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INAPTITUDE AU TRAVAIL PSYCHIQUE

ce soir trois heures de suite. Il n'a plus sur après une assez longue promenade, comme cela lui arrive d ordinaire.

Le S, quatrième séance; va bien : se sent plus fort sur ses jambes.

Le 0. cinquième séance. Continue à aller bien ; la tète est très calme;»/ dort très bien ; nu )>lus <lc tremblement : a fait hier G kilomètres à pied, marchant très vite, sans sueur.

G... revient le 12. Il a été très bien jusque hier soir, à cinq heures.

Ace moment, après une heure de travail, il a ressenti une lourdeur de tète avec douleur un peu vive du côté droit du front, qui a 'duré pendant une demi-heure et a disparu par le repos. Il aurait pu continuer d’ailleurs ; sa tète étaitlucide; il n'a plus eu ni tremblement ni sueur. 11 était étonné hier de la facilité avec laquelle il a pu faire une version grecque ; il l’a laite en deux heures, tandis qu'auparavant il y consacrait quatre à cinq heures et n’arrivait pas au résultat. — Sixième suggestion.

G... vient me voir pour la dernière fois le 14. 11 n'a plus aucune douleur et continue a travailler plus facilement. Je ne l'ai pas revu depuis.

Observation XLI1I. — Vertiges , défaillance, dépression d origine psychique réprimés rapidement par la suggestion.

IL.., Agé de trente-quatre ans, commerçant, fort et bien constitué, a, depuis son enfance probablement, un souffle d’insuffisance aortique, et un pouls assez bondissant. 11 n'a jamais eu de rhumatisme articulaire. Malgré le souffle que j’avais constaté sur lui il va une douzaine d’années, X... s'est toujours bien porté, n'a ni oppression, ni battements de co-ur. Cet organe n’est pas hypertrophié. 11 s'agit d'une i n- u 1 1 isance légère parfaitement compensée et parfaitement compatible avec un fonctionnement normal du co:ur.

En 1880, il contracta une syphilis, eut des accidents secondaires des syphilides et continua depuis à prendre presque en permanence de l'iodure de potassium.

En octobre 1880, il eut un fort saignement de nez. Son médecin, attribuant sans doute ce saignement à l'insuffisance aortique et redoutant .les manifestations de con-

ORSEHYATION

gestion cérébrale, le soumit à une diète complète, avec purgatifs pendant trois jours.

Il tomba, dit-il, dans une faiblesse extrême. Quinze jours après, il fut pris de vertiges continus, avec obnubilation; il chancelait, dit-il, en marchant. De plus, de temps en temps, comme un coup de foudre, une faiblesse le prenait, les jambes lui manquaient, il pensait défaillir. Il n’a cependant jamais eu de syncopes. Depuisce moment, II... est déprimé, inquiet, obsédé d’idées tristes ; sa mémoire s’affaiblit. Il sentscs battements de cœur, il se croit atteint d’une affection grave du cœur.

Il vient me consulter en décembre 188G, un mois après l'invasion de ces troubles.

A l’inspection, je ne constate rien d’anormal, si ce n’est le souffle diastolique aortique signalé. La motilité et la sensibilité sont normales. Le sommeil est bon.

Je me demande si ces troubles cérébraux, vertiges, titubation, affaiblissement de la mémoire ne se rattachent pas à une syphilis cérébrale et, dans le doute, je prescris un traitement par les frictions mercurielles.

Ap rès trois frictions d’onguent napolitain à 4 grammes chacune, aucune amélioration n’est survenue; le malade est toujours inquiet et nourrit l’idée d’une affection cardiaque, son médecin lui ayant dit que les symptômes qu’il éprouvait dans la tête venaient du cœur. Je me demande alors si ces troubles ne sont pas d’origine psychique ou au moins aggravés par l'état psychique. II... est impressionnable ; il écoute son cœur, sachant qu’il y a un souffle; il sent quelquefois les artères de la tète battre avec plus de force ; on lui a dit que l’épistaxis était une congestion liée au cœur ; il a craint de la congestion cérébrale. Un vertige peut-être anémique ayant ' succédé à l’épistaxis, son imagination a entretenu le vertige, a suggéré de la faiblesse avec titubation dans les jambes, de l'obnubilation, des idées noires, etc. J’exprime cette idée à M. II..., et je lui propose de Yliijpnotiser.

