‹ De La Suggestion À L'État De VeilleChapitre 7 sur 22 · RL · texte numérisé non relu

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considérable et la foule qui accourait autour de ses baquets subissait non l’influence d’un fluide magnétique, mais l'action de son regard et de sa personne. Des convulsions arrivaient bientôt et se propageaient par imitation et contagion à tout le cercle hypnotisé ; ces crises augmentaient la suggestibilité des patients. S’étant ainsi rendu maître de l’esprit et de la volonté, Mesmer arrivait par simple suggestion verbale à faire de véritables prodiges de guérison. On v’attribuait plus alors au démon cette influence si inexplicable. Paracelse‘ au xvi° siècle en s’adonnant aux sciences occultes, Glocenius*, Burgraeve, Von Helmont, Robert Fludd, avaient déjà émis l'hypothèse d’un fluide vital émané des astres et mettant en communication les archées des différents êtres. Cette idée fut reprise par Puységur qui créa la doctrine du fluide dit « magnétique, susceptible de recevoir et de communiquer les impressions du mouvement par lequel s'exerce une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre etles corps animés.» Le magnétisme animal avait ainsi reçu une première interprétation. Après cette brillante éclosion du mesmérisme, de nombreux écrits passionnèrent de ioin en loin l’opinion publique : le D" Petetin, à Lyon, étudie la catalepsie et le somnambulisme, mais en donnant aux phénomènes observés dans ces états une importance trop considérable.

Les résultats merveilleux de l’abbé Faria et d'Alexandre Bertrand en 1815 et 1819, soulevèrent de nouveau les recherches. Le rapport de Husson (1831) mit au jour ces faits extraordinaires.

1 Paracelse, Practica, Theéophrasti Paracelsi, Nuremberg, 1529.

? Glocenius, Tractatus de magnetica curatione vulnerum.

« À la suite de pratiques diverses, la personne tombe dans un sommeil dit magnétique et alors's’opèrent des changements remarquables dans les perceptions et les facultés de cette personne. Les yeux sont fermés, convulsés vers le haut de l’orbite. L’odorat est souvent anéanti. La sensibilité a presque complètement disparu. La personne n’entend que la voix du magnétiseur ou celle des gens avec qui elle se trouve en rapport. » La communication de Husson signale des améliorations et même des guérisons chez des malades plongés dans cet état. Ce n’était, en somme que l’hypnotisme actuel noyé dans un flot de pratiques nébuleuses et d’insanités chimériques. L’Acadé mie de médecine se prononça et jugea à la suite d’un examen approfondi qu’elle n’avait pas à s’occuper d’une question qui ne lui paraissait pas scientifique. Malgré cela, on chercha à utiliser en chirurgie l’insensibilité opératoire par ce procédé nouveau. Cloquet, en 4829, obtint un plein succès dans une opération assez grave; mais la découverte des anesthésiques, chloroforme, éther, etc., vint faire oublier ces tentatives qui furent loin d’être toujours heureuses. Braïd, le premier en 1846, après avoir créé l'hypnotisme ou le somnambulisme provoqué par fixation d’un objet brillant, observa à l’état de veille tous les phénomènes précédemment signalés. Il développa dans The power of the mind over the body, la puissance d’une volonté étrangère sur la motricité, les sensations, les passions et même sur l’exercice des fonctions organiques de certaines personnes.

En Amérique, Grimes, en 1848, obtint sans avoir connaissance de la découverte de Braid des phénomènes de contracture et d’anesthésie par simple suggestion vo-

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cale à l’état de veille et fonda une doctrine qu’il désigna sous le nom d’électrobiologie. Gette science fut immédiatement divulguée par une multitude de professeurs américains ; elle aurait été appliquée au traitement des maladies avec grand succès. Elle pénétra en Angle- ‘terre en 1850 et le D" Darling en fut un des premiers - propagateurs. L’électrobiologie fit alors oublier un instant l'hypnotisme; mais on ne tarda pas à reconnaitre que tous ces phénomènes de veille prenaient place à côté de la découverte de Braid avec les nombreuses observations confirmatives de savants distingués tels que Bennet, Simpson, Gregory, le D' Holland?.

En France, le D' Durand de Gros*, sous le nom de D' Philips, tenta une explication de ces phénomènes tant hypnotiques qu’à l’état de veille: « L'activité générale et intense de la pensée cst nécessaire à la diffusion de la force nerveuse dans les nerfs de la sensibilité : d'autre part, la sensation est le stimulant nécessaire de l’activité mentale. Eu diminuant ces sensations, en isolant, pour ainsi dire, les organes du milieu extérieur, on afténue par conséquent l’activité de la pensée. Mais la cellule cérébrale secrète toujours la force nerveuse : c’est l’état hypotaxique. Que sur ce cerveau atteint de congestion nerveuse, on fasse pénétrer par un sens quelconque une impression mentale, une idée suggérée, la force nerveuse disponible se porte sur le point indiqué et substitue instantanément à l’insensibilité l’hyperesthésie, à la résolution

1 Bennet, Outlines of Physiology, Londres, 1858,

? Holland, Chapters of medical physiology, 1858.

3 Durand de Gros, Cours théorique et pratique du braidisme ow hypnotisme nerveux, 1860.

Nip du système musculaire la catalepsie. C’est le deuxième temps nommé déoplastie.

