieu des vis pénétrant seulement une des plaques. L'une de ces deux dernières se place plus près du tranchant. Il n'est pas nécessaire de dire que l'épaisseur des tranchants varie d'après la grandeur du couteau, pour qu'ils soient moins flexibles.
Le tissu congelé se découpe aussi facilement à l'aide de machines particuUères plus compliquées, connues dans la technique microscopique. J'ai inventé récemment un semblable appareil mécanique.
Coupe et décongélation. — La coupe des pièces doit être faite dans une atmosphère froide et à l'aide d'un instrument préalablement refroidi.
Pour éviter le prompt réchauffement du couteau par la chaleur de la main, on emploiera des gants pendant la fabrication.
Coloration. — La coloration peut être produite sur les coupes fraîches et humides, ainsi que quand elles sont déjà séchées, ce qui se fait déjà bien à la température ordinaire de la chambre.
Le premier moyen exige des précautions très-grandes pour ne pas rompre l'intégrité du tissu par une trop grande quantité de liquides ; ces derniers, quand les pièces ne sont pas grandes, peuvent être versés goutte à goutte à l'aide d'un bâton de verre ou d'un tube capillaire.
Après la coloration, la pièce doit être lavée avec la même prudence dans l'eau distillée. Si le liquide colorant a une propriété un peu astringente ou s'il contient des acides ou de l'alcool, la coloration peut être produite plus hardiment. Dans la coloration des pièces déjà desséchées, toutes' les parties du manuel opératoire deviennent très-faciles. Mais les pièces doivent auparavant être imbibées d'eau. En ce cas, la coloration est complète ordinairement au bout de dix minutes.
Examinons à présent les liquides colorants. La préparation des pièces du tissu nerveux congelé m'a donné Foccasion d'apprécier l'influence des substances colorantes, qui sont très -utiles
DE L\ STRUCTURE DES RACINES
pour explorer la structure et les propriétés de ses éléments. Les expériences de ce genre montrent clairement leur importance dans les recherches anatomiqucs à l'aide du microscope, ainsi que la nécessité d'employer différentes colorations pour les divers éléments histolpgiques. Les cellules nerveuses pourtant, selon la place qu'elles occupent, leurs corps jaunes, leurs noyaux et nucléoles, les prolongements des corps et des noyaux, les enveloppes des tubes primitifs, les cylindres-axes, la myéline, les corps amyloïdes, i'cpithélium et le tissu dit conjonctif, voici les éléments du tissu nerveux dont la structure anatomique, sous l'influence de la même coloration, ne paraît pas toujours avec la même clarté ; c'est pour cela que presque chacun de ces éléments exige un mode de coloration particulier. En général, il peut se présenter les cas suivants : 1° la même coloration teint de différentes couleurs les différents éléments ; 2" les différentes colorations peuvent présenter la structure d'un même élément sous différents aspects ; 3° la même pièce est colorée de différentes couleurs tour à tour ; alors, tandis que certains éléments histologiques prennent la couleur de la première coloration, les autres gardent celle de la seconde. Enfin, ù° quelques colorations, présentant le mélange de différentes colorations, en agissant sur les pièces, rendent leurs éléments de différentes couleurs, ce qui est la conséquence de l'affinité particulière qui existe entre les colorations et les éléments connus.
Des liquides colorants. — J'ai eu jusqu'à présent l'occasion d'approfondir surtout l'influence des colorations de cochenille, d'acide picrique, d'aniline, soit seules, soit en différentes combinaisons.. La cochenille elle-même peut être employée sous formes : i° de solution aqueuse simple (1 ï partie pour 24 parties d'eau) ; 2" de solution aqueuse de cochenille, à laquelle on ajoute ensuite de l'acide picrique ; 3° de solution aqueuse de cochenille, à laquelle on ajoute de l'acide acétique ; à" de solution aqueuse de cochenille, à laquelle on ajoute de l'acide rauriatique, sulfurique ou nitrique; 5" l'acide de cochenille (CisHuOie d'après Lehmann).
La décoction de cochenille avec les alcalis donne une coloration violette, et avecles acides une coloration tantôt jaune rougeâtre (acide muriatique ou nitrique), tantôt rouge rosatre (acide acétique).
