ACTION 1)1! IMIISME SUR LES IMAGES SUGGÉRÉES
qu elle verra sur son drap de lit blanc (qui ne contient aucun objet) un pain à cacheter rouge, et en même temps suspendue au pied de son lit une orange. A son réveil, elle voit les deux objets. Si elle regarde le pain à cacheter à travers la lunette aux deux prismes, elle le voit au hasard, simple, double, triple ou quadruple, jamais conformément à ce que ferait pour un objet réel la situation des prismes. Regarde-t-elle au contraire l’orange imaginaire suspendue au lit à travers la lunette, elle ne se trompe plus; ses indications concordent avec la disposition optique de la lunette. Pourquoi cette différence? Parce que, dans le premier cas, elle ne voit sur son drap de lit blanc aucun point de repère, tandis que, regardant l’orange, son imagination est éclairée par les objets environnants réels que la lunette dédouble ou quadruple, et alors l’image liclive suit logiquement et à l'insu du sujet l’exemple de l’image réelle.
Si nous faisons voir d’abord l’orange quadruplée à travers le prisme (conformément à la disposition de la lunette) et qu’ensuite nous fassions diriger celle-ci sur le pain à cacheter, elle quadruple aussi ce dernier, mais sans jamais donner à ces quatre images la situation respective commandée par les prismes. Si, au contraire, nous l’invitons à regarder d’abord à travers la lunette le pain à cacheter, elle se trompe; elle le voit double, par exemple, au lieu de le voir quadruple : qu’ensuite elle dirige la lunette du pain à cacheter sur l’orange liclive, celle-ci, grâce aux points de repère contenus dans l’espace, paraîtra quadruple, et cela au grand étonnement de Mm0 G..., qui est une femme intelligente et se rend très bien compte de ce fait qu’un prisme qui quadruple un objet doit quadrupler tous les autres.
A Mllu X..., une autre de nos somnambules, nous
ACTION DI I* Kl SM K SI II LES IMAGES SUGGEUEES loi
avons fait voir, avant de l’endormir, un morceau de pelure d’orange qu'une personne, M. L..., tenait dans sa main au pied de son lit. Puis, Payant endormie, nous lui suggérons qu’elle verrait toujours à son réveil le même morceau. Et réveillée, bien que M. L... ne tint plus rien dans sa main, elle vit toujours la pelure fictive, Alors nous la prions de la regarder à travers la lunette (disposée pour le quadrupleineut) et nous lui demandons si la lunette (dont elle ne soupçonne pas la propriété) produit un changement. Elle aftirme qu’elle voit une orange entière, une seule. Son imagination lui avait évidemment suggéré ce changement. Alors, à son insu, M. L... remet dans sa main la tranche réelle; .Mlle \... la voit très bien, sans lunette, croyant que c’est toujours la même que celle (fictive) vue auparavant. On la fait de nouveau regarder à travers la lunette, et, cette fois-ci, elle voit nettement quatre tranches de pelure. Cette expérience, répétée plusieurs fois avec elle, réussit toujours; la tranche de pelure fictive est transformée à travers le prisme, par I imagination, en orange entière ; la tranche réelle est transformée réellement par le prisme en quatre tranches, conformément aux propriétés du prisme.
Tels sont les faits auxquels nous pourrions en ajouter d’autres; nous les avons longuement contrôlés. Ils ne nous ont pas laissé le moindre doute dans l’esprit; ils nous imposent cette conviction, facile d’ailleurs à préjuger, que l'image suggérée est une image fictive, qu’elle ne répond à aucune représentation matérielle dans l’espace. Un prisme ne peut dédoubler que des rayons réels placés devant lui et qui le traversent; il ne peut dédoubler une image vue derrière lui dans le sens sensoriel cérébral. L'image hallucinatoire peut être