‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 236 sur 280 · METHODE HE M. \\ OLE K · texte numérisé non relu

METHODE HE M. \\ OLE K

jours. Un traitement qui, en quatre ou cinq séances n'a pas produit une amélioration, doit suivant lui, être abandonné. »

On peut se demander si la suggestion n'a pas sa part à revendiquer dans les guérisons obtenues. Les malades viennent chez un spécialiste réputé pour guérir le mal dont ils sont affectés; le spécialiste affirme sa guérison; la manipulation pratiquée pendant une demi-heure, le massage, les frictions, les mouvements passifs imprimés 3 ou 400 fois par jour, tout cela concentre l'attention sur l’idée curative, tout cela incite le cerveau à faire l’acte d’inhibition nécessaire à la cessation du spasme.

Quand on voit d’autre part d ignorants rebouteurs, de grossiers masseurs, réussir à guérir rapidement certaines entorses, certaines douleurs par des pratiques quin’ontrien déraisonné, quelquefois rien de rationnel, n’est-ce pas aussi, dans une certaine mesure, le patient lui-même qui, par autosuggestion, réalise ou facilite sa guérison ?

Observation. LVI. — Tétanie des membres supérieurs. — Accès de somnambulisme avec cauchemars nocturnes. — Guérison de la tétanie en deux séances, du somnambulisme en une séance.

A... (Paul), vingt ans, cordonnier, vient à la consultation le 28 janvier 1886 pour une tétanie des membres supérieurs. Comme antécédents morbides, sa mère dit qu’il a eu dans sa première enfance, de deux mois et demi à dix-sept mois, très souvent, plus de deux cents fois, des convulsions. Il a depuis son enfance uu pied-bot varus équin double. De complexion délicate, lymphatique, il n'a cependant pas fait de maladies graves. Depuis quatre ans, tous les hivers, six à dix fois pendant l'hiver, il est pris de crampes dans les mains qui durent chaque fois de deux à huit jours. Une seule fois les jambes ont été affectées en même temps.

OBSERVATION

Actuellement, il accuse depuis hier, à quatre heures du soir, une crampe dans les mains et une douleur s’irradiant de 1 épaule dans les doigts. Les trois derniers doigts des deux mains sont fléchis. On peut les étendre pénibement, mais la flexion se reproduit immédiatement. L’index et le pouce restent étendus. Les autres mouvements s'exécutent bien. Il peut plier les coudes, porteries bras sur la tête. Le bras et l’avant-bras sont douloureux à la pression, surtout au niveau des biceps. Lorsqu’on presse ce muscle, on produit la flexion de l’avant-bras.

Je le mets en somnambulisme par une suggestion douce et prolongée et je suggère la disparition des douleurs et de la contracture, en imprimant pendant la suggestion des mouvements aux articulations des doigts. Ces mouvements continuent à être douloureux pendant l’hypnose, ell’extension des doigts ne persiste pas.

Au réveil, après vingt minutes, la crampe cl les douleurs avaient notablement diminué , mais non disparu.

Quatre heures plus tard, la crampe disparut dans les membres supérieurs, mais était remplacée par une crampe dans la jambe droite et le cou-de-pied qui persista trois heures, jusqu’à dix heures du soir. Depuis, il ne ressentit plus rien jusqu’au 8 février au soir, à quatre heures.

Alors il fut pris sans cause de douleurs dans le cou et les épaules. Le 10, à quatre heures du soir, flexion des deux mains qui persiste depuis; on a été obligé de lui donner à manger; il a bien dormi cependant la nuit.

Le 1 1 février, sa mère le ramène à la consultation ; les doigts sont infléchis dans la paume de la main ; on arrive à les étendre, mais l’extension complète est très douloureuse, et la flexion se reproduit instantanément. Douleur sans raideur dans le cou et les épaules.

Sa mère nous raconte de plus que, depuis quatre ou cinq ans, il rêve haut la nuit, a des cauchemars, se lève, vient près de son lit en pleurant.

Je Yhypnolise , il vient en sommeil assez profond, mais avec conservation du souvenir au réveil. Je suggère la disparition de la douleur et de la raideur. Pendant l’hypnose, la contracture disparait; il étend les doigts spontanément et exécute tous les mouvements. A son réveil, la décontracture

TÉTANIE àOô

se maintient; il n’accuse plus qu’une douleur au côté droit de la nuque.

Je l'endors une second e fois ; il tombe en sommeil profond, avec amnésie au réveil. Je suggère la disparition de la douleur, en même temps j’aflirme qu'il dormira tranquille dans son lit, n’avant plus de mauvais rêves, ne songeant plus a se relever, ne songeant qu'à se chauffer dans son lit. — Au réveil, la douleur a disparu.

