‹ De la suggestion et de ses applications à la thérapeutiqueChapitre 240 sur 265 · DOULEUR ENLEVÉE PAR SUGGESTION · texte numérisé non relu

DOULEUR ENLEVÉE PAR SUGGESTION

Observation XLIX. — Douleur vive interscapulaire guérie en une seule séance hypnotique.

J... (Auguste), vingt-sept ans, marié, de complexion délicate, de tempérament nerveux, vient à la consultation, le 6 mars 18815. Depuis hier, à dix heures, il ressent un point douloureux dans la région interscapulaire gauche vers le tiers inférieur, avec sensation de barre de fer quand il veut se baisser. Au repos il n’éprouve presque rien, mais pour peu qu’il veuille soulever seulement un paquet de chaussures (il est employé dans une fabrique de chaussures), il le laisse tomber à cause de la douleur. Hier soir, elle était tellement intense qu'on fut obligé de le ramener chez lui. Il a bien dormi la nuit, mais ce matin il ne pouvait ni se baisser, ni mettre ses bottines.

Comme maladies antérieures, il accuse une fluxion de poitrine l’an dernier, qui dura deux mois. Il n’a pas de névralgies habituelles et n'a pas eu d’autre affection nerveuse.

On détermine une douleur très vive à la pression de la région interscapulaire et vers l’angle de l'omoplate.

Je propose de l’endormir par occlusion des yeux : il s’y prête mal; très impressionnable, il craint qu’on ne veuille lui faire une opération . Je le rassure et je continue la suggestion, en tenant ses yeux clos; son anxiété nerveuse ne se dissipe que difficilement: il a du tremblement dans les mains. Il arrive cependant en sommeil profond ; résolution sans catalepsie, ruais sans souvenir au réveil. Je suggère vivement le calme d'esprit; j’affirme que la douleur a disparu.

Au bout de six minutes environ, l'ayant laissé dormir seul, il aquelquessecoussesnerveusesetdit : « Je tombe », puis se réveille comme sortantd’un cauchemar : ilserappelleavoir rêvé qu il tombait dans un trou. — La douteur a presque complètement disparu ; il est tout étonné de pouvoir se baisser, tâte son dos pour chercher le point et ne trouve presque plus rien ; il soulève facilement une chaise, ce qu’il ne pouvait pas faire avant.

Je le rendors une seconde fois, il s’y prête facilement. Son sommeil est plus calme ; à peine quelques petits mouvements nerveux dans les mains. — Je suggère la disparition complète de la douleur. A son réveil, il se rappelle m’avoir

OBSERVATION

entendu causer, mais sans savoir ce que je lui ai dit, il se rappelle cependant m'avoir entendu dire que la musique militaire jouait ! mais cette suggestion n'a pas réussi; il ne l'a pas entendu.

11 n’accuse qu’un certain engourdissement général; plus la moindre douleur; il peut se baisser, ramasser un objet par terre, faire des elforts musculaires, sans rien sentir du tout.

Il n’en croit pas ses propres sensations et cherche, sans rien sentir. 11 n'y comprend rien ; sa stupéfaction a quelque chose de comique.

Observation L. — Diathèse tuberculeuse. Restauration du sommeil et disparition des douleurs thoraciques par suggestion.

B... (Eugène), seize ans, apprenti coupeur en chaussures, entré à l’hôpital, le 15 février 1885.

Il y a six mois, point à Faisselle gauche qui a cédé au bout de six jours à l’application d'un vésicatoire . en même temps oppression sans toux, ni expectoration ; il a toujours pu travailler. Depuis six jours, battements du cœur et toux sans expectoration, l’appétit est médiocre depuis trois semaines, il a sué depuis trois nuits. Ses parents sont morts tuberculeux.

Il est lymphatique, mais bien constitué. Apyrexie. pouls 80, régulier, égal. Fonctions digestives normales, thorax bien conformé. Le cœur bat normalement, un souffle doux systolique est à la base et dans les carotides. La sonorité thoracique est normale ; on ne constate que de la rudesse respiratoire, avec légère respiration souflée, au sommet droit.

(Diagnostic : diathèse tuberculeuse.)

Le soir de son entrée, suggestion hypnotique ; il entre en somnambulisme.

lt dort bien la nuit; n'avait pas dormi du tout la nuit précédente et très peu depuis deux mois.

Le 17, le malade a encore très bien dormi ceLte nuit, après suggestion, comme il n'avait pas dormi, dit-il, depuis deux mois. Il ne se plaint plus d'oppression.

Le 18, il accuse une douleur à l'épaule droite qui disparaît immédiatement par suggestion hypnotique.

La douleur thoracique ne reparaît pas. 11 reste encore au service jusqu’au 24, n'ayant plus que de légers battements de cœur.

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