AFFECTIONS ORGANIQUES DU SYSTÈME NERVEUX
Observation I. — Hémiplégie gauche avec hémianesthésie sensitivo-sensorielle datant de un <m. — Hémiplégie droite passagère. — Foyers dans chaque hémisphère. — Tremblement post-hémiplégique bilatéral simulant une sclérose en plaque. — Trépidation réflexe bilatérale et contracture des membres gauches. — Guérison de l’hémianesthésie, du tremblement et de la trépidation par une seule application de l'aimant à la face. — Retour de la contracture des membres gauches avec flexion de la main; vingt mois plustard, guérison de la contracture par suggestion hypnotique. — Diminution de l'oppression. — Survie de trois ans. — Autopsie.
Au mois de décembre dernier, se trouvait dans mon service un homme qui, à première vue, paraissait atteint de sclérose en plaque. Un tremblement considérable agitait ses membres, aussitôt qu'il voulait les mouvoir et s’exagérait à mesure que le mouvement intentionnel approchait de son but. En l’examinant de plus près, on ne tarda pas à constater qu’il avait une hémianesthésie gauche sensitivosensorielle et on arriva à conclure qu’il ne s’agissait pas d’une sclérose en plaque, mais d’un tremblement posthémiplégique bilatéral. Voici son histoire:
H , marcaire, âgé de soixante-quatre ans, aujourd'hui
usé par la maladie, emphysémateux et catarrhal, jouissait d’une bonne santé, quand dans la nuit du 3 décembre 1879, s'étant couché avec du malaise et voulant, à 3 heures du matin, se lever pour traire ses vaches, il ressentit un vertige, crut que tout tournait autour de lui et tomba sans connaissance. Transporté à l’hôpital de Saint-Nicolas-du- Port, il ne sortit du coma qu’au bout de quatre jours. 11 était atteint d’ hémiplégie gauche avec déviation de la face et difficulté de la parole. Vers le lo janvier, son bras gauche devenait raide, et il s’y établit un tremblement qui envahit bientôt la jambe gauche et a continué en s’aggravant depuisce jour.
Le 1 8 janvier, le malade, retiré dans une famille d’ouvriers, gardait encore la chambre; l’hémiplégie avait un peu diminué; il pouvait prononcer quelques mots. Ce jour, voulant gagner le lit, il eut de nouveau un éblouissement, crut que tout tournait autour de lui, et, craignant de tomber, il
OBSERVATION
s’assit par terre, puis se coucha sur Je plancher, et quelques instants après perdit connaissance. Ramassé et couché dans son lit, il reprit connaissance après trois heures, mais resta pendant quatre jours sans pouvoir articuler un mot. En même temps, son bras droit était paralysé.
Cette hémiplégie droite fut de peu de durée; le tremblement du bras gauche continua et le 26, le bras droit, après avoir présenté un certain degré de raideur, fut afiecté du même tremblement. L’aphasie persista sans amélioration notable jusqu’au commencement de mars et se dissipa alors assez rapidement. L’hémiplégie gauche persista à un certain degré ; le malade marchait en fauchant, traînant la jambe gauche et faisant glisser la plante du pied sur le sol; il croyait marcher sur du coton, ne sentait plus les vêtements du côLé gauche; sa vue diminuait; il était sourd de l’oreille gauche. Le tremblement resta généralisé aux quatre membres et alla progressant lentement. Il eut parfois des soubresauts dans les membres. Les autres fonctions s’accomplirent bien. Au mois de novembre dernier, le malade, qui accusait de l'essoufflement depuis deux ans quand il montait un escalier, fut pris de toux avec expectoration et d’oppression permanente; il entra au service, où on le soigna pour une bronchite pendant quinze jours.
Le 26 décembre 1880, on constata : tremblement généralisé aux quatre membres, plus marqué à droite qu’a gauche, plus intense aux membres supérieurs qu'aux membres inférieurs, mouvement rhythmique, cessant quand les membres sont au repos, augmentant d’amplitude, surtout à l'extrémité des membres, à mesure que le mouvement voulu se compliquer; les émotions, les excitations périphériques le provoquent quand les membres sont au repos.
La main gauche est fermée ; le malade ne peut l’ouvrir complètement, les trois premiers doigts sont infléchis en partie vers la paume de la main presque à angle droit; le pouce et le petit doigt sont rapprochés l'un de l'autre, les espaces interosseux sont plus marqués à la face dorsale; les éminences thénar et hypothénarsemblent diminuées d'épaisseur. Le malade ne peut se servir de celte main et n'y tenir aucun objet. Dans le coude, les mouvements d'extension sont limités. Les mouvements de l’épaule se font avec une certaine raideur. A droite, tous les mouvements s’exécutent sans raideur et le malade serre avec assez de force de la main droite, mais ne porte un verre à sa bouche qu'après une série de zigzags à amplitudes étendues.
