JJ I
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excès, ni alcoolique, ni vénérien. Son père, cordonnier, a 60 ans et se porte bien, ainsi que sa mère qui a le même âge; il a deux frères, forts et bien portants; une sœur aussi bien portante, forte, âgée de 2!) ans, mère de trois enfants vigoureux. Il ne connaît aucune I: maladie nerveuse dans sa famille.
Le “21 mars dernier, .M. le docteur Sclimill, professeur I agrégé a la Faculté, étant dans mon service, je dis à l'S... (sans 1 endormir et sans l avoir endormi préalable- I meut) : « Vous voyez ce monsieur, vous l'avez rencontré hier dans la rue, il causait avec plusieurs personnes.
Il Comme vous passiez à côté de lui; il s’est approché de vous, vous a donné des coups de canne et a pris l'argent qui était dans votre poche. Racontez-moi comment cela l'S est passé. » — S... raconte instantanément ; « Hier, a
I trois heures de l’après-midi, je traversais la place de lll Académie. .1 ai vu monsieur causant à haute voix avec I: plusieurs personnes. Tout d’un coup, je ne sais pas pourquoi, monsieur vient à moi. me donne des coups l'ld< canne, met ses mains dans ma poche et me prend limon argent. — Est-ce bien vrai? lui dis-je. C’est moi l'iqui viens de vous le faire dire. — C'est parfaitement jurai. Noyons, vous savez bien que je puis vous magnétiser et vous donner des suggestions. — C’est la vé-
rité; ce n’est pas une suggestion. — Quelle est votre profession? lui dis-je. — Je travaille à l’imprimerie BBerger-Levrault; j ai composé sur la Revue médicale fiel' Est. — Eh bien! savez-vous qui est monsieur? — pou, monsieur; je ne le connais pas. — C’est le docteur pchmilt, le rédacteur en chef de la Revue médicale de l 'Est. Vous n'allez pas soutenir qu’un docteur comme jinonsieur a battu et v°lé un pauvre garçon comme
i ons? C est vrai; je ne sais pas pourquoi ; mais je ne
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peux pas dire le contraire, puisque c’est vrai. — Voyons, vous êtes un honnête garçon, vous avez de la religion. — Oui, monsieur. — On n’accuse pas quelqu’un sans être absolument sûr de son fait. Si le commissaire de police vient vous interroger, que direz-vous? — Je dirai la vérité. Il m’a donné des coups de canne et pris mon argent. — Et vous jureriez? Êtes-vous assez sûr de vous, pour jurer? Faites attention. C'est peut-être une simple idée, une illusion, un rêve. — Je le jurerais devant le Christ. — C’est peut-être quelqu’un qui ressemble à monsieur? — C’est monsieur; je suis absolument sûr. »
Pendant cette conversation, se trouvaient à côté de nous trois enfants :
L’un, Adrien V..., Agé de 14 ans, est tuberculeux et a des craquements humides dans les deux sommets. Depuis cinq ans, il est, dit-il, enrhumé tous les hivers; mais il n’a jamais eu de manifestations nerveuses, il n’a jamais eu d’accès de somnambulisme spontané.
Il est très suggestible et hallucinable à l'état de veille et de sommeil. Il est intelligent, sait lire, écrire, calculer; sa mémoire est remarquable. Enfant doux et honnête, il est depuis longtemps au service, aimé des sœurs et des malades.
Son père, alcoolisé, a abandonné sa mère en septembre dernier. Celle-ci serait bien portante, ainsi que ses frères et sœur ; aucun n’aurait de maladie nerveuse.
