OBSERVATION XIV
Recueillie dans le service de M. Carrier, suppléé par M. Tournier. (Extrait de la Province médicale, novembre 1895).
Névropathie à modalités successives ow associées multiples : Syndrome de la maladie de Basedow.— Syndrome neurasthénique, — Syndrome hystérique récent avec crises, pseudo - péritonite, hématémèses, anesthésie générale, vomissements. — Influence de la suggestion à: l'état de veille avec occlusion de yeux.
Marie F..., quarante-cinq ans, couturière, salle Sainte-Clotilde, On ne relève dans les antécédents héréditaires de la malade aucune tare nerveuse.
Sur seize frères ou sœurs qu'a eus la malade, treize sont morts jeunes d'accidents ou d’affections aiguës, trois frères sont vivants et bien portants; un seul a eu des convulsions d’enfance ; aucun n’est nerveux ou épileptique.
La malade n’est pas mariée et n’a jamais eu d’enfant. Comme maladies d'enfance elle n’a eu que la rougeole et la scarlatine ; pas de convulsions.
Réglée à quinze ans assez régulièrement, peu après elle devient anémique, anémie qui dura trois ans.
Elle avait toujours été un peu nerveuse, mais sans aucune manifestation bien grave ; elle n'avait jamais pris de crise.
Il y a une dizaine d’années, elle eut un procès qui la préoccupa beaucoup, puis elle perdit sa mère, eut des revers de fortune.
Toutes ces causes agirent puissamment sur son état nerveux.
A cette époque elle s’aperçut qu’elle prenait un goitre ; en même
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temps, elle éprouva des palpitations de cœur, des bouffées de cha-leur, des sensations d’hyperthermie cvontinuelle, elle eut aussi de l'exophtalmie et un peu d’hémispasme passager de la face. Ces symptômes basedowiens s'exagérèrent en 1893, à l’occasion de nou veaux ennuis; à cette époque elle eut un peu de neurasthénie pour yaquelle elle entra dans le service de M. le D' Carrier. Elle était alors en proie à une tristesse exagérée; pendant près de six mois elle ne fit que pleurer à peu près constamment. Au bout d’un mois de traitement elle sortit améliorée, mais non guérie complètement, son état nerveux resta très surexcitable.
Jusqu'au mois de mars 1895 la malade peut vaquer à ses occupations journalières. Vers la fin de mars elle eut une assez forte hématémèse, sur laquelle on ne peut guère avoir de détails.
Peu après, elle éprouve quelques douleurs d'estomac, auxquelles firent suite des gargouillements assez forts qui attiraient l'attention des personnes voisines ; une de ses amies même lui annonce qu’elle pouvait bien faire de la péritonite à la suite de ces troubles d’estomac. Ces gargouillements durèrent assez longtemps ; ils persistent encore maintenant par intervalles.
À la fin de juillet 1895, une de ses clientes prit une crise de nerfs devant elle ; cette dame pendant sa crise saisit la main de la ; malade, et la contusionna assez violemment. Cette crise fit une profonde impression sur elle; dès lors, elle perdit le sommeil à peu près complètement et retomba dans le même marasme qu’il y a deux ans ; elle pleurait sans cesse et pour les motifs les plus futiles,
Les règles, qui étaient apparues deux jours avant le spectacle de cette crise, cessèrent brusquement, et la malade éprouva de vagues douleurs dans la région ovarienne droite. Cette douleur persista un mois, en augmentant progressivément.
Le 30 août, époque présumée des règles, la malade ressentit sa douleur plus violente dans l’abdomen droit ; comme elle avait fait le matin même un repas indigeste et mangé des légumes cuits dans une casserole de cuivre, elle se crut empoisonnée, Elle eut en effet une forte indigestion,
Elle entre à l’hôpital dans un état de surexcitation extrême : la respiration haletante entrecoupée de cris, les yeux brillants, les
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conjonctives injectées un peu d'écume à la bouche. Elle se plaint surtout de vives douleurs dans la fosse 1liaque droite.
L'examen de la malade fait reconnaitre une zone d'hyperesthésie extrême à la partie inférieure de l’abdomen. Cette douleur paraît superficielle. Le simple contact d’une tête d’épingle arrache à la malade des cris déchirants; le palper est absolument impossible, le simple contact étant atrocement douloureux.
La zone hyperesthésiée s'étend à droite dans toute la partie comprise entre l’ombilic, la crête iliaque et la cuisse; en ce point elle dépasse un peu le pli inguinal ; à gauche elle est moins élevée et moins latérale, dépassant la ligne médiane d’an travers de main. |
La malade ne peut se tenir debout, seul le décubitus dorsal est possible. Pas de flexion ni de rotation des cuisses; le poids des cou vertures est assez bien supporté, quoique un peu douloureux.
Au toucher, douleur dans les deux culs-de-sac latéraux qui sont libres.
Le malade dit avoir vomi depuis quelques jours d’une façon quotidienne immédiatemeut après l’ingestion des liquides; ces vomissements ne surviennent pas à jeun; ils sont subits et rapides, Les matières vômies sont aigreletles.
Il y a quatre ou cinq jours, elle aurait eu de la diarrhée qui a fait place actuellement à une constipation opiniâtre.
Aux poumons, rien à l’auscultation; 36 respirations par minute.
Au cœur rien, 440 pulsations.
Insomnie depuis quelques jours.
Douleurs dentaires névralgiques.
Léger tremblement vibratoire des doigts.