11 arrive facilement au troisième degré et, bien qu’il prétende ne pas dormir, il ne peut modifier l'attitude imprimée à ses membres. Je suggère la disparition de tous les troubles.

Dès la première séance, amélioration sensible ; après quatre ou cinq séances, au bout de quatre a cinq jours, 11... se sen-

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lait très bien; plus de vertiges ; plus d: titubation; les conceptions sont redevenues nettes, la tète est lucide.

l’n mois plus tard, en janvier 1887, 11..., revient me voir, lia de nouveau du vertige, une sensation de malaise précordial, la tète obnubilée depuis quelques jours. J’appris qu’ayant rencontré son médecin, il avait eu la malencontreuse idée de lui raconter que je l’avais guéri par suggestion. Son médecin lui répondit: >■ Oui, mais ces troubles reviendront forcément parce qu'ils tiennent à votre maladie de cœur. » Là-dessus son imagination est frappée et les troubles se reconstituent.

.b* l liypnolise de nouveau et lui suggère vigoureusement que son cœur fonctionne bien, que les troubles qu il a sont purement nerveux, et dus à son attention concentrée sur son cœur. La preuve, c'est que tout va disparaître par suggestion.

Au réveil, il se trouve de nouveau bien, et, après deux séances, il est complètement débarrassé.

Il n'a plus rien ressenti jusqu'en juillet 1887. Alors probablement, ;i la suite de préoccupations d’affaires, les vertiges le reprennent, avec craintes et sensation de malaise au cœur; le travail lui redevient pénible. Dans le cours de juillet, je l 'hypnotise deux ou trois fois à des intervalles de cinq ou six jours avec résultat passager, mais non durable. Alors je 1 invite à venir huit jours de suite, et «lès la première séance, la guérison se maintient. II... a repris sa gaieté et sa confiance ; il n'accuse plus de vertige, sa tète est lucide.

Je l’engage à venir tous les mois se faire remonter son système nerveux. Il vient tous les deux ou trois mois, au moindre trouble, et continue à bien se porter octobre I H'.miJ.

Ons k h v atio.n XL IV. — Inappétence ; indocilité, paressi chez un enfant. Amélioration physique et morale rapide pur la suggestion.

Henri II..., âgé île dix ans. est amené par sa mère que je traite par suggestion, le 2<» décembre 1887. Cet enfant, bien constitué, un peu lymphatique, souffrant souvent de la gorge par suite d’hypertrophie des amygdales, a de plus de Y inappétence. Depuis qu'il est au monde, il ne mange presque pas

OllSLII VATKl.N

de viande. Il y a deux ans, dans un séjour qu’il a fait on Alsace pendant deux mois, l’appétit était bon, il mangeait de la viande; mais depuis son retour la répugnance, s’est manifestée de nouveau. En outre, l’enfant est souvent colère, méchant ; quand sa mère essaye de le corriger, il la bat, jette tout ce qui est à sa portée. Toujours do mauvaise humeur, indocile, il ne va à l’école que trois ou quatre fois par semaine; ilaen moyenne 30 absences par mois. Sa mère me l’amène pour que je le corrige par suggestion.

Dèsla première séance, l'enfant est facilement, comme sa mère, mis en sommeil profond : une amélioration physique et morale s’établit. Il vient une ou deux fois parsemaine seulement. Le 20 janvier 1887, j’ai noté, après six séances: « L’enfant a bien meilleure mine : il mange de la viande sans répugnance, est 1res docile, va régulièrement à l’école, travaille bien, a fait des progrès. »

Je ne le revois que le 10 février. Il continue à aller bien, mange bien avec appétit, va avec plaisir à l'école, n’a plus manqué déclassé. Il a gagné dix places depuisle traitement, étant avant cela le dernier de sa classe.

L’enfant revient le 17 février, le 2o, le 3 mars; l'amélioration si remarquable se confirme, il ne se plaint plus de sa gorge, bien que les amygdales restent grosses; il n'a plus eu de colère depuis la suggestion.

Le 23 mars, sa mère me dit qu’il continueà bien manger; il n’a pas manqué d’école; en rentrant de classe, il ne s’amuse plus avant d’avoir fait ses devoirs. Cependant, depuis une huitaine de jours, il est énervé, de mauvaise humeur, pleure aussitôt que son frère lui dit quelque chose. — Suggestion. A son réveil, il se trouve gai et dispos.