Je dis à cet enfant : « Tu as entendu ce jeune homme te raconter cela ce matin? » — Sans hésiter, il répond : « Oui, monsieur. — Qu’est-ce qu’il t’a raconté? — Qu’un monsieur l'avait battu et lui avait volé son argent. — Où cela? lui dis-je. — A l’hôpital. — Mais non, lui dis-je, il ne t’a rien dit, puisqu’il vient de nous dire que c’est place de l’Académie. » — L enfant, sans se
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déconcerter : « Je ne me rappelle plus où cela s'est I passé. Mais il m’a raconté qu'il avait été battu et volé. — Quand est-ce qu'il t’a raconté cela? — Ce matin, à 7 h. cl demie. — Allons, lui dis-je, il ne faut pas me dire des choses qui ne sont pas, » et je fais mine de me i fâcher : « Monsieur ne l’a rien dit; c’est moi qui te le fais dire. Tu es honnête et religieux. Il ne faut pa- inventer des récits par complaisance. — Monsieur, je vous I assure qu il me l’a raconté ce matin. — Si le commis- I saire te le demande, que diras-tu? — Je dirai ce qu’il in a raconte. — I u jureras? — Je le jurerai 1 »
I n second enfant, Joseph 1,..., âgé de quatorze ans,
I est à côté ; c’est un enfant délicat, atteint de paralysie | inlantile, n a\ant pas en d autres troubles nerveux :
II père, mère et une sœur bien portants. Assez intelligent, liil lit et écrit correctement. Il est suggestible a l’état de I veille et de sommeil.
« lu étais la, lui dis-je, quand monsieur a raconté |jquil a été battu et vole? » — Sans hésiter : « Oui, | monsieur. — Quand a-t-il raconté cela? — Ce matin, à | ” d demie. Voyons, il ne faut pas répéter cela 1 comme un perroquet, parce que tu viens de l'entendre lire maintenant. Mais l'as-tu entendu de la bouche de
■monsieur ce matin? — Oui, monsieur, ce matin, a 7 h. et demie. — Tu le jures? — Je le jure! »
| ^ Enlin, dans le lit voisin est un enfant île neuf ans, p ”, convalescent de pleurésie, sans antécédent nerreux, bien constitué; père et mère bien portants, deux
pœurs et un frère bien portants. Cet enfant est aussi |rrès suggestible, toutclois a un degré moindre que les | précédents.
« l u l’as entendu aussi? » lui dis-je. — 11 hésite : « Je p° me ruppelle pas bien. » — J'insiste : « Rappclle-toi
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bien, lui dis-je, il 1 a raconté devant toi, ce matin. Ne le gêne pas! N’aie pas peur. Tu peux le dire, si tu le sais. »
Il se recueille quelques instants, puis affirme : « C’est 1 vrai, je l’ai entendu. — Quand? — Ce matin, à 7 h. et demie.— Quoi? — Qu’un monsieur l’avait battu et lui avait pris sou argent. — Es-tu bien sur que tu l’as entendu ç raconter? Tout à l’heure, tu ne te le rappelais pas. Il ne faut pas le dire, si tu n’es pas sur. Tu viens de l’entendre raconter maintenant; mais tu ne l’as pas entendu ce matin! — Si, monsieur, j’en suis parfaitement sûr. »
Ce lendemain, S... quittait l’hôpital. Avant son départ, je le fais venir dans mon cabinet, et là, seul avec j lui, je lui dis : « Voyons, mon ami, dites-moi la vérité. fl Vous avez hier accusé le docteur Schmitt de vous avoir fl donné des coups de canne et pris votre argent. Avouez fl que Vous avez voulu vous amuser, que cela n'est pas. M Vous avez cru me faire plaisir en ayant l’air de croire | ce que je vous disais. Maintenant que nous sommes seuls, fl dites-moi qu’il n’en est rien. » — Il me répond : « Je*J vous jure que c’est vrai. Je passais place de l’Académie; H il s’est approché de moi avec sa canne, m’a donné des j coups et pris l'argent de ma poche. Je n'avais pas < le 31 porte-monnaie, mais dix sous de monnaie. Je ne les ai plus. — Pourquoi un médecin prendrait-il ses quelques | sous à un pauvre garçon? Cela n’est pas croyable. — Je 1 ne sais pas pourquoi, mais il me les a pris. »
Voici un autre fait :
V... Louis est un homme de trente-sept ans, tuber- j culeux depuis 1872; scs deux sommets sont indurés; l’affection a une évolution subaiguë : aucun antécédent névropathique bien accusé. Tout clinicien, en l’examinant, ne constaterait en lui qu’un vulgaire phtisique assez bien conservé en apparence, eL rien de plus. Il était
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au service depuis plusieurs semaines, quand, un jour, M. le professeur Porel, de Zurich, un éminent collègue qui s’occupe de psychiatrie, me faisant l’honneur de suivre ma clinique pour étudier la question de l’hypnotisme, je voulus, devant lui, expérimenter sur des sujets nouveaux. J’essayai sur V... et je trouvai en lui un excellent somnambule, suggestible à l’état de veille et de sommeil.