Traitement. — Glace sur le ventre et purgation. © 2 septembre, — L'état se maintient, les douleurs sont toujours vives, mais la zone hyperesthésiée a bien diminué, elle mesure à peine 10 centimètres sur 5, occupant toujours la fosse iliaque droite et son grand axe est parallèle à l’arcade de Fallope. Les douleurs cessent peu à peu. La fièvre tombe et le 7 septembre la malade demande à partir guérie.
11 septembre, — Elle revient à la visite, ayant eu, dit-elle, la
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veille, issue d’une grande quantité de pus par le vagin. Depuis sa sortie, l'abdomen avait été un peu douloureux.
A l'examen du ventre l’hyperesthésie est à peu près nulle, l'examen des organes génitaux est absolument négatif; on ne constate qu’une hyperesthésie assez accentuée. M. le D' Cordier consulté, ne trouve aucune fistule d’où aurait pu venir ce pus. Etant donné l’état spasmodique de l’orifice vulvo-vaginal on pense à une rétention de liquides vulvaires qui se seraient vidés brusquement.
Traitement. — Lavages antiseptiques.
13 septembre. — La malade revient à la visite; le matin même à 10 heures, deux heures après le repas, elle eut subitement la sensation de plénitude d’estomac, avec lourdeur, étouffement et nausée ; puis elle vomit du sang pur et rouge.
Pas de mélœna.
L'examen de la malade est fait d’une façon plus approfondie qu’à son entrée, chose qui était alors impossible. On lui trouve des symptômes basedowiens assez accentués.
Aux poumons, la respiration est profonde, mais non augmentée de rapidité, au sommet droit, un peu de retentissement de la toux. Aucun râle,
Au cœur, souffle systolique mésocardiaque, probablement extracardiaque. Les pulsations sont fréquentes : 112 à la minute, pouls faible.
La pression au creux épigastrique est douloureuse et donne la sensation d’étouffement. On constate en outre, le bruit rythmique stomacal dont avait parlé la malade, et qui est synchrone avec les mouvements respiratoires. Après les repas elle a un peu d’étouffement, mais sans douleur.
Le bord inférieur du foie est douloureux, toujours abaissé, du reste 1l y a de la ptose générale.
Hyperesthésie des flancs à la piqûre, prédominant au creux épigastrique. Tremblement très net; le cou a grossi depuis son entrée,
238 septembre. — La malade, qui a voulureprendre son ouvrage,
ne tarde pas à se sentir plus fatiguée, Elle écoute également
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les racontars de ses voisines, ce qui l’impressionne beaucoup,
Ces douleurs ont réapparu, le ventre est très ballonné, tympanique, douloureux. Elle éprouve de la dyspnée, a des sensations de faiblesse et de défaillance qu’elle attribue à la faim. Elle a, en effet, de la boulimie, mange abondamment à la fois et souvent, cela la fatigue beaucoup. La soif est vive.
L'asthénie générale est assez marquée pour qu’elle ne puisse rester debout longtemps ; elle ne peut lever les bras, faire un effort sans ressentir de vives douleurs dans les muscles,
Elle éprouve aussi, dit-elle, une sensation de coton dans le côté gauche. L'examen nous révèle, en effet, une asthénie généralisée à tout le corps et pour toute espèce de sensibilité.
38 respirations, 136 pulsations au pouls.
Les urines contiennent un peu d’albumine, pas de sucre,
On tente d’hypnotiser la malade; à peine a-t-on commencé qu'elle se met à se débattre et à crier, se plaignant de vives douleurs dans le ventre. Le simple contact d’un aimant et de bonnes paroles ont raison de cette douleur.
Pendant l'occlusion des yeux, sans hypnose, application d’aimants sur les membres, suggestion.
De suite après l’ouverture des yeux la sensibilité est revenue complète, normale ; la malade est enchantée, On lui donne : bleu de méthylène : 0,40 en 2 cachets.
30 septembre. — Les deux jours consécutifs la malade a ressenti de la faiblesse dans tout le côté gauche, faiblesse qui ne tarde pas à se dissiper. Les règles sontrevenues, l’état général est excellent, plus de douleurs abdominales.
Les signes basedowiens persistent.
Pouls à 112. Un peu de dyspnée d’effort.
Un peu d’hypoesthésie gauche; la pression abdominale révèle un peu de sensibilité.
3 octobre, — Depuis huit jours environ, la malade vomit tout ce qu’elle ingère, le premier vomissement serait survenu, dit-elle, après l’ingestion d’un cachet de bleu. Suppression du bleu; administration de sirop de chloral.
7 octobre, — Plus de vomissements, Mais elle est énervée, ne
dort plus que quatre à cinq heures par nuit. Elle a également de la difficulté pour uriner, son ventre la fait un peu souffrir.
Il est à noter que la malade est toujours soumise aux influences fâcheuses de ses voisines qui ne cessent de lui dire qu’elle est très malade et qu'elle ne se soigne pas assez.
12 octobre. — Le lundi 7, la malade a été très bien. Le lende main, après une visite au cimetière, elle ressentit une douleur dans les flancs, surtout à gauche, puis dormit vingt-deux heures consécutives.
Aujourd’hui elle a pris une crise. Elle se plaint de céphalées assez faciles, d’un peu de perte de la mémoire.
Pas de fièvre, pouls moins rapide : 96 pulsations.
Douleurs vives au creux épigastrique qui cessent par l’application d’un aimant.
L’hyperesthésie abdominale cesse également. La malade refuse l’électrisation dont elle a peur et pousse des cris terribles.
Cette demi-crise ressemble beaucoup à ce qu'elle a manifesté pendant la première tentative d'hypnose.