Le 21 avril, l’enfant revient. 11 mange bien et travaille bien, mais a encore, depuis un mois environ, quelques accès de colère, tous les huit ou quinze jours une fois ; ces accès sont bien moins forts qu’auparavant et s’arrêtent tout de suite. Il y a huit jours, rentré de l’école, le déjeuner n’étant pas près, et son père n’étant pas rentré, il n’a pas voulu attendre et a dit des sottises à sa mère. — Suggestion.

3 mai. — L’enfant a été docile depuis la dernière séance, mais ce matin, sa mère ayant voulu le débarbouiller, il s’est mis en colère, pleurant et trépignant des pieds. — Suggestion.

INDOCILITE CHEZ ll.\ ENFANT

Je le revois le 23 juin; il n'a plus eu de colère, est fort gentil, travaille bien. Sa mère trouve que depuis quinze jours il s’exalte facilement, pleure, crie et chante sans motifs. — Suggestion .

Je vais revoir l’enfant le 21 août pour savoir ce qu'il est devenu. Sa mère me dit que cette exaltation était calmée depuis la dernière séance; que l'enfant n’a cessé d’être sage et docile depuis lors; elle trouve qu’il est tout à fait changé.

Ce fait d’amélioration morale rapide, de transformation de caractère obtenu par la suggestion montre que l’application île l’hypnotisme à la pédagogie n'est pas une illusion. Avons-nous attenté à la liberté de cet enfant parce que nous avons réprimé ses mauvais instincts?

Observation XLV. — Pseudo-paraplégie inbrrnitlenle pur

tremblement convulsif des membres inferieurs dutunt île prés

de ijuutre ans. — Guérison pussogè) pur un srulc suggestion.

Le IG mai I887,je reçus de Paris la lettre suivante : •< Je viens faire appel à votre grande expérience pour m'aider à sortir ma chère femme d’une situation de santé absolument extraordinaire que je vais me permettre d’esquisser à grands traits.

« J’ai soumis le cas aux D* * Charcot, Jaccoud, Lancereaux, Tarnier et bien d’autres; je me suis trouvé chaque fois en présence d un étonnement profond et «le méditations plus ou moins compliquées qui, aucune, n’a donné le moindre résultat. 11 s'agit de ma jeune femme, de vingt-six ans, jouissant jusqu à vingt-deux ans delà santé la plus florissante, ayant eu deux couches excellentes Dans la période de 1881 à 1884, Mme S... a été beaucoup affectée par plusieurs douloureux événements : la mort de sa mère, puis celle de notre tille et une maladie terrible de son père que sans ses soins nous aurions perdu.

« Entin une fausse couche horriblement pénible (il v a près de quatre an<) s'est produite, à la suite de laquelle, au moment de se relever, il a été constaté qu'elle était atteinte d une paraplégie réflexe des membres inferieurs.

* Cette affection est d’une bizarrerie qui l'a fait classer dans 1 ordre des névroses. Elle parait sans raison apparente

OBSERVATION

pendant plusieurs semaines, disparail de même pendant deux ou trois mois, laissant au départ une femme vaillante comme autrefois, et la resaisissant du jour au lendemain, lui occasionnant une faiblesse extrême, provoquant des bâillements suivis de syncopes, ébranlant en un mot tout son système nerveux.

« Après avoir essayé ensemble ou séparément l’électricité, la valériane, l'hydrothérapie, la métallothérapie, laquinine, j’en suis arrivé à laisser agir la nature qui opère au moins aussi énergiquement et efficacement que tous les remèdes employés jusqu’ici. »

Je vois la jeune femme à Paris, le 20 mai 1887, jour de la Pentecôte. Elle avait sa paralysie depuis o à 6 semaines de nouveau. Mme S..., d’une bonne constitution, obèse pour son âge, d'un tempérament mixte, n’a jamais eu, avant cette affection d’antécédents nerveux ; jamais de crise; sa menstruation, régulière n’a pas d'influence sur sa paralysie. Son oncle, qui est son médecin, m'a confirmé ces données. Son imagination ne parait pas s'exalter. « Je me demande quelquefois, me dit-elle, si ma paralysie n’est pas un effet de l’imagination, puisque il y a des époques où je marche bien. Alors je fais des efforts, j’essaie et je suis bien obligé de constater que malgré toute ma bonne volonté, je ne peux pas. »

Mmo S... n’a aucun trouble de sensibilité ; pas de douleurs abdominales, pas de névralgie. Elle accuse toutefois des battements de cœur, une sensation de faiblesse et de vide dans la tète qu'elle ne peut définir.

