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EFFICACITÉ DES SUGGESTIONS

marche bien, mais la douleur lombaire revient au bout d’uhe heure.

Le 10, il accuse une douleur à la partie interne du genou droit qui, revenue hier soir, l’empêche de dormir toute la nuit. Enlevée de nouveau par suggestion, elle reparaît dans la journée.

Le 12, il a bien dormi après suggestion. A deux heures du matin, les coups de lancette dans le genou et le mollet l’ont réveillé, et il se plaint le matin d’etourdissements dans la tète. Après suggestion, il n'éprouve plus dans la journée que de faibles élancements dans le genou ; les douleurs reparaissent dans le genou et le cou-de-pied.

Je ne poursuivrai pas jour par jour cette histoire. Cela se continue ainsi à peu près jusque vers le commencement de mars. Les douleurs du membre inférieur gauche, du genou, des mollets, quelquefois du cou-de-pied, les douleurs de la région lombaire chaque fois enlevées ou notablement amendées par la suggestion reparaissent après quelques heures ou dans la nuit.

Cependant le malade devient déplus en plus sensible à la suggestion. Il dort indéfiniment, si on lui donne l’ordre de ne pas se réveiller. Un jour nous Lavons laissé dormir quinze heures de suite. Il réalise toutes les hallucinations, soit à l’état de sommeil, soit à l’état de veille; on peut le rendre parfaitement anelgésique par simple affirmation.

Cette suggestibilité étant ainsi développée vers la fin de février, les douleurs reviennent plus rares après la suggestion, elles disparaissent par simple affirmation et attouchement du membre sans hypnotisation; la moindre velléité de retour de douleur est immédiatement réprimée; et, dans les premiers jours de mars, le malade reste huit jours et plus sans plus rien sentir ni dans les reins, ni dans le genou; il marche bien, peut même courir et aide a faire le service dans la salle.

Le 13 avril, il a dans l'après-midi, de une à trois heures, une série de grandes attaques épileptiformes.

Le 17, malgré la suggestion quotidienne, il en a une nouvelle série à la même heure. Ces attaques sont précédées de prodrômes; le malade sent dès le matin qu’il va avoir des attaques.

Le 21, au matin, il ressent une lourdeur de tête, de la céphalalgie, de l’obnubilation visuelle, il sent de petites secousses dans les membres; ce sont les symptômes prémonitoires de l'attaque. Je l’hypnotise dans son lit à dix heures

OBSERVATION

du matin et je lui suggère de dormir tranquillement jusqu'à cinq heures et demie du soir sans la moindre convulsion. Il se réveille, en effet, à l’heure indiquée; à deux heures pendant son sommeil, il éprouve quelques secousses assez vives dans les bras et dans les jambes, se découvre dans son lit : le tout dure une seconde; mais l’accès ne vient pas; il a avorté.

Depuis ce jour, il n’a plus eu ni attaques, ni secousses quelconques pouvant faire craindre leur retour. Nous le conservons encore toute l'année au service; il travaille à l’hôpital; il ne se plaint plus de rien; de temps en temps, quelque douleur dans les reins à la suite d'un effort est immédiatement abolie par la suggestion. Un jour, mon chef de clinique lui extrait cinq racines dentaires torturant les alvéoles, avec le davier et le pied de biche; cela dura bien vingt minutes; je lui affirmai, avant l'opération, qu'il ne ressentirait rien et qu’il rirait. 11 ne manifesta aucune souffrance pendant l’opération et cracha son sang en riant. J’ajoute qu’il n’était nullement anelgésique dans son état normal.

J’ai revu encore Sch... cet hiver(l88o); il est venu à l’hôpital se faire enlever une nouvelle douleur de jambes, il a pu continuer son travail, se porte très bien et n'a plus eu de crises épileptiformes.

On peut se demander si l'épilepsie traumatique chez ce malade, sans la suggestion, serait devenue persistante. Dans ces cas d'épilepsie ancienne assimilée pour ainsi dire par le système nerveux, la guérison est le plus souvent impossible.

J a i essayé la suggestion hypnotique dans quelques cas d’épilepsie idiopathique déjà ancienne et je n'ai pas réussi à diminuer le nombre et la fréquence des accès d'une façon bien évidente. Dans deux cas, j’ai cru avoir des résultats momentanés; les attaques paraissaient devenir plus rares; mais malgré la continuation de la suggestion, le résultat ne s’est pas confirmé.

Observation IV. — Hémiplégie avec hémianesthésie organique.

— Insuccès par l'aimant sans suggestion. — Guérison par

l'aimant avec suggestion sans sommeil.

