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surnaturel. Le diable, terrible, revêt toutes les formes pour faire tomber l’homme dans ses pièges. Il va jusqu’à pénétrer en lui et donner lieu ainsi à ce que l’on a appelé la possession. Les prêtres, par l’imposante cérémonie de l’exorcisme, produisent souvent, au rom de la puissance divine, la guérison du malheureux possédé. Le diable s’efface devant plus fort que lui et quitte la place sanctifiée. Ces deux croyances firent en quelque sorte naître ces épidémies d’hystérie à forme démoniaque décrites sous le nom de possessions et leur donnèrent un retentissement qui contribua fortement à leur extension. Toutes ces épidémies se ressemblent ! : certaines ont des tendances à la nymphomanie ou l’érotomanie (Filles du couvent de Nazareth à Cologne, 1560). La plupart sont des épidémies d'hystérie franche, de grande hystérie avec suggestions inconscientes produites par la croyance générale et par des exorcismes répétés (Ursulines d’Aix, Ursulines de Loudun au milieu du xvi° siècle). On sait combien est grande la puissance de l’imitation sur les formes de l’hystérie; combien est admissible cette contagion chez des personnes soumises à une discipline sévère et chez lesquelles la foi religieuse est portée à son plus haut degré d'enthousiasme. Le désir de subir des souffrances en vue d’un bonheur futur, ou la crainte de la possession ont pu avoir quelque influence morale sur lapparition des crises. Voici comment débuta l’épidémie la plus célèbre, celle de Loudun ?, qui les résume presque toutes : Une religieuse
1 Calmeil, De la folie considérée sous le point de vue pathologique, philosophique, historique et judiciaire. ? Figuier, Du merveilleux dans les temps modernes, 1860,
atteinte de somnambulisme jette une nuit l’effroi dans la communauté ; on raconte à ce sujet une histoire de revenants. Le lendemain, la somnambule a une crise d’hystérie; et alors, subitement, la supérieure, Jeanne des Anges, et quelques autres religieuses tombent aussi en convulsions à l’imitation de la première. On accuse immédiatement le démon de maléfices et un prêtre très réputé dans l’exercice de l’exorcisme, Barré, arrive dans une grande solennité pour exorciser la patiente. Il l’interroge, lui fait avouer le nom de ses démons, Aséaroth, Atraos, et l’amène à accuser de choses épouvantables le confesseur de la communauté, Urbain Grandier, qui fut condamné à être brûlé vif. Dans de nombreuses séances, produisant une suggestion répétée, il la persuade que les démons qui la possèdent sortiront un à un de son corps, et, que lorsqu'ils auront tous disparu, elle sera guérie. A chaque exorcisme le démon supposé manifestait sa disparition pas de terribles crises convulsives. Finalement, les esprits malins chassés, Jeanne des Anges vécut ensuite «paisiblement et saintement ». — L’exorcisme, on le voit, pouvait guérir à cette époque la démonomanie, quand l’Inquisition ne livrait pas les malheureux aux flammes du bûcher. Il agissait par pure suggestion : une preuve bien concluante fut faite par le gentilhomme de Ludes. Celui-ci, bon chrétien, mais indipné de tous les scandales produits par ces possessions, croyait à de la jonglerie de la part des prêtres. Voulant s’en assurer, il présenta à l’exorciste une boîte de reliques des saints les plus célèbres. Cette boîte, posée sur la tête de la possédée fit mer- veille et chassa parfaitement le démon. De Ludes alors l'ouvrit, montra aux yeux stupéfaits du prêtre qu’elle ne
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contenait que des plumes et s’écria : «Pourquoi, mon père, vous moquez-vous ainsi de Dieu et du monde? » On suspectait donc à tort la bonne foi du prêtre : c’était en effet le plus souvent des suggestions inconscientes qu’il produisait.
Ces épidémies d’hystérie se continuèrent longtemps et revêtirent différentes formes suivant les lieux et les temps : Théomanie, Démonopathie, Lycanthropie, Choreomanie. Plus tard les convulsionnaires de Saint- Médard donnèrent lieu à des phénomènes analogues. Ce fut aussi une vaste épidémie à crises convulsives auxquelles succédaient une insensibilité absolue, une invulnérabilité particulière. Aujourd’hui encore on a vu se développer au sein de populations ignorantes et superstitieuses cette démonomanie avec les mêmes caractères. Une épidémie de ce genre a éclaté de 1861 à 1865 à Morzine, petit village de la Haute-Savoie. Une autre a été observée en 1878 à Verzegnis?, dans la province de Friuli, en Italie.
La suggestion entra avec Mesmer dans une période d’expérimentation plus consciente qui fut le point de départ scientifique de son étude. Elle ne fut pas bannie pour cela du merveilleux ; celui-ci continua toujours et continuera indéfiniment à passionner les foules et à les conduire à une interprétation erronée de phénomènes qui pourraient s'expliquer physiologiquement ou pathologiquement. Mesmer au début frappa vivement les imagina tions par quelques habiles pratiques de suggestion entachées d’un charlatanisme éhonté. Sa célébrité devint vite
1 Constans, Relation d'une épidémie d'hystéro-démonopathie, Paris, 1862.
? Giuseppe Chiap et Fernando Franzolini. Rivista sperimentale di frenatria et di medecina legale, IV, 1879,