CRAMPE DES ÉCRIVAINS GUÉRIE PAR SUGGESTION
Le 11 février, il a pu écrire pendant une heure de suite. A ce moment seulement, le pouce commençait à fléchir; il reposa sa main pendant vingt minutes et put recommencer sans nouvelle flexion ni raideur.
Je lui suggère que plus il écrit, mieux il écrira, que la main s’assouplit par l’exercice et ne se fatiguera plus.
Cet état continue les jours suivants en s’améliorant graduellement. Le 18, il écrit une heure et demie à deux heures, Au bout de ce temps-là seulement, le pouce commençait à fléchir et il sentait une lourdeur dans la main.
Le 19, il sent la main très légère et dit écrire comme s’il n’avait jamais rien eu.
Le *20, en écrivant le matin, le pouce fléchit encore deux fois, et la plume lui échappe des doigts; cependant son écriture se maintient toujours bonne. — Je le fais écrire vite, currente calamo, en somnambulisme, les yeux ouverts.
Le 20, dans l'après-midi, il lui fut presque impossible d'écrire, il dut même de nouveau attacherla plume à l'index.
Le lendemain, sans suggestion nouvelle, cela allait beaucoup mieux, mais il ne put écrire longtemps; après une demi-heure d'écriture, il ne put continuer, il lui futpresque impossible de faire les adresses de ses lettres.
Le 23, il travaille toute la matinée à faire des comptes; après un certain temps, il ressentait des tiraillements dans le dos du poignet qui l’empêchaient de continuer. Voulant poursuivre, la plume lui échappe de la main; mais il put recommencer, et ce matin il ne sent plus aucun tiraillement.
Le 25, il constate encore que, chez moi, il écrit très bien, mais, arrivé à la maison, sa main est plus raide et il n'écrit plus avec la même facilité. Je suggère qu'il écrive chez lui comme chez moi.
A partir du 27, il n'accuse plus aucune sensation de raideur, ni de flexion; il écrit beaucoup le 26 et le 27, et tout va parfaitement. 11 lait des lettres, des comptes, comme avant sa crampe.
Il revient le 2 mars, puis les séances, quotidiennes jusquelà, sont suspendues jusqu’au 8. Il écrit toute la journée pendant cet intervalle, et ne sent plus absolument aucun phénomène de sa crampe. « J’écris, dit-il, comme je veux. » Le 8, nouvelle séance. Celles-ci sont plus espacées; il revient le I I, le 13, le 16, le 22, le 27, et la guérison complète s’est maintenue depuis le 27 février. Je continue à l’endormir deux fois par semaine pour reprimer toute tendance à la
rechute. Il a repris son état de comptable, il écrit toute la journée absolument comme avant sa maladie.
On sait combien la crampe des écrivains est souvent réfractaire à. toutes les médications. Un professeur de calligraphie de Francfort-sur-le-Mein, .M. Wolff. réussit souvent empiriquement Là ou les médecins avaient échoué.
La méthode de M. Wolff est exposée par M. Romain Vigoureux dans le Progrès médical (1882, n° 3 dans les termes suivants. Elle peut se résumer en deux points : gymnastique et massage :
« I°La gymnastique est à la fois active et passive. Les malades doivent, trois fois par jour, exécuter une série de mouvements des membres supérieurs, successivement dans toutes les directions. Ces mouvements sont en général brusques, avec les mains tantôt ouvertes, tantôt fermées. Le nombre des mouvements de chaque série et. par suite, la durée des séances est augmentée progressivement et varie suivant les cas.
Les mouvements passifs consistent dans la distension plus ou moins forcée, nous dirions presque l'élongation des muscles qui sont spécialement affectés. C'est la partie la plus délicate du traitement, attendu qu'il est dangereux, suivant M. Wolff, de dépasser un certain degré. En outre, le malade répète sur Iui-mème cette manœuvre trois ou quatre cents fois par jour.
Les exercices d’écriture commencent dès que l’état spasmodique est notablement diminué, c’est-à-dire dès les premiers jours.
2° Le massage et les frictions sont aussi pratiqués très soigneusement par M. Wolff, tous les jours. Il insiste sur 1 importance de ce que nous appellerons le tapotement des muscles.
La durée de la partie du traitement qui se fait sous la direction immédiate de M. Wolff, est d’environ quinze jours. Un traitement qui, en quatre ou cinq séances, n'a pas produit une amélioration, doit, suivant lui, être abandonné. »
Un peut se demander si la suggestion n'a pas sa part