SOUVENIR DES HALLUCINATIONS NÉGATIVES 7N
ne me percevait en apparence par aucun sens. Un avait beau lui dire que j’étais là, que je lui parlais; elle était convaincue qu’on se moquait d’elle. Je la li\e avec ultimatum et je lui dis : * Vous me voyez, bien ; mais vous faites comme si vous ne me voyez pas ! vous êtes une farceuse, vous jouez la comédie ! » Elle ne bronche pas et continue à parler aux autres personnes. J ajoute, d’un air convaincu : « D’ailleurs, je sais tout! Je ne suis pas votre dupe! Vous êtes une mauvaise lille. Il y a deux ans déjà, vous avez eu un enfant et vous l'avez fait disparailre! Kst-ce vrai? <in me l a dit! * Hile ne sourcille pas; sa physionomie reste placide. Désirant voir, danun intérêt médico-légnl, -i un abus grave peut être commis à la faveur d’une hallucination négative, je soulève brusquement sa robe et sa chemise; celte jeune tille est de sa nature très pudibonde. Elle se laisse faire sans la moindre rougeur à la face. J*- lui pince le mollet et la cuisse : elle ne manifeste absolument rien. Je suis convaincu que le viol pourrait être commis sur elle dans cet état, sans qu’elle oppose la moindre rési-tanee.
Gela posé, je prie mon chef de clinique de l’endormir et de lui suggérer que je serai de nouveau là, au réveil. Ce qui a lieu, en elTbt. Elle me voit de nouveau cl ne se souvient de rien. Je lui dis : « Vous m’avez vu tout à l'heure! Je vous ai parlé. » Etonnée, elle me répond : « Mais non, vous n’étiez pas là! » — » J‘v étais; je vous ai parlé. Demandez à ces messieurs. » — * J'ai bien vu ces messieurs. .M. I'... voulait me soutenir que vous étiez là ! Mais c’était pour rire ! Vous n'y étiez pas ! » — « Eh bien ! lui dis-je, vous allez vous rappeler tout ce qui s’est passé pendant que je n'y étais pas, tout ce que je vous ai dit, tout ce que je vous ai fait ! » — « Mais vous n'avez pu rien me dire, ni faire, puisque vous
•Jli ANESTHÉSIES SENSORIELLES PSYCHIQUES
n’étiez pas là ! » .1 insiste d'un ton très sérieux et. la regardant en face, j’appuie sur chaque parole : « Je n’y étais pas, c’est vrai! Vous allez vous rappeler tout de même. » Je mets ma main sur son front et j’affirme : « Vous vous rappelez tout, absolument tout! Là! Dites vite! Qu’est-ce que je vous ai dit ? » Après un instant de concentration, elle rougit et dit : « Mais non, ce n'est pas possible : vous n’étiez pas là! Je dois avoir rêvé ! » — « Eh bien! qu’est-ce que je vous ai dit dans ce rêve?» Elle ne veut pas le dire, honteuse! J’insiste. Elle finit par me dire : « Vous m’avez dit que j’avais eu un enfant! » — « Et qu’est-ce que je vous ai fail ?» — « Vous m’avez piquée avec une épingle! » — « Et puis? » Après quelques instants : « Mais non, je ne me serais pas laissé faire! C’est un rêve! » — Qu’est-ce que vous avez rêvé? » — « Que vous m'avez découverte, etc. » J’arrive ainsi à évoquer le souvenir de tout ce qui a été dit et fait par moi pendant qu’elle était censée ne pas me voir! Donc elle m’a vu en réalité, elle m’a entendu. elle m’a senti, malgré son inert.j apparente. Seulement, convaincue par la suggestion que je ne devais pas être là, sa conscience restait fermée aux impressions venant de moi, ou bien son esprit neutralisait, au far et à mesure qu’elles se produisaient, les perceptions sensorielles; il les effaçait, et cela si complètement, que je pouvais torturer le sujet physiquement et moralement; elle ne me voyait pas avec les yeux de l’esprit. Elle était frappée de cécité, de surdité, d’anesthésie psychiques pour moi; toutes les impressions sensorielles émanant de moi étaient bien perçues, mais restaient inconscientes pour elle. C’est bien une hallucination négative, illusion de l’esprit sur les phénomènes sensoriels.