‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 65 sur 280 · IMAGE REELLE ET IMAGE SUGGÉRÉE · texte numérisé non relu

IMAGE REELLE ET IMAGE SUGGÉRÉE

Il est bon d’ajouter que beaucoup de somnambules ont une lincsse de perception très grande ; le moindre indice les guide. Sachant qu’ils doivent réaliser la pensée de l’hypnotiseur, ils s’ingénient à la deviner. Si on a répété plusieurs fois .sur le même sujet des expériences de transfert, il devine aisément qu’il doit transférer tel ou tel phénomène ; et, sans qu’on dise rien devant lui, il peut saisir dans l’attitude expectante de l’opérateur ou dans un autre indice quelconque, si le transfert doit être opéré.

Si j’insiste un peu sur ces faits, si j'accentue mes observations critiques, c’est, qu’elles visent dans son fondement même la doctrine des phénomènes hypnotiques.

Aussi veux-je encore relater ici quelques expériences que nous avons faites avec mon collègue Charpentier, sur l'image hallucinatoire ; rien ne démontre mieux que ces expériences, combien la suggestion est facile, et l’observation trompeuse.

On peut suggérer à beaucoup de somnambules pendant leur sommeil qu'ils verront à leur réveil telle ou telle chose, et l’hallucination peut se réaliser avec une netteté telle que le sujet la confond avec la réalité. Or, MM. Féré, Binet et Parinaud ont conclu de leurs expériences que cette image se comporte comme une image réelle, obéissant aux lois de l’optique ; un prisme par exemple la dédouble. Autre exemple : Si on colore par suggestion des cartons en vert et en rouge, et si on superpose par un des procédés connus, ces deux teintes, le sujet voit la teinte grise résultante, qui est produite par le mélange de ces deux couleurs complémentaires.

MK LANGE DK COULEURS SUGGESTIVES

Ces résultats sout-ils exacts? L'image suggérée se coin porte-t-elle ainsi qu’on l’a prétendu comme le ferait uni1 image réelle, objective, traversant l'appareil visuel périphérique, la rétine elle nerf optique jusqu’au centre ■ sensoriel de l’écorce cérébrale ? Un bien n’est-elle qu’une image subjective, réveillée directement comme un souvenir dans le centre sensoriel, évoquée parl’ima- . gination du sujet.

Pour résoudre cette question, nous avons l'ait quelques expériences; nous allons les relater dans l'ordre que nous avons suivi pour les faire.

Nous avons choisi comme sujets des femmes d’intelli- . genre moyenne, non hystériques, de jugement pondéré, • suggestibles à tous les degrés, c'est-à-dire susceptibles, | pendant leur sommeil, d'anesthésie, de catalepsie, d’illusions sensorielles, d’hallucinations hypnotiques et [post-hypnotiques. Toutes pouvaient être rendues eomiplètement analgésiques pendant leur sommeil; le chatouillement de 1 intérieur îles narines ne les faisait pas ■sourciller; il ne pouvait être question de simulation. De [plus, et nous insistons sur cette précaution fondamentale, nous avons fait toutes nos expériences sans dire un mot, même à voix basse, qui pût mettre sur la voie lies sujets endormis; car, et rien n'est plus facile à déimontrer, a tous les degrés de l’hypnotisation il- entendent, et souvent enregistrent tout avec une linesse de [perception parfois remarquable.

Cela posé, voilà les faits :

Louise C..., Agée de dix-sept ans. bien portante, est hypnotisée facilement par simple occlusion des paupières et injonction de dormir. Nous préparons un disque en carton t blanc et nous lui suggérons qu’à son réveil elle verra la

Page 1