‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 39 sur 280 · RÊVES SPONTANÉS DANS LE SOMMEIL PROVOQUÉ · texte numérisé non relu

RÊVES SPONTANÉS DANS LE SOMMEIL PROVOQUÉ

parlant pendant l'hypnotisation, lui disant : « Rappelezvous, pendant votre sommeil, que vous dormez, que je suis à côté de votre lit, que vous êtes paralysée. » A un moment donné, ses yeux se fermaient, et elle était partie! Le souvenir de la réalité était envolé : elle ne dormait pas, elle n'était pas paralysée, elle marchait. J'étais son amie, ou sa mère !

Aussi aucune suggestion thérapeutique n'a pu être faite utilement, la malade n’étant pas, à ce point de vue, en relation d'idées avec moi. Les divers phénomènes de l'hystérie, contracture, paraplégie, trismus passager, aphonie, etc., ont persisté avec des modifications variables en mieux ou tn plus mal. La malade, sortie le 9 janvier, a fini par guérir spontanément. C’est la nature particulière de son somnambulisme provoqué que j'ai seulement voulu retracer.

D’autres donneurs ont des rêves spontanés, mais qui se dissipent à la voix de l'endormeur ; leurs idées et leur volonté continuent à être dirigées par lui.

Observation VI. — Un homme de trente-sept ans, souiïrant depuis 1872 d’une gastralgie, est venu me consulter. Je l ai hypnotisé cinq fois; il s’endort en deux minutes par suggestion en fixant mes doigts; il est en somnambulisme : catalepsie suggestive, mouvements automatiques, anesthésie complète, hallucinations.

Si je cesse un instant de le diriger, il entre en rêves spontanés. Un jour, il reste tixe, tremble de tous ses membres, sa figure prend l’aspect de l’épouvante. « Il vient! Le voici! — Quoi donc! — Le tigre! Le voyez-vous là-bas! » Il se croit dans un désert et aperçoit un tigre, qui vient à lui. Une autre fois, il se voit à Bar-le-Duc, chez son frère qui est marchand de bois; il l'accompagne sur son chantier, cause affaires. Je lui dis : * Vous êtes à Nancy ; oui, à Nancy, sur la place Stanislas. » Il s'y trouve en effet : il me raconte tout ce qu’il voit dans la promenade que je fais parcourir à son imagination.

Malgré son rêve, il a conservé le sentiment de la réalité, il sait qui je suis, il sait qu’il dort ! 11 est a la fois endormi

TYPES DE SOMNA MBl'I.ES

à Nancy et éveillé ilans un chantier de Rar-le-Duc: la contradiction ne le touche pas; il reste pendant ses rêves spontanés en relation avec la personne qui l'a endormi. La jambe que je soulève reste en l'air. Ses bras que je fais tourner l'un autour de l'autre continuent à tourner: je lui suggère la disparition de ses douleurs épigastriques et rachialgiques; il dit ne plus les sentir et ne les seut plus à son réveil.

Ainsi ce somnambule qui, abandonné pendant son sommeil, tombe dans des rêves spontanés, comme le sujet de la précédente observation, en dill’ere par ce fait que le sentiment de la réalité chez lui. et non chez clic, persiste et peut être rappelé par suggestion! La conscience de la personnalité réelle, distraite par les divagations d'une imagination agitée par des rêves, n'est pas cllacee, et le malade reste accessible aux suggestions thérapeutiques.

Connue dernier type de somnambulisme, je présente le sui\anl, dans lequel presque tous les phénomènes suggestifs relatés dans le> précédentes observations font défaut. Kien ne semble distinguer ce sommeil de la M'illc. ipie 1 occlusion des yeux et I absence de souvenir au réveil.

Observation VIL- ,1e X.... âgée de cinquante-six ans, i nI loi t intelligente . elle soutire depuis de longues années de gastrite chronique avec dilatation d'estomac. Je l'endors lin ilement par occlusion simple des paupières maintenue pendant une minute. Elle présente un certain degré de catalepsie suggestive, elle maintient ses bras en l'air quelque temps, mais finit par les baisser spontanément. Je puis aussi communiquer 1 automatisme rotatoire aux membres inféîieurs, en lui disant : « \ ous ne pouvez pas vous arrêter. » Mais le mouvement imprimé ne dure pas plus ,1'une dizaine de secondes; je ne puis pas provoquer chez elle de contracture, ni d anesthésie, ni de suggestion sensorielle. Si je lui

TYPES 1>E SOMNAMBULES

dis, par exemple : * Entendez la musique, » elle n’entend rien. Si je lui dis : « Avalez cette cuillerée de potion, » elle me répond : « Vous savez, docteur, cela ne prend pas chez moi. »

