‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 1 sur 280 · VII I · texte numérisé non relu

VII I

A VANT-l’Ilill'OS

pour provoquer le sommeil et obtenir certains efrets thérapeutiques incontestables. Depuis plus de vingtcinq ans, ce confrère, bravant le ridicule et le discrédit attachés aux pratiques de ce qu’on appelle le magnétisme animal, poursuit ses recherches et se dévoue avec désintéressement au traitement des maladies par le sommeil.

L’idée de la suggestion, émise par Faria, a été mieux appliquée par Braid ; M. Liébeault, perfectionnant la méthode, la ramenant à sa plus simple expression, a montré après Braid que la très grande majorité des sujets est susceptible d’être influencée; et beaucoup peuvent obtenir des effets bienfaisants par l’état psychique ainsi provoqué. Les premières recherches du médecin de Nancy sont consignées dans un volume intitulé : Du Sommeil et des états analogues considérés surtout au point de mie de l'action du moral sur le physique. Paris, 186(3.

Les assertions de AL Liébeault ne trouvèrent que des incrédules. Scs pratiques parurent tellement empreintes d’étrangeté, pour ne pas dire de naïveté, que les médecins les rejetèrent sans plus ample examen. AL Liébeaull vécut à l'écart, en dehors du monde médical, tout entier à ses malades (presque tous des classes pauvres) et à ses convictions.

Il y a cinq ans, AI. Dumont, chef des travaux physiques de la Faculté de médecine, ayant suivi les consultations de AI. Liébeault, fut convaincu de la réalité des phénomènes observés; il expérimenta avec succès à l’asile de Alaréville et eut le bonheur de faire disparaître

Awvr-i’itoi’ns

chez une hystéro-épileptique une contracture «le la jambe droite datant de trois ans et des attaques d’hystéro-épilepsie se répétant cinq a six fois par jour.

A. ma demande, il présenta le 10 mai I a la Société de médecine de Nancy, quatre sujets sur lesquels il produisit un certain nombre d'expériences qui frappèrent vivement les membres de la Société.

J'ai moi-même expérimenté depuis cette époque, avec un grand scepticisme, je l’avoue, au début ; et api es quelques tâtonnements et hésitations, je n ai pas tardé à constater des résultats certains, frappants, qui m imposent le devoir de ne pas garder le silence.

Dans la première partie de ce livre, j exposerai d abord la méthode employée pour produire l’hypnotisme et les diverses manifestations qu'on peut déterminer chez les sujets hypnotisés.

Ensuite, je ferai un court aperçu historique de la question ; j’examinerai les vues théoriques émises a ce sujet et j’exposerai mes opinions personnelles sur le mécanisme psychologique des phénomènes.

Enfin, j’examinerai d’une façon générale les applications de la doctrine de la suggestion à la psychologie, à la médecine légale, à la sociologie.

Dans la seconde partie, j’étudierai spécialement la thérapeutique suggestive, et je relaterai mes observations personnelles.

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df. la nouvelle édition

Ce <| ni frappe toujours d étonnement les confrères «pii nous font 1 honneur de venir à notre clinique constater les faits relatés dans ce livre, c est la singulière facilité avec laquelle on peut hypnotiser l'immense majorité des sujets de tout Age, de tout sexe, de tout tempérament. Ils s'imaginaient que l’état hypnotique est l'apanage exclusif de quelques rares névropathes, et ils voient maintenant tomber successivement sous l’empire de la suggestion tous ou presque tou s les malades d'une salle. « Comment, disent-ils. a-t-on pu passer pendant des siècles à côté de celte vérité si aisée à démontrer, sans la découvrir ? »

Parmi les personnes qu’on hypnotise, les unes tombent en sommeil profond, sans souvenir au

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réveil ; nous les appelons des suiniiainbules. Un cinquième ou un sixième des sujets, d’après M. Liébeault, entre en somnambulisme. Dans notre service d'hôpital, où le médecin a une plus grande autorité sur les malades, où l’imitation et l’entrainement de l’exemple constituent peut-être une véritable atmosphère suggestive, la proportion des somnambules est bien plus considérable, et nous arrivons quelquefois à mettre dans cet état la moitié, si ce n'est plus encore, de nos clients.

Les autres, bien qu’ayant conservé le souvenir de tout au réveil, bien qu'ils s’imaginent parfois n’avoir pas dormi, ont été influencés à des degrés divers : la catalepsie suggestive, la contracture provoquée, les mouvements automatiques, la suppression de douleurs, etc., démontrent d’une façon irréfragable que l'influence existe.

