DIAGNOSTIC DU TÉMOIGNAGE FAUSSÉ
son dire et se font une image de l’événement, à l’instar de celle qui vient de leur être présentée. Aussi chaque témoin devra-t-il d’abord être interrogé isolément et faut-il s'assurer que, dans leurs conversations antérieures, aucune suggestion réciproque préalable n’a eu lieu. L’accord de plusieurs témoins sur les circonstances du fait n’est pas toujours un argument en faveur de la réalité du fait, même lorsque les témoins sont connus comme étant de bonne foi. Il peut y avoir un suggestionneur et des suggestionnés. Rien n’est plus faux que le dicton : Voa populi, vox Dei.
4° Le magistrat éclairé peut mesurer la suggestibilité du témoin suspect par un interrogatoire habilement dirigé dans son but. Il aura l’air d’accepter son dire, insistera sur les incidents, y ajoutera du sien, suggérant des détails qui trahiront la suggestibilité du témoin, s’il les confirme.
11 lui dira, par exemple: « Vous avez raconté que quand X... vous a pris votre argent, il a laissé tomber une pièce et l’a ramassée. Vous vous rappelez ce détail? » Si l'accusateur tombe dans le piège et confirme, la question est par cela même jugée.
5° L’examen médical du sujet par un médecin bien au courant de la question permettra, je crois, dans la majorité des cas, d'établir qu’on a affaire à un suggestible. En effet, tous ceux chez lesquels j’ai réussi ces expériences sont hypnotisables (par notre procédé), suggestibles à l’état de sommeil et de veille; chez la plupart on peut produire de la catalepsie par simple affirmation, chez quelques-uns des hallucinations.
Tels sont les faits que j’ai l’honneur de soumettre à l’appréciation de mes confrères; je les ai étudiés sans
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parti pris, sans dépasser la limite de l’observation stricte et rigoureuse.
L'étude de la suggestion ouvre des horizons nouveaux à la médecine, à la psychologie, à la sociologie. La pauvre imagination humaine est ouverte à toutes les impressions bonnes ou mauvaises, salutaires ou pernicieuses! Tous les criminels ne sont pas des coupables; toutes les contre-vérités ne sont pas des mensonges; il y a des mystificateurs et des mystifiés sans le savoir; il y a des gens qui se dupent eux-mêmes ; il en est beaucoup, de par le monde, pour me servir d’une locution familière, qui croient que c'eut arrivé.
Les esprits scientifiques n’accepteront mes révélations qu’après les avoir vérifiées. Mais ceux qui. de parti pris, refusent systématiquement d’examiner les faits, parce que ces faits 11e concordent pas avec leurs idées à priori ceux qui jugent sans avoir vu, ni voulu voir, ceux qui ont assez de confiance en eux-mêmes pour croire que les conceptions de leur esprit s’identifient avec la vérité et que les faits doivent s'incliner devant elles, ceux-là aussi croient que c'est arrivé.
Us n'onl pas médité cette parole de Claude Bernard :
« Les hommes qui ont une foi excessive dans leurs théories ou dans leurs idées sont non seulement mal disposés pour faire des découvertes, mais ils font aussi de très mauvaises observations... Il faut accepter les résultats de l'expérience, tels qu'ils se présentent, avec leur imprévu et leurs accidents. »
J'ai cherché à établir que l'hypnotisme ne crée pas en réalité un état nouveau : rien ne se passe dans le sommeil provoqué qui ne puisse se produire, à un degré rudimentaire chez beaucoup, à un degré presque égal