CHAPITRE III
De la photographie des pièces.
La diverse aptitude des éléments histologiques à laisser passer les rayons lumineux, leur transparence et leurs couleurs sont les qualités fondamentales pour établir les figures photographiques. L'image du négatif se présente, comme on le sait, avec un rapport inverse pour la disposition des nuances des pièces photographiques, tandis que l'image positive rétablit la vue normale de la dernière. Le négatif se forme des parties de l'argent, se précipitant de la solution de son sel nitrique. Là, oii la décomposition sur le négatif était plus complète, aux endroits de la plus grande influence des rayons lumineux, se voit la couleur la plus foncée; là, oii la décomposition n'a pas eu lieu, on aperçoit des places tout à fait transparentes, quand le négatif est entièrement préparé. Parmi les parties tout a fait foncées et transparentes du négatif, paraissent encore des nuances différentes, indiquant le différent degré d'aptitude des éléments à laisser passer les rayons lumineux.
En examinant les pièces du tissu nerveux à l'œil nu, par transparence, nous voyons que ses deux substances, la blanche et la grise, diffèrent l'une de l'autre par la transparence, ainsi que par la couleur, et précisément la substance grise paraît plus transparente, et la blanche, au contraire, tout à fait mate. Ces propriétés des deux substances paraissent visiblement sur les pièces non séchées, sans coloration, ainsi que sur celles qui sont desséchées. A travers les substances blanche et grise de la pièce tenue devant l'œil, quoiqu'on distingue visiblement les lettres écrites sur le papier, mais ces dernières paraissent plus vivement quand on les examine à travers la substance grise qu'à travers la blanche. Cependant, non-seulement ces qualités
des deux substances varient de degré, mais encore elles prennent les qualités opposées avec l'emploi des colorations, selon leur genre. En employant l'aniline rouge ou la fuchsine, la différence des deux substances entre elles paraît moins vive qu'en employant la cochenille.
En approfondissant les qualités susdites des deux substances, après l'exploration macroscopique des pièces non colorées, nous apercevons, que si toute la masse de la substance grise paraît plus diaphane, quelques-unes de ses parties, et précisément les cellules nerveuses, sont peu transparentes, elles ont une couleur plus foncée et se présentent quelquefois toutes noires, par exemple dans l'état de pigmentation des cellules nerveuses.
La substance blanche conserve ses propriétés les plus caractéristiques non dans sa masse totale, mais seulement dans les parties contenant la myéline, qui donne à la substance cette couleur blanche. De cette manière les deux substances se différencient l'une de l'autre, non-seulement par leur fond général, mais aussi par la quantité de leurs éléments placés, qui se distinguent par une plus ou moins grande transparence, une couleur plus ou moins foncée. Il y a encore une espèce de substance grise dans le tissu nerveux, se distinguant de celui que j'avais décrit par son extraordinaire diaphanéité, c'est la substance gélatineuse. La substance grise est la plus variable dans ses propriétés, se composant d'éléments ayant une transparence et une couleur différentes. Les figures ci-jointes présentent mieux que toute description l'idée de la réaction photographique des deux substances, ce qui dépend non-seulement de la transparence variable des éléments, mais encore de leur couleur (pl. III, fig. 2li bis, et pl. IV). Sur les pièces macroscopiques incolores, la substance grise se présente en général moins foncée ou avec un fond grisâtre sur lequel sont distribuées les figures foncées, pointues et linéaires des éléments; la substance blanche, au contraire, se présente avec un fond plus foncé (pl. IV, fig. 28). Comme les parties claires du dessin positif sont conformes aux parties foncées du négatif, et que ces dernières sont conformes
aux parties les plus transparentes de la pièce, on comprendra de cette manière la réaction photographique des deux substances, fondée sur leur faculté différente de laisser passer les rayons lumineux qui accomplissent justement leur image photographique. La photographie montre certaines propriétés des éléments anatomiques, là même où l'œil armé du microscope n'y est pas assez apte. Il est clair qu'une bonne figure photographique de la pièce doit avoir de telles propriétés, que les éléments, dont elle est formée, aient assez de différence en nuances ; comme ces dernières ne paraissent qu'alors que quand les éléments de la pièce elle-même se distinguent assez de propriétés fondamentales dans l'accomplissement d'images photographiques, on voit d'ici les différentes manières de photographier.
Une certaine lenteur des séances photographiques sera toujours avantageuse pour donner au dessin une meilleure qualité. Si nous faisons attention au temps de l'apparition des deux substances du tissu nerveux sur le négatif, en général l'espace entre l'apparition de la substance blanche et de la grise, surtout sur les pièces non colorées, n'est pas encore suffisant, l'une et l'autre substance paraissent presque en même temps.
Voilà pourquoi les figures photographiques, quand on emploie la manière ordinaire de photographier, ne sont pas tout à fait bonnes, leurs parties ne sont pas vivement tracées.