HÉMIPLÉGIE ET HÉMIANESTHÉSIE
Dans les membres inférieurs, le tremblement est moins marqué, le malade exécute bien tous les mouvements commandés sans ataxie, et il marche sans incoordination ni tremblement; on constate seulement une certaine raideur à gauche dans les mouvements du genou. Les réflexes tendineux sont exagérés; la flexion brusque du pied détermine une trépidation réflexe qui dure environ une minute et cesse par l'extension brusque du pied; la percussion du tendon rotulien donne lieu au même phénomène. Plus marqué à gauche, le phénomène du pied s’accompagne, au bout de quelques instants, de trépidation moins forte dans le membre opposé, puis dans le membre supérieur droit, et enfin se généralise parfois aux quatre membres.
La sensibilité générale est abolie à gauche, tant pour le tact que pour la douleur et la température. A droite, elle existe un peu obtuse. Voici à quel écartement de ce côté les deux sensations distinctes sont obtenues avec deux pointes de compas :
Bras, 3e, o ; avant-bras, 4. — Main : paume, 1,8; dos, 2,5; pulpe des doigts, 1. — Cuisse: face antérieure, 4,5. — Mollet, 8. — Dos du pied, 9,5 ; plante, 3. — Thorax : face antérieure, 5,5. — Abdomen, 3. — Joue, 2,5. — Front, 1,5. Il existe de plus, de ce côté, un certain degré d’analgésie. Le sens musculaire (notion de la position des membres) est aboli à gauche.
Sensibilités spéciales sensorielles. L’œil gauche ne distingue que le clair de l’obscur, n’a aucune perception des objets ni des couleurs; champ visuel nul. A l’ophthalmoscope, léger staphylôme postérieur; quelques taches pigmentaires à la partie inférieure dè la papille. L’œil droit a son champ visuel normal, distingue les objets et les couleurs; myopie par staphylôme postérieur. (Examen fait par M. le professeur Charpentier.)
L'oreille gauche ne perçoit pus le tic-tac d’une montre appliquée contre elle. La moitié gauche de la langue, anesthésiée, est insensible à la coloquinte, la pituitaire gauche ne réagit pas à l’odeur de l’acide acétique; l’ouïe, le goût et l'odorat sont conservés à droite.
L’intelligence est nette; ni céphalalgie, ni vertige, ni sensation normale dans les membres; articulation des mots normale.
Oppression assez intense. Thorax bombé en avant; sonorité exagérée des deux côtés près du sternum. Inspiration rude et sèche, expiration prolongée et sibilante en avant.
OBSERVATION
En arrière, poitrine sonore, sibilances, cordes de basse, râles secs de nombre variable disséminés. Diagnostic : Foyer (hémorrhagique ou ramollissement nécrobiotique) double symétrique, plus étendu à droite, intéressant la capsule blanche interne, surtout son tiers postérieur ; irritation consécutive des faisceaux pyramidaux, d'où exagération des! réflexes tendineux et tremblement post-hémiplégique. Emphysème pulmonaire et bronchite.
Le 25 décembre, une barre aimantée est appliquée le long de la face externe de la jambe, pôle négatif en haut, et laissée en place pendant vingt-quatre heures. Le malade n’accuse aucune sensation anormale.
Le 28 décembre, on constate que les sensibilités tactile, thermique et à la douleur ont reparu dans la jambe; mais très obtuses. Deuxième séance pendant vingt-quatre heures. Dans la nuit, fourmillements pendant quatre heures dans le membre.
Le 29 décembre, la piqûre d'une épingle est perçue à la plante du pied et détermine des réactions réflexes. — Sensibilité obtuse dans la jambe, plus obtuse encore à la cuisse. L’anesthésie persiste dans les autres régions. Dans la journée, quelques élancements douloureuxdans le mollet et le gros orteil.
Le 30 décembre, la sensibilité persiste, mais obtuse, dans le membre inférieur.
Le 31 décembre, à huit heures du soir, troisième séance: la barre aimantée est appliquée sur le côté gauche de la face, le pôle négatif à la tempe, le pôle positif contre le thorax au niveau de la troisième côte, fixée par une bande. Quelques fninutes après, le malade dit ressentir des élancements dans la région frontale et dans les yeux , surtout à gauche, avec perception de rayons jaunes et de mouches noires. A quatre heures du matin, au moment où l'on éclaire la salle, le malade constate que l’œil distingue.
Le 1 er janvier, à la visite, nous constatons que tous les modes de sensibilité ont reparu dans tout le côté gauche. L'œil voit, l'oreille gauche perçoit le tic-tac d'une montre placée à dix-sept centimètres à gauche, à 26 centimètres à droile. Goût et odorat revenus à gauche.
Le 2 janvier, ce résultat se maintient. Les deux branches du compas sont perçues sur le bras gauche à 3 centimètres, sur le bras droit à 18 millimètres; la jambe gauche a 2 centimètres; la face antérieure de la cuisse à 18 millimètres; au dos et au thorax, la sensibilité est égale des deux côtés.