Je constate que la malade étant couchée exécute tous les mouvements; flexion et extension des cuisses, des jambes, des orteils, mais quand elle soulève ses jambes ou l’une d'elles, le membre est pris d'un tremblement irrégulier à petites oscillations. Si elle essaie de se mettre debout, ses jambes sont prises aussitôt de tremblement à grandes oscillations, les cuisses fléchissent sur les jambes, le tronc sur les cuisses et la malade tombe au bout de quelques secondes. Elle ne peut ni se tenir debout, ni faire un seul pas. 11 ne s’agit pas d'une paralysie réelle, mais d'un tremblement désordonné qui l’empêche de se soutenir, provoqué par le moindre effort. Les jambes d’ailleurs sont souples; il n'y a pas d’exagération des réflexes tendineux ; aucun trouble de sensibilité.

l'SEUDO-PARAl'LEGIE NERVEUSE

[.es mains, soutenues horizontalement, présentent aussi un tremblement léger et continu. La malade peut serrer mes deux mains dans les siennes, mais avec très peu de force.

[.es autres fonctions sont normales.

Après avoir dit au mari que j'allais essayer la suggestion, mais que je doutais de la réussite en une seule séance, j'aflirme à la jeune femme que son all'ection est purement nerveuse et que je vais la guérir par la suggestion. Je l'hypnotise en mettant les doigts devant ses yeux et affirmant le sommeil, elle ferme les yeux en deux secondes; je lui dis de les maintenir lermés. Voyant sa respiration devenir haletante et anxieuse, je la calme en lui disant : « Vous allez être très bien, très calme, bien h votre aise; votre respiration est parfaite comme dans le sommeil naturel, etc. » L’émotion disparait sous l'effet de cette suggestion calmante et la respiration redevient régulière. J'affirme la guérison, je lui soulève les liras en lui disant : ■ Voyons, vos mains ne tremblent plus; la force est revenue; vous allez serrer très fort. » Je constate en effet que le tremblement disparait. Je soulève ensuite les jambes, j’affirme la disparition de tout tremblement; « la malade pourra se lever, se tenir debout, marcher, solide et sans peur, etc. ». Je continue cette suggestion énergique pendant un quart d'heure, en frictionnant et manipulant les membres. Je constate que la malade est au commencement du second degré de sommeil; les avant-bras seuls restent en catalepsie, les bras tout entiers retombent.

Quand je réveille Mmc S.... elle se demande si elle a dormi, puisqu'elle a tout entendu et qu'elle m’a même parlé. Je lui dis : « Que vous ayez dormi ou non, vous êtes guérie. Donnez-moi votre main. Serrez la mienne avec force. Vous voyez que vous ne tremblez plus. » Elle serre en effet avec beaucoup plus de force et sans trembler. Je lui dis ensuite : « Maintenant levez-vous et marchez. N'ayez pas peur. Vous pouvez. » Elle hésite, puis se lève, et, à son grand étonnement, se tient debout. Puis elle marche, tout interloquée, se demandant si c'était bien elle, d’un pas régulier et solide; elle fait plusieurs fois le tour de sa chambre.

Je la vois le lendemain et le surlendemain. Le résultat s’est maintenu; la première nuit, la malade n’a pas dorini, agitée par l’émotion de la guérison. Je lui suggère le calme

OBSERVATION

et le sommeil : la seconde nuit, elle dort très bien. Dès la seconde séance, Mmo S... entre au troisième degré : catalepsie Iranche irrésistible et mouvements automatiques.

J’ai revu M">° S... à Nancy, en juillet; elle y a passé trois jours, je 1 ai hypnotisée, chaque lois, en troisième degré, trois fois encore. La guérison s’est maintenue dès la première séance: elle fait plusieurs kilomètres à pied ; ses jambes sont devenues plus fortes. Les autres troubles nerveux, battements de cœur, vertiges, etc., se sont dissipés aussi.

J'apprends que, après plusieurs mois, la malade a eu des rechutes qui eussent certainement cédé à la suggsstion.

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