‹ De La Suffocation Par Compression Du Thorax Dans Ses Rapports Avec L'InfanticideChapitre 43 sur 47 · ÉTUDE DES EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

ÉTUDE DES EXPÉRIENCES

Pour essayer de mettre un peu d'ordre dans les résultats que nous ont donnés nos expériences, nous allons procéder comme pour une autopsie médico-légale quelconque : c’est-àdire, qu'après avoir fait l’examen extérieur du cadavre, nous prendrons chaque lésion en particulier, en lui rappor- ‘tant les caractères relevés dans chaque observation. Nous terminerons ce chapitre par quelques considérations sur la force de la compression, sa durée, la région où on l’exerçait et la facilité de ramener l’animal à la vie dans les quelques instants qui suivent la mort apparente.

Avant d'examiner ces lésions, nous dirons quelques mots de la marche de la suffocation. Dans chacune de nos expériences, nous avons constaté que l’asphyxie s’installait, précédée des symptômes décrits par Riant: période de calme, mouvements de défense, mouvements spasmodiques, mort apparente. Jamais nous n’avons vu la mort arriver silencieusement, sournoisement, sans la lutte, les efforts, les convulsions qui accompagnent l’asphyxie par privation de l'air.

Nous insisterons très peu sur les marques extérieures de violence, les animaux qui nous ont servi se prêtant mal à de pareilles constatations. Malgré nos recherches portées de ce côté, il nous a été impossible de constater une seule fois la trace d’ecchymose sous-conjonctivale.

Mais par contre, nous avons pu noter chaque fois une exophtalmie considérable, se produisant dans tous les cas d’asphyxie que nous avons provoqués. Elle était bien plus apparente chez le lapin que chez le cobaye, bien que chez ce dernier elle fut assez nette. .

Quand on pelait l'animal, on pouvait constater parfois une hypérémie assez marquée des vaisseaux sanguins de la peau. C’est ainsi que dans l’observation XI, cette congestion occupait une zone correspondant à la largeur de la sangle de toile, qui passait sur le thorax de l’animal en expérience. Ce n’était plus de la congestion, mais une véritable ecchymose, qu’on remarquait sur la face interne de la peau, dans l'observation XXI : la région percutée était rouge, par suite de la transsudation du sang à ce niveau et même de la rupture de quelques capillaires. C’est dans cette observation, et uniquement dans celle-là, que nous avons pu constater la présence d’emphysème dans le tissu cellulaire sous-cutané. Sitôt après avoir enlevé la peau, nous avons remarqué de véritables alvéoles remplies d’air, au niveau de la région traumatisée. En même temps et à côté de cet emphysème, se trouvait une vaste ecchymose correspondant à celle qui existait sur la face interne de la peau. De même dans l'observation VII, la flexion forcée du plastron sterno-costal, qui dura douze minutes, avait suffi à déterminer une large ecchymose sur Île point où avait porté la compression. L'observation XVIII nous montra aussi que chaque tour de corde avait donné naissance à une marque très nette, permettant très bien de se rendre compte du nombre de tour qu’on avait fait faire à la corde. Dans aucun cas nous n'avons rencontré d’ecchymoses ponctuées dans le tissu cellulaire péricranien. Il est vrai de dire que les animaux sur lesquels nous expérimentions ne nous permettaient guère de porter nos recherches sur ce point spécial. Les muscles de la paroi thoracique présentaient une teinte plus ou moins ecchymotique ; mais c’est surtout dans l'observation XXVI que nous avons noté dans l’intérieur même des muscles de

la région cervicale, des points rouge foncé, dénotant à ce niveau une rupture vasculaire.

Comme Brouardel, nous n’avons jamais pu constater une déformation, si minime qu’elle fût de la paroi thoracique. Malgré la compression, le thorax avait toujours son diamètre antéro-postérieur plus long que son diamètre latéral. Deux fois nous nous sommes trouvé en présence de fractures de côtes. Dans l’observation VIII, durant les convulsions qui précédèrent la mort, on eut très nettement sous le doigt la perception de ces fractures. Quatre côtes étaient rompues et leurs fragments avaient même pénétré dans le poumon gauche de l’animal en expérience. Il en a été de même pour l'observation XX. Nous avons trouvé à l’autopsie une fracture de la septième côte, mais les fragments étaient restés accolés et n’avaient déterminé aucune lésion. Nous avons songé un moment à rechercher sur des cadavres d'enfants mort-nés, quelle pression on pouvait exercer sur le thorax sans amener de rupture de côte. Mais il nous manquait pour cela deux choses très importantes: l’air inspiré et la contraction musculaire augmentent de beaucoup la résistance de la cage thoracique, et il nous était impossible de réaliser ces deux conditions.

L'ouverture du corps nous a montré une seule fois des ecchymoses ponctuées siégeant sur la face interne de la paroi thoracique et le long de la colonne vertébrale. Elles ont absolument les mêmes caractères que celles que l’on trouve sous la plèvre; il nous a semblé cependant qu’elles étaient un peu plus volumineuses : elles offraient à peu près la dimension d’une lentille.

. Nous avions été frappé, dans nos premières autopsies, de trouver des poumons petits, rétractés, et de voir qu’ils occupaient une très petite place dans la cavité thoracique. Nous avons voulu nous rendre compte de ce phénomène et nous avons dénudé le plus possible le sternum et les côtes, de facon à voir par transparence le poumon avant de laisser pénétrer l’air dans le thorax. Nous avons pu remarquer alors que les poumons remplissaient toute la cavité et descendaient

ER — bien jusqu’au diaphragme ; mais sitôt que l’air pénétrait, en ouvrant un volet costal, ils se rétractaient sur leur hile, et arrivaient ainsi à occuper une très faible place. Les auteurs signalent cependant qu’à l’autopsie, ils trouvaient les poumons volumineux : c’est dû sans doute aux phénomènes de putréfaction. Il se fait à ce moment un dégagement gazeux qui dilate les alvéoles, et donne aux poumons un volume qu’ils n’ont pas normalementet qu’ils n’avaient pas le temps de prendre dans nos expériences. Nous avons constaté une fois, trois déchirures du poumon, c’est dans l’observationVIlT; elles avaient été produites par les fragments des côtes fracturées. Une lésion que nous avons trouvée constamment et toujours à un degré très avancé, c’est l’emphysème. Il était non-seulement très développé aux sommets et sur les bords: ses sièges de prédilection, mais sur la surface des deux poumons, en des endroits quelconques, on remarquait une sorte de petite plaque blanche surélevée et qu’à la loupe on reconnaissait formée par l’éclatement sous-pleural des vésicules pulmonaires. Dans une de nos observations, celle qui porte le numéro XXXIIT, un lobe entier du poumon gauche, le lobe supérieur, était formé par des vésicules dilatées. Sa coloration était blanche, et il crépitait très nettement quand on le pressait entre les doigts.

Il nous à paru que l’emphysème était plus considérable dans la mort obtenue par une suffocation lente. Nous nous proposons de revenir sur ce point, et d’essayer d’en donner une explication lorsque nous étudierons la congestion du poumon.

Lesecchymoses sous-pleurales ontété rencontrées dans toutes nos expériences sauf dans deux (Obs. XII et XXXII). Notonstici encore que dans les deux cas où nous n’en avons pas trouvé, la mort avait été assez rapide (33 et 25 minutes). On les remarquait nombreuses dansles cas d’asphyxie lente. Quand elles existaient, elles répondaient à la description faite par Tardieu, mais leur grosseur arrivait rarement à celle d’une lentille. L’insufflation les rendaient plus appa-

Page 1