Elle conserve beaucoup de spontanéité pendant son sommeil, discute avec moi, m’initie à tous les détails de sa maladie, ou me parle de choses étrangères et mondaines. « Est-ce que j’ai songé, docteur, à vous inviter à prendre le thé tel jour, etc... » Si elle entend la femme de chambre marcher dans la pièce voisine, elle me fait des réflexions sur son compte. Elle se comporte absolument comme une personne éveillée, mais elle affirme qu’elle dort et elle en a la conscience. Pendant plus de cinquante fois que je l’ai endormie, je n'ai jamais pu lui donner d’illusion sensorielle, ni d'hallucination bien nette. L’n jour cependant je lui ai fait entendre au réveil de la musique militaire, elle la percevait lointaine et assez vague. Certaines suggestions d’actes pour le réveil sont réalisées. Un jour, je lui dis, par exemple : « Quand vous serez réveillée, vous quitterez le fauteuil où vous êtes assise, et vous irez vous asseoir sur le fauteuil en face. » Une fois réveillée, elle regarda autour d’elle et dit : a Je ne sais pas, mon salon n’est pas en ordre aujourd’hui; je ne suis pas bien sur ce fauteuil. » Et elle va, docile à la suggestion, occuper le fauteuil en face. Elle cherche à s'expliquer ainsi à elle-même le besoin qu’elle éprouve de changer de place.

Je puis aussi lui suggérer certains actes du même genre, pendant le sommeil ; je lui dis, par exemple : « Dans trois minutes, vous irez vous asseoir sur le canapé, et, quand vous y serez pendant une minute, vous vous réveillerez.» Elle obéit avec précision.

Au milieu de la conversation lapins animée, je la réveille brusquement en disant : « Réveillez-vous! »

Elle ne se souvient plus absolument de rien. Tout est effacé ! Elle ne sait pas combien de temps elle a dormi. Quelquefois un seul fait survit dans son souvenir, par autosuggestion. Elle me dit un jour : « Vous m’avez demandé, pendant mon sommeil, si j'ai toujours des renvois aigres avec sensation de briilure. Je me suis dit alors : « 11 ne faut pas que j’oublie cela à mon réveil, pour demander au dr»c-

HKAUTK L)KS l'UKNOMÈNtS

teur quelle source d'eau de Vichy je dois prendre.» Ainsi elle s'élait suggéré pendant son sommeil de conserver ce souvenir; tous les autres étaient effacés. D’ailleurs en lui disant avant le réveil : « Vous ne vous souviendrez absolument de rien, » j'éteins absolument tous les souvenirs, même ceux dont elle aurait eu. à de certains moments, l'initiative de se suggérer la conservation.

Je pourrais multiplier les observations de somnambulisme, saii' épuiser le sujet; chaque personne a. dans l'état somnambulique, comme dans l'état de veille, son individualité spéciale.

Dans les pages qui précèdent, j'ai esquissé à grands traits les phénomènes curieux que l'on peut observer dans le sommeil provoqué, phénomènes que tous ceux qui voudront s’en donner la peine pourront vérifier aisément. Sans doute, on peut rencontrer des sujets qui simulent sciemment ou qui, par complaisance, sc croient obligés de simuler; on peut rencontrer des cas douteux qui n'imposent pas la conviction; l’état du sommeil est séparé de l étal de veille par des nuances graduelles; quelquefois l'opérateur doute si tel sujet esl réellement influencé; d’autre part, celui-ci qui se rappelle avoir tout entendu, peut croire qu'il n'a pas dormi et se figurer qu'il a simulé.

Ici, comme en toutes choses, l'expérience apprendra a discerner si l'influence obtenue est réelle. Un homme de grande science et de grande intelligence, que j'h vpnolisai pendant quelque temps pour une maladie nerveuse, tomba a la première séance au IroMeine degré : catalepsie suggestive, souvenir conservé au réveil. Je lui demandai s il avait dormi. Il le pensait sans en être absolument certain, ayant tout entendu. A ma demande pourquoi il n avait ni ouvert les yeux, ni abaissé le-

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Il K A LIT K DES PHÉNOMÈNES

bras soulevés, et s’il aurait pu le faire, il répondit : « Je ne sais si j’aurais pu; je n’avais pas l'idée de le faire, la volonté ine faisait défaut. » J’étais convaincu <|u’il avait été influencé; il l’était si bien qu’à la séance suivante et à toutes les autres depuis, il tomba en sommeil profond, avec perte absolue de souvenir au réveil. Journellement j’observe ce fait.

Ce n'est pas à la le'gère, d’après une seule observation positive ou négative, qu’il faut prononcer un jugement. Je me rends celte justice que j’ai observé froidement, sans parti pris, sans enthousiasme. Mais quand, après plusieurs milliers d’observations recueillies dans toutes les classes de la société, à l’hôpital et en ville, j’ai vu les phénomènes se produire constants, affectant un mode uniforme; quand je sais, d’autre part, que toutes les personnes qui ont étudié la question sans parti pris ont observé des faits identiques ou analogues à ceux que j’ai observés, faut-il donc admettre que tous nos sujets se sont donné le mot pour nous mystifier? Certains esprits ont horreur du merveilleux, ils ont raison; mais ils ont tort de considérer comme merveilleux et de nier svsté-

mafiquement des faits qu’ils n’ont pas vérifiés, par cela seul que ces faits ne concordent pas avec les conceptions à priori de leur cerveau. Les faits sont inébranlables; l’interprétation vient après; si elle fait défaut, n’accusons pas les faits, mais l’insuffisance de notre savoir en psychologie et en physiologie nerveuse.

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