La décoction de cochenille teint elle-même la myéline d'une couleur violette, et elle colore le tissu conjonctif et les cylindres-axes en rose; les différentes cellules nerveuses, et pourtant dans différents états pathologiques, se colorent de différentes manières. Leurs noyaux avec leurs prolongements se colorent, par exemple, en violet très-distinctement dans les cellules des cornes antérieures de la moelle épinière et des ganglions spinaux après l'empoisonnement par la strychnine (chez le chat et le cheval) et dans la jaunisse (chez l'homme) ; en ce cas, leur corps et le prolongement de ce dernier se teignent en brun jaunâtre. — Dans d'autres cas, le corps de la cellule reçoit une couleur rose, et son noyau, au contraire, une couleur violette. Il est très-remarquable que la couleur violette du noyau, dans les cas susdits, en employant la décoction de cochenille avec l'acide picrique (à quantité égale), présente le mélange des couleurs jaune et orange. Comme je l'ai dit, le noyau reçoit ici la couleur violette, et le corps de la cellule prend la couleur brune jaunâtre de l'acide picrique. Le même mélange, dans la plupart des autres cas, teint le noyau de la cellule nerveuse d'une couleur rougeâtre ou brun foncé, et le corps de la cellule en jaune-orange. Ces deux colorations sont surtout bonnes pour explorer les cellules nerveuses et les cylindres-axes, et cela môme sur les pièces humides, ainsi que sur les pièces sèches et montées dans le baume du Canada. Les corps amyloïdes reçoivent de la cochenille une coloration violette, ce qu'on remarque aussi en colorant avec la cochenille et l'acide acétique. La décoction de cochenille est encore trèsbonne pour l'exploration des cellules du tissu conjonctif. Élant mêlée aux acides (excepté avec l'acide picrique), elle ne colore pas la myéline.
La décoction de cochenille avec l'acide acétique (1/2 drach.j
1 drach. acidi acetici dilect. pour demi-livre de la décoction) change l'aspect du tissu conjonctiC (par exemple le périnèvre); il devient librillaire, ses noyaux se distinguent mal de ses prolongements, qui, s' anastomosant entre eux, forment des fibrilles. Une pareille coloration a, en général, lieu dans les cas oîi nous voulons éloigner cette influence masquante sur d'autres éléments que peuvent avoir les cellules du tissu conjonctif; ainsi, par exemple, elle est très-utile dans l'exploration de la forme des tubes primitifs des nerfs périphériques, dans la distinction de quelques petites cellules nerveuses, des cellules du tissu conjonctif, entre autres dans les cornes postérieures.
L'influence de la coloration susdite durant longtemps, le tissu conjonctif prend un aspect amorphe, surtout quand on y ajoute un excès d'acide. On obtient un tout autre résultat en employant la décoction de cochenille additionnée d'acide nitrique ou muriatique. Le tissu conjonctif présente très-visibiement son aspect noyau-fibrillaire. Elle est aussi bonne pour l'exploration des cellules épithéliales dans le canal de la moelle épinière ; mais elle n'est pas si bonne, en général, pour explorer les cellules nerveuses. De la même manière que la coloration dite, agit l'acide cochenillique, en colorant les éléments d'une couleur rouge violette. Des colorations d'aniline j'emploie les suivantes : 1" la fuchsine ou aniline rouge ; .2" l'aniline violette rougeâtre ; 3° l'aniline ponceau ; li" l'aniline orange ; 5° et la Caroline. Toutes les colorations d'aniline colorent promptement le tissu nerveux. J'emploie leur solution aqueuse dans la proportion de — 2 grains pour deux onces d'eau. Elles peuvent être employées aussi en y ajoutant des acides. Mêlées aux acides, les colorations d'aniline n'ont presque aucune influence sur la myéline, et, en tout cas, cette dernière perd vite la coloration que les autres éléments, en conservant l'aspect normal, retiennent longtemps.
La fuchsine, additionnée de quelques gouttes d'acide acétique, colore parfaitement les cylindres-axes, en y pénétrant par
DES NERFS SPINAUX. i7
la partie pariolale des tubes primitifs, cause sous l'influence de laquelle ils deviennent très-visibles lorsqu'on les examine dans leur position longitudinale.
Les colorations d'aniline teignent le noyau de la cellule d'une couleur plus foncée, et ce n'est que dans l'état pathologique qu'on observe le contraire. L'aniline orange donne au noyau la couleur brune et au corps de la cellule la couleur jaune.
L'acide picrique se distingue par son affinité spéciale pour la myéline, qui s'en colore promptement. Les pièces teintes de quelques autres colorations, et ensuite de l'acide picrique, conservent dans quelques-uns de leurs éléments la couleur de la coloration primitive, et dans les autres elles changent de couleur, tandis que la myéline reçoit, en tout cas, la couleur jaune de picrine.
La solution de fuchsine, additionnée de quelques gouttes d'acide cochenillique, colore la graisse, sur les pièces préparées après la macération dans l'alcool, d'une couleur vive d'un violet orangé ; tandis que le tissu conjonctif, les cylindres-axes et les cellules nerveuses prennent une couleur rouge de brique. Cette coloration est bonne pour explorer ces cas pathologiques, qui sont connus sous le nom de dégénération graisseuse du tissu nerveux.
