APHONIE HYSTÉRIQUE GUÉRIE PAR SUGGESTION
réussissent très bien chez elle. Quand l’anxiété veut se manifester pendant son sommeil, je réussis toujours à la dissiper par diversion musicale. A chaque séance, je lui fais répéter qu'elle parlera jeudi prochain.
Le jeudi arrive. Elle n’a aucune prévision qu’elle doit parler; j'essaie en vain de la faire parler avant la séance ; rien. Elle se plaint d'une sensation de constriction laryngée. « Je crois que cela va plus mal », dit-elle. Je l'endors : elle promet qu'elle parlera. Au réveil, elle sent une vive angoisse laryngée; je crains qu'elle n’ait une crise nerveuse; je la rendors une seconde fois et lui suggère que le spasme se dissipe, qu'elle n'a plus aucun malaise et qu’elle parlera sans aucune difficulté. Au réveil, elle dit d’abord d’une voix faible : « Je crois que je puis parler ». Je lui fais prononcer son nom à haute voix ; elle le prononce, essayant, n’osant pas, comme une personne qui, après un long séjour au lit, essaie de marcher pour la première fois et n'ose pas s’aventurer. Mais la voix est revenue claire, limpide; le soir, elle parle comme avant l'aphonie et celle-ci ne s’est pas reproduite.
Je veux essayer du même procédé pour la guérir de ses crises hystériques. Je la rendors les jours suivants et je suggère qu’elle sera bientôt débarrassée de ses crises; je l’amène à me fixer une date. Elle me dit que les crises vont continuer encore pendant quelques jours, mais que, après son retour à Strasbourg, quelque temps après son époque menstruelle, elles disparaîtront. Je lui suggère de rêver pendant trois nuits de suite que ses crises vont disparaître, comme elle vient de me le dire : ces rêves ont, en effet, lieu.
La malade retourne à Strasbourg. Pendant une quinzaine de jours, elle a encore des crises nombreuses; puis, au bout de ce temps, elles disparaissent à peu près totalement. L’aphonie est restée guérie jusque dans ces derniers temps. Voici ce qu’elle m’écrit le 13 avril 1886 : « J’ai eu une pleurésie qui m'a tenue pendant deux mois. Quant au crises, j’en ai très rarement. Même pendant ma maladie, aux moments où je souffrais le plus, je n’en ai presque pas eu. Mais ce que j’ai de nouveau depuis six semaines et ce qui résiste à tous les traitements, c’est une extinction de voix semblable à celle que j’ai eue au moment où vous m’avez traitée par l’hypnotisme. Elle m'est venue pendant la convalescence, à la suite d’un spasme à la gorge qui m’a empêché d’avaler quoi que ce soit. Le I> L... m’électrise depuis une quinzaine de jours. Si, d’ici à quelque temps, je ne vois pas d'amélioration, j’irai vous voir a Nancy, si vous le jugez utile. »
OBSERVATION
Observation XVI. — Symptômes hystérif ormes. — Sensation de vide dans la tête et bourdonnement d'oreille, inertie morale. — Disparition presque totale , rapide, de ces symptômes par suggestion hypnotique.
S. N..., vingt et un ans, employé de commerce à Paris, vint me voir le 12 avril 1886.
Le 2 janvier, dit-il, l’affection commença; il se trouvait à Paris, un peu triste et ennuyé d’avoir quitté la place qu'il occupait, depuis trois semaines. A neuf heures et demie du soir, il eut une sensation de frisson, dit-il, dans tout le thorax et à la tête au-dessus de l’œil gauche, cela dura cinq minutes. Déjà couché dans son lit, il se leva et passa la nuit sur son fauteuil à grelotter et à trembler. Le lendemain, il garda la chambre, purgea : au bout de cinq à six jours, sod malaise avait à peu près disparu. Vers le 8 janvier, dans la nuit, il eut une crise violente avec convulsions, inconscience, délire, agitation; le médecin resta cinq heures avec lui; la crise dura jusqu’à six heures du matin (crise hvstérique).
Quelques jours après, il était de nouveau bien; mais huit jours après la précédente crise, une nouvelle crise survint qui dura trois à quatre heures. Il revint dans sa famille à Châtenois (Vosges), puis consulta un médecin à Nancy, qui prescrivit des bains; le second amena une syncope (?) qui dura un quart d’heure. Depuis, il n’a pas eu de nouvelles crises. Mais vers le commencement de février, il fut en proie à une agitation nocturne qui dura trois semaines, il iui fut impossible de rester couché ; il dut se relever et rester levé sans sommeil toutes les nuits. A ce moment, il accusait dans la tête une sensation de lourdeur survenant par accès durant un quart d'heure, cinq à six fois par jour. Cette lourdeur se dissipa au bout de quinze jours et fit place à une sensation de vide dans la tête qui persista depuis avec ténacité. Depuis ce moment aussi, il accuse un bourdonnement continu dans l’oreille droite; ce bourdonnement a existé aussi dans l'oreille gauche, mais l'a quittée au bout de quelques jours. Enfin, il a fréquemment depuis six semaines une sensation de constriclion à la gorge qui, très intense et presque continue pendant quinze jours, l'a empêché de manger.
C'est un garçon bien constitué, bien que lymphatique; il est habituellement triste et morose. Nous ne découvrons aucun antécédent dans sa famille. Le 12 avril, à ma consulta-