‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 130 sur 280 · CONSCIENCE DES SOUVENIRS LATENTS · texte numérisé non relu

CONSCIENCE DES SOUVENIRS LATENTS

de cérébralion inconsciente. J'avoue que je ne conçois celle-ci qu’en tant qu’elle se rapporte aux phénomènes de la vie végétative; le cerveau intervient à notre insu dans l’acte de la circulation, de la respiration, de la nutrition. .Mais la pensée, au moment où elle se produit est toujours un phénomèine de conscience : l'hypnotisé qui vole par suggestion, le fou qui tue, savent qu'ils volent, qu’ils tuent. S'ils ne sont pas responsables, c’est parce que leur conscience morale est faussée par des impulsions irrésistibles, parce que la folie, la suggestion dominent leur être; ils savent qu’ils frappent, mais ne peuvent s’empêcher de frapper. L’état de conscience est modifié, comme il peut l'être aussi par les émotions morales vives, telles que la colère. Le sujet revenu a I étal normal, désuggestionné, décoloré, désaüéné, revenu à son état de conscience habituel, peut avoir tout oublié. Cependant l’acte était conscient bien que son souvenir soit maintenant effacé. Il y a des idées latentes; il n’y a pas d’idées inconscientes.

Un mot encore sur l'amnésie que j’appelle rétroactive. L’amnésie du sommeil provoqué peut s’étendre à la période qui a précédé le sommeil. Il arrive souvent que des sujets réveillés, après l'hypnose, non seulement ont perdu le souvenir de ce qui s'est passé pendant leur sommeil, mais encore ne se rappellent pas que je les ai endormis, ne se rappellent pas que je leur ai parlé, ni même qu ils m ont vu dans la matinée avant leur sommeil. Celte amnésie rétro-active n’est pas toujours un fait d imitation résultant de ce que les sujets l’ont vu se produire chez d’autres. Elle peut exister spontanément sur des personnes qui sont endormies pour la première lois et n’ont jamais vu endormir d’autres personnes.

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Voici, par exemple, une expérience de ce genre, faite en présence de MM. Beaunis, Liébault, et plusieurs confrères étrangers.

Une tuberculeuse vient d’entrer dans mon service. Je la vois pour la première fois. Elle ne m’a jamais vu hypnotiser et ne me connaît pas. Je l’interroge : je la percute, je l’ausculte. Je lui demande si elle a jamais été endormie. Elle répond que non. Je lui dis que le sommeil provoqué lui fera du bien, calmera la toux, lui enlèvera ses points de côté, lui donnera de l’appétit, du sommeil pour la nuit, etc. Elle est intelligente, parfaitement consciente, répond tranquillement et nettement à toutes mes questions.

Cela fait, j'essaie «le l’hypnoliser. Elle paraît d’abord réfractaire, rouvre les yeux, rit, dit qu elle ne peut pas dormir. Je cherche à l'impressionner davantage; je la brusque un peu; elle pleure. Cependant je constate une certaine tendance à la catalepsie, mais qui ne résiste pas au défit d’abaisser le bras. La malade comme beaucoup de sujets, par cela qu’elle m'entend, n’a pas conscience d’être influencée. Mais, comme je le fais quelquefois, je la laisse en lui disant : « Vous allez vous endormir toute seule, du sommeil naturel; dormez jusqu’à ce que je vous réveille. » Je la quitte. Elle reste les veux fermés, dans l'altitude d’une personne endormie. Au bout de dix minutes environ, M. Liébeault, sans rien lui dire, lève ses deux bras; ils restent en catalepsie ; la malade ne sourcille pas. Je m'approche, et sans rien dire, je provoque l’automatisme rotatoire du bras, lequel je n’avais pu produire auparavant; je provoque ensuite l’analgésie, des halllucinations; je lui fais boire du vin fictif. Interrogée si elle dort, elle répond que oui et profondément.

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