Quelque temps après, le 3 avril dernier, mon honoré collègue, M. Victor Parisot, étant avec moi au service, je dis à cet homme sans l’endormir : « Vous connaissez ee monsieur? — Non, monsieur. — Etes-vous sorti hier dimanche? — Oui, monsieur. — Eh bien! rappelez-vous: vous avez rencontré monsieur, et, comme vous l’avez coudoyé en passant trop près de lui, il vous a donné un coup de canne. Vous vous rappelez bien? » — Après quelques instants : « Ah! oui. dit-il, c'était dans la rue Jean-Lamour; je rentrais chez moi. Monsieur m'a donné un coup de canne qui m’a fait très mal. — Êtes-vous bien sur? C’est moi qui vous l’ai fait dire. — C’est parfaitement vrai. C’est bien monsieur. — C’est une suggestion ; je vous l'ai lait rêver. — Mais non, monsieur, c’est bien vrai; j’ai bien senti la douleur ii la jambe et je la sens encore. » — Et il persiste dans son affirmation catégoriquement.
Dans la même salle, en face de lui, est couché un malade, T... Nicolas, âgé de trente-quatre ans, plâtrier, depuis deux ans au service pour une insuffisance mitrale, sans troubles nerveux, très suggestible à l’état de veille et de sommeil. Je l’interpelle à distance : « Estce vrai, lui dis-je, que V... vous a raconté cela hier soir? » — Sans hésiter : « Oui. monsieur, hier soir, en rentrant il m a raconté : * Je viens de recevoir un coup de canne
àUGüESTIOX, 3' ÉDIT.
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d’un monsieur, en passant rue Jean-Lamour. » — « Quel monsieur?» — 11 n’a pas dit qui. Il ne le connaissait pas.
— Je m’approche de son lit et je lui dis : « Voyons, mon ami, il ne faut rien dire dont vous ne soyez sûr! N’affirmez pas par complaisance. Il n’a pas reçu de coup de canne. C’est une suggestion que je lui ai faite.
— Cependant, il me l’a dit hier soir. — A quelle heure?
— A 4 h. et demie, en m'apportant un amfde Pâques. » Et il me montre un œuf de Pâques qui était dans son
tiroir. V... m'affirme en effet lui avoir apporté un œuf; il en avait acheté deux, et il me montre son congénère, de même couleur, dans son tiroir. Coïncidence remarquable! L’hallucination rétroactive provoquée chez T... était associée dans son esprit à un fait réel. Le témoignage était corroboré par ce fait incontestable : l’œuf était là! Et voyez comme en justice ce témoignage acquerrait par là d’importance !
Autre fait :
En novembre dernier, reprenant mon service après les vacances, je passe devant une grosse tille épaisse, assez obtuse d’intelligence, domestique, âgée de vingtdeux ans, Joséphine!’..., affectée de rhumatisme articulaire, nullement névropathe. Elle é.tait couchée à côté de Mmc G..., blanchisseuse, âgée de cinquante-quatre ans, affectée d’ataxie locomotrice, très intelligente et éminemment suggestible. Les élèves me disent, en parlant de la première : Cette tille est bonne somnambule comme la voisine. »
Alors, sans l’endormir, je lui dis à brûle-pourpoint : « Qu’est-ce que vous avez donc eu avec votre voisine hier matin ? Elle vous a jeté ses crosses à la tête et vous a attrapé sur le nez. Vous vous rappelez bien ! » — Elle
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parait d’abord un peu étonnée. Je répète la chose une seconde fois : « Ah ! oui. me dit-elle après quelques instants. C’était après le déjeuner. Nous nous chicanions un peu. Tout d un coup, elle devient colère et m a jeté ses crosses sur le nez. Elle m'a fait très mal. J ai encore une bosse. — Voyons, sotte, lui dis-je, vous l'avez rêvé.
C est moi qui viens d’inventer cette histoire. Non.
monsieur, je n’ai pas révé! Je ne suis pas maboule! Elle m’a jeté ses crosses à la tète. Je t’ai dit «jue je le dirais à M. Bernheim ! — Vous avez rêvé. » — Elle se fâche : « Je sais ce que je dis; je ne suis pas maboule ! Tous les malades l’ont vu et peuvent le dire! » — Et elle invoque successivement le témoignage de toutes ses voisines. C'est un éclat de rire général dans la salle.