Nous avons deux moyens pour augmenter encore la différence qu'il y a déjà dans les qualités fondamentales des éléments histologiques : l'un de ces moyens consiste dans l'emploi de différentes colorations pour les pièces ; l'autre dans le choix des moyens d'éclaircir la pièce pendant la photographie. La figure photographique peut être faite : 1° par transparence — photographie par transparence, quand la pièce est placée de telle manière qu'elle se pénètre du spectre plein de rayons lumineux, ayant le ciel pour fond ; 2° par transparence d'un quelconque des rayons isolés ou lumière monochromatiqxie ; 3" enfin le dessin peut être fait à la lumière réfléchie, en pla-
çant un écran noir derrière la pièce, éclairée par la lumière du soleil.
On verra la différence que présentent les pièces photographiées par transparence et par réflexion sur les dessins ci-joints (pl. III, fig. nbis; pl. IV, %. 25).
Il suit clairement de l'analyse de ces figures que la différence la plus frappante et la plus grossière entre les substances blanche et grise donne la photographie à l'aide de la lumière réfléchie (pl. III, fîg. Ilx bis), mais avec la perte de détails qui paraissent davantage seulement dans la photographie par transparence (pl. IV, fig. 25). L'interposition d'un écran noir modifie considérablement le rapport mutuel des substances blanche et grise en transparence ; l'écran noir concentre toute son influence sur la substance grise, comme douée de plus de transparence (surtout sur la substance gélatineuse), dont la représentation ne paraît pas encore sur la figure du négatif, même dans le temps oii l'image de la substance blanche se dessine déjà entièrement. 11 est donc clair que l'écran noir a prolongé l'espace de temps entre l'apparition sur le négatif des deux substances, qui, dans la photographie au plein spectre par transparence, paraissent presque à la fois.
Une influence semblable à celle qu'exerce l'écran noir dans le procédé photographique à la lumière réflectée que nous venons de décrire, se retrouve dans la photographie par transparence à la lumière monochromatique ainsi que dans les différentes colorations des pièces.
L'influence de ces dernières s'explique par différents degrés de retard de l'apparition sur le négatif des différents éléments histologiques, changeant leurs propriétés fondamentales, leur couleur et leur transparence. On voit maintenant clairement comment l'art photographique peut être soumis à la volonté du photographe et comment celui-ci peut l'appliquer, dans des buts variés, à la reproduction des dessins anatomiques.
Brewster est le premier qui ait proposé la lumière monochromatique ; ensuite l'abbé, comte Gastracan en 186Zi, puis Moites-
DE LK STRUCTURE DES RACINES
sier et enfin Benecke. Mais chacun de ces savants recommanda im quelconque de ces rayons, suivant leurs propriétés chimiques. Quant à moi, le choix du rayon dépend tout à fait du but de la figure, ainsi que de la propriété de la pièce, surtout du mode de coloration de la dernière, du degré d'influence de la coloration sur les éléments de la pièce au point de vue de l'altération de leurs propriétés fondamentales. Les rayons lumineux, selon leur plus ou moins rapide influence sur la décomposition du nitrate d'argent dans le négatif, se disposent d'une telle manière, que le spectre plein est suivi du rayon violet, plus loin du rayon bleu, puis du vert, du jaune et de l'orangé, que j'avais éprouvé par l'influence sur une pièce du tissu nerveux non coloré.
Il est clair que le choix du rayon, suivant les différentes espèces de colorations des pièces, sans parler encore d'autres buts, doit être très-variable.
La lumière monochromatique peut être produite au moyen de la décomposition du spectre des rayons du soleil par le prisme interposé devant la pièce, ou en faisant passer les rayons à travers les vers colorés ou à travers les cuvettes de glace, recommandées par Moitessier et remplies de liquides colorés {i). Ainsi, pour les rayons jaunes, j'emploie les cuvettes remplies de la solution aqueuse d'acide picrique; pour les bleus, la solution de cuivre acétique, en y ajoutant de l'acide picrique.
J'ai déjà dit que le choix des colorations dépend du but de la pièce, parce que certaines colorations sont bonnes pour certains éléments et d'autres colorations pour d'autres éléments. En général, les matières colorantes qui paraissent être les plus importantes pour l'examen à l'aide du microscope sont celles qui ont la plus faible influence sur l'altération des propriétés fondamentales des éléments histologiques. Mais ces colorations
(1) La phoiogmphie appliquée aux recherches micrographiques, par A. Moitessier. 1866.
demandent indispensableinent la lumière monochromatique pour pholographier les pièces. A cette catégorie se rapportent plusieurs colorations d'aniline, par exemple la fuchsine rouge. Ce qui est dit des colorations se rapporte aussi aux différents réactifs.
Un excellent résultat, comme je l'ai dit, est obtenu, en beaucoup de cas, par l'emploi de plusieurs colorations sur une même pièce : l'une des colorations concentre son influence sur quelques-uns des éléments, et l'autre sur d'autres. De telles pièces, ainsi que celles qui sont colorées par la cochenille, l'aniline orange et l'acide picrique, sont très-bonnes pour la photographie.