En 1850, le D' Ordinaire soutint une discussion contre les théories fluidistes de son temps. Le grand argument qu’il invoque sans cesse, c’est la suggestion à l’état de veille. J’ai observé, dit-il, sans magnétisme, l’insensibilité, la paralysie, l’ivresse, le délire, et cela sans avoir besoin d’endormir le sujet, simplement en disant : je veux. Le D" Charpignon, d'Orléans, publia, en 1862, un mémoire dans lequel les phénomènes de suggestion à l’état de veille se trouvèrent aussi exposés et expliqués. Mais c'était un partisan de la théorie fluidique ; or l’histoire du magnétisme était entrée avec Braid dans une nouvelle phase et une théorie nouvelle s'était élevée, celle de la suggestion. Elle fut reprise plus tard par le D' Liébeault, de Nancy, et le professeur Bernheim. Mais leurs études furent précédées des recherches de MM. Azam et Charcot; le premier ? répéta les expériences de Braïd et les reproduisit avec une netteté parfaite; le second fut amené naturellement à s’occuper de l’hypnotisme après ses magnifiques recherches sur les névroses. II pensa et dit Ÿ que le sommeil hypnotique était une maladie, névrose analogue à l’hystérie et qu’elle offrait trois phases nettes : léthargie, catalepsie, somnambulisme, chacune offrant des phénomènes physiologiques spéciaux que l’on obtient à l’aide de procédés purement physiques : ouverture ou occlusion des yeux, attouchements, pression sur les membres,

1 De la part de la Médecine morale dans le traitement des maladies nerveuses, 1862,

? Archives générales de médecine, janvier 1860.

5 Bourneville et Regnard, Iconographie de la Salpétriére.

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action des aimants. Dans quelques-unes de ces phases on obtient des phénomènes psychiques par suggestion. C’est le grand hypnotisme de Charcot.

. La doctrine de Nancy admet au contraire que l'hypnose, loin d’être un sommeil pathologique est un sommeil normal provoqué par l’action de l’idéation sur le physique et réalisable chez la majorité des sujets. De plus, les trois phases décrites par l'Ecole de la Salpêtrière paraissent exceptionnelles au professeur Bernheim!. Il décrit dans le sommeil hypnotique une série d’états débutant par l’engourdissement pour aboutir au somnambulisme profond et dans lesquels la suggestibilité s'accroît de plus en plus. D’après lui arriverait un moment où la personnalité de l’hypnotisé serait complètement détruite : dans cet état les suggestions produiraient leur effet le plus ‘puissant. Des recherches postérieures l’amenèrent à cette conclusion que le sommeil hypnotique n’était pas toujours nécessaire à l'efficacité de la suggestion. Au Congrès de Rouen en 1883, illivra le premier au public médical la connaissance de ces observations de suggestion à l’état de veille. Ces faits établirent que, chez un grand nombre de sujets hypnotisables, on pouvait obtenir sans hypnotisme et par suggestion simple des phénomènes de paralysie, de contracture, d’anesthésie sensitivo-sensorielle, des allusions sensorielles, des hallucinations complexes comme dans l’état hypnotique. Vers la même époque, Charles Richet confirma ces faits et en publia de nouveaux? après avoir dans un très remarquable mémoire étudié le somnambu-

1 Bernheim, La suggestion. Ses applications thérapeutiques. ? Annales de la Société de Biologie, 1884.

on lisme provoqué. Le 15 mars 1884, M. le D' Bottey publia une communication sur ces suggestions à l’état de veille sans avoir pris connaissance des observations du D' Bernheim, Il opère sur des sujets absolument sains, n’ayant jamais été hypnotisés, comme sur des hystéro-épilepti ques, et a des résultats probants. Par simple affirmation il rend la personne muette, aveugle, la prive de l’odorat, lui donne des contractures des membres, des anesthésies cutanées ou des paralysies motrices ayant les mêmes caractères que les paralysies psychiques déterminées dans le somnambulisme par Charcot (exagération des réflexes tendineux, abolition du sens musculaire). Ce fut un des nombreux élèves de Charcot, qui,avec Paul Richer, Bourneville et Regnard, Féré et Binet, Gilles de la Tourette contribua à répandre la connaissance de cette thérapeutique étonnante et merveilleuse.

A l'étranger, Heidenhain en 1880 reconnut la réalité

d’un certain nombre de phénomènes sensitifs musculaires et psychiques dont il donna la description et il fut suivi dans cette voie par quelques disciples.

- En 1886, un article, publié dans la Gazette des hôpitaux (de la mise en scène, de l’action morale) donna de nouvelles observations mettant en évidence l’action de la suggestion, à l’état de veille, sur les paralysies, les contractures, où l’on admet une simple influence psychique comme cause unique des faits énoncés.

En 1890, le D' Dumontpallier affirme et expose tous les phénomènes produits par la suggestion verbale sans hypnotisme, lui avouant formellement la puissance de déterminer des troubles profonds de la sensibilité, de la motilité et du psychisme. Ensuite et après lui de nom-

breuses communications surgissent apportant toujours de nouvelles preuves. Nous ne pouvons que citer les noms des nombreux auteurs qui ont contribué à l’étude de cette science. Bernheïim, Liégeois, Beaunis, Bérillon, Janet, Pitres, Brémaud, Bechterew (de Saint-Pétershbourg), Ladame, Chambard, Berger, Tamburini et Seppili, Silva, Lombroso, etc.

Cette courte revue historique nous montre que tous ces phénomènes, étudiés aujourd’hui, ne sont nouveaux que par les discussions et les expériences qu’ils soulèvent et que de tout temps ils ont existé avec les mêmes caractères.

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