Ea voisine G... se tord. Joséphine T... est furieuse, lui fait des menaces, lui montre le poing. La scène se prolonge pendant vingt minutes.
Au bout de ce temps, je dis à la femme G... ; « Pourquoi riez-vous ? » — Elle me montre la voisine : « Mais, dis-je, est-ce que par hasard ce n’est pas vrai? Vous 1 avez déjà oublié ? Happelez-vous ! » — Aussitôt sa phvsionomie devient sérieuse; un souvenir s’y reflcte cl . 1 assombrit : « Tiens, mais c'est vrai! Aussi, pourquoi
• est-elle toujours après moi à m’ennuver? J’avoue que J,ûl euun m°uvement décoléré, je .fai pas été maîtresse ' de mo1' Je lui a‘ Jetô mes crosses à la tète ! — Et vous
.! aVez dit un Sros vilain mot. — Ma foi, cela m'a Y i-ippt . Je lui ai dit g...; je vous demande bien par-
• don. ne faut pas m’en vouloir. Est-ce que tu avais 'besom de le dire à M. Bernheim? - Rassurez- vous, lui
,S J' > tout cela n est pas vrai. C’est une suggestion que je \ ai laite. — Mais non, monsieur, c’est vrai. » — c persiste dans son affirmation, convaincue de
sa
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réalité, si bien que, quand je veux quitter son lit, elle se montre fort inquiète et me dit : « C’est qu’elle est furieuse; je crains quelle ne me batte pour se venger. — Ne craignez rien, lui dis-je, je vais rendormir et effacer en elle le souvenir de ce qui s’est passé. » — C’est ce que je fais, et Mm0 G... est rassurée.
Je pourrais multiplier ces faits; je terminerai par le suivant. Je dis à Charles H..., maçon italien, âgé de vingt ans, au service pour une pleurésie tuberculeuse, garçon un peu lymphatique , mais sans antécédent nerveux, très suggestible d’ailleurs : « Etiezvous hier dans la cour quand deux infirmiers ivres se sont battus? L’un a eu une jambe cassée et on a dû le transporter en chirurgie; l’autre a saigné du nez. » — Il me répond : Je ne sais pas, je n’y étais pas. — Rappelez-vous, lui dis-je. » Vous m’avez raconté la chose ce matin. Vous y étiez hier, à trois heures, dans la cour. » — El je répète l’histoire, en insistant sur les détails. Au bout de deux minutes environ, le souvenir hallucinatoire est éclos dans son cerveau; il a vu; c’étaient les deux infirmiers du service de chirurgie; c’est le plus vieux qui a eu la jambe cassée ; c’est lui qui a commencé. Ils se sont dit des gros mots : cochon, etc. La police est venue, etc.
Je lui demande son nom pour le donner au commissaire de police qui viendra faire une enquête auprès des témoins de la scène. Il dira ce qu’il a vu et prêtera serment.
Toutes ces expériences ont été faites, l'une indépendamment de l'autre, dans des salles différentes : aucun des sujets n’avait assisté à une expérience semblable ; il n’y a pas eu de suggestion par imitation.
J’ajoute que toutes ces insinuations, je les ai faites avec
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douceur, le plus souvent sans chercher à en imposer au sujet, sans trop chercher à provoquer une réponse favorable. Quelques-uns étaient suggestionnés d'emblée; chez d’autres, il fallait quelques instants, deux minutes tout nu plus, pour que l'image du souvenir hallucinatoire fût évoquée. Après leur affirmation, j'insistais pour leur démontrer qu’ils étaient dans l'erreur; j’avais l'air de me fâcher contre eux. Le faux témoignage persistait, parce que les sujets voyaient : l’hallucination rétroactive était créée.
Quelques-uns racontent les faits avec un luxe de détails inouï. l)’un sang-froid imperturbable et d’un air de conviction parfaite, ils inventent «le toutes pièces comme un menteur de profession. Leur imagination leur suggère toutes les circonstances du drame qu'elle évoque. Ils rappellent ces aliénés d’apparence lucide, qui inventent mille calomnies, qui s’ingénient à jeter la discorde partout où ils peuvent, qui affirment avec une bonne foi absolue et un raffinement de détails qui en imposent des histoires sur Pierre et Paul dont rien n’est fondé. Le monde croit à de la méchanceté, à delà perversité morale, là où il n’y a quelquefois que de l’aliénation mentale. Les instincts pervertis par la maladie engendrent dans ces imaginations faciles «les hallucinations rétroactives «pii s'imposent à ces aliénés comme des vérités. Semblables à nos sujets expérimentés. ils ne mentent pas; ils sont induits en erreur par la bdle de leur logis.
