‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 129 sur 280 · CONSCIENCE DES SOUVENIKS LATENTS · texte numérisé non relu

CONSCIENCE DES SOUVENIKS LATENTS

Je me résume dans les conclusions suivantes :

1° Les impressions produites par le sommeil artificiel ou provoqué sont toujours conscientes au moment où elles sont produites :

2° La conscience de ces impressions, éteinte au réveil du sommeil provoqué, peut toujours être évoquée par simple affirmation :

3° Les souvenirs latents de l’état hypnotique peuvent se réveiller spontanément dans certains états de concentration psychique;

4° L’idée des suggestions à réaliser à longue échéance ne reste pas inconsciente jusqu’au jour de l’échéance ; la conscience de l’idée déposée dans le cerveau pendant l’état hypnotique peut se réveiller par moments, comme les autres souvenirs latents, dans ces mêmes états de concentration psychique.

Mon collègue. M. Beaunis, n’accepte pas cette théorie1. « Si la suggestion, dit-il, au lieu de rester latente jusqu’au jour de l’échéance, est remémorée spontanément dans l’intervalle, la difficulté reste la même : mon explication la fractionne, mais ne la résout pas. »

Fractionner une difficulté, c’est la résoudre en partie, la fractionner suffisamment, c'est la résoudre totalement. J’ai dit que les somnambules susceptibles de suggestions à longue échéance sont tous éminemment suggestibles, même à l’état île veille; ils passent avec une extrême facilité d’un état de conscience à l’autre : ils sont, je le répète, spontanément somnambules et sans artifice de préparation. Absorbés en eux-mêines, concentrés, ils sont dans l’état de conscience où ils

1 Bf.ai'nis. Le somnambulisme provoqué , 2* édition. Paris, 1887, p. 241.

OBJECTIONS DE M. BEA UNIS se rappellent la suggestion qui leur a été imposée. Parlez-leur, vous appelez leur activité cérébrale au dehors, vous produisez un autre état de conscience où ils ne se souviennent plus, où ils ne savent pas qu’ils se sont souvenus.

Ainsi la suggestion à accomplir peut être présente à leur esprit une grande partie de la journée; seulement le sujet ne le sait plus quand nous lui parlons.

Si cette conception est exacte, la suggestion à longue échéance n’est pas plus difficile à interpréter que la suggestion qui doit se réaliser immédiatement après le réveil.

M. Beaunis n’accepte pas mon explication du réveil à l’heure voulue. « Si le dormeur, dit-il, pensait toute la nuit sciemment et consciemment à se réveiller à telle heure, il en conserverait quelque souvenir, on se rappelle un rêve qui n'a cependant fait que traverser le cerveau, et on ne se rappellerait pas une idée sur laquelle l’attention a été immobilisée. « Mais c’est là précisément ce qui constitue l’essence du sommeil profond ou somnambulisme : l’amnésie au réveil! Le somnambule peut rester des heures l’esprit concentré sur une même idée, p. ex. sur un problème à résoudre : il ne se rappelle rien au réveil. Sans doute dans les degrés moins profonds du sommeil naturel ou provoqué, on se rappelle ses rêves; certains dormeurs légers peuvent, comme l’hypnotisé des premiers degrés se rappeler que leur esprit a été préoccupé de l’idée de ne pas manquer l’heure. Mais dans ce cas, semblables aux hypnotisés qui ont les souvenirs présents, ils manquent de ce qui fait pour eux le critérium du sommeil, ils croient n’avoir pas dormi.

M. Beaunis voit, dans tous ces faits, des phénomènes

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