Le I \ février, sa mère vient apporter de ses nouvelles. I.es membres supérieurs vont très bien; la crampe n est pas revenue. Uc plus, pendant quatre nuits, il a dormi tranquillement, tandis qu’auparavant il n était jamais resté deux nuits sans causer en rêve.

Il revient à la consultation le 23 mars; ce matin, a trois heures, il a été repris de la crampe dans les pieds et les mains. Il n’en avait plus eu depuis >ix semaines; sa mère dit qu aucun hiver il n’est resté aussi longtemps sans en avoir. Depuis ce temps-là aussi, il a rêvé deux ou trois fois la nuit en causant à haute voix, mais ne s est plus relevé.

Les trois derniers doigts des deux mains sont infléchis; on arrive à les étendre, mais la flexion se reproduit; les deux autres doigts sont en extension; le malade ne peut pas spontanément ouvrir les mains. De plus, il marche en fauchant, il accuse une douleur vive dans les gastroenemiens.

Hypnotisation : sommeil profond pendant jires d un d miheure avec mouvements, imprimés aux doigts, de flexion cl d’extension. Au réveil, il ouvre et ferme les mains ; mais les doigts ont encore une tendanre à s incurver en flexion ; les mouvements d adduction et 1 abduction du pouce sont toujours difficiles. Il marche mieux, mais se plaint encore de la douleur dans les mollets.

Après une nouvelle hypnotisation faite immédiatement après la première (sommeil moins profond), les douleurs dans le mollet ont disparu.

Le malade n’est pas revenu.

Observation LY1I. — Accès de somnambulisme nocturne.

Guérison passagère par la suggestion hypnotique.

IL.., garçon épicier, âgé de quinze ans, vient à la consultation en novembre 1883, envoyé par son patron. Depuis

Sl'Cr.FSTION, 3" édit. 29

0USEUVAT1ON

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(rois mois qu’il est à Nancy, il a des accès de somnambulisme spontané toutes les nuits, sans exception. 11 se lève, va et vient, souvent renverse ou brise des objets, et on a toutes les peines du monde à le faire rentrer dans son lit. Le matin, il ne se souvient plus de rien. Avant d’être à Nancy, il avait des accès semblables, mais moins fréquents qu’ici, environ deux ou trois fois par semaine, croit-il.

Je l 'endors séance tenante; il tombe en sommeil profond. Je lui suggère qu’il restera tranquille dans son lit, qu’il ne pensera plus durant son sommeil qu’à se chauffer en restant couché. Je lui suggère de venir se montrer au bout de quatre jours. Il revient en c (Te t annoncer qu'il est guéri; qu’il ne s'est plus relevé de quatre nuits.

La guérison s’est maintenue trois semaines, au dire du malade, qui vient quelques mois plus tard se faire hypnotiser par M. Liébeault. Après quatre séances nouvelles, du 10 au 31 février 1880, le somnambulisme avait cessé. Le malade discontinua le traitement par insouciance. Les accès reparurent au bout d’un certain temps. Je ne doute pas que la suggestion continuée n’amène leur disparition totale.

Observation LVI1I. — Incontinence nocturne d'urine guérie pur suggestion dans une seule séance.

M..., enfant de treize ans, lymphatique, assez délicat, est à Nancy, en pension chez un instituteur. Ce garçon, d’une intelligence rare, urine au lit deux ou trois fois par semaine depuis son enfance, il n’a pu être déshabitué de cette infirmité.

L’enfant vient me voir le 16 octobre. Dans les dix jours qui ont précédé cette date, l’enfant a uriné quatre fois au lit.

Je l 'endors le 10 octobre; il n’arrive qu’au second degré : catalepsie suggestive, souvenir au réveil. Je lui suggère qu il n’urinera plus au lit, qu’il ne pourra plus uriner étant couché, mais seulement étant debout, dans la position verticale.

11 revient encore me voir, le 17, le 18 et 23 octobre ; depuis la première suggestion, il n’a plus jamais perdu ses urines.

Observation LIX. — Incontinence nocturne d'urines datant de l’enfance enlevée par une seule suggestion.

S... (Jacob), âgé de dix-sept ans, bien conformé, grand,

INCONTINENCE NOCTÜItNE D'LltlNES

d’intelligence obtuse, vient consulter pour de Y incontinence d'urines qu’il aurait depuis son enfance. En été, il urine trois ou quatre fois pur semaine au lit: en hiver, toutes les nuits. Dans la journée, il ne perd jamais ses urines; il dit uriner environ six fois dans la journée. 11 ne se réveille habituellement qu’uno fois la nuit. Aucun traitement n'a été essayé.