On dira ; * Quelle preuve avez-vous de la véracité de vos sujets? N'y mettaient-ils pas de la complaisance? »
. Je réponds : « Je n’ai aucune preuve certaine, mais j'ai multiplié les expériences sur nombre de sujets différents ; ces sujets, depuis quelque temps au service, je les con-
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naissais comme honnêtes. Tout dans leur physionomie, leurs allures, leur intonation de voix, leur manière de raconter, dénotait la conviction et la sincérité.
Le docteur Motet a signalé des faits semblables; il a appelé récemment l’attention de l'Académie de médecine sur les faux témoignages des enfants devant la justice; il cite l’affaire de Tisza-Eslar, qu'il interprète comme je l’ai lait moi-méme; il montre la bonne foi de ces enfants agissant par auto-suggestion. M. Motet n'avait sans doute pas connaissance des faits et expériences que j’avais publiés dans mon livre; car il ne les cite pas. Son opinion a d’autant plus de valeur, comme venant confirmer celle que j'avais émise.
Gomme on l'a vu, ce ne sont pas seulement des enfants (pii peuvent, de bonne foi, et avec sincérité, faire de faux témoignages, ce sont encore des adultes sérieux qui comprennent la valeur de ce qu’ils disent et ne parlent pas légèrement.
Je le répète ; c’est une véritable hallucination rétroactive qui leur dicte le témoignage; l'image de la scène fictive existe dans leur cerveau; ils ont vu, de leurs propres yeux vu, tout ce qui s'appelle me.
Est-il besoin d’insister sur l’importance au point de vue social et juridique des faits expérimentaux que je viens de relater? Les étudier, c’est éclairer la justice, c’est prémunir la société contre les erreur judiciaires graves pouvant résulter de leur ignorance. Car il suffit que l’attention soit éveillée sur ces phénomènes de suggestion pour que la vérité soit, le plus souvent, facile à dégager.
Voici, pour rassurer les consciences que mes révélations pourraient troubler, quelques indications pouvant servir à établir le diagnostic différentiel entre le témoi-
diagnostic ne témoignage faussé
gnage vrai et le témoignage faussé par la suggestion :
1° Il m’a paru que les témoins ou accusateurs faussés, comme il vient d’ètre dit, ne se comportent pas absolument comme les témoins ou accusateurs vrais. Le souvenir de l'événement suggéré ne me semble pas persister avec la même intensité; l’impression n'est pas aussi continue : le souvenir redevient latent ou obscur, tant qu’on ne l’évoque pas. Voici un jeune homme qui, suggestionné par moi. accuse une personne de l'avoir volé. Il affirme avec vigueur, avec conviction quand je l'interroge. Mais ce jeune homme, dans la journée, vient à rencontrer son pseudo-voleur : il ne lui viendra pas dans l'idée de l’accuser, de lui reprocher son vol. de le dénoncer à la justice (à moins que la suggestion spéciale dans ce but ne lui ait été faite . On dirait que l'hallucination rétroactive créée est latente à l’état normal, et ne se réveille que lorsque je l'évoque par interrogation. Celle-ci constitue une véritable suggestion qui provoque l’hallucination en développant l’état de conscience spécial dans lequel le sujet la perçoit.
2° Le magistrat devra interroger le témoin sans peser sur lui, sans chercher à le mettre sur la voie, sans lui faire pressentir son opinion, sans y mettre du sien. On a fulminé contre les abus de l’hypnotisme; on s'est récrié, avec raison, contre l’idée île recourir à la suggestion hypnotique contre les accusés, dans le but d’obtenir des aveux. Mais le magistrat sait-il qu’il est exposé, avec une effrayante facilité chez certains sujets, à faire de la suggestion à son insu et à leur insu?
3" Les témoins peuvent se suggestionner réciproquement. Si l’un d'eux affirme avec force et conviction et raconte les faits à sa manière en présence des autres, quelques-uns. parmi ceux-ci. sont influencés, acceptent