SURDITÉ PSYCHIQUE
entendez de nouveau »; tout d’un coup sa figure exprime un profond étonnement, il m'entend et me répond. J'ai beau lui dire : * Vous avez dû entendre tout le temps, puisque votre surdité prétendue s’est dissipée, quand j’ai affirmé que vous m’entendezde nouveau. *11 est convaincu qu’il n’a rien entendu et ne sait comment l’ouïe est revenue. Je répète l’expérience sur lui. chaque fois avec le même résultat. Un simulateur vrai ne se laisse pas déjouer avec tant d’ingénuité. Le sourd par suggestion entend comme l’aveugle par suggestion voit, mais il neutralise à chaque instant l’impression perçue, avec son imagination, et se fait accroire qu’il n’a pas entendu.
Je vais démontrer que ce qui est vrai pour la cécité et la surdité suggérée est vrai pour toutes les hallucinations négatives; toutes correspondent a des sensations réellement perçues par le cerveau, mais qui n’émergent pas dans le domaine de la conscience.
Voici l’expérience démonstrative:
Elise B..., âgée de dix-huit ans, domestique, C't affectée de sciatique. C’est une jeune fille honnête, de conduite régulière, d’intelligence moyenne, ne présentant, eu dehors de sa sciatique, aucune manifestation, aucun antécédent névropathique.
Elle a été, dès la première séance, très facile à mettre en somnambulisme, avec hallucinahiiité hvpuotique et post-hypnotique et amnésie au réveil. Je développe chez elle facilement une hallucination négative. Je lui dis, pendant son sommeil : « A votre réveil, vous ne me verrez plus ; je serai parti. » A son réveil, elle me cherche des yeux et ne parait pas me voir. J’ai beau lui parler, lui crier dans 1 oreille, lui introduire une épingle dans la peau, dans les narines, sous les ongles, appli-
SUGüESTION, 3' ÉDIT. \
ANESTHESIES SENSORIELLES PSYCHIQUES
quer la pointe de l’épingle sur la muqueuse oculaire; elle ne sourcille pas. Je n’existe plus pour elle, et toutes les impression? acoustiques, visuelles, tactiles, etc., émanant de moi, la laissent impassible; elle ignore tout. Aussitôt qu’une autre personne la louche, à son insu, avec une épingle, elle perçoit vivement et retire le membre piqué.
J’ajoute, en passant, que cette expérience ne réussit pas avec la même perfection chez tous les somnambules. Beaucoup ne réalisent pas les suggestions sensorielles négatives ; d’autres ne les réalisent qu’en partie. Certains, par exemple, quand j’ai affirmé qu’ils ne me verront pas à leur réveil, ne me voient pas; mais ils entendent ma voix, ils sentent mes impressions tactiles. Les uns sont étonnés de m’entendre et de se sentir piqués, sans me voir; les autres ne cherchent pas à se rendre compte; d’autres enfin croient que cette voix et cette sensation émanent d’une autre personne présente.
Ils récriminent violemment contre elle; cette personne a beau protester (pic ce n’est pas elle et chercher à le I leur démontrer, ils restent convaincus que c’est elle.
On arrive parfois à rendre l’hallucination négative I complète pour toutes les sensations en faisant la sug- I gestion ainsi : « A votre réveil, si je vous touche, si je vous pique, vous ne le sentirez pas; si je vous parle, vous ne m’entendrez pas. D’ailleurs, vous ne me verrez pas; je serai parti. » Quelques sujets arrivent ainsi, à la I suite de cette suggestion détaillée, à neutraliser toutes leurs sensations ; d’autres n’arrivent à neutraliser que i la sensation visuelle, toutes les autres suggestions sen- i sorielles négatives restant inefficaces.
La somnambule dont je parle réalisait tout à la per- i fection. Logique dans sa conception hallucinatoire, elle