‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 13 sur 265 · DIT RÉVEIL · texte numérisé non relu

DIT RÉVEIL

propre, sa manière d’ètre spéciale. Je veux simplement établir pour le moment que l’aptitude à réaliser les phénomènes suggestifs n'est pas toujours proportionnelle à la profondeur du sommeil.

Le réveil peut être spontané. Les sujets qui dorment légèrement à leur première séance, ont parfois une tendance à se réveiller rapidement ; il faut les maintenir sous le charme en tenant leurs paupières closes ou en répétant de temps en temps : « Dormez ». Bientôt l’habitude du sommeil est acquise par l’organisme ; l’hypnotisé ne se réveille plus, tant que l’hypnotiseur est à ses côtés; quelques-uns se réveillent aussitôt qu’ils ne sentent plus cette influence. La plupart, abandonnés à eux-mêmes, continuent à dormir pendant plusieurs minutes, une demi-heure, une ou plusieurs heures ; j’ai laissé une de mes malades dormir pendant quinze heures, un autre pendant dix-huit heures.

Pour obtenir le réveil immédiat, je procède par suggestion vocale, comme pour obtenir le sommeil. Je dis : « C'est fini, réveillez-vous. » Et ce mot prononcé même à voix basse suffit chez les sujets déjà plusieurs fois hypnotisés pour obtenir un réveil immédiat. Chez quelques-uns, il faut répéter l’injonction : « Vos yeux s'ouvrent, vous êtes réveillé. » Si cela ne suffit pas, l’action de souffler une ou plusieurs fois sur les yeux provoque le réveil ; jamais je n’ai dû recourir à d’autres procédés, tels que les aspersions d’eau froide; le réveil a toujours été on ne peut plus facile.

Bien de plus étrange parfois que ce réveil. Voici un sujet en sommeil profond; je l’interroge, il me répond; s’il est causeur de sa nature, il pourra parler avec volubilité. Au milieu de sa conversation, je dis brusquement : « Réveillez-vous ». II ouvre les yeux et n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé; il ne se rappelle pas m’avoir parlé, lui qui a parlé un dixième de seconde peut-être avant de se réveiller. Pour rendre le phénomène plus frappant, je le réveille parfois ainsi : « Comptez jusqu’ à 10; quand vous direz à haute voix 10, vous

DU KÉVEIL

serez réveillé ». Au moment où il dit 10, ses yeux s'ouvrent ; il ne se rappelle pas avoir compté. D'autres fois, je lui dis : « Vous allez compter jusqu'à 10; quand vous serez à 6, vous serez réveillé, mais vous continuerez jusqu’à 10. » Arrivé au chiffre 6, il ouvre les yeux et continue. Quand il a fini, je lui demande : « Pourquoi comptez-vous? » Il ne se rappelle plus avoir compté. J’ai répété maintes fois cette expérience sur des personnes très intelligentes.

Chez certaines hystériques, il faut procéder avec prudence, éviter de toucher les points douloureux, de provoquer des zones hystérogènes; car alors une crise hystérique peut être produite, le sommeil hypnotique peut faire place au sommeil hystérique et l’opérateur n’être plus en relation avec le sujet. Alors la suggestion reste sans influence.

A leur réveil, quelques personnes continuent à rester somnolentes; il suffît de passer quelquefois les mains transversalemement, de manière à agiter l’air au-devant de leurs yeux, pour dissiper cet engourdissement. D’autres se plaignent de lourdeur dans la tête, de céphalalgie obtuse, de vertiges ; pour prévenir ces sensations diverses, je dis au sujet, avant de le réveiller : « Vous allez vous réveiller et vous serez bien à votre aise ; vous n’avez aucune lourdeur de tête, vous vous sentez tout à fait bien », et le réveil suggestif s’obtient sans aucune sensation désagréable.

Le tableau suivant, communiqué à M. Dumont par M. Liébeault, donne une idée de la proportion dans laquelle un nombre relativement considérable de sujets de tout âge, de tout sexe et de tout tempérament se sont trouvés répartis dans les différentes catégories du sommeil.

Année 18S0. Sur 1,011 personnes soumises à l’ hypnotisât ion.

Réfractaires .... 27

Somnolence, pesanteur . 33

Sommeil léger . . . loo

Sommeil profond. . . 4 60

Sommeil très profond . 232

Somnambulisme léger . 31

Somnambulisme profond 13 1

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