Ceux qui sont dans le sommeil profond, sans souvenir au réveil, si on les abandonne à euxmèmes, dorment calmes et inertes, comme les dormeurs naturels. Ilien ne différencie ce sommeil provoqué du sommeil spontané. Les phénomènes de sensibilité, de motilité, d’idéation, d’imagination, illusions et hallucinations, ne s’y manifestent [tas spontanément, mais sont provoqués par la suggestion. Les mêmes phénomènes peuvent être déterminés chez ces mêmes sujets lorsqu'on réussit à se mettre en relation avec eux dans leur sommeil natu-

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rcl : mf'nie attitude passive dos membres, dite catalepsie, mômes mouvements automatiques, mêmes illusions, mêmes hallucinations actives ou passives. Les hallucinations ne sont que des rêves suggérés ; les rêves ne sont que des hallucinations spontanées. Ces hallucinations soit spontanées, soit suggérées restent passives, c'est-à-dire que le sujet demeure inerte comme dans le rêve normal ; elles ne deviennent actives, c’est-à-dire que le sujet ne se remue, ne marche, ne joue un r»Me animé dans l’acte hallucinatoire évoqué, que si, par la suggestion. on le tire de sa torpeur. De même les rêves du sommeil spontané deviennent chez quelques-uns actifs, et constituent le somnambulisme naturel. Toutes les manifestations réalisées dans l’état hypnotique peuvent, je le répète, chez le même sujet, être réalisées, les mêmes dans son Sommeil naturel.

Non ! le sommeil hypnotique n’est pas un sommeil pathologique! Non! l’état hypnotique n'est, pas une névrose analogue à lhvstérie. Sans doute on peut créer chez les hypnotisés les manifestations de 1‘ hystérie, on peut développer chez eux une vraie névrose hypnotique qui se répétera à chaque sommeil provoqué. Mais ces manifestations ne sont pas dues à l'hvpnose, elles sont dues à la suggestion de l'opérateur ou quelquefois à l'autosuggestion d'un sujet particulièrement impression-

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nable dont l'imagination frappée par l’idée émotive du magnétisme crée ces désordres fonctionnels, qu’une suggestion calmante pourra toujours réprimer. Les prétendus phénomènes physiques de l’hypnose ne sont que des phénomènes psychiques ; la catalepsie, le transfert, la contracture, etc., sont des effets de suggestion. Constater que la très grande majorité des sujets est suggestible, c’est éliminer l’idée de névrose ! A moins d’admettre que la névrose est universelle, que le mot hystérie est synonyme d’impressionnabilité nerveuse quelconque! Et comme nous avons tous des nerfs et que c’est une propriété des nerfs d’élre impressionnables, nous serions tous des hystériques !

Le sommeil lui-mème est l’effet d’une suggestion. J’ai «lit : nul ne peut être endormi contre sa volonté. M. Ochorowitza vivement combattu celte proposition. Il n’a peut-être pas suffisamment saisi ma pensée. Il est certain que tout sujet qui ne veut pas être hypnotisé et qui sait qu'il ne peut pas l’être, s’il ne le veut pas, résiste avec succès à toutes les tentatives. 11 est vrai aussi que certains sujets ne peuvent pas résister parce que leur volonté est affaiblie par la peur ou par 1 idée d’une force supérieure qui les influence malgré eux. Nul ne peut être hypnotise s'il ri a l'idée qu'il va l'être. Ainsi conçue, ma proposition est inattaquable. C’est l’idée qui fait l’hypnose; c’est une influence psy-

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chique et non une influence physique ou tluidique qui détermine cet état. Chose singulière, ce sont des psychologues comme M. Janet et M. Ilinet qui ont méconnu la nature purement psychique de ces manifestations! M. Delbœuf ne s y est pas trompé.

La suggestibilité existe à l’étal de veille, mais elle est alors neutralisée ou refrénée par les facultés de raison, par l'attention, le jugement. Dans le sommeil spontané ou provoqué, ces facultés sont engourdies, affaiblies; l’imagination règne en maîtresse; les impressions qui arrivent au sensorium sont acceptées sans contrôle et transformées par le cerveau en actes, sensations, mouvements, images. La modalité psychique ainsi modifiée, l’état de conscience nouveau qui se constitue rend le cerveau plus docile, plus malléable, plus suggestible, d’une part, plus apte, d’autre part, à réagir sur les fonctions et les organes par voie d’inhibition ou de dynamogénio; c’est celte aptitude exaltée parla suggestion que nous utilisons de la façon la plus efficace dans un but thérapeutique.

Telles sont les idées principales que le lecteur trouvera développées dans ce livre.

Je n’y parle ni de la suggestion mentale, ni de la transmission de la pensée à distance, ni des hallucinations pressentiments. Les phénomènes que la société des recherches psychologiques de

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Londres étudie avec beaucoup de zèle et de méthode sont d’un autre ordre; et je n’ai pas d’observation personnelle assez concluante pour m’autoriser à formuler une opinion. Dans ce livre, comme dans un nouveau qui va paraître, Hypnotisme, Suggestion et Psychothérapie , et qui sert de complémenl à celui-ci, je n’étudie que la suggestion verbale el son application à la thérapeutique.

C’est l’école de Nancy qui, plaçant l'étude de l’hypnotisme sur sa véritable base, la suggestion, a créé celte application, la plus utile, la plus féconde, celle qui est la raison d’être de ce livre. C'est Al. Liébeault qui en est le premier initiateur; personne ne saurait lui enlever ce titre d’honneur. Nous lavons le premier suivi dans cette voie; la première édition de ce livre a été une vraie révélation, je n’hésite pas à le dire, pour beaucoup de médecins qui ont bien voulu expérimenter à leur tour.

L’évidence des faits finira par s'imposer aux plus récalcitrants et la thérapeutique suggestive, acceptée et pratiquée par tous, sera une des plus belles conquêtes de la médecine contemporaine.

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