Il vient le 28 décembre. Je l’endors facilement en sommeil profond ; je lui suggère de se réveiller chaque fois qu'il a envie d’uriner et de né pas uriner au lit.

Il vient régulièrement jusqu'au 31. Dès la première suggestion, il n'a idus uriné au tir, il s’est réveillé quatre fois la nuit. I.a seconde nuit et la troisième, il s’est réveillé trois fois. Il revient encore le 7 janvier et le lu. II n’a plus uriné au lit et ne se réveiHe plus que deux fois la nuit.

Il n’est plus revenu et je ne sais si le résultat obtenu s’est maintenu.

Obskrvation I.X. — Aploaiie < nseeutive a utv pneumonie quérir par affirmation énergique. — Incontinence nocturne d'urines en voie de guérison par suggestion.

G. C.... âgée de quinze ans, demeurant chez ses parents, entre à l’hôpital dans mon service clinique, le 13 avril 1886, atteinte d’une pneunomie franche du lobe inférieur droit au sixième jour. Cette pneumonie fait sa défervescence le 16 au matin, neuvième jour.

Le troisième jour de sa pneumonie, était survenu un mal de gorge avec enrouement et aphonie complète, qui persiste depuis. Cotte aphonie restant la même, malgré la défervescence, et l’absence de douleur laryngée, je pense qu’une laryngite légère qui a accompagné la pneumonie ne justifie pas une extinction de voix aussi complète, et que l’inhibition nerveuse doit y jouer un rôle.

J’essaie la suggestion hypnotique, le 17, le 18,1e 19 avril, sans résultat thérapeutique. C. C... entre facilement en somnambulisme, mais ne réalise pas les hallucinations hypnotiques, ni les suggestions post-hypnotiques.

Le 21, après une dernière hypnotisation infructueuse, je fais la suggestion à l’état de veille. Inutilement d’abord : la petite malade riant facilement et recevant mes assertions

OIJSÈltVATlüN

légèrement, sans se laisser impressionner, je fais mine de me lâcher, je lui ordonne impérieusement de parler à haute voix, de dire a, b : j’affirme qu’elle le peut et je lui enjoins de le faire; elle fait un effort et articule nettement a, b, puis son nom. La voix encore aphone sans effort, devient sonore, si elle fait un effort. Dans la journée, la voix encore enrouée se perfectionne; le lendemain, elle continue à être articulée, et à partir du 23 au soir, elle est à peu prés redevenue ce qu’elle était avant.

Ce n'est pas tout. Celte jeune fille a depuis sou enfance une infirmité : de l’incontinence d’urine. La*nuit, elle urine au lit. l’inonde : il faut la réveiller trois fois dans la nuit pour empêcher ce résultat. Le jour, elle ne peut rester plus d’une heure et demie sans uriner. Aussi, en raison de cette infirmité, n'a-t-on pu l’envoyer à l’école; elle ne suit ni lire ni écrire. Il y a deux ans, elle a été deux mois à l’hôpital pour être débarrassée de cette infirmité. Elle a été traitée sans résultat par des compresses d’eau fraîche appliquées sur la région hypogastrique.

Jusque vers le 20, »la malade a inondé son lit toutes les nuits; à partir du 21, je fais la suggestion hypnotique qu’elle garde les urines, qu’elle ne peut plus uriner au lit, qu’elle reste longtemps sans avoir besoin d’uriner.

Depuis ce jour, elle peut rester trois heures sans uriner dans la journée. La nuit du 22 au 23, elle n’urine pas au lit. Mais la nuit du 23 au 24, elle urine de nouveau au lit.

Le 24, elle reste toute la journée sans uriner, et depuis ce moment elle n’urine plus que deux fois par jour.

Continuation de la suggestion. — Dans la nuit, elle urine un peu au lit encore, bien qu’elle se lève trois fois pour uriner.

Je m’absente de Nancy pour quelques jours. On cesse la suggestion. L'incontinence d'urine reste guérie le jour; la nuit, elle urine encore au lit, mais très peu; on la réveille une fois chaque nuit.

La thérapeutique suggestive est reprise le 6 mai.

Dans la nuit, elle n’urine pas au lit. — On l’a réveillée une fois dans la nuit.

8 mai. — N’a pas uriné au lit. — On l’a réveillée une fois.

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