‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 235 sur 280 · CRAMPE UES ECRIVAINS GUÉRIE PAR SUGGESTION · texte numérisé non relu

CRAMPE UES ECRIVAINS GUÉRIE PAR SUGGESTION

gnet. Les jours suivants, même état; il accuse toujours de l’immobilité dans le poignet, qui se manifeste surtout quand il a écrit quelque temps.

Obligé de m’absenter le 30, pendant deux mois, je prie M. Liébeault de continuer les suggestions.

Voici ce que le malade a noté :

* Le 30, j’écris après la séance : le poignet est toujours immobile, il ne fait aucun mouvement, ce qui gène beaucoup pour écrire: les doigts vont bien.

Le Ier décembre, le poignet a remué un peu, et il me semble eu ce moment moins raide.

Le 2, après la séance et avant dequitter M. Liébeault, j’ai très bien écrit au crayon, le poignet étant plus mobile; mais en ce moment, il redevient moins mobile et le pouce appuie plus fort que les autres doigts.

Le 5, en écrivant très lentement et en pensant toujours qu’il ne faut pas appuyer, cela va mieux ; mais c'est toujours le pouce qui presse sur la plume. Après avoir dormi, le pouce exerce bien moins de pression sur la plume; j’écris mieux, surtout en écrivant lentement. Le poignet lui-même est moins raide.

Le 7, il y a certainemeut du mieux dans le poignet; le pouce n’a plus qu’une petite tendance à presser la plume. »

Le 7, IL C... dit avoir écrit trois lettres, les deux premières allaient bien, la troisième allait moins bien, et il écrivit de nouveau assez mal. Le poignet fonctionne un petit peu ; c’est le pouce qui exerce une pression sur la plume.

Le 10, le pouce continue à appuyer toujours davantage; cependant des spécimens d’écriture de chaque jour, montrés par le malade, indiquent qu'il écrivait très bien.

Mais le sommeil hypnotique est moins profond depuis quelques jours, ce qu'il attribue à ce que M. Liébeault l’endort dans une salle pleine de monde, où il y a beaucoup de bruit, tandis que chez moi, il dormait seul et sans bruit dans mon cabinet. 11 ne retourne plus chez M. Liébeault et discontinue le traitement jusqu’au 29 janvier, après mon retour à Nancy . La flexion du pouce appuyant sur la plume avait augmenté, et entravé l’amélioration.

Le 29, celte flexion avec un moment d'arrêt dans l’écri-

OBSERVATION

tare se produit assez souvent, tous les trois mots; les autres doigts ne s’infléchissent plus, mais le poignet est immobile.

Après une nouvelle séance le 29, le pouce ne fléchit plus immédiatement après la séance, dans mon cabinet; mais chez lui, la flexion se reproduit.

Le 30, il écrit quatre lignes chez lui et ne peut plus continuer, le pouce et l'index fléchissant tous deux; la plume lui échappe de la main. Il essaya en vain de continuer : les lettres n’avaient plus de l'orme.

1er février, il écrit assez bien avant la suggestion et très bien après.

Le 2, il dit qu'il écrit bien à de certains moments, d’autres fois, le pouce et l’index fléchissent, et alors il est obligé de s’arrêter : une fois que ces doigts commencent à fléchir, il sent un picotement dans l’avant-bras; ce picotement, il l’éprouve aussi, surtout le soir, quand il est tranquille et sans écrire.

Je le mets en somnambulisme et je le fais écrire dans cet état, les yeux ouverts : il écrit très bien ; je lui suggère la disparition du picotement.

Le 3, il dit n’avoir plus ni douleur, ni picotement; il écrit bien. Mais quand il écrit chez lui, en dehors de ma présence, au bout d’un certain temps, le pouce et l’index fléchissent; les picotements douloureux ont cessé.

Le 4, il écrit très bien chez moi. Toujours un peu de flexion dans le pouce chez lui, et sa main devient lourde au bout d'un certain temps.

Le 5, il a pu écrire chez lui une lettre d’une page et demie : l’écriture se maintenait bonne jusqu’à la fin; mais il sentait une fatigue dans la main. — 11 continue à très bien écrire les jours suivants.

Le 8, il accuse encore une flexion du pouce et de l'immobilité dans le poignet. — Après chaque suggestion dans mon cabinet, il écrit très bien sans flexion et sans raideur. Cellesci ne se produisent que chez lui.

