‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 85 sur 280 · AZAM, HYPNOTISME · texte numérisé non relu

AZAM, HYPNOTISME

trique, et que cette intluence transmise d’un organisme à un autre par l’extrémité des nerfs périphériques, constitue pour certains individus un moyen modificateur des fonctions nerveuses et vitales.

Il faut encore citer Victor Meunier, qui, dès 1852, dans le journal la Presse, eut le courage scientifique de vulgariser des expériences que la science officielle condamnait alors.

En 1859, le braidisme fit réellement son entrée en France ; une communication du professeur Azam, de Bordeaux, à la Société de chirurgie, publiée dans les Archives de Médecine (1860), vint lui donner un grand, mais éphémère retentissement. Ayant eu connaissance des phénomènes provoqués par le médecin anglais, par un de ses collègues qui avait lu l’article Sommeil de Garpenter dans Y Encyclopédie de Todd, il répéta avec succès ces expériences sur plusieurs personnes bien portantes.

Demarquay et Giraud-Teulon ( Recherches sur l'hypnotisme ou sommeil nerveux , Paris, 1860), Gigot- Suard ( Les Mystères du magnétisme animal et de la magie dévoilée ou la Vérité démontrée par l'hypnotisme, Paris, 1860), publièrent des observations intéressantes. Les chirurgiens cherchèrent surtout dans l’hypnotisme un moyen anesthésique propre à remplacer le chloroforme ; une observation satisfaisante (il s’agissait de l’incision d’un abcès de l’anus, par Broea et Follin) fut présentée en 1859, à l’Académie des sciences. Quelques jours après, le U1' Guérineau, de Poitiers, annonça à l'Académie de médecine avoir amputé une cuisse pendant l’anesthésie hypnotique (Gaz. des hôpitaux, 1859).

L’application de l’hypnotisme à l’anesthésie chirurgicale n’était pas d’ailleurs chose nouvelle. Le D1' Char-

APPLICATION A L’AN EST If KSI fc) CIIIHL'IICICALE

pignon rappela, dans la Gazelle des Hôpitaux , les faits suivants relatifs à des opérations pratiquées pendant l’insensibilité hypnotique : en 1829. ablation d'un sein par Jules Cloquet ; en 18 45 et 1846, amputation d’une jambe, extirpation d’une glande, deux fois sans douleur, par le 1)' Loysel, de Cherbourg ; en 1845, amputation de deux cuisses parles l)r-i Fanton et Toswel.de Londres; ■ en 1845, amputation d'un bras par le I >' Jolv , à Londres ; en 1 S 47 . enlèvement d’une tumeur de la mâchoire par le I)1 Hibaud et Kiaro, dentiste à Poitiers.

Malgré ces tentatives heureuses, les chirurgiens constatèrent bientôt que l'hypnotisme ne réussit que rarement comme anesthésique : l’insensibilité absolue est l’exception chez les sujets hypnotisables, l’bvpnotisation elle-même échoue le plus souvent chez les personnes émues par l’attente d’une opération. Le braidisme paraissant dénué d'intérêt pratique retomba dans l’oubli.

Si Lasègue avait poursuivi [dus loin ses recherches, i il aurait pu ressusciter définitivement le braidisme. Dans un mémoire intitulé : Des Catalepsies partielles et passagères (Arch. gêner, de médecine, 1865), il constate que la simple occlusion des yeux chez certains hystériques et même chez certains hommes non hvstériques, détermine des degrés variables de sommeil, depuis l’engourdissement simple jusqu’à la léthargie complète avec anesthésie. Ces divers états s'accom- I paguent d'une rigidité cataleptique des membres qui cesse brusquement dès que le malade réveillé reprend le sens de la vue.

Mais Lasègue n'alla pas plus loin : il ne songea pas à identifier ces phénomènes avec ceux du sommeil hypnotique, tel que Braid l’avait décrit.

DOCTRINE DE LIÉBEAULT

En 1860, le Dr Liébeault, qui depuis nombre d’années s’occupait de la question, publia un livre intitulé : Du Sommeil el des états analogues considérés surtout au point de vue de l'action du moral sur le physique ; c’est le plus important qui ait été publié par le braidisme. Partisan de la doctrine suggestive qu’il a poussée plus loin que Braid et qu’il applique avec succès à la thérapeutique, ennemi du merveilleux et du mysticisme, l’auteur cherche à interpréter par des vues psychophysiologiques les phénomènes observés.

Sa doctrine se rapproche de celle de Durand, de Gros : la concentration de la pensée sur une idée unique celle de dormir, facilitée par la fixation du regard, amène l’immobilisation du corps, l’amortissement des sens, leur isolement du monde extérieur, finalement l’arrêt de la pensée et l’invariabilité des états de conscience. La catalepsie suggestive est la conséquence de cet arrêt de la pensée : l’hypnotisé reste, l'idée fixe, en rapport avec la personne qui l’a endormi, qu’il entend et dont il reçoit les impressions. Incapable par luimême de passer d’une idée à une autre, son esprit s’en tient à l’idée qu’on lui suggère finalement ; et du moment que c’est celle par exemple, d’avoir les bras dans l’extension, il les garde étendus.

Le sommeil ordinaire ne diffère pas du sommeil hypnotique : l’un comme l’autre est dû à l’immobilisation de l’attention et de la force nerveuse sur l’idée de dormir. L’individu qui veut dormir isole ses sens, se replie sur lui-même, reste immobile ; l’influx nerveux se concentrant pour ainsi dire sur un point du cerveau, sur une idée, abandonne les nerfs sensitifs, moteurs, sensoriels.

Mais le dormeur ordinaire , une fois son état de cons-

DOCTRINE DE LIÉBEAULT

i cience immobilisé, n'est plus en rapport qu'avec lui- | même ; les impressions amenées à son cerveau par les ■ nerfs de la sensibilité' ou les nerfs de la vie organique, peuvent y réveiller des sensations ou images mémorai tives diverses qui constituent les rêves. Ces rêves sont -spontanés, c’est-à-dire suggérés par lui-même.

Le donneur hypnotisé s’endort avec l’idée immobili- -séc en rapport avec celui qui la endormi ; de là, la possibilité à cette volonté étrangère de lui suggérer des rêves, des idées, des actes.

L’oubli au réveil après l’hypnotisme profond provient de ce que toute la force nerveuse accumulée au cerveau pendant le sommeil, se diffuse de nouveau au réveil i dans tout l’organisme; cette force, diminuant au cerveau. il est alors impossible, avec une moindre quantité j d’elle-mème, au sujet revenu à lui. de ressaisir dans sa mémoire ce dont il avait conscience avant.

Dans le sommeil ordinaire, ou dans l’hypnotisme i léger, la force nerveuse accumulée vers le siège de l’idée tfixe est moindre; les autres parties du système nerveux inc sont pas aussi inactives; les rêves sont amenés par les impressions périphériques. De plus, le réveil n’est ipas brusque, mais progressif: la force nerveuse accuunulée au cerveau diminue graduellement, et quand le nmouvement de la pensée commence à s’établir, elle res- -sai-it les souvenirs de la lin au moins du sommeil.

L œuvre du médecinde Nancy passa inaperçue: l’hvpnotisme resta comme une simple curiosité scientifique;

| ou se contenta de savoir que la fixation d’un objet brillant produit chez certains sujets le sommeil avec anesthêsie chez quelques-uns de la catalepsie, et l’on ne poussa pas plu> loin les recherches.

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