La pièce, colorée par la fuchsine et l'acide picrique ensuite, présente la myéline d'une couleur jaune ardente, le tissu conjonctif d'une couleur rose, les cylindres-axes rouge brunâtre ou rose, selon la durée de l'action de l'acide picrique. Les cellules nerveuses paraissent, en ce cas, être très-teintées en partie de fuchsine et en partie de picrine, recevant de la sorte une couleur bigarrée.
Ici les grains du protoplasme de la cellule nerveuse reçoivent la couleur rose de la fuchsine; les autres prennent la couleur jaune de la picrine. Ce que j'ai dit montre la présence de deux substances différentes dans le protoplasme, de môme que cela a lieu dans la myéline.
La pièce étant colorée avec l'acide picrique et quelques gouttes
BOUDANOWSKY, o
d'acide cochenillique, ou avec la décoction de coclienillc et l'acide picrique, sans parler des cas où le noyau prend la couleur violette, comme je l'ai déjà dit, — ce n'est que les cellules nerveuses qui reçoivent la couleur rouge ou brun jaunâtre ; les autres éléments prennent une couleur jaune vive. La même pièce étant encore colorée avec la fuchsine, les cellules nerveuses prennent la couleur rosée. Dans les pièces colorées par la cochenille jointe à l'acide nitrique, et ensuite par la fuchsine, la myéline se distingue par une couleur vive, violette, et les autres éléments histologiques par une couleur rose.
Après la coloration de la pièce par la cochenille et l'acide acétique, et ensuite par l'acide picrique, le tissu conjonctif reçoit la couleur rose vif, les cellules nerveuses — la couleur orange, et la myéline — la couleur jaune.
Seulement les noyaux des cellules nerveuses conservent la couleur violette de lackmus, en cas que la pièce, étant déjà colorée, soit encore colorée d'acide picrique.
En se dissolvant dans la térébenthine, l'acide picrique dans cet état donne le moyen d'agir sur la pièce déjà colorée par d'autres substances, c'est-à-dire avant d'être montée dans le baume du Canada. Ce moyen présente l'avantage que la pièce n'est soumise qu'une seule fois, et pourtant pour le temps le plus court, à la macération dans la solution aqueuse du liquide colorant ; elle n'est donc pas si sujette à l'altération à cause de l'excès d'eau. Néanmoins, en ce cas,' la pièce peut être colorée avec l'acide picrique après avoir été examinée sous une autre coloration. Je me suis servi avec un succès particuUer de cette propriété de l'acide picrique et du mode d'emploi, que nous venons de décrire, pour colorer les anciennes collections de mes pièces, déjà colorées auparavant avec d'autres substances.
On sait que la térébenthine est l'un des meilleurs moyens capables de rendre les éléments très-transparents. Mais cette transparence est ordinairement si grande, qu'elle empêche d'explorer la plus fine structure des éléments. En ajoutant à la térébenthine l'acide picrique, on diminue cette transparence.
Dans ce môme but, on peut ajouter à l'huile de térébenthine quelques gouttes de la solution d'asphalte dans la térébenthine. L'asphalte donne à plusieurs éléments une couleur grise et môme noire.
Toutes les solutions aqueuses que j'ai décrites sont bonnes, non-seulement pour les pièces faites avec du tissu congelé, mais aussi pour celles qui sont laites après la macération de ces dernières dans les liquides durcissants, puis soumises à un lavage dans l'eau avant de les colorer. Seulement alors les couleurs acceptées par les éléments se distinguent par quelques propriétés spéciales. Préférant, en général, les colorations de solutions aqueuses, on peut aussi se servir quelquefois de solutions alcooliques des colorations susdites pour les unes et les autres pièces. On ne doit pas perdre de vue que plusieurs éléments s'altèrent facilement par l'alcool. La teinture alcoolique de cochenille donne, toutefois, une très-bonne coloration.
La pièce du tissu nerveux congelé, avant d'être colorée par des solutions spiritueuses, étant mise pendant une ou deux heures dans l'huile de térébenthine, séchée à la température ordinaire, et colorée ensuite, l'influence alternative de la coloration alcoolique et de l'alcool éloigne la myéline.