Tout ce qui est dit sur la photographie prouve assez bien l'énorme variabilité des expériences à l'aide desquelles on pourra peut-être résoudre quelques questions relatives à la structure normale du tissu nerveux ainsi qu'à ses altérations pathologiques.
Entre autres altérations pathologiques des éléments histologiques plus ou moins facilement reconnues à l'aide du microscope, on en rencontre dont on ne peut juger qu'en altérant leur transparence normale. Cette transparence, qui se distingue difficilement même avec l'œil armé, se reconnaît facilement par la réaction photographique des éléments liistologiques.
II e^t indispensable d'employer la lumière solaire pour obtenir de bonnes figures, et le degré de la lumière est proportionnel à celui de l'agrandissement qu'on choisit : plus le dernier est grand, plus il faut de lumière. J'emploie pour l'éclairage un miroir plat ou concave, qui se place devant la pièce; de cette manière les rayons solaires se dirigent vers lui en éclairant la pièce en avant, et pourtant encore h l'aide d'une loupe, placée au passage des rayons. Les verres colorés ou cuvettes remplies d'un liquide colorant se placent entre la pièce et la loupe. Dans la photographie h. l'aide du microscope, les verres colorés peuvent très-commodément être appliqués sous le diaphragme de
ce dernier dans un appareil à part, comme Hartnack l'avait fait pour moi.
Je place le microscope et la camère dans une position horizontale.
Dans la photographie des pièces macroscopiques par la lumière réfléchie, à la distance d'une aune en avant de la pièce on place un écran noir, et la pièce elle-même s'éclaire des rayons du soleil, dirigés obliquement en avant. La photographie par réflexion ne peut être accomplie qu'en employant l'objectif de l'appareil photographique ou le grossissement faible du microscope. Je n'emploie ce moyen qu'en travaillant avec l'objectif de l'appareil photographique ordinaire. J'avais fait les négatifs macroscopiques pour les figures de l'Atlas à l'aide de l'objectif photographique de Voichtlander et en partie à l'aide de celui de Rosse et de Prazmovsky ; et les négatifs microscopiques à l'aide du microscope de Hartnack.
Dans mon dernier voyage à l'étranger en 1868, le compagnon de Hartnack, M. Prazmovsky, a fait pour moi un petit objectif, donnant le grossissement jusqu'à vingt fois, avec une camère ayant la longueur de deux aunes. L'objectif de Prazmovsky passe tous les autres, quand on a la nécessité d'avoir des figures macroscopiques au degré du grossissement indiqué. Quant à la photographie à l'aide du microscope, je préfère photographier sans quitter l'oculaire.
L'éloignement total de la camère, s'il surpasse àO centimètres, rend la photographie déjà beaucoup moins vive. La photographie à l'aide de l'oculaire, ou sans ce dernier, peut également donner un bon résultat. Je préfère encore garder l'oculaire pour que cela puisse être accompU sans un aide, indispensable quand la camère est allongée. Benecke recommande en ce cas un appareil spécial pour placer les pièces.
Ayant fait le premier négatif d'après la pièce originale, il n'est plus difficile d'arriver jusqu'à un grossissement assez fort du dessin, en plaçant à sa place le négatif reçu et faisant déjà la photographie de ce dernier. Le négatif nouveau reçu (qui est
déjà positif par rapport à la pièce originale) peut être de nouveau l'objet d'une nouvelle photographie, etc.
Donnant un plus grand champ visuel que le microscope, ce moyen de grossissement a quelques applications utiles (pl. IV, lig. 26 et 27).
Berthold Benecke, dans son article placé dans les Archives de Max Schnltze, 1867 (1), recommande ce moyen, mais avec la condition que le grossissement ne surpasse pas dix fois. Il est clair que les limites de l'emploi utile de cette manière de photographier augmentent si nous voulons agrandir l'image du premier négatif, fait à l'aide du microscope composé.
J'ai conservé le même grossissement dans quelques rangs de figures photographiques, représentant la partie donnée par coupe. Nous pouvons, de cette manière, ajouter à nos explorations la méthode numérique, mesurant l'étendue des parties isolées; — cela a, sans doute, une très-grande importance, et ne pourra être accompli facilement qu'à l'aide de figures photographiques. J'ai fait de tels calculs en passant le dessin sur un papier divisé en miUimètres carrés.
Il est à noter que les pièces faites après la macération dans les liquides durcissants, dans la photographie par transparence, se présentent toujours avec les mêmes propriétés que nos pièces faites par congélation et photographiées à la lumière réfléchie, et par conséquent avec le manque de détails.
Avec les pièces faites après une macération prolongée, la réaction photographique des deux substances varie et peut conduire à des déductions fausses dans l'exploration anatomique.
Voici pourquoi mes figures, faites sur des pièces du tissu congelé, diffèrent de celles d'autres auteurs par une plus grande clarté dans tous leurs détails, même sur les figures macroscopiques.
(1) Beitrdge zur micropfiotographischen Technik.
11 n'est pas nécessaire d'assurer que tous mes dessins sont faits sans la moindre retouche. Leur clarté satisfaisante dépend delà qualité des pièces, faites après la congélation du tissu nerveux.