Le il février, il a pu écrire pendant une heure de suite. A ce moment seulement, le pouce commençait à fléchir ; il reposa sa main pendant vingt minutes et put recommencer sans nouvelle flexion ni raideur.

Je lui suggère que plus il écrit, mieux il écrira, que la main s’assouplit par l’exercice el ne se fatiguera plus.

CRAMPE DES ÉCRIVAINS Gl ÉRIE PAR SCGGESTION 5UI

Cet état continue les jours suivants en s’améliorant graduellement. Le 18, il écrit une heure et demie à deux heures. Au bout, de ce temps-là seulement, le pouce commençait à fléchir et il sentait une lourdeur dans la main.

Le 10, il sent la main très légère et dit écrire comme s'il n’avait jamais rien eu.

Le 20, en écrivant le matin, le pouce fléchit encore deux fois, et la plume lui échappe des doigts ; cependant son écriture se maintient toujours bonne. — Je le fais écrire vite, cimente calamn, en somnambulisme, les yeux ouverts.

Le 20, dans l'après-midi, il lui fut presque impossible d'écrire, il dut même de nouveau attacher la plume à l'index.

Le lendemain, sans suggestion nouvelle, cela allait beaucoup mieux; mais il ne put écrire longtemps; après une demi-heure d’écriture, il ne put continuer, il lui fut presque impossible de faire les adresses de ses lettres.

Le 23, il travaille toute la matinée à faire des comptes; après un certain temps, il ressentait des tiraillements dans le dos du poignet qui l'empêchaient de continuer. Voulant poursuivre, la plume lui échappe de la main; mais il put recommencer, et ce matin il ne sent plus aucun tiraillement.

Le 23, il constate encore que, chez moi, il écrit très bien ; mais, arrivé à la maison, sa main est plus raide et il n’écrit plus avec la même facilité. Je suggère qu'il écrive chez lui comme chez moi.

A partir du 27, il n’accuse plus aucune sensation de raideur, ni de llexion; il écrit beaucoup le 20 et le 27, et tout va parfaitement. 11 fait des lettres, des comptes, comme avant sa crampe.

Il revient le 2 mars; puis les séances, quotidiennes jusquelà, sont suspendues jusqu'au 8. Il écrit toute la journée pendant cet intervalle, et ne sent plus absolument aucun phénomène de sa crampe. «J'écris, dit-il, comme je veux. -> Le8, nouvelle séance, (’elles-ci sont plus espacées ; il revient le 11, le 13, le 10, le 22, le 27, et la guérison complète s'est maintenue depuis le 27 février. Je continue pendant un mois encore à l’endormir deux fois par semaine pour réprimer toute tendance à la rechute. 11 a repris sou état de comptable, il écrit toute la journée absolument comme avant sa maladie. La guérison s’est maintenue.

OBSERVATION

On sait combien la crampe des écrivains est souvent réfractaire à toutes les médications. Un professeur de calligraphie de Francfort-sur-le-Mein, M. WolfT, réussit souvent empiriquement là où les médecins avaient échoué .

La méthode de M. WolfT est exposée par M. Romain Vigouroux dans le Progrès médical (1882, n° 3) dans les termes suivants. Elle peut se résumer en deux points : gymnastique et massage:

« lu La gymnastique est à la fois active et passive. Les malades doivent, trois fois par jour, exécuter une série de mouvements des membres supérieurs, successivement dans toutes les directions. Ces mouvements sont en général brusques, avec les mains tantôtouvertes, tantôt fermées. Le nombre des mouvements de chaque série et, par suite, la durée des séances est augmentée progressivement et varie suivant les cas.

« Les mouvements passifs consistent dans la distension plus ou moins forcée, nous dirions presque l’élongation des muscles qui sont spécialement affectés. C’est la partie la plus délicate du traitement, attendu qu’il est dangereux, suivant M. "WolfT, de dépasser un certain degré. En outre, le malade répète sur lui-mêinc celte manœuvre trois ou quatre cents fois par jour.

« Les exercices d’écriture commencent dès que l’état spasmodique est notablement diminué, c’est-à-dire dès les premiers jours.

« 2° Le massage et les frictions sont aussi pratiqués très soigneusement par M. WolfT, tous les jours. Il insiste sur l’importance de ce que nous appellerons le tapotement des muscles.

« La durée de la partie du traitement qui se fait sous la direction immédiate de M. WolfT, est d’environ quinze

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