Les corps des cellules nerveuses, par exemple dans les ganglions des racines, se colorent bien lentement (par exemple par la solution alcoolique de fuchsine) ;, tandis que, au contraire, les noyaux et les nucléoles aspirent bientôt la coloration : alors, le nucléole se teint plus fortement que le noyau. Ce moyen est, en partie, bon pour l'exploration isolée des noyaux et de leurs prolongements. En examinant la coloration suivante de pareilles pièces, on pourra voir que le corps de la cellule se teint d'abord dans les parties qui entourent le noyau, par conséquent du centre vers la périphérie. L'acide osraique présente, dans beaucoup de cas, une excellente coloration : il colore la myéline avec une facilité et une vitesse particulières. Il est, en général, bon pour déterminer la présence de la myéline.
C'est là un phénomène bien curieux de voir que, en exami-
nant le tissu nerveux frais, plusieurs processus pathologiques s'expliquent par la coloration caractéristique des éléments du tissu nerveux. Ainsi, par exemple, je signalerai la jaunisse (ictcrus), dans laquelle les cellules nerveuses, avec leurs noyaux, se voient très-distinctement, même après le dessèchement des pièces, recevant la couleur jaune à des degrés différents.
Du montage des pièces humides et des pièces sèches. — L'exploration du tissu nerveux dans son état humide, comme je l'ai déjà dit, doit être toujours de la plus grande importance. Quoique le dessèchement des pièces puisse quelquefois être utile dans l'exploration, il faut bien avoir en vue que cette action est toujours suivie de la diminution plus ou moins totale du volume des éléments microscopiques du tissu, et par conséquent aussi de leurs différentes déformations. Pour éloigner l'eau de la pièce faite après la congélation, et colorée ensuite, c'est assez de la laisser durant quelques minutes, afin de la sécher, à, la température ordinaire de la chambre ; tandis que les pièces macérées dans différents liquides durcissants demandent pour cela le lavage dans l'alcool ; le dessèchement ordinaire les déforme entièrement. Mais, en enlevant, de quelque manière que ce soit, l'eau de la pièce, le meilleur résultat est, en tout cas, que nous n'atteignions pas l'excès. Une certaine quantité d'eau, restant dans les éléments, non-seulement n'empêche pas leur montage dans le baume du Canada, mais au contraire, ce n'est que de cette manière que les éléments se conservent sans altération et qu'ils reçoivent une singulière clarté.
Il est cependant très-difficile de saisir ce moment de dessèchement, sur les grandes pièces surtout. La pièce n'étant pas bonne dans toute son étendue, on trouve toujours quelques-unes de ses parties dans l'état désiré.
Les plaques les plus minces, faites du tissu congelé et qui ne sont pas influencées par les colorations et les réactifs, se dessèchent proraptement après être apportées à la température ordinaire de la chambre. Il suffît d'une ou de deux minutes pour qu'elles soient bien desséchées. De telles pièces, qui presque
aussitôt qu'elles sont portées dans la chambre, perdent en partie l'eau qu'elles contiennent, peuvent être montées dans le baume du Canada ou dans la térébenthine mêlée à la résine de Dammar.
Ce liquide conservateur fournit une occlusion hermétique, et la pièce se conserve de cette manière dans un état humide et invariable, garantie par sa propre humidité contre l'influence du liquide conservateur, qui n'en agit pas moins. Ce moyen d'exploration est vraiment le meilleur et le plus difficile à remplacer dans beaucoup de cas. Pour obtenir des pièces à demi humides faites après la macération dans l'acide chromique ou le bichrom§ite de potasse, on peut atteindre ce but en les lavant dans l'esprit-de-vin, à différents degrés de concentration, après une certaine macération dans l'eau.
On emploie pour monter les pièces humides la glycérine et la gélatine consistante, de la colle d'esturgeon et de la glycérine. Cette même gélatine sert avec la même utilité pour l'injection des vaisseaux, mais en mélange avec les différentes matières colorantes. La transformation de cette gélatine en liquide, après être légèrement chauffée, dépend de la plus ou moins grande quantité de glycérine. Les pièces, montées dans les liquides, pâlissent avec le temps et deviennent bien transparentes.
Dans la gélatine, elles se conservent plus longtemps sans altération que dans la glycérine toute pure.
Les pièces montées dans la glycérine doivent, pour se conserver, être enfermées hermétiquement entre deux glaces ; c'est pourquoi les bords de la glace qui couvre et ceux de l'objectif sont bouchés avec la laque d'asphalte.
On comprend qu'il faut employer autant de glycérine, qu'il n'en paraisse pas hors des bords du verre pour laisser la place à la laque. La laque, en atteignant jusque sous cette dernière, sert encore plus pour la fermeture hermétique ; la glycérine ne lui permet pas, dans ce cas, de pénétrer vers la pièce. Pourtant, la coloration de la pièce par cette laque peut être très-utile dans quelques cas d'exploration, en colorant les éléments d'une couleur brun jaunâtre.