R... (Jean), soixante-deux ans, mineur à Maxeville, est

HÉMIANESTHÉSIE ORGANIQUE 271

entré au service le 5 juillet, atteint depuis la veille d’une hémiplégie gauche flasque avec hémianesthésie gauche; l’attaque avait été précédée de prodromes. Il s’agit d’une embolie de l’artère opto-striée, avec foyer de ramollissement dans la capsule blanche interne ou dans son voisinage. L’hémianesthésie est complète au membre supérieur; au tronc, à la face et au membre supérieur, c’est une hémianelgésie.

Je n’insiste pas sur les détails de l’observation, inutiles à notre sujet.

Le 1 1 juillet , l’anelgésie avec anesthésie restait complète sur le membre supérieur, ainsi que l’abolition du sens musculaire; la sensibilité était un peu revenue sur le membre inférieur, mais très obtuse; celui-ci n’exécute encore que de légers mouvements; quelques légers mouvements aussi dans l’avant-bras et la main.

Un aimant est appliqué sur la face dorsale de la main et du poignet, il est laissé en permanence pendant 3 jours, les 11, 1 2 et 1 3 juillet.

L'anesthésie et la paralysie restent les mêmes.

Les jours suivants le malade a une névralgie sus-orbitaire qui est combattue par le sulfate de quinine et qui ne cède définitivement qu'à partir du 20. L’anesthésie persiste la même. La paralysie motrice diminue, le malade soulève le bras gauche à angle droit, plie le coude; il lève la jambe jusqu'à 2o centimètres de hauteur.

Le 22, on fait une nouvelle application de l’aimant qui est laissé en place.

Le 24, on constate que malgré l’application de l'aimant, l’anesthésie reste absolue. On continue à appliquer l’aimant mais en affirmant au malade que l’aimant va provoquer le retour de la sensibilité, qu’il sentirait sa main et saurait reconnaître sa position.

Le 2o, il dit sentir mieux son bras ; cependant la sensibilité explorée reste douteuse. On réitère la suggestion à l’état de veille.

Le 26, la sensibilité tactile existe, mais obtuse; légère sensibilité a la piqûre d’épingle; le sens musculaire n’est pas revenu. On réitère la suggestion avec l’aimant, sans sommeil.

Le 28, la sensibilité tactile existe très nette dans tout le membre, ainsi que la sensibilité à la douleur et le sens musculaire (notion de la position du membre). La sensibilité tactile est revenue aussi plus nette sur le membre inferieur et le tronc. — L’aimant est enlevé, et le résultat obtenu se maintient.

OBSERVATION

Ce fait semble établir que dans le cas actuel, l’aimant n’a agi que par une influence suggestive. Toutefois je n’ose me prévaloir d'un seul fait pour conclure: de nouvelles observations sont nécessaires pour dégager la vérité sur l’efficacité réelle des aimants.

Observation V. — Myélite diffuse rhumatismale. — Amélvj-

ration notable par la suggestion répétée; — Etat stationnaire.

A... (Michel), quarante-six ans, manœuvre, vient à l'hôpital le 24 février 1883.

Il y a deux mois le malade, bien portant jusque-là, a senti une douleur contusive dans l'avant-bras gauche avec engourdissement qui persiste. Depuis deux mois, au moindre mouvement, quand il veut saisir un objet par exemple, il est pris d’une crampe passagère qui met les doigts en extension et il laisse tomber l'objet; il ne peut presque plus s'habiller à cause de ces crampes.

Depuis 15 jours la main droite est prise, mais beaucoup moins. Un jour, il y a environ un mois, le malade en marchant ressentit tout à coup une douleur contusive dans les deux pieds; il ne pouvait plus tléchir les jambes qui étaient raides, et, voulant continuer son chemin, il tomba sur le trottoir. S’éLant relevé, il fit une centaine de pas et retomba derechef. Après un instant de repos, il put poursuivre son chemin, et rentra, mais à grand'peine chez lui. Les jours suivants il marchait avec beaucoup de difficulté et se fatiguait beaucoup par la marche. Souvent les voisins étaient obligés de l’aider à remonter dans sa chambre, au second.

Comme maladies antérieures, il y a sept ou huit ans, il a eu des douleurs dans les reins, parfois aussi dans l une ou l’autre épaule ; depuis il est sujet à des douleurs rhumatismales, mais a toujours pu continuer son travail. 11 dit être un peu essoufflé depuis deux ou trois ans, mais continue cependant à porter de grosses charges.

Pas d’antécédents syphilitiques ni alcooliques.

On constate le 23 février: constitution forte : pouls ample, bondissant, régulier; légère insuffisance aortique sans hypertrophie du cœur; souffle doux diastolique à la base. Respiration nette sans râles.

Le malade se lève difficilement de son lit, marche avec peine, les jambes écartées, lentement, faisant de petits pas,

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